CHAPITRE PREMIER
Esi|uisse géc^ra|ihique.— InsIiluUons politlquKS el sociales.— Ruisseau Colorado.— Vallée el riviëre de San Ji>a(|iiiti.~ Ancien goiiTernemeiil — Presidiog. — Missions. — Poris el commerce.
La cond'ée désignée sous le nom de haute ou Nouvelle-Culifornie est bornée au noid par l'Orégon, au 42* degré de lalUude septenli'Jonate; à l'est, par les montagnes Rocheuses et lu Sierra de los Mimbres, qui en est une continuation; au sud, par la Sonora el la vieille ou basse Californie; à l'ouest, par l'océan Pacifique. Son étendue, du nord au sud, est d'environ sept cents milles; de l'est à l'ouest, elle est de six cents à huit cents milles; sa surface, de quatre cent mille milles carrés. Une petite partie seulement de ce vaste territoire est cultivée et habitée par une population civilisée. C'est principalement celle qui s'étend
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le long de l'océan Pacifique sur un espace de sept cents milles de longueur, de ceni à cent cinquante milles de largeur, qui. d'un côté, toudie à la Sierra Nevada, et de l'autre à la mer. Ce que nous avons à dire de la haute Californie s'applique surtout à ce district.
1^ plus grande rivière de la haute Californie est celle qui porte le nom de Rio Colorado. Elle a un cours de plus de trois cents lieues et tombe dans le golfe de Californie : on a peu de notions sur les régions qu'elle traverse. D'après le témoignage des trappeurs, elle est, sur une grande partie de son cours, resserrée entre des montagnes, des précipices, el ses rives sont, en général, arides^ sablonneuses et nues. Ses principaux affluents sont la Grande-Rivière el la Rivière- Verte, qui descendent des montagnes Roclieuses el du territoire des Ëlats-Unis. La Gila coule dans le Colorado, près de son embouchure. Le Colorado reçoit aussi les eaux de la Sevier et de la rivière de la Vierge, La rivière de Marie, qui n'est marquée sur aucune carte, prend sa source au 42° degré de latitude, parcourt un espace de quatre cents milles, el se perd dans le désert. Le Sacramento, où les chercheurs d'or ont fait tant de précieuses découvertes, et te San Joaquin, ont un cours de trois cents à quatre cents milles. Le premier vient du nord, le second du sud ; tous deux tombent dans la baie de San Francisco. Ils arrosent , entre la Sierra Nevada el les montagnes de la côte, une grande et lerlile vallée.
Cette vallée, dit M. le doctenr Marsh, est sans contredit la plus belle de la Californie, el l'une des plus magnifiques du monde. Elle a environ cinq cents
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milles (le longueur, et en moyenne cinquante milles de largeur. Elle est bornée à l'est par les grandes montagnes de neige, à l'ouest par une chaîne de collines.
Le San Joaquin coule an milieu de cetle vallée sur un espace d'environ deux cent cinquante milles, puis tourne à l'est. A. soixante milles plus loin , au nord , est la pointe septentrionale du lac de Buena-Visia, qui a environ cent milles de longueur, et de dix à vingt de largeur.
Ce lac reçoit les eaux d'une douzaine de rivières qui viennent des montagnes de neige. La plus considérable est appelée par les Espagnols la Beyes, elle tombe à l'extrémité septentrionale du lac. Ses bords sont très-boisés, ses flots arrosent une belle et fertile contrée.
En remontant le San Joaquin, nous remarquons parmi les rivières qui s'y joignent, d'abord le Stanislas, clair et rapide torrent de quarante à cinquante mètres de largeur, très-profond dans sa partie inférieure. Près de son embouchure, les Mormons ont construit deux ou trois maisons et fondé un établissement sous le titre de Nouvelle-Espérance. Le long de celte rivière, il y a de larges portions de terre fertile et de bons pâturages.
Dix milles plus haut est la rivière de Tawaiomes, qui abonde en saumons. A trente milles de là est le Merced, l'un des principaux tributaires du San Joaquin. Le terrain qui s'étend entre ces diverses rivières et le long du lac de &iena-Vista présente en partie d'excellents pâturages, en partie un bon sol de culture et des ressources avantageuses à ceux qui voudraient s'y èlablir. Il n'a été que fort imparfaite-
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ment exploré, et c'est certainement un des meilleurs disli'icts du continent.
Diins les vallées arrosées par les rivières qui deseendeal des monlagnes de neïge, on trouve de vasies l'oréls de pins, de bois rouges, de cèdres.
Toute la contrée située à l'est du San Joaquin el des edux qui le rejoignent aux lacs est considérée par les liommes les plus experts comme très-propre ù la culture de la vigne, qui doit devenir une des principales ressources agricoles de la Californie.
La rivière des Salines tombe dans l'océan Pacifique, à douze railles de Monlerey, La rivière de l'Ours tombe dans le grand lac de Sel. Les autres rivicres de la Californie ont peu d'importance.
A soixante milles au nord de la baie de San Francisco, est le lac Laguna, qu'on ne voit pas marqué sur les cartes. Il a de quarante à soixante milles de Iongueur. Les vallées qui l'entourent sont d'une grande fertilité etd'une beauté romantique. Près de ce lac p^t une montagne de soufre pur. Çù et là on trouve des sources d'eau de Seitz et diverses autres eaux minérales.
Les principales montagnes qui s'élèvent à l'est de la Califoruie (les montagnes Rocheuses) sont les Wahsatcb, l'Utab , la Sierra Nevada et les cliaines de la côte. Les Wahsatcb forment la lisière orientale du bassin intérieur. Il y a dans ce bassin de nombreuses lignes qui s'étendent au nord el au sud , el qui sont séparées l'une de l'autre par de larges vallées arides. La Sierra Nevada est plus élevée que les montagnes Rocheuses; ses plus hautes cimes sont couvertes de neiges perpétuelles. Cette sierra se déroule, ainsi que
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les chaînes de lu c6le, presque parallèlemenlaux lives de l'océan PaciRque. La première s'éloigne de l'Océan à la dislance de cent à deux cenls milles; la seconde en est distante de quarante à soixante milles. Entre ces deux chaînes de montagnes est lu région la pluà fertile de la Californie.
La haute Californie fut découverte en 1548 par le navigateur espagnol Cabrillo. En i578, son district septentrional fui visité par Francis Drake, qui lui donna le nom de Nouvelle-Albion. La Californie fut colonisée par les Espagnols en 1768, et forma une province du Mexique. Elle a été longtemps agitée par de nombreuses révolutions; cependant, jusqu'en 1846, époque à laquelle elle fut conquise par les États-Unis, elle resta soumise à l'autorité du Mexique.
En 1832, ur> écrivain espagnol décrivait ainsi l'état social et politique de la haute Californie.
GouvBRNEHENT. — La hautc Californie, en raison de sa faible population,- ne pouvant former un Elut dans la grande république mexicaine, est placée à fitre de province sous l'autorité d'un commandant général qui exerce les fonctions de chef polili(]ue supérieur, et dont les attributions dépendent entièrement du président de la république et du congrès général. Cependant, pour régulariser sa propre législation, cette province nomme sept députés dont les séances sont présidées par le commandant général. Les habitants du pays sont répartis entre les presidios, les villes et les élablissements agricoles et religieux désignés sous le nom de ruinions.
Presidios. — Us ont été établis selon les circon-
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stances, pour proléger la prédication apostolique. Celui de San Diego fut le premier; ensuite on élevii ceux de Sanla Barbara, Monterey, et San Francisco. Ils ont à peu près tous la même forme : c'est un carré de deux cents mètres sur chaque face, formé d'un faible rempart en briques de quatre mètres de hauteur. Ce carré renferme une chapelle, des magasins, un logement pour le commandant, pour les officiers, pour les soldats, et un corps de garde.
Comme moyen de défense contre une irruption subite des Gentils ou Indiens sauvages, ces constructions étaient autrefois suffisantes. Maintenant que les Indiens ne sont plus à redouter, les presidios devi-aient être démolis. Ils tombent en ruines et l'exiguïté de leur enceinte en rend le séjour fort incommode. En dehors de leurs remparts s'élèvent d'autres habitations qui peu à peu deviendront probablement des villes importantes.
K un ou deux milles de distance du presidio, près du point de débarquement, est un fort muni de quelques petits canons. La situation de ces forts est en général très-bien choisie pour la défense du port; mais les murs et leurs bastions sont très-imparfaits.
A chaque presidio est attaché un bataillon d'environ quatre-vingts hommes à cheval, appelé ctiera. Il a de plus des troupes auxiliaires et un détachement d'artillerie. Le chef du bataillon remplit les fonctions de commandant du presidio. Outre ses attributions militaires et politiques, il est chargé de tout ce qui tient dans son ressort aux affaires de la marine.
Missions. — On çn compte dans le pays vingt et une, construites à diverses époques. La plus ancienne
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VOYAGE EN CALIFOKNIE. iS
est celle de San Diego. Elle fut établie en 1769, et se trouve à deux lieues environ du presidio qui porte le même nom. La plus réceute est celle de San Francisco Dolores. Elle date de 1822.
Les édiGces de ces missions n'ont ps tous la même étendue, mais ils ont pres^iue tous la même forme. Ils sont construits en briques et divisés inégalement selon les circouslances. Ils renferment pour la plupart des logements commodes pour les religieux, des magasins, des greniers, des ateliers de Fabricants de savons, de tisserands, de forgerons, de larges parterres, des parcs pour les chevaux et le bétail, des chambres poar les enfants indiens des deux sexes. Ils ont tous une églisebien bâtie et richement décorée.
A peu de distance de l'édifice principal est la rancheria, ou habitation des Indiens. Dans quelques missions, cette rancberia se compose de petites maisons en briques, alignées et coupées par des rues. Dans d'autres, les Indiens ont suivi leurs coutumes primitives. Ils occupent des huttes de forme conique, qui n'ont pas plus de quatre mètres de diamètre et de (rois de hauteur. Elles sont construites avec des pieux , recouvertes en gazon, et suffisent pour mettre ceux qui les habitent a l'abri du fioid et de la pluie. Selon moi, ces huttes sont ce qui convient le mieux aux Indiens par la facilité avec laquelle ils les élèvent dès qu'ils en ont besoin. En face des rancherias est une caserne occupée par un caporal, cinq soldais et leurs familles. Cette garnison suffit pour prévenir les attaques des Indiens sauvages ; elle sert en outre à un service de cori'espondance mensuelle et à porter des dépêches extraordinaires.
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Toutes les missions de la Calirornie sont confiées à la gestion des religieux de l'ordre de Saint-François. Or en compte dans le pays vingt-sept, ta plupart trèsâgés. Chaque mission a pour administrateur nn de ces religieux, qui exerce sur l'élaiilissement une autorité absolue. C'est sous sa direction que l'on accomplit tous les travaux d'agriculture et d'industrie, de telle sorte que si la mission a pour chef un religieux intelligent et habile, elle donne aux Indiens le bien-être et la prospérité; que si, au contraire, elle a un directeur inactif, elle décline et languit. Les domaines de chaque mission rejoignent ceux de la missiOD voisine. Bien qu'elles ne cultivent pas tout le terrain, elles s'en réservent cependant la possession, afin que personne ne vienne s'établir entre elles, Cependant il est probable que la nécessité d'augmenter les propriétés particulières obligera le gouverne' ment de prendre à cet égard des mesures qui concilient tous les intérêts. On compte dans les missions vingt el UD à vingt-detix mille Indiens mtlioliqui mais celte population est très-inégalement répartie. Il est des missions où il se trouve trois à quatre mille Indiens; d'autres oh il n'y en a que quelques centaines. Il existe en outre dans des fermes dépendant de chaque mission une quantité considérable d'autres Indiens non convertis.
Les Indiens sont naturellement sales, insoucieux et d'une inlelligence très-bornée. Dans divers ouvrages, ils ne manquent pas d'une certaine faculté d'imitation, mais ils ne peuvent rien inventer. D'un mractëre timide et vindicatif, ils sont aisément portés à la trahison. L'ingnililiide est aussi un de leurs vices
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liubitucls. Soil pi' suile de leurs continuels buiiis à vu|)eur, oti par l'eflel Je leur sulelé mi de leurs liabilutiuns niui aérées, ils sont faibles, inertes, hès-snjels aux spasmes et aux rhumatismes. Us sunt surtout iilteinis par des maladies résultant de leurs mœurs impures. Voilà ce qui expliijue comment, au sein de cette populalion, on compte un dixième de morts de plus que de naissances. Les missionnaires font ccpendaul tout ce qui est en leur pouvoir pour conigcr les défauts des Indiens et améliorer leur état physique et moral.
Les produits des missions se composent de l'édul'alion du bétail, de la culture du blé, du maïs, des |K>is, des fèves et d'autres végélaux. Dans celles du sud, on cultive en outre la vigne et l'olivier. De tous ces produits, le plus lucratif est celui des bestiaux, dont la graisse et les peaux sont un important objet de commerce avec les navires étrangers qui arrivent sur lu rôle.
Il n'y a pas plus de six ans que ce commerce a pris une si grande extension. Auparavant, les directeurs des missions ne vendaient que la quantité de peaux nécessaire pour se procurer ce dont ils avaient besoin, et ne tiraient aucun parti du reste. A présent, ^ les marchands étrangers achètent chaque année trente à quarante mille peaux et à peu près autant d'arroltas (vingt-cinq livres] de graisse. Il n'y a pas de doute i|ue, dans quelques années, cette exportation ne puisse être doublée. Il sérail aisé aussi d'augmenter les produits du lin, du vin, de l'huile d'olive, du blé cl d'autres récoltes agricoles; maison ne cultive la terre qu'autant qu'il le faut pour alimenter les habitants de la mission.
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Villes. — 11 y en a trois, outre Monlerey. La plus populeuse est celle d'Angeles, qui compte environ douze cents habilants; celle de Suint-Joseph de Guadeloupe en renferme six cents; celle de Branciforle, deux cents. Elles ont toutes trois uo aspect fort irrégulier, chaque habitant ayunt construit sans aucune idée d'alignement sa maison où il lui plaisait. Le premier de ces pueblos est administré par un alcade ou juge, quatre regidores ou officiers municipaux, un syndic et un secrétaire ; le second a un alcade, deux regidores, un syndic et un secrétaire; le Iroisièiue, en i-aison de sa petite population, dépend du commandant de Monterey, capitale de la Californie, capitale composée de quarante à cinquante maisons elde deux cents habitants.
Les habitants des villes sont blancs. Pour les distinguer des Indiens, on les appelle la gente de raton (la gent raisonnable). Il y a dans les villes et les presidios delà haute Californie environ cinq mille blancs, qui pour lu plupart sont venus du Mexique, les uns comme colons, les autres comme militaires. C'est dans l'espace de cinquante ans que cette génération s'est formée.
Ces blancs sont, en général, robustes, vigoureux, li-ès-propres au travail. Mais leur bonne volonté est paralysée par les difficullés qu'ils trouvent à obtenir des propriétés territoriales.
I^ genl raisonnable est d'une fécondité extrême. Il est rare de trouver parmi elle uiT couple d'un certain âge qui ail moins de cinq à six enfants, et il en est beaucoup qui en ont douze à quinze ot qui jouissent du bonheur de voir des petit s-enfants. On vit
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lungtemps dans ce pays, où la pinparl des infirmités des autres contrées sont inconnues, li n'est pas rare d'y rencontrer des centenaires et des femmes qui, à nn âge déjà avancé, attestent, par leui' fraîcheur, la favorable action du climat. Les femmes sont ici remarquables par leur aciivîlé, par le cèle qu'elles apportent à remplir leurs devoirs de mères et d'épouses, par la décence et la propreté de leurs vêtements.
Ports bt cohhgrce. — Il y a dans cette contrée quatre ports principaux qui portent le nom des^ires'uiioi avec lesquels ils correspondent. Celui de San Diego est le mieux gardé. Celui de Sun Francisco est très-beau. Celui de Santa Barbara esttolérable dans ta bonne saison, mauvais le reste de l'année. Entre ces baies de premier ordre, il y a encore différents points où les navires peuvent jeter l'ancre, notamment Santa Cruz, San Ltits Obispo, et Refugio, San Pedro et San Juan.
Les navires marchands qui se rendent en Californie n'ont d'autre but que de se composer des cargaisons de peau et de suif, contre lesquelles ils donnent en échange diverses denrées exotiques. L'argent est rare en Californie. La seule monnaie qui y fût connue avant l'émancipation était celle d'Espagne, qui . s'emploie dans les transactions concurremment avec celle du Mexique.
Tel était à peu près, il y a une trentaine d'années, d'après l'écrivain espagnol cité par M. Bryanl, l'état de la Californie. M. Dupetil-Tbouars a publié sur ce pays d'autres détails plus récents. Nos lecteurs nous sauront peut-être gré de leur en donner un résumé. <Au temps de la domination des Espagnols, dit
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l'illustre mnrin', les deux Californies ont loujours été fort négligées; le gouvernement de lu métropole semblait n'allacher qu'une importance sccondaiie ù cette belle possession, ne l'occuper que par un esprit (le jalousie, comme pour l'enlever à un autre peuple. Il semblait en méconnaître la valeur agricole, et, satisfait de lui nommer des gouverneurs, n'y envoyait ni secours ni subsides. Les colons ainsi abandonnés ne se soutenaient que par leurs propres moyens et par la généreuse assistance des missions.
f Ces missions ont été le premier élément de prospérité matérielle, le premier mobile de civilisai ion de la Californie. Celles de la haute Californie surtout, grâce à la piété, à la vertu, à l'intelligence des franciscains qui les dirigeaient, méritent d'être citées au nombre des plus beaux, des plus nobles établissements dont s'honore le génie de l'iiomnie.
«D'immenses espaces de terrain étaient défrichés: des Indiens qui autrefois n'avaient qu'une existence vagabonde, sauvage, venaient, sous la paternelle autorité des religieux, courbant leur front de Sicambres, s'instruire à de sages leçons, occuper leurs bras à d'utiles travaux. Les uns étaient employés à la culture des champs, à l'irrigation des jardins, à la garde du bétail ; d'autres apprenaient les métiers de tisserands, de charpentiers, de menuisiers. En même temps, leurs enfants étaient élevés chrétiennement dans l'intérieur de rédifice religieux.
< Plusieurs missions avaient des revenus considérables; presque loutes étaient parfaitement adminis-
' Foyage île la Fénuê, t. Il, Paris. 1840.
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Irées, et les élrangers y trouvaient une généreuse bospilalité. Un des premiers effets de la réunion des Californies ù la république du Mexique a été l'abandoo des missions si prospères de ta haute Californie. Une partie des religieux qui les dirigeaient, n'ayant point voulu se soumettre nu nuuveau gouvernement, se sont retirés; d'autres sont morts. Plusieurs des missions ont perdu l'inlégralilé de leurs revenus; ce qui en reste est mal administré. Toutes sont ainsi dans un état de décadence fatal, et peut-être irréparable. La plupart des Indiens qui habitaient ces établissements sont retournés dans l'intérieur, au milieu de leurs tribus, e( ont repris, avec leur ancienne vie nomade, leurs habitudes de déprédation. Ils égorgent ou enlèvent les bestiaux, quelquefois pour subvenir à leurs besoins, quelquefois uniquement par esprit de vengeance.
* Les diverses tribus d'Indiens indépendunls dont se compose la population intérieure de la hante Californie se partagent le lerritoire à vingt ou trente lieues de la côte. Chacune d'elles établit ses buttes tantôt dans un endroit, tantôt dans un aulre, mais toujours en pbine, dans des lieux découverts, de peur de surprise, dans les localilés les plus favorables à la pèche ou à la chasse, et dans les limites de son dis- Irict. Chaque tribu a son langage particulier, parfois inintelligible pour les tribus voisines. Les sauvages sont latuués, el, comme parmi lousles peuples oii cet usage est répandu, le tatouage sert d'ornement el de signe distinclif non-seulement de tribu à tribu, mais dé famille à famille.
• Presque loussoni furt misérables, très-peu cou-
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verls, et en été sans vétemeals. Les femmes fiortenl des peaux de duim ou des espèces de couvertures ^ites en tissus de plumes, très-brilbnles et trèschaudes. Elles Taçonnent, avec les plumes des oiseaux les plus rares et des couleurs les plus variées, des coiffures et des ceintures pour leurs chers. Passionnées pour la parure, elles se percent les oreilles de Taçon à y faire entrer des morceaux de bois ou d'os sculptés et creux qui leur servent d'étuis. Elles pendent aussi à leurs oreilles des boutons, des coquillages, des morceaux de nacre.
f Les Indiens qui habitent dans le voisinage des missions et des presidios élèvent des bestiaux, cultivent des pommes de terre. Les Indiens nomades ne se nourrissent que de glands de chênes et du produit de leur chasse ou de leur pèche. La contrée sur laquelle ils sont répandus est pleine de gibier ; les lacs, les rivières qui l'arrosent renferment une quantité de poissons de différentes espèces; lesi>ords de la mer sont parsemés de coquillages, parmi lesquels on remarque i'haliotis géant, qui est un très-bon moyen de subsistance, et qui renferme parfois dans ses écailles diaprées de jolies perles.
( Ces Indiens indépendants excellent à la chasse el y emploient toutes sortes de stratagèmes. Un des plus curieux est celui auquel ils ont recours dans la chasse au daim. Ils s'affublent d'une peau de cerf garnie encore-de son bois, ou vont dans les clairières oii ordinairement la plante de moutarde s'élève trèshaut, se cachent le corps le mieux possible, el, par le mouvemenl qu'ils impriment à. leur léte, ont l'air de brouter. Ils imitent si bien !a panlomime et les
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VOÏAGE EK CALIFOSNIE.
cris des cerfs, que les pauvres animaux trompés s'approclienl sans dcGunce, et, dès qu'ils sodI ù une bonne portée, les perfides Indiens leur décochent leurs flèches. Si, sous le dard lancé par une main habile, le cerf tombe roide mort, la chasse continue, sinon le cerf blessé s'enfuit et entraîne à sa suite loul le troupeau.
t Les arcs dont se servent les CalifornieDs ont un mètre de longueur et sont fort difliciies à tendre. Par là même, ils ont plus de ressort et de portée. Les flèches, faites d'un bois léger, ont quatre-vingts fi quatre-vingt-cinq centimètres de long. A l'une des extrémilés est un morceau de silex ou de verre volcanique taillé eu fer de lance et denlelé de chaque côté; à l'autre, elle est garnie de quatre barbes en plumes de dix centimètres de longueur sur quinze millimètres de hauteur. Quelques personnes affirment que les Indiens empoisonnent parfois leurs flèches, les unes disent avec du venin de serpents, les autres avec le suc de Vyedra, espèce de lierre qui ne se trouve guère que dans la haute Californie. On ajoute que cette plante n'est un poison que pour l'homme, et que le vent même qui a passé sur sa tige a une dangereuse influence sur certains individus; mais aucun de ces faits n'est positivement constaté.
I Les Indiens ont le leintd'une couleur rouge foncé tirant sur la suie, les cheveux noirs et plats, les yeux petits, la bouche grande, les pommettes des joues proéminentes, et un air stupide. ils sont ordinairement petits et grêles. I^es femmes sont, en général, laides et sales, mais elles ont des dents d'une blancheur éclatante. Elles porlent leurs cheveux Qotlants
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34 VOVAGE EN CALIFORNIE.
sur leurs épaules; leur vêtement se compose d'un» espèce de jupe ea forme de sac, ou d'une couverture. Pour toute chaussure, elles n'ont qu'un morceau de peau de bœuf altachc sur le pied.
f Ces indigènes n'ont aucune industrie; ils fabriquent seulement des paniers d'un tissu assez serré pour tenir l'eau et pour y faire cuire leurs aliments, ils fabriquent aussi des coupes gracieuses ornées à l'intérieur de plumes de différentes couleurs et de coquillages nacrés. *
Depuis le passage de H. Dnpetil-Thouars en Californie, la révolution dont il avait vu les premiers indices s'est accomplie. 1^ Californie ne subira plus les fatales conséquences de l'ignorant et turbulent gouvernement du Mexique; elle appartient aux Étals- Unis. M. Bryant a été témoin des derniers incidents de celle révolution, et en a mêlé le récit aux minutieux et scrupuleux détails de son itinéraire.
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