Voyage en Chine Cochinchine Inde et Malaisie
Aorii^n pnmmerce de la Chine avec lea paya élran^era. — I.e port de Canroii. Arrivée et commerce dea Portugala en Chine. — Arrivée dea Ilollandala, des Kapagnola, dea Krançaia. — Relations commerciales de la Russie et de l’Amériiiue avec la Chine. — Ijîs Anglais en Chine. — Premières tent.vtives de la Compagnie des Indes dans ce pays. — Origine des hanistes. — Trafic de l’opium. — Guerre de l’opium. — Traité de Nankin.
.\vonl de m'occuper du commerce aeluel de la Chine, je crois devoir dire quelques mots de .son commerce ancien, de ses premières relations avec les divers pays de l'Europe, et des grands événements qui ont ouvert aux nations étrangères cinq ports de cet empire.
Il pnraitqiie les Gri*cs et les Romains, tout en n'ayant
VOYAtK EX nilNE:. — T. III. 1
qucdes notions fort vagues sur la Chine ctsur sa position géographique, eonsoinmaient déjà des produits manufacturés dans ce pays. Rome, à l’époque de sa grande opulence , en recevait de précieux tissus de soie , au moyeu des caravanes qui traversaient alors la Boukliorie et l'Inde. Quelques auteurs prétendent aussi que, dans des temps très reculés , des jonques chinoises allaient porter les marchandises du Céleste-Empire jusc|ue sur les côtes d’Arabie.
Deux voyageurs uinhomélans qui visitèrent la Chine au IX® siècle, l’un en 8o0 et l’autre en 877, ont laissé une relation qui a été traduite de l’arabe, et où l’on trouve des renseignements très curieux sur le commerce ancien de ce pays. Il parait, qu’à cette époque déjà , les négociants étrangers étaient en butte à d’assez mauvais procédés de la part du gouvernement chinois. A peine leurs navires venaient-ils mouiller dans quelque port, qu'on faisait main basse sur leur cargaison, pour la transporter dans un entrepôt où elle séjournait souvent pondant six mois. Puis la douane prélevait trente pour cent en nature , et rendait le reste au propriétaire, qui était libre alors de procéder à la vente. Les Chinois exerçaient souvent les plus mauvais traitements envers les étrangers qui. cependant, jouissaient, en ce tcmps-là , d’une faculté qui leur a été enlevée depuis, celle de voyager d’un lieu à un autre, munis de passe-ports. Si l’on a gagné de nos jours en liberté commerciale, on a perdu, sous ce rapport, en liberté in-
ANCIEN COMMEBCF. DF, LA CHINE. iï
dividuelle. I,«s deux voyofrcui's arabes disent que lo commerce étranger se faisait alors à Canfoti, ville située sur un grand ileuve, et désolée par de fréquents incendies. Quelques auteurs ont reconnu Canton dans ' celte description. D’autres prétendent (et c’est aujourd'hui ta version lo plus accréditée) que c'était Kanpou, villesituéeà dix lieues de Hang-tcliaou, et dont le port est maintenant détruit. Le p, qui n’existe pas en arabe, était changé en f dans le manuscrit qui parle de Kanfou. ]l parait, d’après les annales chinoises, que Kanpou servaitdéjhdeportaux navires caboteurs vers l’an 506 de notre ère. Sous la dynastie Tang, du vi' au ix* siècle, il y avait h kanpou un officier chargé de prélever les droits de douane. Vers l’an 720, ce port devint le siège d’une amirauté, et, un peu plus tard, celui d'un tribunal de commerce chargé de statuer sur les différends entre marchands étrangers et indigènes. Sous la dynastie Sung, Kanpou et Hang-tebaou, sa voisine, commerçaient , dit l’histoire, avec toutes les nation^ par delà les mers, dans les quatre parties du monde.’ Le Vénitien Marco-Polo, qui visita Kanpou dans la seconde moitié du xiii" siècle, parle de la bonté de son' port où viennent mouiller tous les navires ehargés de marchandises de l'Inde pour la Chine. Il paraît donc . que, dès cette époque, le grand commerce extérieur de la Chine se faisait par mer. Vers la fin du même siècle, le fameux Ibn Batuta rencontra des jonques chinoises qui commerçaient sur la côte de Malabar. Il parle, dans
VOtACE EN CHINE.
sa relaliol) , des riches productions de la Ciiine, de la cullure du mûrier , de l’éducation des vers à soie, et d’un papier monnaie qui avait cours à celte époque.
Quand les Portugais parurent pour la première fois à Canton, en cette ville était devenue depuis
longtemps le grand port des navires étrangers. Perez de Andradc alla mouiller, l’année suivante, à Whampou, et de là, envoya un message aux autorités de Canton, ù l’effet d’obtenir la permission de commercer dans cette ville. Il reçut une réponse favorable, et se rendit à Canton. Mais la lenteur des formalités et la nouvelle du pillage de quelques uns de ses navires aux environs de Macao, par des pirates, le déterminèrent à retourner à AMiampou, et à y terminer promptement ses opérations mercantiles. Quelques années plus tard, les Portugais créèrent à Ningpo, comme nous l’avons dit ailleurs, un établissement qui arriva assez promptement à un haut degré de prospérité , surtout par le commerce qu’ils y entretenaient avec le Japon. Mais leur mauvaise conduite les en fit chasser en J5-Î5. — Quelques Portugais étaient venus chercher un asile à Macao dès \ . Grâce
ù un tribut qu’ils payèrent ù de petits mandarins , leur commerce , sur ce point, acquit une certaine importance ; et vers J 580, leur établissement de Macao devint le centre de leurs opérations dans ces contrées.
^ En 1582, les Portugais, dont le nombre et le com-
ANCItN COMMKRCE DE LA CHINE. 5
iiierce au^jmenlaient d’une manière rapide, se virent in»;nacés par les autorités de Canton, qu’ils calmèrent promptement par de riches présents. Moyennant un tribut annuel de 12,000 piastres, qu’ils s’eiifragèrent à payer h ces mandarins, ils obtinrent la faculté d’aller commercer à Canton une ou deux fois jiar an.
Vers la fin du xvii* siècle, les pirates exercèrent de tels ravages dans la mer de Chine, que l’emiiercur se vit obligé de suspendre la navigation. Les Portugais eurent recours à tous les moyens pour se soustraire à cette interdiction : ils envoyèrent des cadeaux, puis une ambassade à Pékin, dans le but d’obtenir de nouveaux avantages commerciaux, mais leurs demandes furent rejetées, après que leurs représentants eurent subi les exigences les plus humiliantes du cérémonial de la cour.
En ^726, le Portugal envoya à Pékin une nouvelle ambassade, avec des présents considérables. Le chef de cette mission fut très bien reçu cette fois par l’émpereur, qui lui remit, de son côté, des cadeaux pour le roi de Portugal. Mais on n’obtint aucun avantage pour l’établissement de Macao.
En -1750, le gouvernement chinois adressa aux Portugais une sommation qui restreignait encore singulièrement leurs libertés. Il leurdéclarait, en même temps, que s’ils ne souscrivaient pas à cet ultimatum, ils n’avaient qu'à quitter la Chine.
Pour se soustraire aux dures conditions qu’on pré-
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VOVACt tUI.>E.
tcudail lui diclei', le gouvernement portugais se vit contraint à envoyer une troisième ambassade dons le Ccleste-Empirc. Elle n'eiil pas plus de succès que les précédentes. Le coin ineree de Macao diminua de plus en plus, par suite de la politique étroite des autorités portugaises, qui se virent bientôt réduites à prendre ratliuule la plus humble et la plus soumise vis à vis des mandarins chinois. Nous |Kirlerons, un |>eu plus loin, de l'état actuel du coininorce des Portugais en Chine»
Les Hollandais furent, après les Portugais, le premier peuple d'Europe «pii tenta de traüquer en Chine. Us s'y présentèrent, dit-on, en 'ibU-l, et rencontrèrent de grandes diflicultés dans le coininenceiiient. I>.‘ur établissement a Formosc, en 162'!, leur perinildedonncr quelque extension à leur commerce; mais ils en lurent chassés, comme nous l'avons dit, par les Chinois, en ‘1602.
conquête de l'empire par les Tartores Mantclious, on -164-!, fut un événement funeste pour le commerce européen, que la défiance et la barbarie des nouveaux gouvernants confina dans Canton. C’est de cette éjH)que que. date le système de restrictions commerciales et de tracasseries méthodiques, suivi si longtemps àl'égard des étrangers.
Les Hollandais, peinés de se voir exclus d un aussi beau marché que la Chine, y envoyèrent, en -1655, do Batavia, une mission commerciale qui avait à sa tète
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ANCIEN CO.MMEKCK DE tA CHINE.
deox iiotaliles iiûgocianU, Pierre de Goyer et Jacob de Keyzer, accompagnés d’une suite nombreuse, cl cbargis de riches présents, et surtout des produits les plus parfaits de rindtislrie européenne. La Jalousie des Portugais mit tout en œuvre pour préparer un mauvais accueil à cette ambassade. Elle fut obligée d’attendre peodaot quatre mois, à Canton, que l’empereur l’atstçfisftt ialler, plus loin. Eniiii elle reçut de Pékin u^lettit 4^ souverain, qui accordait à la Hollande le de Kberté commerciale qu'aux autres nalio^'eiqw permettait à ses envoyés de se présenter devant loi. Mais les intrigues des Portugais continuèrent, et les ambassadeurs., à leur arrivée à Pékin, furent très désagréah^eoieat surpris de . ne pas obtenir de l'empereur, qui leur ht* du reste, un assez bon accueil, la faculté de Coqiœercer librement dans la seule ville de Caatuu, cquuue ils étaient en droit.de l'espérw, d'après le greniar message qu'ils y avaient reçu. La mis»on copar UMtroiale s'en retourna fort désappointée à Batavia, où l'on fut très mécontent do résultat de l’expédition.
En -I6G4, la Hollande envoya à Pékin une nouvelle ambassade, ayant pour chef un conseiller des Indes, Pierre de Horn, avec un nombreux personnel et de riches présents. Elle fut reçue par l’empereur Kapg-Hi, et lui demanda, pour la Hollande, la faculté de commercer librement à Canton, ainsi que dans les principaux ports du Fo-Kien et du Tché-Kiong; d’y entretenir des entrepôts et d’y faire des opérations avec toute
VOTiGE EN CHINE.
espèce de indrcliaiuis. La ré|)onse de la cour de Pékin fut encore défavorable.
Pendant le xviiie siècle, les navires de commerce hollandais furent admis dans le port de Canton, comme ceux des autres nations. En '1762, il se forma à Canton une factorerie hollandaise permanente.
En -1794, M. Van Braam, chef de la factorerie, fut envoyé comme ambassadeur à Pékin. On ne voit pas que cette troisième et dernière mission ait eu le moindre résultat favorable aux intérêts commerciaux de la Hollande.
I.es Espagnols pareinreiit, dès le commencement du XVI* siècle, à établir un commerce assez actif entre la Cbinc et leurs colonies des Philippines. Ils créèrent également, dans la partie septentrionale de Formose, une factorerie d'où ils ne lardèrent pas à être chassés par les Hollandais. Mais bientôt leurs navires commencèrent à se montrer fréquemment à Canton, à Macao et à Amoy. Manille entretient encore aujourd'hui un commerce assez actif avec ce dernier port.
C’est vere 4 7.10 que la Suède et le Daneniarck entrèrent en relations avec le Céleste-Empire. En 4 750, C.anton fut visité par un navire danois, deux suédois, neuf anglais et deux français.
Les relations de notre pays avec la Chine eurent toujours un caractère beaucoup plus religieux que commercial. Un navire français était venu, en 4 560, mouiller dans la rivière de Canton ; ses coups de canon
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causèrent une telle frayeur aux habitants du pays, que les autorités crurent devoir en rendre compte à la cour de Pékin, qui ordonna l’interruption du commerce pendant un certain temps.
Le nombre des navires français (|ui parurent dans les mers de Chine, pendant le xvii,, siècle, fut peu considérable. En -1728, un agènl français obtint l’autorisation de fonder une factorerie à Canton. Mais lorsque le premier navire arrivé depuis la création de cet établissement, fit voile pour retourner enFratice, il s’éleva entre les mandarins et notre agent une contestation assez sérieuse, au sujet de certains droits que celui-ci se refusait à payer. On le mit en prison, mais, grâce à l’intervention des jésuites français de Pékin, il ne tarda pas à recouvrer sa liberté et à quitter la Chine.
En 1745, les bâtiments français obtinrent la permission de débarquer leurs marchandises à Whampou, en payant cent taël par navire. Il n'en arrivait guère plus de deux par an, chargés de draps, d’argent, de lunettes, de fils d’or et de quelques autres menus articles. I.<eur cargaison de retour se composait de thé, de soie grége, de rhubarbe, de nankins et de porcelaines.
Depuis cette époque jusqu’à la fin du xviii^ siècle, nus navires continuèrent à venir en petit nombre en Chine, et à y commercer sans éprouver de difficultés de la part du gouvernement.
En 4754, à la suite de quelques désordres survenus entre des matelots français et anglais, la petite île qui
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porlc eitfore aujourd'hui leuuiii de Folie française, fui assignée comme séjour aux premiei-s, et sa voisine, la Folie danoise, aux seconds. Il parait qu'il existait à cette époque un conseil de direction chargé de représenter la France en Chine. Le premier consul de France à Canton fut M. P.-C. \ auquelin, qui entra en fonctions en 4777. M. Piron, subrécai^ue en chef de notre factorerie, fut nommé agent du gouvernement français en 1802. Le 16 janvier de l'année suivante, il lit hisser, pour la première fois, le pavillon tricolore, qui ne flotta que pendant peu de temps. M. de Guignes remplit, sous l’Empire, les fonctions de consul de France à Canton. Le gouvernement de la Restauration ne se décida que vers 1829 à y faire accréditer un agent. Ce fut M. Gernaërt, qui revint le premier y l'emplir les fonctions consnlaires, et ce fut lui qui, après un intervalle de trente ans, arbora de nouveau le pavillon tricolore en face de la factorerie française.
I.es relations de la Russie avec la Chine datent de la fin du xvii* siècle. Le premier de ces deux empires étendit ses possessions orientales sur les rives de l'Amour, en 1650, et s’avançant vers les frontières de la Chine, la menaça par une suite de forts qui s’élevèrent sur ses nouvelles limites.
Après des négociations assez longues, mais sans ré sultat, les deux nations en vinrent à des hostilités en 1680. Les Chinois attaquèrent les forteresses russes, dont quelques unes tombèrent en leur pouvoir, mais iis
coMMtac». i>e ea «-.iiInf. 11
fureul hienU)t repoussvs pur leu Demi. Ou couviuleuiiu, de part et d’autre, de nommer des umbnssudeurs pour régler les points en contestation, et il lut décidé que ce serait à Nipcliu, ville russe située sur la frontière, que les négoeiutions auraient lieu. Un traité de paix, lixaut les limites des deu.\ empires, (ut conclu le 7 septembre >1089. Uar ce traité, la Russie perdit plusieurs de ses possessions, ainsique la navigation du lleuve Amour, ^ qui, plus tard, lui fut devenue d’une extrême utilité.
Picrre-le-Grand envoya en IG92 un ambassadeur à Pékin, afin de donner plus d'extension au commerce de son empire avec la Chine, commerce qui se faisait |)ar caravanes, et qui n'élail pas sullisamment protégé pur le gouvernement chinois. Cet ambassadeur fut très bien reçu par rcm|>ereur Kanglii. Mais sa mission ne |mrail pas avoir eu grand résultat.
De nouveau.x établissements russes ne turdèreiit pas à s'élever sur les bords de l' Amour, et furent la cause de nouvelles coutestations entre les deux gouvernements, ce qui détermina Pierre-le-(irand à envoyer à Pékin un second ombassadeur en >1719. Il y fut bien reçu. Des présents furent échangés. L’empereur de la Chine adressa à l'empereur de Russie une lettre amicale, et l’envoyé moscovite, Ismaîloff, obtint Pautorisation de loisser son secrétaire à Pékin. Mois celui-ci fut soumis à toutes sortes de vexations après le départ de son chef, et fut retenu prisonnier dans sa maison pendant plusieurs mois. Ayant adressé au premier mi-
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iiistre de l’cinjiire qiielijiies réclamations i*elntives au commerce des caravanes, il reçut pour réponse « que le commerce était méprisé et considéré comme une chose sans importance par le (jouvernemenl chinois, et que les caravanes n'auraient jamais dû être admises dons le Céleste-Knipire; (|ue les marchands étrangers venaient en Chine pour leur protit, et non pour celui du peuple chinois ; qu’on ne ferait pas droit à la demande de l’agent russe, et qu'il ne devait plus désormais se donner la peine d’^adrcsser au gouvernement aucune proposition relative au commerce, parce que l'on ne recevrait plus de marchands russes. » I/agent que l’ambassadeur de Pierre-le-Grand avait laissé à Pékin retourna en Russie, et pendant plusieurs années les caravanes cessèrent de se rendre en Chine.
Kn 1728, après la mort des deux empereurs, un nouveau traité fut conclu entre la Russie et la Chine. Il fut stipulé dans ce traité que les caravanes recommenceraient leurs voyages, qu’on hétirait à Pékin une église russe; que quatre prêtres et six jeunes étudiants russes hahiteraient aussi celte capitale, ces derniers dans le but d'y apprendre 1a langue chinoise, et avec la faculté de retourner dans leur pays quand leurs études seraient achevées. Le collège russe,, fondé à cette époque, à Pékin , existe encore aujourd’hui.
Le commerce des caravanes fut loin de donner des hén éiiees. I^s Chinois n’offrirent aux Russes que la moitié delà valeur des fourrures qu’ils leur apportaient,