CHAPITRE II
4.C ho-pou ou snrinlendanl de la douane de Canloo. — Les linguistes. — Les hanisles. — l.es outside-merehants, — Poids et mesures. — Monnaies.
— Argcnl süï-ci. — Taux de l’inlérèt en Chine. — Monis-de-piétë. — Banquiers. — Lctlres de change en Chine. — Papier-monnaie. — Caractère des marchanils de Canlon. — Commerce de Canton avec les provinces circonvoisincs. — Remises de Chine en Europe. — Change. — Cours de l’argent à Canton. I>rix du fret. — Frais de commission divers.
— Prix de diffiSrcnlcs denrées à Canton. — Salaires des domestiques et des ouvriers. — Loyers des maisons. — Compradors. — Mouvement commerrial de Canton en I8t l et tlM5.
Des cinq ports chinois ouverts au coiiimerce élran- }Ter, ('.antnn est toujours celui que visitent le plus f^rand nonihre tic navires, où se traitent les afraires les plus considéruhlcs, où résident le plus d Européens. Ce sera donc de Canton que je m’occuperai en premier lieu.
I-:i haute direction du commerce de cette ville est conlice au ho-poti ou surintendant des douanes. Il est charjré de recueillir le produit des droits d’entrée et de sortie, et d'exercer nue surveillance active sur tout ce qui SC ruilachc à larnavi^ration et au commerce élran-
r.OMMEBCr. IIP. r.i\TO\.
ger. Sou traitement n’est <jue d’environ ^ 8,000 francs par an, mais il a dans les recettes de lu douane un intérêt auquel il lui est très fnpile d’ajouter bien d’autres bénélices, pour peu qu’il se conforme aux traditions administratives de son pays. On considère la place de hopou à Canton comme une des plus lucratives de l’.empire, et l'on en porte le revenu à deux millions de francs ; aussi le souverain ne l’accorde-t-il d'Iiabitude qu’à des favoris dont il veut assurer la fortune. Ils sont toujours Tarlares-Manicbous et font ordinairement partie de la maison de l’empereur.
Le lio-pou a sous ses oi-dres une espèce de milice dont le service se rapproclie beaucoup de celui de nos douaniers. Ses bureaux de Canton sont dirigés par un comiiiis en chef nommé king-chiny, sous lequel travaillent une centaine de chu-pan ou d’employés subalternes,
Il est bon de noter ici que beaucoup de petits navires, de iHiteaux et de lorebas esquivent aujourd’liui la visite de la douane, en s'arrangeant avec certains mandarins qui consentent, à fermer les veux moyennant une remise bien inférieure au droit qu’on aurait à payer si l’on se conformait au traité. Ce fait est connu de tous les négociants de Canton.
Il existe une classe d'agents qui servent d’intermédiaires à la douane et aux négociants étrangers : ce sont les linguistes, hommes actifs et intelligents, employés comme interprètes par le ho-pou. Avant la guerre de l’opium, fis remplissaient des fmiclions
TOYACE ES CRISE.
déterminées par le gouvernement, auquel ils payaient une patente très chère, ce <]iii ne les empêchait pas d’être en hutte à toutes sortes d’exactions. Chacun était imposé à environ 7"), 000 francs. Lors des changements dans le régime commercial, qui suivirent le traité de Nankin, on chercha à supprimer les linguistes} mais leur utilité incontestable comme interprètes et comme agents de la douane, fit survivre leur institution. Ce sont eux qui procurent aujourd’hui les permis de (lébarquement, qui prennent note des droits à acquitter pour les diverses marchandises, qui en surveillent le déchargement, et qui paient les menus frais de toulees|)èce dont les capitaines leur tiennent com])le ensuite. Ce sont eux encore qui fournissent les bateaux employés pour le transport des colis depuis VVhampou, où les grands navires restent au mouillage, jusqu’au débareadèré de Canton. Us ont droit à u'iie .somme de 15 piastres par bateau, d’abord |M)ur le louage de l'embarcalion, et ensuite, h titre d’indemnité, pour les soins qu’ils prennent en assistant a la visite des marchandises h la douane. Ils ont aussi leur bénéfice sur les exportations, mais c’est alors le vendeur chinois qui leur remet une prime dépendante de In nature de la marchandise.
On compte aujourd’hui cinq hong ou établissements de linguistes à Canton : ce sont ceux d’OId Atom, de Young Atom, de Y^oung .Ahin, d’Apoy et d’Alnusaî. Chacun a son chef attitré, mais possède en outre un certain nombre d’agents et de commis, qui suifisent à
COMMERCE DE C»MTON.
peine aux nombreux élranpers forcés d’avoir recours à leurs services.
Il arrive fréquemment que des personnes nouvellementnrrivéesà Canlon,et qui ont été à même, dansleui's rapports avec la douane, d'apprécier l'intelligence et l’activité d’un linguiste, s’en servent encore comme d’interprète auprès des marchands chinois avec lesquels elles ont affaire. Il n’est pas rare, en pareil cas, que d’agent douanier il devienne courtier de commerce ; mais il dépasse alors ses attributions et joue un rôle qui ne lui appartient pas. Il fautseméfter de cette tendance qu'ont tous les guides et interprètes cantonais à s’immiscer dans des transactions pour lesquelles ils devraient simplement faire fonctions de traducteurs. Le génie commercial est tellement inné chez les Chinois, qu'ils ne peuvent consentir à rester neutres dans une affaire qui se conclut eu leur présence ; ils trouvent toujours un petit coin pour eux entre l’acheteur et le vendeur, et s'y placent avec un art merveilleux, et avec l’intention bien arrêtée de faire plutôt manquer le marché que de le voir conclure sans obtenir une honnête remise, qu’ils se gardent bien de recevoir en présence de l'étranger.
On trouve encore des guides et de.s interprètes parmi la plupart des marchands de second ordre, établis dans les rues et dans les passages qui avoisinent les factoreries ; mais il importe d’étre circons{>ect dans son choix , autrement on s’exposerait à toutes sortes de mécomptes. Les opéraiioivs importantes s" font par l’entremise de
VOTA()F. Er< CHINE.
i^iiiisoiis éli'ai){{êrc>s respectables , depuis longtcuips établies en ('.bine, ou bien par celle de marcbandscaiitoitais jouissant d'un crédit bien connu.
On saitque les /long-mrrcAan/jou banisles,quiétaient jadis les courliei's de tout le commerce extérieur et les cautions du paiement des droits de douane, aussi bien que des dettes des (Chinois envers les étrangers, ont vu leur monopole aboli par le traité de Nankin. Ils étaient à cette époque au nombre de dix, savoir : le fameux Hon-.koun, qui paya, à lui seul, 8;>0,t)00 piastres pour la rançon de Canton; Maou-koua, i’ouang-kékoua, Gokoua, king-koua, Sao-koua, l’oun-hoï-koua, Ming> koua, Sam-koua et Fou-laï.
Ils ont conservé unegrande influence dans lecommeree, mais ils ne la doivent [dus qu’à leur fortune et à leur expérience.('.eux des anciens banistes qui font encore des affairesaujourd'bui sont : Sam-koua, king-koua, Maoukoua, Fou-taï et Fouang-kékoun. Hou-koua, le fils, homme puissamment riche et jouissant d’une haute réputation de proinlé, ne se livre plus que très peu aux spéculations. Poun-ting-koua, personnage à double face, moitié négociant et moitié fonctionnaire, est bis d’un ancien marchand hong nommé Old-ting-koua. Son nom ne parait plusdans les opérations mercantiles qui se font pour son compte; il est représenté par Tching- koua, son agent principal, son homme de conflance, assisté de quelques autres individus qui sc distinguent autant par leur parfaite connai'-sonce delà langue anglaise et
rOMMFRf.F. DF. c:aNTO\.
des usages européens, que par leur profonde expérience et leur babilelé commerciales.
[..es anciens hanistes sont toujours employés comme intermédiaii'es dans beaucoup d'opéralions, mais les oufside^nurchanlê, c’est à dire les marcbands qui n’étoient point patentés à l’époque du privilège, ont acquis une immense importance. Il est difficile de déterminer la jwrt exacte que ces deux catégories de négociants prennent aujourd’hui ou commerce étranger ; d’après l’opinion de personnes dignes de foi que j’ai consultées à cet (>gard, opinion basée sur des calculs approximatifs, le chiffre total des affaires traitées par les anciens banisles ne formerait plus actuellement que la moitié de celui des opérations passant par les mains des autres gros marcbands.
Les transactions des outside-merchants, comme celles des km ff^erchant» , se soldent le plus souvent en échan* ges ; il n’y a guère que les petits boutiquiers qui se règlent toujours en espèces.
Beaucoup de personnes assurentque le gouvernement chinois exerce encore aujourd’hui une influence secrète sur le commerce de Canton par le moyen des hanistes. On ajoute que, lors du premier paiement de l’indemnité stipulée par le traité de Nankin, les hong-merchants ayant été convoqués par un haut fonctionnaire, et informés delà fôrte contribution dont leur compa-' gnie était frappée, firent immédiatement baisser les prix des marchandises importées par les étrangers, et hausser
TOYAGC KN CHINE. — T. III.
VOTAGE EN CHINE.
ceux des articles d’exportation, en annonçant à tous les commerçants cnntonais qu'il leur était prescrit, sous peine de mort, de ne point dépasser les limites des prix établis; d'après cela, ce seraient, en définitive, les négociants anglais, et non pus les Chinois, qui auraieut payé à la Grande-Bretagne les frais de guorre et l'indemnité pour l’opium. Un tel expédient serait, du reste,, parfaitement conforme à l’esprit chinois, qui sait, en apparence, admirablement se plier aux volontés, à la colère et aux exigences de l’étranger ; mais qui a des ressources inlinies pour eu éluder le résultat final, et pour faire touruer à son avanfage ce qui semble devoir profiter à la partie adverse. Ce peuple a porté la diplomatie pratique et vulgaire à uu degré inconnu aux Européens.
Quoi qu’il en soit, la suppression du monopole des hanistes a dû profondément modifier les conditions du commence caolonais. Si, dans le principe, queh|ues personnes ont été portées à l•egrelter l’ancien ordre des choses, en se trouvant tout à coup sans garanties en présence de marchands dont elles ne connaissaient qu’imparfaitement les lubitudes et le caractère, peu à peu elles se sont familiarisées avec lu situatiou nouvelle, et à mesure qu’elles ont avancé dans la connaissance de la Chine commerciale, lu confiance leur est revenue et les affaires ont pris une marche plus régulière.
Aujourd’hui on ne révoque plus en doute les avaii-
COMMERCE DE C*NTO?(.
SI
loges pésiilloDt pour les étrangers, comme pour les indigènes, de l'aboliliuii d’une compagnie privilégiée qui faisait chèrement payer les garanties qu’on y trouvait, et dont la responsabilité engageait des capitalistes peu scrupuleux à se livrer à des spéculations nsuraires qui nuisaient beaucoup au commerce européen.
I.es magasins destinés à recevoir les marcbandises importées sont, pourla plupart, situés sur les bords delà rivièrede Canton; ce sont ordinairement de longs et laides hangars sans planchers, divisés en plusieurs corps par des murs en briques. On y dépose souvent de grondes quantités de marcbandises qui y attendent un acheteur en toute sécurité, (-’cstiindes traits distinctifs et un des côtés honorables du caractère des Chinois, que leur respect pour les objets qui leur sont donnés en dépôt.
prix du magasinage est généralement à la charge de l'acbctcur, qui indique souvent au vendeur, avant que sa cargaison ne soit arrivée de Wliampou, le local où il désire qu’elle soit dé|)osée.
Kxaminons maintenant les poids et mesures , les monnaies et les divers usages commerciaux de Canton.
Les Chinois ont pris pour base de leur système de poids celui d’un grain de millet, qu’ils ont considéré comme invariable, et auquel ils ont donné le nom de chu. 10 chus font ^ lui, tO luis font t tchu, 24 tekus 4 laël, tO taëls I caltie, 2 catties 4 yin, 30 catties