VOYAGE CHINE
leur cl caissier tout à la fois. Sur lui pèse une partie de la rcsjionsabilité financière de rétablissement : aussi en exige-t-on de grandes garanties de moralité. Les noms des compradoi's se trouvent inscrits sur les registres de la police, qui exerce su surveillance sur eux. Ils ont à payer une patente assez considérable au gouvernement, et se trouvent souvent frappés d'impôts extraordinaires. Ce sont généralement des hommes d'une conduite très réglée cl d’une intégrité ù toute épreuve. Lors de la guerre de l'opium, au moment où tous les étrangers s'étaient enfuis de Canton, le compradur de la maison John Russcl et C'* avait disparu avec une somme de cinquante mille piastres dont il était dépositaire, et qu’on ne s’attendait plus ù jamais revoir. Quand la bourrasque fut passée, et que les négociants revinrent habiter les factoreries, on ne tarda pas à voir aussi reparaître l' honnête comprador avec tout son argent : il s'était sauvé à la campagne, où il avait mis en lieu de sûreté son précieux dépôt.
Les compradors ont l’habitude de faire marquer les piastres par des coulis qui leur sont subordonnés. Ils ne reprennent jamais comme mauvaises des pièces sur lesquelles on ne peut pas leur montrer leur marque. Quand ils reçoivent des paiements, ils emploient toute leur expérience cl toute leur sagacité à examiner, à analyser, à |)cser les piastres qu'ils frappent et qu'ils retournent dans tous les sens, afin de s'assurer si l’on n’a pas rempli de plomb les interstices produits par l’es-
COMMERCE DE C4NTON.
lainpille. ce qui n’arrive que Irop souvent. Si cependant les personnes auxquelles ils passent ensuite ces piastres y reconnaissent quelque défaut, et les leur renvoient, ils n’éprouvent, de leur côté, point de difficulté à les faire reprendre à ceux dont elles leur viennent, grâce à leur marque, qui possède, comme on le voit, tous les avnnta(ycs d’un endossement.
Iæ gouvernement chinois a flxé de In manière suivante, après essai, la valeur relative des diverses monnaies étrangères employées à acquitter les droits de douane, en prenant pour base des évaluations un poids délerminé d’argent saîci pur, et en indiquant le poids équivalent des monnaies étrangères.
Pour ^00 taëls (poids) d’argent soici pur.
109 taeU (poUU) * minces, U c.indarines, 0
id.
4 id. 5
cach do roupiou.
il. de pioalres péruviennes, c mexicaines.
• Miviennes.
« cliiiienncs.
• marquées.
Ce sont des banquiers du gouvernement qui touebent les sommes à la douane, en remettant un re(;u à la personne chargée d’acquitter les droits.
Une grande source d’embarras pour l’élrauger en ^ Chine, c’est la différence des usages coinmercianx et du cours des monnaies dans les divers ports.
Ainsi, la piastre clioppée ou marquée, si rccbercbée
VOViRI-: CHtNË.
à Canton, est refusée par la plupart <ks marcliands du .Nord. C’est à peine si on l'accepte à Ctiusan, et quel» quefois à Ningpo. A Ciiang-haï, on n’en veut à aucun prix, pas plus que des piastres des républiques de l’Âmérique du Sud, qui , |>ar contre , sont très bien vues à Ning-po et à CInisan, mais subissent une légère perte à .4inoy, uù les piastres clioppées seront probablement reçues, sous peu, avec beaucoup de facilité, grâce au voisinage de Canton. Du reste, les habitudes financières du Noivl, quant aux monnaies étrangères, sont encore peu enracinées, et, par conséquent, susceptibles d'étre modifiées. Les niarebauds hésitent, et paraissent attendre, pour se prononcer définitivement sur l'avantage de telle ou telle monnaie, que le commerce étranger leur soit plus connu et [dus familier. Plusieurs personnes m'ont assuré que nos pièces de cinq francs, dont on ne veut pas à Canton, seraient très bien reçues dans quelques uns des autres ports. C.e serait un essai à tenter.
La piastre la plus estimée des Cantonais etdesMacaïstes est celle de Charles IV; elle a de 5 à 15 p. 0/0 de prime chez les négociants européens , lorsqu’elle n’est point clioppée. Le.s Ferdinand Vil sont moins recherchés. Quand ils portent la lettre C ou G*, ils prennent le nom de Kaou-tchin, ce qui signifie piastres crochues, et subissent une perte assez notable. Les roupies et les piastres de l’Amérique du Sud ont coursa Hong- Kong. '
COMBttCE DK aNTON.
Les comptes entre marchands chinois et étrangers ^ sont établis'au taux de 720 taëis pour -1 ,000 piastres. Ainsi, le mèce étant le dixième du taël, et le candarine le dixième du mèce, une piastre équivaut à 7 mèc(» 2candarines^ et un taël à une piastre 58 centièmes.
Nous trouvons également, pour la valeur du taël en francs, ^ taël = 7 fr. 65 cent., d’où l’on déduit ^ mèce = 0 fr. 765; \ candarine = 0 fr. 076, et -I each = 0 fr. 0076.
Les grands paiements effectués en cachs sont calculés sur le pied de 717 taëis pour d,000 piastres.
D’après le rapport du taël à la piastre, celle-ci devrait équivaloir à t ,580 caciis. Cependant, dons les petits paiements, je ne l’ai jamais vu estimera plus de d ,000 ou -1 ,200.
Le gouvernement chinois, frappé jadis des avantages que présentaient les piastres espagnoles, avait autorisé, pendant un temps, la fabrication de monnaies semblables, conformes aux modèles européens. Dans le principe, «ces pièces eurent un cours supérieur à celui des piasü-es étrangères ; mais, peu à peu, les fraudes des monnayeurs les firent toml>er bien au dessous, et enfin le gouvernement se vit forcé d’en interdire la fabrication. L’empereur Tao-Kouang a fait frapper pour la solde de ses troupes, à Hang-tchaou et à Formose, des monnaies d’argent à peu près du même poids que les piastres espagnoles, mais d’un titre plus élevé. Ces piè-
VOY*CK KN CniXE.
ces portent mio inscription en caractères inantebous et chinois, (|ui signifie paye des soldats. Aujourd'hui, le gouvernement chinois a renonce à faire fabriquer de la monnaie d'argent, ('ependant cette industrie continue en dépit des lois. On cite des établissements de faux monnayeurs qui emploient des centaines d’ouvriers, et où l'on fabrique des piastres de toutes les voleurs, les unes avec alliage de plomb, d'autres avec alliage de cuivre, toujoursà refOgie de Ferdinand VIIou dcCliarles IV. Ces imitations, assez fidèles quant à la forme, pèchent quelquefois par l’orthographe ou par les dates : ainsi, il m'est arrivé d'avoir entre les mains une piastre carolus, portant, en 48-14, le millésime de -1874. Souvent on se contente d’enlever à des pièces européennes des particules d’argent, auxquelles on substitue du plomb que l’on a soin de couvrir de l'estampille. Ce genre de piastres est tellement répandu dans la circulation, cpie les commerçants choisissent d’ordinaire des essayeurs nés dans les districts où elles se fabriquent, pour les reconnaître.
Le gouvernement a aussi fuit, dans ces derniers temps, d’inutiles efforts pour empêcher les particuliers de se livrer à la fabrication des cachs. Certains fonctionnaires, de leur côté, contribuent à la diminution progressive delà valeur intrinsèque de cette monnaie de cuivre, sur la confection de laquelle ils réalisent de gros et condamnables béneflees. Les cachs du commencement
CtniMtUCK. ÜF. CA\TO\.
<le la dynastie larlarc diirèreiit ciiormémonl, par leur volume, de celle' de Tao-Kouaiig.
L'intérêt ordinaire de l’argent, à Canton, est de ^2 à 15 p. 0;0 on. Le taux le plus élevé qu'autorise la loi chinoise est de 5 p. 0/0 par mois , et de 2 p. 0/0 pendant les mois d'hiver. Cependant il est permis de prêter de l’argent à raison de -1/2 p. 0/0 par jour, quand la somme est remboursable dans un très court délai. Il parait que l'intérét composé n'est pas admis dans ce pays, et que le code civil du Céleste- Erapirc s'oppose à ce qu'un créancier puisse jamais réclamer des intérêts s'élevant à une somme égale au principal, quel que soit d'ailleurs le nombre d'années qui se soit écoulé depuis l’époque du prêt. M. Davis et sir George Staunton attribuent le taux énorme de l’intérêt, en Chine, à l’extrême division de la propriété, au petit nombre des grands capitalistes, au peu de protection que la loi accorde au prêteur, aux faibles garanties que l’emprunteur présente à ce dernier, au manque de confîance qui existe entre les Chinois et à tous les risques auxquels les bailleurs de fonds sont exposés.
Il y a en Chine un grand nombre de monts-depiété autorisés par le gouvernement, auquel iis paient une forte patente. Ceux de première classe reçoivent des dépôts pour trois uns et font des avances considérables ; ces établissements roulent sur de grands capitaux, mois sont soumis à des impôts énormes. Ceux de seconde classe ne donnent que deux ans pour retirer
VOYACr. EM CHIME — T. III.
Ü6 \OVi»iK CHINE.
les uhjets en^ragés, et ceux de troisième vendent an bout d’un au. Les monts-de-piété prennent i’intérét le plus élevé que permette la lui, eu raison des risques de toute espece aux(]uels les exposent la détérioration des effets et les fréquents incendies. Quand le feu prend dans le local du prêteur, celui-ci demeure responsable envers l’emprunteur pour la totalité de la valeur des objets engagés; mais il ne lui en doit que la moitié quand ^Ic tout est consumé par un incendie qui a commencé dans une maison voisine.
Il existe en Chine un grand nombre de banquiers et de changeurs, lueurs établissements, tenus d’ordinaire par plusieurs associés, font le commerce d’argent, à peu près comme il se pratique en Europe. Us reçoivent des sommes en dépôt, et prêtent sur bonnes garanties. Les capitaux qu’on leur confie rapportent -i 2 p. 0/0 d’intérêt par an ; on a la faculté de les retirer après un avertissement préalable. La lettre de change est connue des Chinois. Les banquiers escomptent leurs propres billets, ainsi que ceux des personnes avec qui ^ ils sont en relation d’affaires. Leurs lettres de change sont souvent couvertes d'endossements, mais elles ne circulent guère que dans la ville où elles ont été souscrites , et dans les environs. Cependant on cite à Canton une banque, celle d’Âncbiug, qui jouit d'un crédit immense, et qui entretient des relations régulières et suivies avec Nankin et Pékin.
Le prix des effets de commerce hausse ou baisse sur
COMMI.RCE DE CANTON. «7
les diverses places, suivant qu’ils y sont plus ou moins demandés.
Il paniit que les grandes banques de Chine sont tenues avec une régularité remarquable, et qu’elles jouissent d’un crédit illimité. Autant les petits inorebands de ce pays sont retors et de mauvaise foi, autant les grands fînanciers qui comprennent les véritables intérêts de leurs maisons sont scrupuleusement loyaux dans leur manière d’opérer.
Les Chinois émettent des billets à ordre et des promesses de paiement, payables soit à une époque déterminée, soità vue, soit après un certain nombre de jours de vue, auquel cas ils sont soumis b l’acceptation.
Les négociants de Canton font usage d’une sorte de billet à ordre qui ne circule qu’entre trois ou quatre personnes se connaissant parfaitement. Au lieu d’y écrire un endossement, chaque cédant attache à l’effet un petit morceau de papier sur lequel il indique le motif pour lequel il le remet. Quand l’effet orrive à échéance, celui qui l’a entre ses mains s’adresse à son dernier cédant, au lieu d’aller droit au tireur. Chacun des endosseurs procède de la même manière, jusqu’à ce que l’on arrive à la personne qui a fourni le billet. D'autres fuis, les deux ou trois endosseurs et le porteur de l’effet s’adressent simultanément au tireur. Le taux de l’escompte de ces billets varie suivant le plus ou moins d’abondance de l’argent sur le marché, mais il est rarement de plus d’un pour cent par mois. Quelques
VOYAGE E^t (.IU?«E.
l)iin<|uiers de Canton founiisscnt des rcinisos ou des crédits sur des villes où ils ont des eorrespondanls. Mois la plupart d’entre eux n’élendcnl pas leurs opérations au delà de la province du Kouau{jsi.
Quand on fuit un placement chez un banquier , il vous remet un livret qu’on est tenu de lui présenter a eliaquc prélèvement que l'on veut effectuer et sur lequel s’inscrivent les sommes payées. La perle d’un livret donne lieu à de grandes difficultés pour le recouvrement des sommes qui restent à payer.
il est certains banquiers qui remplissent les fonctions d'a{jents du gouvernement , comme essayeurs de la monnaie et comme cboi'gés d'assister les fonctionnaires préposés à la collection des taxes. C'est entre leurs mains qu’est vei*sé le produit des impôts de toute nature, pour être converti en nrgent«at-ci. Ces banquiers sont patentés par le gouvernement , et en reçoivent, pour perle à la refonte, une somme qui leur laisse un beau bénéfice.
Ils sont, par contre, responsables de la pureté des lingots qu'ils fournissent, et sur lesquels ils sont tenus d'inscrire leurs noms et la date de la refonte. Ce sont eux également qui touchent les sommes provenant des droits d’importation et d'exportation. Ils en remettent des reçus à la douane, en indiquant l’époque à laquelle ils livreront ces sommes au gouvernement. La moindre iraude les expose à une punition sévère.
Les C.hinois paraissent avoir fait usage, à une époque
COMMKRCE DK r.4>TO>.
reculée, d«î pnpier-iiiunnaic. On rapporlc (|u'ilss'en servaient dès l'an 119 ovnnl l’ère chrétienne, et que l’on voyait circuler parmi eux des valeurs conventionnelles, sous forme de parchemins ou de cartons carrés.
Dans le dixième siècle de notre ère , la trésorerie impériale fournissait des e.spèces de billets de banque en échange de marchandises qu’on lui donnait en dépôt. Ces billets étaient revêtus du sceau du gouvernement, et se négociaient partout.
Marco Polo, en pareouront la Chine vers le milieu du xm® siècle, y trouva en circulation un papier-monnaie qui avait cours comme de l’argent. 11 servait à payer les fonctionnaires du gouvernement, et était employé dons le commerce à acheter toute espèce de marchandises. On était tenu, sous peine de mort, de l’accepter en paiement dans n’importe quelle circonslance. Il circulait sous forme de coupons carrés, fabriqués avec une écorce d’arbre, à laquelle on faisait subir une certaine préparation. Il y avait des billets de différentes valeurs, tous revêtus de la signature de plusieurs grands mandarins et du sceau impérial. La contrefaçon en était punie de mort. Les personnes qui avaient entre leurs mains des billets usés et écornés en recevaient en échange de nouveaux à la monnaie, moyennant 5 p. 0/0 de frais.
L’usage du papier-monnaie continua cl s’accrut même à tel point , sous la dynastie Mongole, qu'il en résulta les plus grands maux pour le pays, dont toutes
VOTAGE EN CHINE.
les rossources étaient épuisées, et auquel un gouvernement aveugle et tyrannique cherchait à donner une richesse artihcielle.
Sans proflter de la leçon que leur avaient léguée leure devanciers, les empereurs delà dynastie Ming continuèrent à émettre des billets, et cherchèrent à leur donner de la valeur, en interdisant l’usage de l’or et de l'argent ; mais, vers le milieu du xv® siècle, ces billets étaient tellement discrédités , que ceux de 1000 cachs n'obtenaient que 3 cachs de cuivre. En E155, le gouvernement ordonna que les impôts fussent payés en papier-monnaie, et interdit la circulation de la monnaie de métal. Mais la valeur conventionnelle dos billets déclina promptement, et bientôt le papier-monnaie disparut.
On est étonné de trouver chez presque tous les négociants cantonais une tendance très marquée aux associations, et des idées parfaitement justes, et probablement fort anciennes dans leur pays, sur certains principes d’économie politique qui n’ont été admis en Euro|)e qu’à une époque conjparativement récente.
En grand nombre de marchands de curiosités, établis dans les pas>ages voisins des factoreries , ont formé une sorte d’assurance mutuelle contre l’incendic.' Presque tous les commis, employés, ouvriers, et même les coulis d’un magasin ou d’un atelier, ont une port proportionnelle, toujours très petite, dans les gains de
COM.MF.Hl.E DE r,\>ro>i.
leur patron. On comprend quel puissant mobile doit être l'appât du plus léger prolit, dans un pays très peuplé, très pauvre, et où le désir de gagner de l’argent est aussi impérieux qu’en Chine.
La plupart des petits marchands de Canton sont c.\cessivement rusés et trompeurs, surtout quand ils ont affaire à des étrangers. l>eur premier prix est généralement le double ou le triple de celui auquel ils finissent par céder leurs articles , et quand ils se rendent enfin aux arguments très justes de leurs pratiques, ce n’est jamais sans pousser de profonds soupirs et sans paraître regretter vivement les objets dont ils se séparent. Tous les membres de la légation de M. de Lagrené ont connu dans la rue Ta-toung-kaï ou Pbysik-street, un vieux marchand surnommé Toké-trou, à cause de l’habitude qu’il avait prise de prononcer à chaque instant ces deux mots anglo-cantonais, qui signifient : Y ialk Irue, je dis la vérité.
En présence de l’étranger qui venait faire quelque emplette chez lin, et admirer sa belle collection de curiosités et d’antiquités, cet homme n’était plus un marchand, c'était un comédien consommé, qui jouait son rôleavec un art vraiment admirable. Sa voix était pleine d'émotion, son regard s’animait, sou corps s'agitait toutes les lois qu’il vous présentait une merveille nouvelle. Il paraissait aimer en véritable artiste ses précieux vases de jade, et ses mille boîtes de laque, et ses gracieuses statuettes en bronze. Aussi (piand il Unissait par céder
TOYAGi: E> ClUNË.
aux offres Irès généreuses de ses pratiques, avaiuil l’air désolé d’un père à qui l’on arraclicrail son enfant. Il vous reprochait son trop de complaisance, il s’essuyait les yeux, et se fâchait même quelquefois sérieusement, pour ne vous avoir fait payer un objet (jue trois ou quatre fois ce qu'un Chinois en aurait donné.
A Macao, il est de notoriété publique que les Chinois ont trois prix bien distincts: l'un pour leurs semblables, qui est très modéré ; un second pour les Macaïstes, qui l’est un peu moins ; et un autre cnfln pour les étrangers, qui est très élevé. C’est une règle admise et h laquelle tout le monde est obligé de se soumettre.
Canton fait, avec les diverses provinces eirconvoisines, un commerce très considérable. Celle dont il est le chef-lien lui fournit en abondance des tissus de coton, de soie et de ma-ou de bia-pou des bois de teinture, des plantes indigofères, des fruits, des légumes, du sucre, de la casse, du bétel, du sel et divei-s minéraux.
Le Fo-kien lui envoie le thé, le tabac, le camphre, ainsi que de fortes quantités de sucre et de bia-pou.
Du Tcbé-kiang lui arrivent des soies excellentes, des écrans, du sam-choii, des jambons et une qualité de thé fort renommée.
Canton tire du kiang-nan un grand nombre de produits manufacturés, qui se vendent toujours à des prix
^ 8orW «ic batûU.
r.O.MMEUCE DE CANTON. V:î
beaucoup plus élevés que les similaires fabriqués dans la j)rovince. Quand un marchand veut faire valoir ses articles, il ne trouve pas de plus grand éloge à en faire que de dire qu’ils viennent de Nankin. Le nom de cette ancienne capitale, attacbéàquclquesmarchandises,peiit toujours se traduire par première qualité, même quand l’objet en question n’est jamais sorti de Canton. Les soieries, les tissus de coton et les thés senties principaux articles que cette ville emprunte à la province du Kiangnan.
Le Cbang-toung lui expédie des légumes, des fruits, des liqueurs spiritucuses et des pelleteries ; leChaii-si, ces deux derniers articles et du musc ; le Cbi-li , du ginseng, des dattes, des raisins , du vin chinois et des substances médicinales.
Canton reçoit du Cben-si des pierres précieuses, des drogues, du fer et du cuivre oirvré. Il tire du Kan-sou de l’or, du mercure, du musc et du tabac.
Le Yu-nan et leSzé-tchuen lui fournissent beaucoup de métaux bruts et ouvrés, et surtout du minerai de cuivre.
LeKouangrsi est le grenier d’abondance de Canton; il lui donne de grandes quantités de riz, des métaux et plusieurs espèces de bois.
Le Honan et le Iloupi envolent de la rhubarbe, du musc, du miel et du tabac ; le Kiang-si, dos j)orcclaines, des drogues, une espèce de chanvre et des tissus.
Canton donne en retour à ce.s diverses provinces un
grand nombre de scs produits et de ceux de l'industrie étrangère , parmi lesquels Ggurent en première ligne les tissus de coton et de laine.
Les droits de transit qui pèsent sur cet immense commerce intérieur sont une source féconde de revenus pour le gouvernement chinois.
Avant de parler des importations et des exportations étrangères, je crois devoir présenter ici quelques indications relatives nu change, au cours des monnaies, au fret , aux commissions d'achat et de vente, et au prix de diverses denrées sur la place de Canton.
Les remises les plus sûres que l'on puisse faire d’Europe en Chine, sont les traites de la cour des directeurs de la Compagnie des Indes anglaises, sur le gouvernement de Calcutta, à 60 jours de vue, en roupies de la Compagnie.
En décembre I8d4, ces billets étaient cotés, à Canton, 226 roupies pour 100 piastres d’Espagne.
Les bons effets sur Londres, à 6 mois de vue, volaient, à la même époque, à Canton, de 4 schellings Ji deniers à 4 schellings 6 deniers la piastre d’Espagne; et les traites de la murine, 4 schellings 2 deniers à 4 schellings 5 deniers.
Le 4*' septembre 4845, les truites de la Compagnie des Indes, acceptées sur Calcutta, valaient de 225 à 226 roupies les 400 piastres d’Espagne.
('elles de la Banque orientale sur ('aleutto, aussi à
COMMtnCE ÜE OAMTON.
60 jours de vue, 225 roupies [>our -100 piastres ; celles sur Bombay, même prix.
Les bonselTets sur Londres, à 6 mois de vue, 4 scbellingsS deniers à 4 scbellings 4 deniers la piastre d’Espagne. ^
Ceux de la Banque orientale, ù 6 mois de vue, 4 scbellings 3 deniere ; à 50 jours de vue, 4 scbellings ^ denier la piastre.
En décembre 4845, les effets sur Londres, à 6 mois de vue , se payaient à 4 scbellings 5 deniers 4/5 la piastre.
Ceux sur le Bengale, à60 joursde vue, acceptés, 225 roupies les 100 piastre.
La plupart des négociants anglais de Canton tirent sur Londres à 6 mois de vue.
Quand le change de Paris sur Londres est de 25 fr.
25 c. lu livre sterling, et que les traites de la Compagnie valent à Canton 225 roupies la piastre , on peut faire de France en Chine des remises à 5 fr. 50 c. là' < piastre, y eompris la commission.
IjCs piastres espagnoles expédiées d’Europe en Cbine'^^rÇ coûtent de 5 fr. 50 c. à 5 fr. 00 c. *
Quand ou fait des remises à Canton en effets de la Compagnie, on a l’habitude d’envoyer la première de change à l’acceptation à Calcutta, et les duplicata et les Iriplicata directement à la personne à l’ordre de la-^ ^.^ , quelle ils sont tirés.
Les remises les jilus avantageuses de Chine en Eu-*
VOYAOK K!H CHINE.
l'opc sont celles en inarcliandiscs , cuinine je l'imli- (jiicrni plus loin.
En décembre I8Î4, l’argeiU saï-ci avait, à Canton. ^ 5 p. 0/0 de prime ; les piastres de Charles 111, de (i à 7 1^. 0/0. — Lesferdinands étaient au pair. — I.es piastres des républiques de r.4mérique du Sud perdaient -i h 5 p. 0/0.
En septembre 18 {S, l’argent saï-ci gagnait 5 p. 0/0. I.a prime sur les piastres de Charles 111 était de 7 p. 0/0. — Les ferdinands étaient au pair. — Celles de l'Amérique du Sud subissaient un décompte de 5 à 4 p. 0/0.
En décembre 1845, la prime de saï-ci était de 7 p. 0/0. — Celle de Charles 111 (Old-Ucad) de 12 |). 0/0. — Les ferdinands restaient au pair. — Les piastres mexicaines perdaient 5 p. 0/0. — Les caclis étaient à 4 ,050 pour une piastre.
En décembre 1844, le fret pour Londres et Liverpool était de 5 livres sterling, 40 scbcilingsù 3 livres 45 scliellings par tonneau de 50 pieds cubes anglais.
Pour \moy. il était de 6 piastres par tonneau de 40 pieds cubes anglais, et, pour les autres ports du nord, de 40 piastres à 42 fr. 50 c.
En septembre 4845, le fret, par navire anglais, de C.anton à Londreset à Liverpool, était de 4 livres 5schellings à 4 livres 40 sebellings par tonneau de 50 pieds cubes ; de C.anton à Amoy, il était de 0 piastres par tonneau de 40 pieds cubes, et, pour les ports du nord, de 7 à 8 piastres.
r.OMMF.UCE ItE Ct.\r»»N.
A la même époque, le fret de Canton à Londres par navire américain était de 5 livres 4 Osclietlings 5 deniers par tonneau de üO pieds cubes ; le fret de Canton aux Etats-Unis était dei5à 20 piastres par tonneau de dO pieds cul)es anglais, ce qui é(|uivalait à 18 piastres par tonneau de 2,240 livres avoir-du-poids, ou à 07 fr. par tonneau de 1 ,015 kilog. 05 cenlig.
Le fret d'Angleterre en Chine est généralement de 5 livres par tonneau ; celui des Etats-Unis en Chine est évalué de C à 10 piastres.
En décembre 4845, le fret de Canton pour Londres était de 4 livres 5 schcilings par tonneau de 50 pieds cubes.
Les ventes d’articles d’importation se font généralement, à Canton, à 2 mois de crédit, ou au comptant, sous escompte de 2 p. 0/0. L’opium se règle com|)lant, en espèces ou en saï-ci, et la soie grége, ainsi que le vermillon, en échange contre des articles étrangers, sans escompte.
On estime que pour connaître le prix des marchandises anglaises rendues à Canton, il faut en augmenter le prix de fabrique de 48 à 22 p. 0/0, pour frais de commission, de ducroire, d’assurances, de déhanjucment, perte d’intérêts pendant la traversée, fret du navire, droits è acquitter à la douane chinoise, etc.
Les divers frais de commission ont été fixés de la
l ■ li'-V,' ■ . .- . . . ■
; 'ÿï , V ■” ” - ’ ' '^"TOYAGE EN CHINE.
manière suivante, el approuvés parla Chambre de comi - - , merce de Canton, en -1838 :
'Tv* ■ '■ , Pour les ventes d’opium, de coton, de cochenille, de cam- coii)iissiO!i.
phre barous, de nids dliirondcllcs, de pierres précieuses, de
navires et de maisons, à 3 pour 100
, „ 'it ' Pour les ventes do tout autre objet 5 s «
Pour tes retours en marchandises 2ljît t
Pour oeux en argent ou en cITets ‘....1 < t
Pour des achats qui n’ont point pour objet des opérations , d’échanges ou des retours;
' I* de soie grége ..3 < *
2* de tissus de soie 5 • •
3* de tous autres articles S s«
l'our rins|)ection des thés ■t;2« •
Pour l’achat , la vente ou le chargement d’argent non mon-
. najé 1 • «
Pour les cITels tirés ou négociés, mais qui n’entraînent pas
' -, ^ . la responsabilité du cédant t «<
, ' Pour ceux garantis par un tireur ou un endosseur qui n’est
' pas couvert du montant en raarehandises 2l;2s c
1^ " - ^ ' Pour les négociations d’emprunts 2 « •
, Pour garantie d’elTcts el de tous engagements 21/2 • «
pfi Pour garantie de vente 21/2« s
P'Çv'- , -ï» - Pour garantie de vente cl de la remise dn produit. ... I t «
; Pour lettres de change retournées ou prolcstécs. ... I • <
Pour lettres de crédit ayant un but mercantile 2l/2« •
. ‘ Pour toutes avances d’argent sur marchandises consignées
ÎT.'--,.-" . ' . ou non, qui oc paient pas la commission de 5 0/0. . . . 2 t;2 s s
; Pour commandes de marcliandises, pour le soin que
. l’on donne A l'exécution de contrats qui ne rapportent |mu
4 ' d’autre commission 2 l;2< <
. - Pour marchandises consignées, puis retirées ou vendues & df.mi-coii-
'• - l’encan mission.
b . Pour procurer du flret ou pour en donner avis 5 ta
■ . , , ' ' Pour déboursés pour compte d’un navire 2 1/2 1 a
^ ‘ ■ Pour nolissemenl pour un tiers. . . 2 1;2 a a '
Pour assurances 1;2 1 a ,
^ ’ Pour constater les avaries d'un navire el les faire rembour-
■5- ^ l»-".' scr par l’assureur I a <
. ^ Pour les poursuites judiciaires et arbitrages, ayant pour but ^
î ■ d’arriver au remboursement d’une dette .3 0/0 a a
. '.vt. . t; .
l'.oMMF.nr.K i>K c,A?rro\.
SI la dette cil payée,
'n Pour (ouelicr les frais de location d’une maluoii. . . . 3 1;3 • <
* Pour remplir les fonctions d’exécuteur testamentaire, ou d'administrateur des biens d’une personne décédée. ... 5 t < Sur les sommes reçues pour l’administration des Iiiens d’un
ver ici les prix moyens de cerlaines denrées, ceux de divers autres objets, elles salaires des différentes classes d'individus dont l’étranger a besoin à Canton*.
, Le salaire des ouvriers et des laboureurs est liabi-
par jour; mais comme les ouvriers se divisent en plusieurs classes, il s’en trouve qui gagnent davantage. Les bateliers sont moins payés que les laboureurs. Les domestiques, compradors, commis et contre-maîtres re-
50 c. par mois. Souvent lesdomestiques ne demandent que leur subsistance en retour de leur service.
Une maison de ville de cinq ù six ebumbresse loue environ füO piastres par an à des gens du pays. A la campagne, elle ne se paierait que 60 piastres. Un appartement de deux chambres peut coûter I piastre l;2 par .mois. La plupart des maisons présentent une agglomé- , ration effrayante d’habitants. Une seule en renferme
' Voir le tableau à la page sniraiite.
* ^ ’ I.a piastre ejt calculée «iir le pleU Je .l fr. 43 c.
tiers,
Sur les recettes de caisse, qui ne servent pas é l’achat de
marchandises, cl sans autre destination
' .. Pour transhordement
Il ne sera sans doute passons quelque intérêt de trou-
tuellement de-l à 2 mèces ou de 0 fr. 76 c. à -I fr. 52 c.
çoivent de 4 à -lOpiastres *, ou de ' 1 \ fr. 72 c. à 54 fr.
>OYiliE E.Y CHINE