PRODUITS DIVERS DE L4 CHINE
lo colon jaune domine sur les rives du Yan{{-tze-kian{j, aux environs de Nankinel sur les Lords du grand canal. Sa couleur est allribuée par plusieurs personnes à de l'oxide de fer que cunliendraieut les terrains où il croit. Ceci expliqueraitjiourquoi, transplantée dans un sol qui n’en renferme pas, la plante est sujette à dégénérer et à donner du coton blanc. L’une des provinces des Philippines, celle d’ilocos, possède aussi un coton rougeûtre, nommé coyote, plus foncé encore que celui du Kiang-nan, et dont la plante, comnle celle de Chine, subit une modiGcation et fournit un produit blanc, quand on la dépayse, liendue à son premier terroir, elle se couvre de nouveau de colon rouge. Quand on a eu l’occasion de comparer sur les lieux la couleur des tissus de Nankin et d’ilocos à celle de la matière première, il est impossible de ne pas la considérer comme naturelle, et l’on est forcé d’ailmeltre, comme un fait certain et incontestable, la préexistence de cette nuance dans le fil employé par le tisserand.
Les cotons de plusieurs parties de l’Indc, et notamment dePurnéab et d’Orixa, présentent une teinte qui sc rapproche de celle des cotons Nankin, et qui persisterait probablement dans le tissu, sans le blanchiment.
VOYAf.F- EN CHINE.
IVettoynge du coton»
I)aiis|le nord de la Chine, le colon, après avoir été récollé, est exposé pendant quelque temps au soleil sur de grandes nattes. Puis on procède au nettoyage. Pour cela, on fait jiasser les flocons chargés de graines entre deux petits cylindres, l’iin en fer, I autre en bois cl plus gros que le premier, qui se trouvent placés à la partie supérieure d’un trépie'd, et qui sont mus par une içanivclle. On comprend que les graines, trop grosses pour passer entre les deux cylindres, tombent du eôl où l’on fait entrer le coton, tandis que celui-ci passe facilement de l’autre côte, où on le ramasse.
Mais il est encore chargé d’impuretés après cette première opération. Pour l'en débarrasser, on l’étale sur une large toile bien tendue et on l’y soumet à un époussetage assez long. Un homme porte fixé à l épaulc gauche un arc de bois qui remonte par dessus sa tète et de l’extrémité supérieure duquel descend une corde, par laquelle est soutenu horizontalement, à la hauteur de la ceinture de l’ouvrier, un instrument de près de deux mètres do long, qui a un peu la forme d’un archet de violon. L’une de ses extrémités est coudée et réunie h l’autre par une ficelle. C’est par celle partie coudée que l'homme le tient de la main gauche.
PRODtlTS DIVERS DE I.A CHINE.
Ln ficelle nüaeliée nux deux bonis de rinslrumcnl étant bien fendue, l’ouvrier lui imprime rapidement, avec un croebet en bois, de forts mouvements de vibration ; comme elle est placée au milieu'd'nne couebe de coton, elle fait sauter celui-ci cl en chasse la poussière et toutes les matières étrangères.
.le crois qu’on no fait subir celle seconde préparation qu’au colon que l’on se dispose à filer et à celui que l’on emploie pour ouater les babils et les couvertures. Quant au coton qui s’expédie de Cbang-baï dans d’antres |>arties de la Cbine, il est fort probable qu’on ne le soumet qu’au premier nettoyage an cylindre, |iour le débarrasser de ses graines.
Ce colon s’emballe dans de grands sacs en toile grossière. Ces sacs sont maintenns droits entre deux blocs de bois sur lescpiels un homme s’ajipuie pour fouler le coton aux pieds et le tasser. Ils sont ensuite cousiis, entourés de grosses cordes par le milieu, et marqués de plusieurs caractères qui indiquent sans doute la qualité du lainage. La hauteur des balles est de -i met. Co ccntini. Elles renferment I dO catlies ou 84 kilos C5 déc. et coûtent 47 piastres ou 92 fr. ôO. c. ce qui porte le kilo à \ fr. 09 e.
Il y avait, dans les magasins de Cbang-baï, au moment de notre passage, fort l'Cu de colon jaune. Le blanc, par contre, s'y trouvait en abondance.
Le prix dos colons en laine, à Cbang-baï, varie de H à 20 piastres le pfcul, ou de 4 fr. à 4 Ir. 40 c. le kilo,
VOYACS r.N CmSK. — T. III. 23
VOYAGE EN C.niNE.
En 18i4, il ne coulait que H piastres lepicul, mais les inmulalions de 18i;> l’ont fait un peu hausser.
A Cliusan, il valait, à notre passage, 15 piastres le pieul ou 1 fr. 51 c. le kilo.
Les cotons de la province du Kouang-toung sc pavaient, à la fin de 18-15, 2(» piastres lepicul ou 1 fr. 80 c. le kilo, le premier choix, et 14 piastres le picul, lodeuxic'me choix. On voit que les colons de Chine sont plus chers que ceux de T Inde.
Ceux de Canton sont de qualité assez commune. Leur soie est courte et sans nerf. Ils sont parfaitement hlancs, de même que ceux de Chusan ; mais ces derniers sont préférables. Les cotons de Chang-hai paraissent de bonne qualité et sont beaucoup plus estimés des Chinois que les lainages étrangers. Leur soie est douce au toucher, et, quoique courte, se prête parfaitement aux manipulations.
On évalue la production cotonnière de la Chine à 500,000 halles par an; elle serait, conséquemment, d'environ 2j5 plus considérable que l’importation étrangère. On ne remarque pas que l’introduction toujours progressante des ûlés et des calicots anglais et américains fasse diminuer la culture indigène.
On a fait, dans ces derniers temps, quelques expéditions de colon de Chan-ghaï en Angleterre. Mais e’esl uniquement pour essai que ces envois ont eu lieu.
PUOnUITS DIVERS DE LA Cni>E.
Fllnfce (le eoton.
Le coton se file en Cliine au rouet.
A Cliang-liaï, les rouets sont munis de trois bobines fixées verticalement et autour desquels trois fils s’enroulent simultanément.
Les cotons filés de Canton, n^ -18 à 24, en bobines, valaient, en -1844, environ 5 Ir. le kilo.
Les mêmes numéros, filés en Angleterre , se vendaient, à cette époque, en Chine, 2 fr. 06 le kilo. Différence : 04 eentirn.
J’ai aussi vu, à Canton, des fils de cotons ebinois en éclieveaux.
Cinq de ces éclieveaux pesaient \ ealty ou 60 déeagrammes et demi.
Trois éclieveaux servaient à faire 4 0 eovids ou 5 mètres 75 centim. de calicot de 50 centim. de laise, coûtant 40 ccnls ou 2 fr. 75 centimes.
Les 565 grammes de coton employés pour filer ces trois éclieveaux, coûtaient 59 cent.
Le kilo de ces filés revenait à 5 fr. 4 4 cent. Donc, les trois éclieveaux pesant 365 grammes, valaient 4 fr. 44 c. ce qui portait le prix du filage à 55 cent, pour les trois éclieveaux, et à 4 fr. 52 c. par kilo. Le prix
VOYVCF. EX CIIIXE.
3 jf.
(lu lisi.ijfc éliiil, par cons(îc]Ucnl, (Jc^ fr. G2 oenl. pour les 3 mèlrcs 73 ccnl. produits |)ar les trois éclieveaux, ou (Je 13 centimes par iiu'lrc.
On fait suliir, on Chine, une esjtèco de para<jc aux cotons lilés, avant de les tisser. Ils sont enroulés sur deux cylindres placés à environ 10 mètres l’im de l’autre. On les dispose en ])lusieurs nappes que l’on séj)nre parquclipies renfles. Chaque fd passe eiilro deux dents d’un peijjne que l’on fait mouvoir on longueur de lemj)s en temps, (dn a soin d’enlever tous les nœuds, de faire disparaître les inégalités et de bien étirer les lils, (jue l’on enduit d’une liipieur vis<pieusc formée de riz délayé, et (jue l’on tient bien tendus par les deux bouts , pendant retfe o|)éralion (|ui a lieu en plein air;(|uand ils sont dans un ordre |)arfail, on fait tourner le rouleau destiné au tisseraml.
TiF(<ua;e «lu coton. — TiMHiis iiiiiikiiiii.
I.es métiers à tisser de Cbang-liaï sont assez longs ; dejuiis le banc où s'asseoit l’ouvrier jusqu’au c. lindre autour duquel la chair e est enroulée, ils im*su renl de 2 mètres à 2 mèti'cs 30 centim. Leni- largeur est de I mètre à ^ mèti’c 10 cent, (’eux de Cbu^an sont beaucoup plus courts. Fa‘s p.eignes , les navettes , les
i nODllTS DhKIlS l>K LA C1I1^E.
diverses parties de la mécaiiicpie, diffèreiil peu des iiiéliers à bras que l’on renconlrc dans nos campa^pics.
On porto à plus de deux cent mille le nombre des personnes qui s’occupent du tissnjjo du colon dans le district de Cliaujj-baï. Ce sont les femmes qui sont jénéralcment vouées à cette industrie.
La plupart des cbaumières possèdent un ou deux métiers sur lesquels d’actives ouvrières tissent le produit des plantations de cotonniers situées près des habitations, pendant les bcurcs de loisir que leur laissent les travaux des champs. Les toiles qu’elles produisent sont généralement fortes et grossières.
A Canton , on ne rencontre point do tisserands de coton. Ils liabitcnt aussi la campagne.
Les tisserands du noi d de la Chine , qui se vouent exclusivement à leur métier, gagnent deux mèces ou I fr. Î50 cent, par jour. De bonnes ouvrières, faisant de 8 à 9 mètres dans une journée , peuvent aller à deux mkca et demi.
Beaucoup de per.'onncs s’attendent à voir l’industrie cotonnière chinoise ruinée dans peu d’années par la concurrence étrangère ; mais si l’on songe (pic la plupai t des bras qui s’y vouent dans les districts les plus manufacturiers de l’empire , ne le font guère que dans les moments où les travaux de la campagne ne les réclament point; que c’est une manière utile de remplir des heures peiducs, une habitude enracinée depuis qnel(]ucs siècles parmi les populations; on rcconnaitra
VOYiGE EN CHINE.
facilement que l’iniporlation des long-cloliis anglais est loin d’êlre aussi menaçante qu’on le suppose pour l’industrie indigène. D’ailleurs , ce que j’ai dit plus haut des tissus imprimés, s’applique aussi aux tissus écrus. De même que les Chinois rejettent les cltinlzes anglais calqués sur les leurs, ils n’aeliètent pas non plus aux étrangers des calicots du genre de ceux qui se fabriquent dans leurs villages. Ils leur demandent des tissus à grandes laises , qu'ils ne parviennent pas à produire, et d’une finesse qui, chez eux , comporterait des prix infiniment plus élevés que ceux que l’étranger leur fait payer. On ne s’aperçoit pas que le tissage des cotons ail diminué en Chine depuis l’inimcnse augmentation qu’y a éprouvée l’iniportalion des long-clolhs. On serait même plutôt- porté à croire l’industrie cotonnière chinoise en voie de progrès qu’en décadence, d’après la consommation croissante qu’elle fait de cotons en laine étrangers. Cette importation, qui était à peu près nulle, il y a un siècle, s’élève aujourd'hui, comme nous l’avons dit plus haut, à 350,000 balles, pesant environ -î7, 000, 000 kilog. La production indigène est évaluée à 500,000 balles, dont le poids, à raison de -tOO kilog. seulement par halle, serait de 50,000,000 kilos, qui, ajoutés au poids des cotons étrangers , donnent un total de 97,600,000 kilos consommés annuellement en Chine. La consommation de la Crande-Bretagne s’élevait, en -1833, à 1.37,759,000 kilog. ; elle était donc seulement de près
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