‹ Voyage en Chine Cochinchine Inde et MalaisieChapitre 53 sur 85 · PH0DL1TS DIVERS DE LA CHINE · texte numérisé non relu

PH0DL1TS DIVERS DE LA CHINE

Rois (le rliarpcnie et dVliénialerie. — Maléri.m\ de conatnirlion. — Mëlaux. — Extradion du enivre au Japon. — Cuivre blanc. — Métal des songs. — Fer. — Plomb. — Ebiin. — Zinc. — Iniroduelion de la eullnre du cotonnier en Chine. — Filage et lissage du coton. — Salaires des ouvriers. — Nankins. — lllandiinient des toiles de colon. — Substances linctori.ales de la Chine, — Teinture des tissus de colon et de la soie. — Impressions sur tuiles de colon. — Comparaison des prix cliinois et anglais.

RoiB fie cliar|ien(e et d*t^l»«^iilaterle.

La Cliinc possède un grand nombre de bois de conslruction, dont le pins commun et le plus en usage est, sans contredit, le bambou.

Le camphrier ou tchang-mou est employé pour l'amenblemeiit des grandes maisons, pour les mâts de navires, pour les cnnstruclions les plus importantes.

mODCiTS PIVF.BS DF. L.1 CUIXE.

Il s’élève, dans les provinces feplenlrinnnles, jusqu'à la linuteur de inèlres. Son tronc est excessivement épais, (^n trouve le camphrier dans le Kian[;-si. dans le Tclié-kiang et dans le Fo-kien ; c’est principalement de cette province que le tirent les charpentiers de Canton. Ce bois vaut de -I piastre à ^ piastre ^;2 le picul.

Vient ensuite l’asédaracou Ichan-mou, que l’on trouve dans le Kouang-si et dans le Sé-tchuen. Il est très-employé en menuiserie, et vaut habituellement 3/4 de piastre le picul. Mais son prix varie beaucoup, suivant la qualité.

I.e nanmou est un gnire de cèdre qu’on emploie pour les constructions des temples et des palais, en raison de sa longue durée. Il a une odeur pénétrante, e coûte de 4 à 5 juastres le picul. On le tire des provinces du Honan, du Kouang-si et du Sé-tchuen.

Le sapin est employé dans les provinces septentrionales comme bois de construction. Dans 1^ nord de la province du Kouang-loung, on rencontre en abondance deux espèces de sajiin , le pimm massnmana et le pinufi lanceolata.

Le ebène que produit la Chine est d’un usage général dans certaines provinces.

Lu des bois le plus durs qui existent est peut-être le ti-li-mou, que les Portugais nomment bois de fer. Il atteint la bautenr de nos chênes les plus élevés. .Son prix est de 4 piastres le picul. Un li-li-mou de 400 co\ids de long, taillé en carré, se paye jusqu'il 200 piastres.

voYvfir. r.N f.iiiNr.

l.es principaux hois (rébénisloric de la Chine Koni : le wo-mou, le hoa-li-mou, le tsi-laii-nwu, le foti-iung-mou, et le sandni.

Le premier, ou hois d’éhène, se trouve dans le Y'unan et dans le Kouaui'-tounij. Son prix varie de 5 'i]2 à 5 piastres le picul.

Le lioa-U-mou , ou bois de rose, nom qu'il doit à sa couleur, croit aussi dans le Kounnjj-touni] cl dans le Kouan(j-si. Il vaut ordinairement 5 piastres le picul.

Le (si-lan-viou, ou bois noir, se trouvedans le Yu-nnn. Son prix varie suivant su dimension. Souvent il coûte jusqu'à 40 piastres le picul.

I.e fnu-iung-mi»i s'emploie en ébénisterie aussi bien qu'en p-irrumerie. La première qualité de ce bois vaut AO piastres, cl la seconde 40, le picul.

Nous avons parlé ailleurs du sandul, qui est fort employé en Cbine.

iVInt^riniML «livers d« conMtriietion.

On exploite, entre Canton etWbampou, le vieux {{rès rou{»e,qui est employé pour dallages et pour constructions. La Cbine possède aussi des granits servant à ce dernier usage, et dont certaines variétés se taillent en colonnes, en statues, en ornements de temples.

La plupart des maisons chinoises sont construites en briques.

PnODLITS IMVEns l»F. U CHINE.

Les briques en lerre grise, do 2G cent, de long, de ^2 cent, de large et de •% milliin. d'cpnissenr, coûtent -4 piastres le ^ 000. La 2'"' qualité vaut 5 piastres.

Les tuiles cintrées, de 49 cent., se vendent 2 piastres le tOOO.

Los carreaux plats en terre cuite, pour dallage, de 42 cent, de côté et .'io niillim. d’épaisseur, coûtent 4 piastres le 4 00; ceux de 57 milliin. d’épaisseur, 2 4/2 piastres; ceux de 27 cent, de côté et de 3o milliin. d'épaisseur, reviennent à 4 piastre 4/2.

Les maisons, les terrasses, les balcons, et les temples de Canton et de Macao, sont ornés de moulures à jour, en terre cuite grise, » dessins variés. Les moulures à jour de 5G cent, de côté et de 56 milliin. d’épaisseur, coûtent G piastres le 400.

Métaux.

L’or, l’argoiil et le mercure de Cbine ont été examinés dans le chapitre des exportations. Nous ne nous occuperons ici que des métaux les plus employés dans l’industrie : du cuivre, du fer, de l’étuin, du plomb et du zinc.

Cuivre.

Le cuivre, en chinois loung, se trouve en abondance

VOYAGE EM CMNE.— T. tll. 33

dans les inonlngnes du IIou-kouan{;, dans le Sé-icliuen, dans le Yu-naii et dans le Kouéï-tcliéou. Il parait qiie les mines de cos deux dernières provinces fournissent une bonne partie du métal employé à la confection de la petite monnaie cbinoise ou des cachs

Kn 1852, la seule province du Yu-nan a produit .57,C52 piculs de cuivre; la quantité annuelle qu'elle est tenue de fournir au gouvcrnenienl n’est que de -ICj îOG piculs.

Kn 1857, au contraire, les mines du Yu-nan et du Koneï-tcliéou ont laissé un défit de -H ,597 taëls.

Nous ignorons les procédés métallurgiques par lesquels les Cliinois extraient le cuivre de son minerai. Mais comme ils en achètent des quantités considérables au .lapon, nous allons indiquer, d’après le Chinese Reposiloiy, le mode d’extraction usité dans ce dernier pays.

On reconnait, au Japon, rexistenec du minerai de enivre dans un terrain, à la couleur noir rougeâtre du sol et des pierres (jui en couvrent la surface. On examine attentivement si la veine est longue ou courte, large ou étroite. Quand le minerai n’est pas lourd, et qu’il forme des veines courant de l’est à l'ouest, borizonlalement, on le considère comme étant de la meilleure qualité. On commence |)ar creuser un trou circulaire, et l’on soutient les pans de terrain par des pieux verticaux et des planclics disposées transversalement. On attaque la pierre à coups de marteaux et de pioclies. Lorsqu’on est arrivé à une certaine profondeur, les

PnODl'ITS DIVEBS DE U CHI!<£.

mineurs s'éclairent avec des lampes en écaille. Ils enlè- Tent dans des paniers qu’ils portent sur le dos, les pierres et le minerai en morceaux. On a soin de maintenir de toutes parts les rochers à l'aide de pieux solidement fixés, et de faire arriver de l'air par des conduits ou ventilateurs pratiqués à divers endroits, afin d’empêcher les lampes de s’éteindre.

Le minerai est de différentes qualités ; il se présente jaune, noir, rougeAtre ou gris, tantôt riche en métal, tantôt n'en contenant que fort peu. On a soin de le séparer des morceaux de rocs. Généralement le meilleur produit un dixième de cuivre, et le plus mauvais un vingtième.

On a un four dans lequel sont pratiquées des ouvertures, afin d’y établir un courant d’air qui entretienne l'intensité du feu. On place dans le fond des fagots, et sur ceux-ci du minerai , puis alternativement une couche de fagots et une de minerai, jusqu’au sommet du four. (Jn met le feu au bois ou à la paille dont il est recouvert à rouverture supérieure. La fumée sulfureuse qui s’en dégagea une odeur tellement forte, qu'il est impossihled’en approcher. L’opération dure environ dix jours. Knfin, quand lebrasier s'est éteint et que tout s’est refroidi, on retire le minerai, qui n’a encore éprouvé qu’une modification incomplète.

La fusion s’opère ilans un grand fourneau ayant d’un côté et à une certaine hauteur une ouverture , et do l’autre, deux forts soufflets. On se sert de charbon

3iO

VOYVCK r.iiiM;.

pour celle opéralion. ün place le minerai grillé sur le charbon di>posé dans la fournaise, cl deux hommes \igourcux fonl jouer les soufflets, pendant qu'un Iroisième agile et remue la masse avec une longue barre de fer. Quand la chaleur est arrivée à son maximum d'inlensilé, el(]ue le mêlai a subi une liquéfaction compléle , on voit les scories lerrcnses floller à sa surface, cl s’écouler peu à peu par rouverture dont nous avons parlé. Quand tout le minerai est fondu, on en ajoute de nouveau, ainsi que du charbon, jusqu’à ce que le fourneau soit rempli de métal fondu ; alors on laisse refroidir cl on détache le métal avec une barre de fer.

Quand le minerai ne eonlient point d’argent ni de zinc , on répète une seconde el une troisième fois la fusion. Quand ces deux métaux sont alliés au cuivre, on opère tlifféremmenl. On ajoute du plomb que l’on fait fondre avec toute la masse; puis on laisse refroidir le tout. Ou met ensuite le quadruple alliage dans un four en terre que l'on chauffe modérément, en agitant le métal avec une barre de fer. Le plomb fond le premier el entrainc l’argent qui se combine avec lui. Lorsque le zinc entre aussi en fusion, l’ouvrier l’empèelic, en le dirigeant avec sa barre, de s’unir au plomb. Enfin, quand il ne reste plus ni zinc, ni plomb, on arrose avec de l'eau, l’on enlève le cuivre.

Le prix du cuivre de \ ” qualité, fondu aux environs de Canton, est, dit-on, de 22 piastres le picul, ou de

PnoDl’lTS DIVERS DE LA CI^^E. 3il

-I fr. 98 c., lo kilo. Le cuivre du Japon est considéré comme très-supérieur à celui de Cliinc, et, par cotisécjiienl, beaucoup plus cher. Ou dit que les joii(|ues chinoises en apporlcnl chaque aimée 800 à -1000 tonneaux.

C'ulvre lilaiic.

Les Chinois possèdent un alliage de cuivre presque blanc, qu’ils appellent pit-toioiÿ, cl, à Canton, paA-Zoïoigr .

Les missionnaires français, qui, les premiers, donnèrent quelques détails sur cette curieuse matière, semblaient tous la considérer comme un métal particulier, comme un corps simple.

Lo science a conslalé que le cuivre blanc était un alliage de deux ou plusieurs métaux. Mais c'est sur le nombre et sur les noms de ces métaux que l’on n’est pas encore d’accord.

Le docteur Black attribue la couleur blanche du pak-lomg à la présence du nickel dons ce composé. Staunlon nous apprend que le cuivre hlonc contient un peu d’argent et quelquefois du fer. Nickolson le considère comme un alliage de cuivre et d'arsenic. D’après un célèbre naturaliste chinois, le cuivre blanc s’obtiendrait, en effet, en faisant fondre du minerai de cuivre avec du minorai d’arsenic. Le docteur Dinvviddr établit qu’il est formé de cuivre, de nickel cl de zinc ; t|ue le ziiic

Cil constitue les 7;I6, et que la proportion des deux premiers métaux est de ü à 7.

Voici maintenant ce que j’ai appris d'un fondeur de Canton que j’ai consulté sur la composition du cuivre blanc. On tire du Yu-nan un minerai qui porte aussi le nom do péloung. Ce minerai arrive sous forme de {galettes rondes, d’environ 22 cent, de diamètre, et dont les faces présentent allernalivemenl des parties brillantes et {jrisâtres.

On tircé{]olementdu Yu-nan un autre minerai decuivre nommé hong-toung, et plus foncé que le précédent. Le hong-toung coûte 59 piastres le picul , et le pè-toung , 75. Tous deux ont déjà subi un premier afGna{jc.

On fait fondre ensemble 10 catlies de pé-toung , 2 catlies de zinc et 2 catlies de hong-toung, pour obtenir le cuivre blanc. La fusion s’opère dans de petits fourneaux d’environ 80 cent, de hauteur. On met le mélange dans des pots en terre grise, de 37 cent, de profondeur, et l’on fait fondre pendant 2 heures.

Il paraît donc certain que le cuivre blanc est un alliage de cuivre, de zinc et j)eut-étre d’un ou deux autres riiélaux qui peuvent se trouver contenus dans le minerai. Il possède un fort beau poli, et se rapproche beaucoup de l’argent par sa couleur. On le rencontre sur le marchédeOanlon en plaques de 34 cent, de long, de 17 cent, de large et de 4 4;2 d’épaisseur. Son prix varie de 400 à 412 piastres le picul. Les Chinois l’emploient à faire une inlinité de petits ustensiles, des plats, des pots.

rnODl’lTS DIVERS DE M CHINE.

des pipes à cnu , des cliondeliers , des couleaux, des cuillers, etc.

On fabrique aussi à Canlon du faux cuivre blanc, nommé Aa-paA-(ou»igf, qui esl plusjaunc que le véritable.

.Hëtnl «le» soiiiK».

Le chan-loung est l’alliage métallique qui sert à fabriquer CCS bruyants instruments ebinois que nous appelons gongs. Il esl jaune, sonore, compact et quelque peu malléable. Sa cassure, d'abord brillante, se ternit à la longue. Longtemps on a aussi pris le métal des gongs pour un corps simple. Aujourd’hui quelques ebimistes considèrent le chati-loung comme un alliage de cuivre, de bismuth et d’étain. D’autres le regardent comme formé de cuivre, de zinc et de fer.

D’après plusieurs Chinois dont nous n’avons nui motif de suspecter la véracité, le métal des gongs s’obtiendrait en faisant fondre ensemble, pendant deux heures, \ picul déminerai de cuivre ett/4de |)icul d’étain.

Il coûte de 50 a fO piastres le picul. Les gongs fabriqués à Canton volent 40 cents lecalty. Jusqu’en -1820, il s’exportait beaucoup de ce métal ouvré dans l’Inde, mais il y a été remplacé par des métaux anglais. On en fait un grand nombre d’usages en Chine.

TOVAGE ES CUISE.

Fer»

On (rouvc des minerais de 1er dans la plupart des provinces de la Chine, mais notainment dans leCliansi, dans le Fo-kien, dans le Kiang-nan, dans le Clicnsi et dans le Tclié-kiang.

Malgré les mines de fer dont la Chine est dotée, elle lire de fortes quantités de ce métal de l’extérieur, comme nous avons eu l’occasion de l’indiquer plus haut. L’importation totale des fers étrangers s’est élevée, en 1844. à Canton, à 4Î)5,700 piastres. Quand le prix des fers anglais est trop élevé, les Chinois ont recours à leurs propres mines ; ils en font autant pour le mercure. Le gouvernement chinois veille, avec une sollicitude exagérée, à la conservation de scs richesses minérales.

Le fer de Chine valait, en 4845, à Canton, 18 cent, le kilog.

'Plomb.

Le plomh se rencontre dans le Sé-tchuen , dans le Kiang-nan, dans le Fo-kien et dans le Chensi.

Il valait, en 1845, àQinton, 40 e. le kilog. Compa-

Digiliz'ed by Coogic

PRODUTS DIVERS DK LA CHINE.

rativcmeiit au cuivre el au fer, ce métal est rare en Cliiiie. Le Missouri en fournit, chaque année, des quantités considérables à ce pays. *

On trouve des minerais d'étuin dans le Ilou-kouan(j, dans le Pé-tchi-li et dans le Kiany-si. Il valait, en IS IÎi, à Canton, 14 piastres lepicul. C’est encore un métal relativement peu abondant en Chine; elle en tire beaucoup de Banca. Celui de cette provenance est le plus recherché.

3Unc.

Ce métal se rencontre dans plusieurs provinces chinoises ; sa vente constituait jadis l'objet d'un monopole du gouvernement.

La Cochincliine possède beaucoup de zinc. Le prix de ce métal est habituellement de G piastres le picul à Canton.

TOVAOE EK CHIKE.

CuHurr tin «oton et tntluatrle cotonnière en

Chine.

Les liisloricns ne s’accordent pas sur l’époque à laquelle le coton commença à être cultivé en Chine. D’après les uns, la plante qui le produit aurait été conouc dans cet empire dès la plus haute antiquité. D’autres soutiennent qu’il n’en est fait mention dans aucun livre, jusque trois siècles avant notre ère. Ce qu’il y a de certain, c’est que, sous la dynastie Han, qui commença environ deux cents ans avant Jésus-Christ, lecolonnier n’était encore cultivé que comme plante d’ornement, et qu’un pocte de l’époque en parla, en célébrant les jardins de la capitale, où la Heur de cet arbuste était trèsrecherchée. Les quelques tissus de coton que l’on obtenait alors, étaient considérés comme des raretés, et les historiens crurent devoir transmettre à la postérité la description d’une robe de calicot ou d’indienne, *que se fit faire un certain empereur Vou-ti.

Les deux voyageurs mahométans qui parcoururent la Chine au ix* siècle, disent dans leur relation dont nous avons déjà parlé « que les Chinois s’habillent de soie durantl'hiver comme durant l’été, et que celte manière de se vêtir est commune aux princes, aux soldats et aux gens du peuple. »

TBODDITS Dn-EBS DF, LA CHINE.

A celte époque, cependant, les relations commerciales de la Chine et de l'Inde étaient parfaitement établies, et cette dernière contrée connaissait depuis deux ou trois mille ans la fabrication des tissus de coton. Il est fort remarquable qu'elle n'ait point pénétré dans un pays aussi voisin que la Chine. **

llparoit, néanmoins, que vers le xi» siècle, des émigrés d’une province de Tartarie cherchèrent à introduire la culture et la fabrication du coton dans le Céleste-Empire. Mais les novateurs rencontrèrent des obstacles nombreu.\, surtout de la part des ouvriers en soie et en laine ; on fit appel à tous les préjugés nationaux, pour perdre cette industrie naissante ; on lui reprocha surlou! son origine étrangère, que beaucoup de personnes considérèrent comme un motif d’exclusion péremptoire.

Cependant les conquérants mongols, qui créèrent en Chine une courte dynastie, en ^ 279, se montrèrent favorables à la culture du coton et cherchèrent à la développer le plus possible.

Lepremierdes empereurs Ming, monté en ^568 sur le trône qu'avaient occupé pendant près d'un siècle les descendants de Gengis-kan, continua de protéger l'industrie à laquelle la nation opposait une si longue et si aveugle résistance. Enfin, le peuple s’ajjerçut du bas prix et de la force du nouveau tissu qu'on lui offrait comme vêlement ; il reconnut qu'il convenait parfaitement au climat ; le préjugé, l’orgueil et l’esprit d’im-

VOVAGE EN CHINE.

mutahiiilé nationale, finirent par céder à l’intci'ét bien entendu desconsommaleiirs, et vers la fin du iiv' siècle; le colon fut adopté dans toute la Chine, où sa culture se répandit bientôt avec une rapidité étonnante.

Ce pays possède aujourd'hui le cotonnier herbacé gossijpium herbaceum \e cotonnier arbuste gossypium religiosum,el\e cotonnier arbre bombax penlandrum. Ce dernier, très-commun également h Java, à Singapour et à Manille, donne un produit d’une soie très-courte, et qui n’est employé qu’è ouater les couvertures de lits, les coussins et les habits des pauvres, ce qui les rond plus chauds que des vêlements de drap.

Ce cotonnier herbacé et le colonniér arbuste sont cultivés en Chine sur une très-grande échelle. C’est leur produit qui, filé et tissé, constitue rhabillement de l’immense majorité de la nation. Tandis que le riche mandarin se couvre desoie et dédaigne le tissu modeste de Mankin, le peuple trouve un vêlement commode et peu coùleux>dans le colon manufacturé. Les provinces où l'on rencontre les plantations les plus considérables de cotonniers, sont celles du Ngan-ouai et du Kiangsou, qui formaient jadis la province du Kiang-nan. Celles du Chan-loung, du Tché-kiang , du Yu-nan , du Kiang'si, du Kouang-toung , ainsi que les lies d’IIaïnan et ^c Chusan , en possèdent également de belles cultures.

J’ai remarqué, aux environs de Chang-hai, des champs immenses de cotonniers. Ces piaules s’élèvent

rjionuiTs DivKUs nr i.\ ciiinp..

généralemciUn la liautciir d’un denii-môlrc à un mètre. On clioisit pour leur ciilliirc un sol assez riche, mais cependant mêlé de sable et iiuehiiie peu humide. Il doit être laboure Iroisfois cl bien fumé ; la vase des rivières et des fosses est très-souvent employée à cet usage ; si le terrain est sec, on cherche à y amener un ruisseau. Les paysans ont fréqiiemmeiil reeours, dans ce cas, à une roue à chapelet, au moyen fie laquelle ils tirent de l’eau d’un étang ou d’une rivière située à quelques mètres au-dessous du niveau du terrain qu’ils veulent arroser.

Quand les plantes commencent à pousser, l’espace compris entre chaque rangée doit, de temps à autre, être remué avec la bêche. On dit qu’à l’époque où les jeunes arbrisseaux atteignent une certaine dimension, les cultivateurs ont I habitude de eoiqier l’extrémité de leurs branches, afin d’augmenter le nombre des gousses et de hâter leur maturité. La récolte a lieu aux mois de septembre et d’octobre. I.a feuille du cotonnier de Chine ressemble un peu à celle de la vigne, mais elle est beaucoup plus petite. Sa Heur a la forme d’un calice. Elle fait place à un bouton ti iangulairc à quatre cloisons et de la grosseur d’une noix, qui ne tarde pas à noircir, à s'entr’ouvrir et à laisser |)araitre le duvet qu’il contient. La gousse du cotonnier arbre a de -15 à 18 centimètres de longueur. Les branebes de cet arbre sont horizontales et forment plusieurs nappes on étages parallèles.

350 VOYiCE EN CIIIXE. ,

Le coton le plus beau et le plus remarquable que produise la Chine, est assurément celui qui sert à la fabrication des toiles connues en Europe sous le nom de nankins. On a longtemps agité la question de savoir si les tissus nankins étaient fabriqués avec un lainage ayant déjà, avant toute manipulation, la couleur jaunâtre qui les distingue, ou s’ils devaient cette nuance particulière à une légère teinture.

M. Van Braam, chef de lu mission commereiale que la Hollande envoya à Pékin en -ITOi, avait été chargé par des négociants européens, de demander que les nankins destinés à leurs divers marchés, fussent teints désormais en une couleur plus foncée que ceux reçus depuis quelque temps. Il eut l’occasion de s’assurer, pendant son voyage, (pie la nuance de ces tissus était naturelle et nullement sujette à pâlir.

Sir George Stauuton, l’un des membres de l’ambassade de lord Macariney, reconnut, en traversant la province du Kiong-nan, « que le colon qu’elle produit est naturellement de cette couleur jaune qu’il conserve après la filature et le tissage. « Il dit aussi que le coton (le Nankin dégénère et devient blanc , quand on le transplante dans une autre province.

J’ai vu, aux environs de Chan-ghaï, des cotonniers à duvet jaune, croître dans le voisinage de cotonniers blancs ; mais ces derniers sont de beaucoup les plus nombreux. On en rencontre aussi qui donnent un lainage d’une nuance intermédiaire. Mais il parait que

Page 1