‹ Voyage en CriméeChapitre 33 sur 57 · EN MINGRÉLIE · texte numérisé non relu

EN MINGRÉLIE

A THÉBIZOXU£ ET A CONSTANTINOFLE.

11 est , on le sait, dans la vie, «les époques qui ne se perdent et ne s'effacent pas , et dont te souvenir dure toujours. Puissé-jc ne me rappeler que celles qui semblaient me sourire, et retrancher de la liste de mes années celles qui attristent mon ame encore aujourd'hui !

DEIWKT FOUI THÉBIZOM)E.

Enfin la navigation sur la mer Noire étant ouverte, et ayant reçu de Vienne de nouveaux secours par la haute bienveillance de Son Altesse Impériale notre Palatin chéri, et par la gracieuse inlermédiation de S. Exc. le Chancelier de Hongrie, je profilai de la première occasion qui se présenta pour passer en Asie ; et comme je ne pouvais pas . espérer de long-temps de rencontrer un navire partant pour Rcdoute-Kaléh , je pris passage sur un navire vénitien destiné pour Trébizonde; notre accord fut bientôt fait, et je m'embarquai le même jour, 41 avril 1850.

M. le chevalier Stemkovsky, gouverneur de Kerlchc, que j'avais eu l'honneur de connaître l'année passée , était arrivé la reille à Théodosie et se rendait à Odessa ; il eut la bonté de prendre avec lui une boite contenant des minéraux , dos monnaies anciennes et mon rapport en hongrois. Ën faisaut ici mention de la complaisance de M. Stemkovsky, il m'est très agréable do lui renouveler ma gratitude pour l'accueil qu'il a bien voulu me faire à mon passage à Kerlchc.

Mon départ de Tliéodosie étant précipité , mes adieux le furent également ; mais je n'oublierai jamais les momens agréables que j'ai passés parmi les familles respectables qui, pendant mon séjour dans cette ville , n'ont pas cessé de me témoigner cette bienveillance qui caractérise la noblesse russe. Je ne puis aussi m'empécherde nommer à celte occasion M. le général Wrengl et son aimable épouse, M. le colonel Muratew et sa digne famille, M. le colonel Sler, commandant la ville, M. le colonel Stackelbcrg, directeur de la quarantaine, M. le chevalier Anastasiew, président du tribunal , homme très distingué , à qui j'ai voué une véritable amitié, ainsi qu'à sa respectable famille. Je ne dois pas oublier non plus M. le chevalier Gajevsky, directeur de la douane , qui eut la rare complaisance de venir me trouver au moment de mon départ pour me remettre un ordre pour les douaniers de m' expédier sur-le-champ , malgré que ce fut le jour de- Pâques. „

Je n'ai pas senti moins de regret de quitter M me la princesse Melschersky , dont il a été fait mention dans la deuxième partie de cet ouvrage et qui depuis une quinzaine de jours était arrivée de la côte méridionale avec l'aimable princesse sa belle-sœur^ pour faire ses dévotions de Pâques à Tliéodosie. Je renouvelle ici .ma vive gratitude envers celte illustre famille, qui a eu tant de bontés pour moi, pendant ma tournée sur la côte, ainsi que dans la ville de Tliéodosie.

Il fallut enfin m'arracher de cetto paisible ville où j'avais passé un hiver long et très rigoureux , pendant lequel Ity. le chevalier Graperon, Français de naissance et actuellement chirurgien de la quarantaine et docteur en médecine, contribua beaucoup à rendre mon séjour agréable dans celle ville, par l'amitié qu'il avait pour moi. Je place

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sur la même ligne M. Lagorio , consul de Sicile , homme instruit et des pins respectables, qui , par son caractère distingué , par ses connaissances politiques et commerciales, mériterait bien un consulat-général. Ce digne homme eut la complaisance de m 'accompagner jusqu'au lieu de mon embarquement t complaisance pour laquelle je désire bien sincèrement être à même de lui rendre Ja> pareille. ,

Le lendemain de mon embarquement , le vent .étant favorable , os> leva l'ancre dès le matin et nous perdîmes de vue la cote vers le soir. Cependant la traversée * qui se fait ordinairement ea quatre ou cinq jours., : (rainait en longueur à cause des vents variables qui régnaient constamment j et parce que notre brick, était ; un mauvais voilier. ». ;•; . •: . »•• . c • u ■» «<!,*•• ^

Enfin , après dix jours de navigation, nous aperçûmes h côte de l'Asic-Mineuce que je revis avec plaisir comme une ancienne connaissance , et le 22 je débarquai à Trébizonde, où le chevalier de Guerzi, consul deSardaigne et en même temps vice-consul d'Autriche , m'accueillit avec une franche amitié , m'oiïrant sa table pour le temps que je resterais dans celte ville. J'acceptai cette rare complaisance, car, faute d'une auberge, les voyageurs sont obligés d'importuner ainsi ce digne homme et de se gêner euxmêmes.

Ayant appris , a Trébizonde, qu'en prenant ma route par Erzcroum , je ne ferais point de quarantaine , au lieu qu'à Redoute- Kaléh on me retiendrait trois semaines au moins , je pris le parti , pour éviter ce désagrément , de me joindre à la caravane qui devait se mettre en roule incessamment pour traverser le mont Taurus et franchir les stériles montagnes de l'Arménie.

En attendant notre départ, j'employai mon temps à par-

courir la ville et les environs. Quelques voyageurs ont évalué bien erronnémcnt la population de Trébizonde à deux cent cinquante mille ames , tandis qu'elle ne se monte qu'à environ quarante-cinq mille ames. La ville intérieure , habitée par les Turcs , est ceinte d'une muraille haute d'environ quinze pieds. Les faubourgs sont très étendus et sont exclusivement occupés par des Grecs et Arméniens. Les Beys composant ce pachalik sont très remuans, ils se battent souvent entre eux ; c'était précisément ce qui eut lieu à mon arrivée , et ce qui retarda pendant quelques jours le départ de notre caravane , qui ne voulut pas se mettre en route sans avoir réuni un nombre d'hommes à peu près suffisant pour nous défendre contre les Kurdes , voleurs déterminés qui errent par les montagnes de l'Arménie et attaqueot souvent et égorgent les voyageurs qui ne peuvent pas leur opposer une vigoureuse résistance.

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