NOTICE SUR LES TCHERKESSES
Voici maintenant une courte mais exacte notice sur les Tcherkesses, dont jusqu'à présent les voyageurs n'ont parlé que superficiellement (*) :
(4) A mon retour d'Italie à Marseille en 4834, roulant faire insérer cette notice sur les Tcherkesses dans un élégant recueil qui deyait paraître pour -la première fois à Marseille, sons le titre de Leben Sfo toonl, je la communiquai à l'imprimeur, M. Feissat. Mais quelle fut ma surprise, quand M. le rédacteur tira de sa bibliothèque et remit entre mes mains la Revue Britannique , que ce savant venait de recevoir de Parla , d'y trouver la même notice , presque mot à mot , à quelques changemens près !
Pour rendre hommage à la vérité et pour repousser loin de moi tout soupçon de plagiat, il est de mon devoir de déclarer solennellement qu'au commencement de 4833, étant à Paris, j'avais offert la notice en question, tirée de mon Voyage ou Mont-Caveau en 4829 et 1830 , encore inédit , à M. le rédacteur de la Revue des Deux-Mondes , pour l'y faire insérer. M. le rédacteur en chef me pria de lui laisser mon manuscrit pour deux ou trois jours, ajoutant qu'au bout de ce temps il me donnerait réponse. M. le rédaeteur était alors convales-
Cette nation nombreuse et vaillante forme dix républiques ou peuplades suivantes : i 9 les Nolkaïtches , ¥ les Chapsouks; 3° les Abatzaïks; 4° les Pscdouks; 5° les Oubigbs; G* les Hatiskaïs; 7° lesKembouis;8 0 lesAbazcs; 9 e les Bezlémiés , qui se disent aussi descendais des Magyars ; 40° les Koubertaïs.
Ces peuplades, souvent en discorde , se réunissent toujours à l'approche d'un danger de nature à menacer leur indépendance. Chacune de ces républiques s'engage par serment à ne faire, dans un péril imminent, qu'une cause commune, soit pour se défendre, soit pour attaquer l'ennemi. Le serment prêté en pareilles circonstances rend leurs stipulations inviolables. Le parjure est puni d'une manière horrible. Par ce lien indissoluble , chaque peuplade présente un rempart formidable. Les princes sont les chefs de ce pacte social par le droit de leur suprématie , qui est reli-
cent ; par conséquent , je consentis à ce délai. Le troisième jour, étant retourne à son bureau , M. le rédacteur me rendit mon manuscrit, disant qu'il ne pourrait pas s'en servir. Ainsi , je repris donc mon manuscrit avec un certain dépit, et le reléguai dans ma malle , sans lui avoir fait voir le jour depuis, sinon pour le livrer à l'impression.
Je dois en même temps déclarer ici hautement que, pendant mon séjour en Crimée en 1829, au fort de l'hiver, et notamment à Théodosie , j'avais profité des renseignemens que H. Lagorio , vice-con*ul de Sicile dans ce port, voulut bien me communiquer au sujet des Tcherkesses , renseignemens qui méritent toute confiance , d'autant plus que son beau-frère, demeurant depuis plusieurs années parmi les Tcherkesses en qualité d'agent de Russie , avait appris la langue du pays, s'était fait adopter comme indigène, et , par conséquent , étaità même de fournir à M. Lagorio des notes exactes sur ce pays : je dois, de mon côté , beaucoup de reconnaissance à ce digne homme, pour s'être rais en rapport avec moi. Voilà l'exacte vérité de cet incident qui est encore aujourd'hui une énigme pour moi, énigme dont le rédacteur de la Revue Britannique pourrait seul donuer le mot.
gieuscmcnt respectée par leurs subordonnés. Les vieillards sont chez les Tcherkesses en grande vénération, même de la part des jeunes gens qui ne se permettraient pas de s'asseoir en leur présence sans être priés de le faire.
Les esclaves sont traités avec beaucoup d'humanité ; ils sont employés dans l'intérieur des maisons ou aux travaux champêtres. Leurs maîtres leur donnent quelquefois des terres qu'ils labourent , et dont le produit est partagé entre eux.
Les princes ne jouissent d'aucune autre prérogative que de celle de partager avec lesouzdens ou nobles les vols et les rapines qu'ils auront commis. Le vol fait entre eux est jugé par les vieillards, et ordinairement le voleur est condamné à rendre sept fois la valeur de l'objet volé. Le meurtre est puni suivant les circonstances qui l'ont accompagné , et selon la condition de la personne assassinée.
L'hospitalité est honorée parmi les Tcherkesses, qui la regardent et la respectent comme un droit sacré. Quand l'étranger est devenu konak (hôte) de l'une des familles, il est en sûreté contre toutes insultes; car son hôte doit répondre pour lui (*). Malgré l'amour du brigandage, les Tcherkesses ont beaucoup de penchant pour la bienveillance et même pour l'amitié; ils sont fiers et aiment à être flattés. Il n'est pas rare de trouver parmi ces peuplades l'exemple
(4) U est remarquable de trouver la même analogie avec l'hospitalité des anciens Hébreux. Un auteur (Jahn , Vienne, 1814 ) en parle en ces termes :
€ Figet quoque adhuedum antiquissima honatatis ratio quâ quicum- « que etsi ceteroquin prœdo , hospitem collegit , eum tueri et se quoque « Ipsum prœ$enti pro eo vitœ periculo objicere knetur, nisi ab omnibus « infamie haberi velit , et id quidemjam obtinet , si quis cum peregrino « vel crustam panis manducaverit. »
d'adoption : lorsqu'un étranger veut être naturalisé, la femme de son hôte lui présente son sein , et l'adoption est consommée; ce qui lui donne le droit de se fixer dans le pays et de s'y marier.
La facilité avec laquelle les mollahs mahoméfens , presque tous iguorans, ont propagé les préceptes du Koran, prouve la docilité îles Tcherkesses; et il'n'y a pas de doute que l'influence des Turcs étant dans ce moment tout -allait annihilée dans ce pays, le christianisme ne puisse encore, avec plus de facilité , être introduit et propagé parmi les Tcherkesses. L'indifféranee de Rome esèinexcusable en ce qu'elle a négligé jusqu'à présent d'y envoyer des missionnaires de la Propagande , qui auraient trouvé dans maints endroits la croix plantée , que les Tcherkesses regardent encore maintenant comme l'emblème du culte du vrai Bien. On trouve encore aujourd'hui plusieurs croix bien sculptées et bien conservées vers les sources du Kouban , et notamment avant d'arriver an Pont -de- pierre , ainsi qu'une ancienne église au-delà du Kouban , merveilleusement conservée ; il en est parlé dans la première partie de cet ouvrage.
Quant à leur religion , ils reconnaissent un Etre-Sopréme ainsi que plusieurs puissances du second ordre, qu'ils nomment apôtres. Ils croient à l'immortalité de l'arae ; les forêts sont leurs temples, et une croix placée au pied d'un arbre consacre l'autel devant lequel ils sacrifient. Un des vieillards de la société remplit les fonctions de sacrificateur. Debout , à côté de la croix , couvert d'un manteau de feutre et la téte nue , il ouvre la cérémonie par le sacrifice de la victime , qui est ordinairement une chèvre ou un mouton , excepté dans les grandes solennités , qui demandent le sacrifice d'un bœuf. Le vieillard prend une bougie, qui est
placée au pied de la croix , et il brûle à la victime quelques poils à l'endroit par où elle doit être frappée, lui versant un peu de buza (*) sur la tète; et après une courte prière d'offrande, on l'immole. La téte en est consacrée à la divinité ; on la Gcbe sur une perche , à quelque distance de J 'autel. La peau appartient au sacrificateur, et le reste est préparé pour servir au repas de l'assemblée. Après le sacrifice , le sacrificateur saisit une coupe d'une main , et prend une tranche de pain de l'autre; il les élève au ciel et , dans cejte attitude, il invoque l'Etre- Suprême en faveor de rassemblée. Après avoir béni le breuvage et le pain , il les donne pour être consommés au plus âgé de la société. Les assistans lui présentent une autre coupe et une tranche de pain > et le sacrificateur renouvelle les mêmes cérémonies en s'adressent à la mère de Dieu , et présente la coupe à un autre vieillard , et ainsi de suite. Avant de renvoyer les assistans , le sacrificateur fixe à sa volonté le jour pour le sacrifice suivant , qui a lieu une fois par semaine ; mais cela doit être un dimanche, un lundi , un mardi , un mercredi ou un samedi; les autres trois jours sont défendus pour le sacrifice. A en juger par ces cérémonies, on ne peut nullement méconnaître la diversité de leur origine : dans les unes on aperçoit l'idolâtrie, et dans les autres on remarque une faible image des mystères du christianisme , dont le mélange a produit une nouvelle religion.
Outre ces fêtes hebdomadaires , les Tcherkesses en célèbrent plusieurs autres: celle de Méréime, ou mère de Dieu, tombe dans la lune de septembre. On ne sait pourquoi on l'appelle de ce dernier nom , car son histoire n'y a aucun
(t) Boisson préparée par la fermentation de la farine de millet dans
l'eau.
rapport : mérème est simplement la palrone des abeille».
Vers le printemps est la fête de l'apôtre Sozérw. Les Tcherkesses prétendent que c'était un grand voyageur, auquel les vents et les eaux obéissaient. Ceux qui habitent les bords de la mer le révèrent particulièrement. Les Tcherkesses révèrent encore trois séraphines : c'étaient trois sœurs qui , de leur temps , ont fait fleurir dans le paya le règne d'Astrée. Elles président à l'harmonie domestique, à la concorde entre les voisins , et couvrent les voyageur» de leurs ailes protectrices. La similitude qu'il y a entre ces trois séraphines , les dieux pénales et les anges gardiens, est une nouvelle preuve du mélange de vrai et de faox qui compose la mythologie des Tcherkesses.
Vers la fin de la lune d'octobre , ils célèbrent la commémoration des morts. Cette époque est célébrée par chaque famille en particulier. Peu de jours après vient la fête du tonnerre ; on lui rend grâce des pluies qui ont rafraiebi et purifié l'air pendant les chaleurs de l'été. Le tonnerre est très révéré parmi les Tcherkesses , et ils regardent comme une faveur extraordinaire du ciel d'être frappé de la foudre.
Leur nouvelle année, qui coïncide avec la nôtre, est l'époque de la reprise des travaux champêtres : elle est suivie de deux jours de fêle ; mais la plus grande solennité est réservée pour la Pâques; les cérémonies qui l'accompagnent ne laissent aucun doute sur son origine. Sitôt le renouvellement de la lune de mars, ils s'abstiennent de manger des œufs. On ne loue ni on ne prêle , on ne reçoit rien , on ne prend pas même du feu chez son voisin.
Les autres apôtres, chez les Tcherkesses , sont : Noakatasch, Schanca, Telebs, Jemisch et Mésite ; chacun d'eoi a un jour qui lui est consacré. Ce n'est que dans les fêteset à l'occasion des sacrifices que les Tcherkesses mangent de
la viande , et lorsqu'ils ont an étranger chez eux. Dans ce dernier cas, ils augmentent leurs mets par une quantité de ragoûts qu'ils ne savent autrement préparer qu'avec du sel, du lait , du miel et du piment.
Les Tcherkesscs sont très sobres ; ils ne se nourrissent , excepté dans des occasions extraordinaires , que de millet bouilli avec un peu de sel. Leur repas est servi à la manière des Turcs; l'étranger mange seul; le maître de la maison et Ceux de la famille, excepté les femmes, se tiennent debout par respect. L'étranger en fait les honneurs en présentons tantôt à l'un , tantôt à l'autre , des morceaux de ce qu'on lui sert. Les femmes mangent dans une pièce séparée. On ne se sert que de cuillers de bois. Les esclaves donnent de l'eau pottr laver les mains avant et après le dîner, et on ne se met jamais à table sans invoquer le nom de Dieu.
La sobriété généralement observée parmi les Tcherkesses leur est d'un grand avantage dans leurs expéditions. Leur boisson est le buza; ils brassent aussi une bière forte, qui a le goût et la force de la bière d'Angleterre. Un cavalier allant en course est approvisionné pour plusieurs jours avec un petit sachet de millet cuit, qu'il attache à la selle. C'est à cette sobriété que les Tcherkesses doivent attribuer le bonheur de connaître parmi eux peu de maladies , et de parvenir à une extrême vieillesse sans ressentir les incommodités dont elle est affligée chez les autres peuples. Ils n'ont guère d'autre boisson que la bière et le buza.
Les hommes sont généralement sveltes , dégagés et d'une belle figure : ils n'ont point dégénéré de leurs ancêtres sous ce rapport, ainsi que l'atteste Abou-EI-Kassim , historien arabe qui visita le pays des Tcherkesses , appelé par lui Kashakie. C'est, dit-il , la plus belle race d'hommes parmi -es peuples du Cavcase; ils se distinguent surtout par les
traits réguliers et Je teint Marie de leur figure , et par leur taille élevée.
Les femmes sont assez jolies , mais elles ne méritent pas la réputation que leur ont faite les Arméniens, qui. avant la prise d'Anapa par les Russes, en trafiquaient pour les envoyer au bazar de Constantinople , destiné à la vente des esclaves. D'après cette exagération des Arméniens , les Européens sont toujours restés dans la même persuasion au sujet de la beauté des Circassiennes (*). Cependant il faut convenir qu'elles sont jolies , leur taille est mince et déliée , elles ont les plus beaux yeux du monde M des sourcils bien arqués et de longues paupières. Cette taille mince et déliée provient de ce que les deux sexes, dès leur tendre jeunesse, se serrent fortement les reins, les garçons avec une ceinture de cuir, et les filles avec un corset, qu'elles ne quittent qu'en se mariant ; alors c'est l'époux qui le lui oie la première nuit , en coupant les lacets avec son poignard.
Les Tcherkesses en se mariant paient une dot aux parens de la femme ; cette dot consiste en bétail , armes , chameaux, chevaux, esclaves et autres objets, suivant la condition des parens respectifs. Lorsque deux personnes veulent s'unir, le jeune homme fait faire la demande aux parens de sa maîtresse; si on la lui accorde, son père va pour traiter de la dot, dont la moitié se paie toujours au moment du mariage, et le reste à un terme convenu. Les préliminaires arrêtés , l'amant donne un rendez-vous à sa belle
(i) Les Géorgiennes , qui les surpassent de beaucoup en beauté , ont
toujours été vendues à Constantinople sous le nom de Circassiennes. C'est à tort qu'on a accusé les pères de vendre leurs filles; il est certain qu'elles ont été volées par des Juifs, des Arméniens ou des Turcs.
pendant la naît ; il accourt , accompagné de ses amis, pour l'enlever ; il la conduit ordinairement chez la femme d'un ami commun aux deux familles.
Les parons de la jeune personne vont la chercher le lendemain chez ceux du futur , et, affectant un air courroucé, demandent raison de l'enlèvement clandestin. Ceux-ci répondent que leur fils, voulant se marier, s'est conformé aux usages du pays; que, par conséquent , on devrait consentir à cetje union. Quoique bien d'accord Sur tous les points, l'ns&gef veut qu'on ne le paraisse pas du tout, et qu'on nomme des arbitres pour juger cette contesUtion ; mais ceux-ci se prononcent toujours dans le sens de la convention entre les deux parties.
Le jour suivant la noce est célébrée , et tous les parens et amis s'assemblent, les uns ches les voisins où se trouve la fiancée , les autres chez île jeune homme , qu'ils accompagnent pour aller enlever une seconde fois sa maîtresse ; mais les premiers les attendent pour les en empêcher. Ils sont tous armés de bâtons, et il s'ensuit un combat simulé, pendant lequel la belle paraît à la porte de la maison, appuyée sur deux jeunes filles; à sa vue le futur s'élance et l'enlèvë dans ses bras. Les jeûnes filles entonnent alors un enant de victoire, et tous les combattons se réunissent pour accompagner 4es époux en triomphe*
La noce duré cinq à six jours, mais le nouveau marié n'assiste pas à la fétc ; car l'uàage veut, comme on l'a vu plus haut* que les jeunes mariés ne se trouvent pas ensemble dans la même compagnie ; par conséquent il se tient caché, durant le jour, dans le voisinage, et dés qu'il fait nuit, ses amis vont le prendre au lieu de sa retraite et le conduisent dans l'appartement de sa femme; mais au point du jour il disparaît encore. 11 mène cette vie environ deux mois, évi-
tant surtout la rencontre des vieillards. Cette même conduite se renouvelle aux couches de sa .femme : du moment qu'on lui annonce qu'il va être père, il quitte sa maison, et pendant plusieurs jours il n'ose y paraître que la nuit. On n'imprime à l'enfant aucun caractère religieux; sa naissance est célébrée par une petite féte, et ce sont les femmes conviées qui lui donnent un nom à leur volonté.
Quant aux costumes des Tcherkesses, j'en ai déjà fait la description au chap. XVIII; par conséquent , ici je ne parlerai pas des femmes. Elles portent des habits de drap de différentes couleurs, et des pelisses lorsqu'elles font des visites de cérémonie; mais pendant les chaleurs de l'été elles n'ont qu'une robe légère en toile de coton blanc, à peu près commes les femmes tatares en Crimée. Les plus jeunes se tressent les cheveux qui leur tombent sur les épaules. Il est étonnant de voir la finesse de leurs ouvrages de broderie ; elles s'appliquent aussi aux ouvrages de l'aiguille, et confectionnent les bonnets de la famille. Au milieu de ces occupations, elles donnent aussi presque exclusivement des soins à l'éducation des abeilles.
Les Tcherkesses possèdent la plus belle partie du Cavcase septentrional et occidental. La terre y est très fertile, les pâturages sont d'une grande étendue, et l'herbe est de la meilleure qualité. Cependant l'agriculture est encore très bornée , mais pourtant très simple chez eux ; ils ne fument pas leurs terres, et ils se bornent à brûler, au printemps , les herbes qui couvrent les champs destines à être ensemences. C'est le seul engrais qu'ils donnent à la terre. On cultive la même pièce de terre pendant trois ans de suite , et quand le terrain est épuisé , on en laboure un autre. En général , ils ne cultivent que dn millet, dont ils donnent souvent à leurs chevaux. Leurs troupeaux sont
peu nombreux; ils attellent des bœufs à leurs chariots et à la charme. Ils mettent plus de soin à élever les chevaux , qui sont excellens et fort agiles. Leurs moutons sont petits, mais leur chair est de la meilleure qualité. On trait les brebis , et avec leur lait on fait des fromages qu'on peut manger avec plaisir.
Les Tcherkesses parlent d'une montagne qui cache un phénomène et que , par cette raison, ils ont consacrée à Dieu ; ils rappellent le Grand-Temple. Peut être la superstition et l'ignorance sont-elles la cause de l'exagération de ce phénomène prétendu. Celte montagne est située au milieu d'un groupe d'autres très élevées, mais pourtant moins que la première; elle forme à peu prés un rectangle entre Anapa et les bords du Kouban, à une dislance presque égale et à environ douze lieues de ces deux points. Un bosquet touffu couronne le sommet de la montagne et cache un joli plateau, au milieu duquel il y a une caverne dont l'entrée est ombragée par le seul arbre qu'on voie sur cette place. Les oiseaux évitent dans leur vol de passer par cet endroit , le bétail n'en approehe jamais, et le gibier poursuivi par les chasseurs se laisse plutôt prendre que de se réfugier dans le bosquet. Il n'y a pas long-temps que trois Tcherkesses osèrent franchir cette barrière et pénétrèrent jusqu'à la caverne; deux d'entre eux devinrent victimes de leur témérité; le troisième s'étant échappé raconta ce qu'il avait vu , et quelque» jours après il tomba en démence.
Au pied de cette montagne on trouve des antiques en or, en argent , en cuivre et en terre cuite ; mais il est sévèrement défendu d'y toucher, et la superstition fait respecter cette défense. Les environs sont très fertiles et peuplés d'arbres fruitiers et de vignes sauvages. On parle de plusieurs au très souterrains qui font le sujet d'autant do fables ; il y en a un
non loin de Pschiade, résidence du pince Mehemet Jehandar-OgJou , que personne n'ose approcher de trop près , et dont on fait la demeure d'un de ces génies ennemis des bonnes fées. La voix populaire raconte qu'il y est enchaîne et condamné à rester dans cet état de punition jusqu'à ce que les hommes aient banni le vice de la terre.
On trouve dans ce pays plusieurs monumens de forme cubique qni paraissent très anciens. La nature , dans ce pays, est très belle ; les fruits de toute espèce y viennent . sans culture. Dans la partie méridionale la vigne, sans être cultivée, est chargée de raisin; on le laisse sécher sur le eep pour les provisions de l'hiver, et on en fait aussi du vin sans art et sans le conserver dans des vases de terre. Le pys est très boisé , et la grosseur des arbres atteste leur ancienneté.
Chez les Tcherkessos, la mort d'un homme ravi à sa famille par suite de blessures reçues en combattant , est accompagnée: de tout ce que les; regrets ont de plus touchant. Les pleurs et les cris des femmes qui sont dans la maison annoncent son. décès, et la nouvelle en est bientôt répandue dans le voisinage. Les amies et les voisines de la mère et de J'épouse du guerrier qui vient de finir sa carrière, vont joindre leurs sanglots à ceux delà fai&iUe désolée. Le but de ces visites n'est pas d'apporter des consolations banales , mais de pleurer ensemble en. faisant l'éloge du défunt. Le cadavre- est lavé tout de suite ; on lut rase tous les poils , on l'habille entièrement à neuf et on le couche par terre sur une natte ; sur une autre natte étendue à son côté il y a un carreau neuf sur lequel tous ses habits se trouvent entassés ; ses armes sont exposées en forme de trophée à l'entrée de la coar pour indiquer le séjour de la douleur, et c'est en franchissant cette borne que les arri-
van» commencent à faire entendre leurs lamentations. Ce* pendant les hommes n'expriment pas leors regrets d'une manière si bruyante ; ils arrivent les yeux rouges , mais couverts, d'une main , et de l'autre ils se frappent la poitrine à grands coups. Ils se jettent à genoux sur la natte qui est à côté du cadavre , et ils restent dans cette position en sanglotant et se meurtrissant jusqu'à ce qu'en les relève en leur disant : C'est assez.
On leur donne ensuite de l'eau pour se laver les mains et le visage , et ils vont faire leors complimens de condoléance à ceux de la maison. L'usage veut que le mort soit inhumé dans les vingt-quatre heures. Tandis qu'on fait dans la maison des sacrifices expiatoires , dont les viandes servent au festin qui fait une partie indispensable de la cérémonie, plusieurs jeunes gens vont préparer le tombeau. Quand tout est prêt, le convoi funèbre s'achemine vers le cimetière. Los vieillards sont à la tète du convoi et récitent des prières ; suit immédiatement après te cercueil , environné des parons.» des amis et des voisins du défunt , et les femmes ferment ta marche « ayant au cou un mouchoir dont elles tiennent un bout de chaque main , et qu'elles tirent tantôt d'un coté, itanlêi de l'autre, en poussant des cris. L'épouse, la mère et les plus proches parens s'arrachent les cheveux et s'égra lignent le visage de manière qu'elles en conservent long-temps les marques.
Après renterremeat ; on dépose sur la tombe une partie des viandes des victimes ainsi que du pasta et de la httza, qu'on abandonne aux passans. Ceux qui ont accompagné le convoi retournent chez les parens du mort, où on leur sert un repas. On finit la cérémonie par le tir au fusil , dont les prix sont les peaux des victimes.
La mémoire du défunt est consacrée dans une romance
qui contient sa biographie, et elle passe à la postérité si le sujet en est digne. Ces romances sont les seuls fragment qu'on a de l'histoire du pays. L'année suivante, en célèbre l'anniversaire des funérailles , et, à celle occasion , les parens du défunt déploient toute la magnificence qui est en leur pouvoir. Ils préparent , pour cette cérémonie, divers ouvrages. Le nombre des victimes va quelquefois jusqu'à cinquante ; et outre celte quantité prodigieuse de viande qu'on prépare pour le festin, chaque famille y apporte encore quelques plats. L'anniversaire est annoncé plusieurs semaines à l'avance, afin que ceux dont les habitations sont éloignées, puissent être avertis du jour qu'on aura fixé. On s'y rend de tous cotés et on s'assemble dans le champ des morts , qui est une vaste étendue de terrain parsemé de pierres sépulcrales» Tous |es habits, toutes les armes et les chevaux de bataille du défunt sont près de son tombeau. II y a aussi une quantité de pièces d'étoffes » suivant les moyens des parens. S'ils sont 1res riches ils ajoutent à ces effets d'autres chevaux, des esclaves et même une cotte de maille ; le tout est destiné pour composer les prix des courses. ! . ; r:;«
La journée s'éoou le entre les jeux et la bonne chère; chaque passant peut y prendre part. A la première course qui se fait à cette occasion , on remarque une certaine galanterie envers le beau sexe de la part de ceux qui se disputent le prix de la course, pour le lai présenter comme un hommage dû à la beauté. En effet , les Toherkosses témoignent au beau sexe beaucoup d'égards dans toutes les occasions. Si un cavalier rencontre une femme sur . sa route , il descend de cheval , le lui offre , et si elle refuse , il marche à côté d'elle jusqu'à l'endroit de sa demeure ; mais cette galanterie n'empêche pas que les femmes ne soient obligées
de partager tons le» travaux avec les esclaves. Elles montrent beaucoup de goûl et d'intelligence dans leurs ouvrages. Les garnitures des habits et des chaussures , en tresses et rubans de fil d'or et d'argent, sont du plus grand fini. Du reste , les femmes tcherkesses , bien loin d'être assujéties à cette géne si commune dans l'Orient qui les sépare de la société des hommes , jouissent d'une entière liberti, mais elles n'en abusent pas : le sentiment de pudeur, loin d'être méconnu , comme à l'île d'Otaïti , règne généralement dans ce pays, l'un des plus heureux séjours do la terre. Quoique la polygamie soit en usage chez ce$ montagnards, ils n'ont pour la plupart qu'une femme.
Les femmes tcherkesses ou ci rcassiennes passen t en Europe pour des beautés rare*, mais on est dans l'erreur. On trouve, il est vrai, parmi elles 4e jolies femmes, mais elles ne sont pas comparables aux femmes de Géorgie , d'Imérétie et de Mingrélie , parmi lesquelles les Géorgiennes sont d'une beauté admirable. Les femmes tcherkesses ne sont
pas élevées dans la mollesse ; elles ne connaissent pas encore l'art de garantir leur teint contre l'ardeur du soleil ; leurs habitudes sont simples , elles ignorent l'empiré des modes, et puis leur manière de vivre est bien différente de celte des Géorgiennes , qui sont chrétiennes et qui se trouvent en contact avec des femmes russes très élégantes, qu'elles imitent dans leur toilette la plus recherchée. En un mot , l'habitude , l'éducation plus soignée , une nourriture plus saine , le désir toujours incessant de plaire , tout cela contribue à relever la beauté des Géorgiennes et à leur donner la supériorité sur les femmes tcherkesses. Avant la prise d'Ânapa, on volait les filles toutes jeunes aux environs du Cavcase, on les vendait à Constantinople, et les marchands d'esclaves les faisaient passer pour des Ci rcassiennes,
La langue des Tcherkesses étant très répanduean Cavcase, et , en outre, ce peuple et les Abaaes, qui parlent la même langue, pouvant , avec le temps, établir un commerce actif avec les Européens ; je crois être agréable aux voyageurs et aux marchands de joindre ici le petit vocabulaire suivant, contenant les mots les plus nécessaires.
Blane Bleu
khontht tnithi
Agneau
china
Bœuf
wé, woh
Abeille
bxéh
Boire
iéfènt
Aiguille
maztah
Bois (le)
pha(faea hongrois)
Aime (ï)
Uhitchasas
Bon
pfiche
A l'instant
ighùtou
Bonnet
pe , pako, bork
Amadou
pkhous
Bouche
dché, ija
Ame
pzah
Braise
top , kftorW
An , année
U'khetse
Brebis
vieil, mail
Ane
thidd
Bride
êchohâ
Après
lêtanéU
Briquet
tsctla-maplia
Arbre
p'kha
Argent
de hine
Aujourd'hui noba
Automne
ouppéghé
Canard
babiche
Avant (en).
dapéghé
Ceinture
Avoine
Cerf
chah , blana
Chaleur
ïégoupl , Mu a!)»
Chameau
makché
Charbon
ihamiche , fanw'tk
Barbe
dchaké
Charrue
pkhflchéh
Bas (en)
tlaïohéh
Chat
ghedou
Bas ( les)
kléi
Chemin
khabe
Bateau
koukh, kouaffa
Chénc
t/an, ïana
Battre
ïéxoowo
Cheval
Beau
dakhc, daïkhè
Chien
/c/i/ia
Bélier
té
Ciel
whapéh
Beurre
t'kha
Cire
chekhou
Béto
psaoukha
Cochon
kheu, kacheka
Bière ^
ï/rre
Cœur
gouh
Coq
ûdeka »i
Fer
hgouiche
Corne
hlakoh
Feu
mafé, inafa , '■,
Cou
pChé , : ;
Foin
mauk
Coucher
Froid
tchéa, Uaa
Couper
Froment
godz
Couteau
séh , »ah , gezi
Fusil
moilo*,fo*, enofjri
Cuiller
Fais (je)
foUhe
Cuir
moskou
Farine
hafiùti
Cour , .
kwaché
Fila
Fille
si'psaté) p'kho*
Forêt
Frère
Dieu
Fromage
tkow*
Demander
ïéoupa
Fruit
khoHtt djilgaï • x •
Dormir
»cVf, «teA/j'on
Fumée
bakha , oukha
Donner
Fouet
Demain .
Dent
Doigt
abkhuombé
Drap
tliéh
Gauche (la)
samauwghéh
Danse
khafféh
Grand
fin , qhia
Désert
këkoucha
Glace
millt met
Dieu vous accompagne obmaw
Graisse
pcfcerr
Donne (je)
isoi .'V ■
Gros
g/joum
Donne-moi
taré ktet
Guerre
câb, tawQ , zéti
Pore (je)
Gentilhomme wor*
Eau
Eau-de-vie «rka
Eloigné jt>V*
Enfant Icnadfef,
Eté (F) ghamakoh
Espère (j') êogoughéh
Ecrevisso iakoh
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Heureux
Femme
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Jour
Jaune
Jeune