DE PARIS A PLOMBIÈRES. — VOSGES, FRANCHE-COMTÉ.— CORSE
Rm-lc-llur. — E|iiiial. — Plombières. — Bcsuiiruii. — Huiii;:. — {'mmi: — Dijuii.
ous pourrions maintenant, pour nous délasser, entreprendre une excursion aux eaux de Plombières , dans les Vosges.
C'est un voyage que tout Parisien de la bonne compagnie manque rarement de faire , au moins une fois en sa vie , soit pour sa santé , soit pour son plaisir. Nous reprendrons donc la route de Strasbourg jusqu'à Bar-le-Duc. De là nous passerons à Ligny, où la maison de Luxembourg avait un château considérable. Les romanciers du moyen âge en faisaient la retraite de la fée Melusine, dont la maison de Luxembourg, comme celle de Lusignan, prétend tirer son origine.
Nous sommes au village de Domremy ; suivons ces groupes de petites tilles qui se rendent à l'école. Tout près de cette école, et séparée d'elle seulement par une petite cour, voyez-vous cette maisonnette ou chaumière de singulière apparence et qui est bien > ieillc , n'est-il pas vrai? Approchons. Lue inscription en vieux langage, avec la date de 14G1 , nous apprend que dans cette maison est née .Jeanne d'Arc. Tournons maintenant en face de l'école, du côté de celle simple et élégante fontaine , composée de quatre pilastres qui supportent un fronton, et au-dessus le buste en marbre blanc de l'héroïne. Ce monument a été élcxé en 1820, Le roi Loiiis-Pliili|)pe a envoyé aussi à la ville de l)onireni\ une copie de la slaluc de
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Jeanne d'Arc, ouvrage de sa fille, la princesse Marie, duchesse de Wurtemberg , que la mort a enlevée trop tôt aux arls et à la France.
Aux environs de la petite ville de Xeufchàteau (3,600 habitants), sur le territoire du bourg de Grand, nous avons à visiter les ruines d'un amphithéâtre romain qu'on a commencé à déblayer en 1820 , et dont un savant antiquaire, M. Jollois, a donné la description.
On a trouvé plusieurs autels de Mercure sur les collines qui avoisinent Mirecourt, ville de plus de 5,600 âmes, et celle trèsancienne ville tirerait, dit-on, son nom de celui du dieu. Au xv^ siècle elle appartenait aux comtes de Vaudemont , qui y avaient un bon château. Aujourd'hui elle est le centre d'une grande fabrication de boissellerie , et aussi d'instruments de musique : violons, basses, guitares, orgues portatives, serinettes, etc. Cette industrie n'occupe pas moins de 6,000 ouvriers dans la campagne environnante.
Thierry d'Hamelan, évêque de Metz , passe pour le fondateur de la ville d'Espinauk ou de Spinal , et , selon l'usage adopté , Épinal , qui , vers la fin du x" siècle , ne comptait que quelques maisons isolées sur les rives de la Moselle. C'était une place forte , défendue par un château, lorsqu'en lVi4 elle se donna au roi Louis Xî. Celui-ci prétendant la céder à Thiébault de Neuf-Châtel, les bour-
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geois le supplièrent , s'il voulait les mettre hors de sa sainte couronne, de leur donner un autre maître, Louis XI les releva du serment, et ils choisirent alors Jean d'Anjou , duc de Lorraine, pour les défendre et protéger. C'est une ville de 11,000 habitants, pauvre en édifices, mais assez industrielle. Elle a des papeteries nombreuses, des forges et des verreries.
La réputation des eaux de Plombières date de l'époque romaine. On les vante comme stimulantes et activant la circulation, et Irèsefïicaces dans les maladies des articulations. Plombières compte à peine 1,500 âmes ; mais on y trouve tous les plaisirs qu'on va chercher aux eaux , et surtout des environs délicieux. Cette contrée est chère aux artistes ; elle leur présente , sinon les beautés grandioses des Alpes, du moins une nature élégante et des lignes harmonieuses. Les Vosges sont formées de lignes mamelonnées, dont les sommets atteignent une hauteur moyenne de 800 mètres , et ne dépassent jamais celle de 1,500 mètres. Le nom de ballons s'applique parfaitement à leurs croupes arrondies. Du côté du Rhin , elles se présentent comme un rempart formidable et qui semble à pic ; sur le revers opposé , au contraire , elles s'inclinent par de longues pentes vers les plaines de la Moselle. Dans tous les vallons où les eaux ont amené un surcroît de terre végétale , grandissent de magnifiques forêts; les cimes seules sont rocheuses.
De là nous pourrons visiter la contrée comprise entre la Saône et le Jura , l'ancienne Franche-Comté. ISous sortirons des Vosges en prenant la route de Luxeuil et de Béfort. Aux environs est Montbéliard, ville de 5,000 âmes, patrie de Cuvier; elle a converti en maison d" arrêt le château auquel elle doit son origine. Le village d'Audincourt possède une usine à travailler le fer, qu'on peut citer comme une des plus belles de notre pays.
L'ancienne Franche-Comté est séparée de la Bourgogne par un cordon de collines assez hautes ; par delà s'étendent de grandes plaines accidentées , fertiles et coupées de mamelons que surmontent des caslels avec des villages à leur pied. Ces plats pays se terminent brusquement (outre les chaînes du Jura . et c'est là que sont situées ,
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à peu près sur une file , la plupart des villes de la province. A deux lieues, et quelquefois moins, de ces villes, on se trouve en montagne. Les vignobles qui tapissent les coteaux de la Franche-Comté cessent tout à coup; la plupart des arbres des forêts ^e rabouiirissent , et sont remplacés par d'énormes sapins noirs chargés de brouillards continuels. Des hameaux d'un aspect misérable se dessinent au milieu de belles prairies , où s'élèvent des chevaux d'une race vigoureuse et de magnifiques bestiaux. Si l'on gravit jusqu'au troisième plateau du Jura , on ne voit plus que des buis serpentant sur la croupe pelée des montagnes , et des torrents qui creusent des précipices , comme dans le Grand- Vaux et dans le pays de Sainte-Claude.
Nous arrivons à la petite ville de Baume-les-Dames (2,500 âmes) près de laquelle la caverne de la Gràce-de-Dieu , au milieu d'une épaisse forêt, est une glacière naturelle. Sa cavité intérieure forme un triangle dont les côtés ont environ 50 mètres. L'eau qui suinte par le haut se congèle avant d'arriver en bas , et à la lueur des flambeaux on distingue sur le sol une masse éclatante de cristaux de glace.
Besançon , chef-lieu du département du Doubs , compte 50,000 habitants ; c'est une place de guerre de première classe. Le Doubs forme un repli qui l'enveloppe en très-grande partie, et l'isthme par lequel on arrive à elle est couvert par un roc qui porte une citadelle facile à défendre, même avec une faible garnison. C'est un des beaux ouvrages de Vauban. Peu de villes ont des maisons aussi élégantes et aussi solidement bâties. L'entrée par la porte Taillée a quelque chose de bizarre et deffrayant. Les Romains (l'antique Leson^io existait avant leur arrivée dans les Gaulesl avaient ouvert une tranchée à travers le roc pour une route ou pour un aqueduc ; les deux parois de cette tranchée , qui s'élèvent à une hauteur prodigieuse , ont été réunies par une maçonnerie dans laquelle on n'a laissé qu'une voûte assez basse. On croit entrer dans une caverne, Besançon a un pont où l'on reconnaît le travail des Romains , ainsi que dans un bel arc de triomphe assez bien conservé. La cathédrale, dédiée à saint Jean , et qui date du xi* siècle , possède une Résurrec-
lion de Vaiiloo , ol un saini Sébastien de Fra Bartolomeo , l'émule de Raphaël. La ville a un grand luxe de fontaines, l'une d'elles représente l'Apolliéose de Charles-Quint. C'est la patrie de Victor Hugo et de Charles Nodier.
Le voyageur qui de Besançon veut aller en Suisse , va gagner la jolie ville de Pontarlier, peuplée de 4,700 habitants, une des plus anciennes de la Franche-Comté et qui date du v« siècle. Il passe par les gorges de la Cluse et de Verrières sous le feu du fort de Joux ,
citadelle regardée comme imprenable , et qui a servi de prison à Mirabeau, au fameux nègre Ïoussaint-Louverture , et au général Dupont après sa funeste capitulation à Baylen. Je conseillerais à mon voyageur de suivre le Doubs jusqu'au point où il forme la ligne de frontière. Le Doubs entre dans le lac de Chaillaxon , et peu après sa sortie il se précipite, tout d'une masse et à pic, d'une hauteur de plus de 27 mètres : c'est ce (pi'on appelle le Saut du Doubs.
Nulle contrée en France ne possède plus de grottes à stalactites,
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et nous avons le choix entre celles des villages de Chassagne, ou de Chenecey, ou de Lods , ou do Rougemontot , ou d'Osselles ; ces dernières ont le plus de réputation.
Au fond d'une vallée très-profonde et tout à fait circulaire, Arbois, ville de 7,000 times , récolte des vins blancs justement renommés et qui supportent très-bien les voyages. Il est un vignoble où l'on ne vendange qu'après les premières gelées ; aussi appelle-t-on vin de gelée ce vin, qui est de qualité supérieure et un vrai vin de liqueur.
Poligny, détruite dans le ix« siècle par un incendie, est aujourd'hui une ville de 5,600 âmes; on la comptait alors comme une des plus considérables de la Franche-Comté. Prenons nos crayons , détournons-nous de* quelques lieues , et allons dans un agreste vallon dessiner la chute de l'Ain. Une nappe d'eau de 45 mètres se dégage d'une masse de rochers qui la recouvre et semble sortir d'un aqueduc , et puis tombe en formant plusieurs cascades d'une hauteur de plus de 16 mètres.
Lons-le-Saulnier (c'est-à-dire Lons le fournisseur de sel), population de 8,600 habitants, occupe le fond d'un bassin qui n'a pas plus d'une demi-lieue de large , et qu'enveloppent des montagnes de 3 à 400 mètres d'élévation, couvertes de vignes jusqu'à leur sommet. Le bâtiment do graduation (vous savez ce que c'est 1, pour l'évaporation de l'eau salée, a trois ailes, et chacune n'a pas moins de 400 mètres de longueur. Aux environs sont les ruines du château de Saint-Laurent-de-la-Rocho , la lourde Charlemagne à Chûteau- Châlons, avec les citernes vraiment remarquables do la vieille abbaye, ot surtout le château d'Arlay, où l'on a trouvé dos médailles et un pavé on mosaïque qui lui assignent une date bien antérieure auv temps féodaux.
Bourg , l'ancienne cathédrale de la Bresse , est une jolie ville de 0,000 âmes. Le président do Thou on fait l'antique Forum Sebitsionorum. Marguerite d'Autriche, fille do l'omporour Maximilion I" et tante de Charles-Quint , y fil construire la charmante église do Brou, où l'on a reproduit do loulos paris cos mots (lu'ollo a\iiit ado|)(és
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pour devise : Fortune, infortune, fortune. Le portail se présente flanqué, au lieu de tours, de deux pignons beaucoup plus bas, et l'on compte , sur le développement de la façade , un seul porche, lequel a de chaque côté deux grandes fenêtres à ogives qui descendent jusque près du sol ; l'arc du porche est surbaissé. Sur cette façade, en guise de pilastres, sont accolés des arcs-boutants. Tout cela est orné d'une profusion de petites statuettes dans des niches et d'arabesques d'un goût exquis. Du centre de la croisée s'élève une jolie tour carrée surmontée d'une lanterne. A l'intérieur, on a ménagé toute la magnificence pour le chœur, où l'on a prodigué le plus beau marbre de Carrare et les plus riches vitraux. Là sont trois splendides mausolées : à droite celui de Marguerite de Bourbon , femme de Philippe II , prince de Savoie , qui fit le vœu de bâtir l'église; à gauche celui de Marguerite d'Autriche, sa belle-fille, qui accomplit le vœu ; et au milieu celui de Philibert-le-Beau , mari de Marguerite d'Autriche , qui est représenté deux fois, mort et agenouillé. Ces trois tombeaux sont l'œuvre de Colomban , artiste dijonnais.
Une singularité de cette église est le cadran solaire qui est tracé sur le pavé au-devanl de sa grande porte. Construit au xvi" siècle , il a été restauré par les soins de l'astronome Lalande , qui eut Bourg pour lieu de naissance. Les douze chilTres des heures sont distribués à ht»circonférence d'une ellipse , qui a son grand axe dans la direction de l'est à l'ouest, lue ligne indiquant le méridien traverse l'ellipse du nord au sud , et sur cette ligne sont distribués les noms des douze mois de l'année. Vous vous placez sur le nom du mois courant , et vous devenez l'aiguille du cadran : votre ombre se projette sur l'un des chiffres tracés à la circonférence de l'ellipse, et ce chiffre indique l'heure aussi exactement qu'elle vous serait donnée par un autre cadran solaire.
De Bourg à Lyon , le trajet est peu intéressant. Dans nos premiers voyages, nous sommes allés de Lyon à Cenève, en passant par le défilé que garde la forêt de l'Écluse; revenons de (jenève à Paris en prenant par Cex , petite \'\\\o qui ne compte, à vrai dire, qu'une seule rue. Dans les environs est la ferme de \a/. , f.pii depuis plusieurs
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années donne les mérinos dont la laine est la plus belle. Nous élevant peu à peu sur les terrasses de la chaîne du Jura , venons chercher, au village de la Vatay , le passage de la Faucille. Du point le plus élevé de ce passage , nous jetterons un regard sur deux cantons de la Suisse , Vaud et Genève. Nous sommes ici à une hauteur de plus de 1250 mètres , et sur le côté le sommet du mont Dole gêne notre vue. Quittons la roule et montons environ 450 mètres de plus ; cette fois nous sommes sur le point le plus élevé du Jura. Cette cime est une arête d'un demi-quart de lieue et très-étroite au sud; du côté des Alpes , la pente est presque à pic. On assure que d'ici, par un temps parfaitement clair, nous pourrons découvrir six lacs : ceux de Genève, d'Annecy, du Bourget , de Joux, de Morat et de Neuchâtel. La longue suite des sommets des Alpes, à partir du Dauphiné jusqu'au Saint-Gothard , est là devant nous. A sa double cime chenue , et surtout à sa masse , nous reconnaissons le Mont-Blanc , le géant parmi tant de monts géants. En nous tournant vers la France, notre regard planera sur un horizon de quarante lieues. Nous reconnaissons les sommets du Jura, qui fuient, en s' abaissant par terrasses parallèles au cours du Doubs , et par delà nous distinguons , dans la basse plaine, les différents foyers d'habitations entre Dôle et Dijon. ^
De l'autre côté du passage de la Faucille nous trouverons les Rousses; c'est le village le plus haut placé dans les montagnes. Au-dessus on ne voit plus que quelques rares auberges et des chalets. Morez ou Morey est un gros bourg d'environ 2,000 habitants, au fond d'une gorge très-longue et qui laisse à peine assez d'espace pour la route et les deux rangées de maisons. Les montagnes sont à pic et nues jusqu'à la hauteur de 400 mètres, où leur cime s'arrondit et se couvre de sapins pour former un second rideau d'une élévation à peu près égale. Par bonheur la gorge se contourne au nord du bourg , et il se trouve ainsi protégé contre la bise ; l'ouverture la plus large, ouverte au sud, reçoit le soleil pendant la plus grande partie du jour. Cette commune et la ville de Saint-Claude, ville de 5,000 âmes, qui occupe en dehors de la route l'extrémité
d'une profonde vallée , sont deux cenlres d'une industrie assez active. Morez fait de la clouterie , du fil d'archal , des tournebroches , de l'horlogerie. Saint-Claude est renommée pour les petits ouvrages de tabletterie en corne, en écaille , en buis, etc.
Champagnole est une jolie petite ville de 2,500 âmes, si vous admettez toutefois qu'une ville soit jolie avec des maisons couvertes en planchettes de sapin , comme c'est l'usage dans toutes les villes de l'intérieur du Jura. J'aime mieux le fer battu de leurs clochers, la lumière y joue d'une manière agréable : c'est comme une flaque d'eau qui anime le paysage.
Ici nous disons adieu aux forêts de sapins , et nous rentrons dans le pays de plaine. Je vous dois quelques détails sur la vie de ces montagnards que nous quittons. Du 1" juin au 9 octobre, jour de la Saint-Denis, on habite le chalet dans les pîîturages élevés. C'est une légère construction en bois ; à l'intérieur est une chambre d'habitation et une autre pour y placer les fromages faits. Le chalet est au centre de trois à quatre cents arpents de pâturages , quelquefois entourés d'un petit mur en pierres sèches. Les vaches y paissent et dorment en liberté sans jamais coucher sous le hangar qui touche au chalet. Elles n'y viennent que pour se faire traire , attendant patiemment leur tour et repartant ensuite. On compte un berger pour quinze vaches et un faiseur de fromages pour quatre-vingts. Ces fromages, qui sonl une imitation de ceux de la vallée de Gruyères en Suisse , se fabriquent en versant le lait dans une chaudière sur un feu modéré, en y mettant de la présure pour le faire cailler, en le pétrissant et l'enfermant dans des moules où on le comprime par une pierre d'un certain poids.
Le jour venu de quitter les pâturages, on descend dans le fond des vallées, el l'on rentre au village. Les habitations sont solidement bâties, mais peu élevées. C'est un long bâtiment carré, fort aplati, construit en pierre et en chaux. Sur le toit en planches, sont posés çà et là de gros blocs de roche pour offrir de la résistance au vent. (L'architecture est ici bien moins avancée ciue dans les montagnes de la Suisse . Les hommes et le bétail logent ensemble sous le même
(oit. Au cenire est ménagé pour les hommes un carré de dix à douze pieds sur chaque face, et au-dessus le luyau de cheminée. De ce carré parlent deux crèches jusqu'aux deux bouts de celle grande halle, et à ces crèches le bétail est attaché sur un double rang, tête contre tête. Le sol est planchéié de manière que les urines s'écoulent par -dessous. Le plafond est à environ 2 mètres du plancher, et supporte la provision de fourrage pour {'hiver. Souvent l'habitation est recouverte entièrement par les neiges. La porte et les fenêtres sont solidement fermées, et c'est alors par le tuyau de cheminée que l'on entre et que l'on sort. Ce tuyau se ferme par une trappe à bascule, et à l'aide d'une perche on tient ouvert, pour livrer passage à la fumée, le côté opposé au vent. On vit enfermé de la sorte quelquefois pendant six semaines. Les grands parents ont un mauvais lit ou deux près de la cheminée, les autres personnes couchent dans le grenier à fourrage.
Dans la montagne , on trouve encore des familles qui , depuis plusieurs siècles, portent les mêmes prénoms, se marient entre elles, font de leur second fils un prêtre, ou de leur aîné un magistrat, tandis que les autres enfants, demeurés au logis paternel, le rebâtissant à mesure qu'il s'écroule, sont servis par leur mère ou par leurs sœurs , et continuent , après leurs a'ieux , le trafic des buis ou des fromages. Dans les archives de plus d une de ces chaumières, on conserve quelque lettre de noblesse octroyée par les archiducs Albert et Isabelle , ou l'anneau pastoral d'un ancêtre , qui fut évêque , ou les œuvres de quelque ancien docteur, membre de la famille.
Dole est une ville de 10,700 âmes , assise sur le penchant d'une colline, et entourée de coteaux vignobles. Elle est assez bien bâtie. La promenade du Cours est belle. Le mailre-autel de sa cathédrale est orné de colonnes et de statues de marbre blanc. Une charmante statue d'enfant décore une fontaine. C'est l'œuvre d'Altiret, qui naquit à Dôle, et que ses compatriotes onl laissé mourir de faim. Dole est une ville d'une haute antiquité, qui a conservé quelques vestiges d'un amphithéâtre romain et des débris d'un aqueduc. Elle avait un Parlement, des écoles, et le litre de capitale delà Franche-
Comté , lorsque , après sa conquête , Louis XIV transféra tous les avantages à Besançon, qui avait été ville libre et impériale jusqu'en 1652. C'est à Dôle que commence le canal qui par le Doubs unit les eaux du Rhin avec celles de la Saône , et par conséquent du Rhône et aussi de la Seine.
Nous sommes à Auxonne, ville de 7,000 âmes. Voyez-vous ce pont sous lequel coule la Saône? On y arrive par une longue chaussée qu'on a eu la précaution de percer de trente-deux arches; c'est que plusieurs fois dans l'année la Saône grossit d'une manière formidable et couvre toute la basse campagne. Vauban a construit les remparts d'Auxonne; on y entretient un arsenal de construction et des magasins à poudre. C'est une de nos places d'approvisionnement militaire. Auxonne forma longtemps une suzerainelé indépendante. Les sires d'Auxonne se qualifiaient comtes. En ir)52 celte suzeraineté fut réunie au duché de Bourgogne.
D'Auxonne nous gagnons Dijon, et ensuite Paris.