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LE &OËLLO ET LE PENTHIÈVRE

chaque année ces parages de la baie de Saint - Brieuc, pour aller poursuivre la morue dans le Nord. Or, en 1893, la France entière en expédiait 177. Les Pampolais comptaient 1,948 marins sur 3,375 pêcheurs.

En ce moment les goélettes sont toutes de retour d'Islande, mais une partie seulement est en rade de Paimpol, les autres sont encore dans les ports où elles sont allées porter leur cargaison, jusqu'à la Rochelle, Bordeaux et Bayonne. En mars, lorsque ces élégants navires sont tous réunis sous l'île de Saint-Rion ou dans les bassins de Paimpol pour procéder à leur armement, l'animation est grande, c'est un mouvement incessant dans la rade et dans la ville ; les cabarets sont particulièrement bruyants, car ces rudes pêcheurs sont de grands consommateurs d'alcool.

A bord, surtout, ils boivent d'effrayante façon. Leur ration journalière est de 25 centilitres d'eaude-vie, autant de vin et deux litres de cidre. Cette proportion excessive s'explique en partie par le rude climat des mers froides et brumeuses de l'Islande, mais dans la pratique elle est encore dépassée avec ce que les marins trouvent moyen de cacher à bord ; on peut évaluer à plus de 40 centilitres la quantité d'alcool journellement ingurgitée en mer. Et quelle eau-de-vie ! Les ar-

mateurs la paient 25 centimes le litre. C'est un véritable poison.

Cette intoxication journalière a pour résultat de rendre les marins indifférents au danger; lorsqu'on accuse le départ trop hâtif de la flottille des désastres dont les pécheurs sont victimes pendant le gros temps, on ne fait pas assez la part à l'espèce de torpeur dans laquelle vivent ces gens. Il faut cela pour leur faire braver les dangers de ces mers et la dure existence qu'ils mènent et ne peuvent plus quitter. Lorsqu'ils ont pu satisfaire leur rêve : acheter un coin de terre, bâtir une maison, cultiver un petit jardinet, vivre de leur pension, la nostalgie ne tarde pas à les prendre ; à la première occasion, ils s'enrôlent de nouveau pour la pêche à Islande.

Si à terre, avant le départ, les cabarets du port débitent l'eau -de -vie en proportion peut-être moindre, ils n'en sont pas moins fort achalandés aux heures où l'armement des goélettes ne demande pas tous les bras. Mais il y a fort à faire a bord pour préparer le départ, les débits y perdent un peu de leur clientèle. On répare les dégâts causés par les tempêtes, on visite les voiles et les cordages, on complète les lignes, on embarque l'appât, couenne de lard qui suffira jusqu'au moment où l'on aura assez de peaux de

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