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sera bien plus visité encore lorsque les voies ferrées du Finistère aboutiront à la côte même, au lieu d'obliger à poursuivre en voiture jusqu'à Porsal ou la baie des Anges.
Le chemin de fer de Lannilis part d'une gare spéciale voisine de la gare de Brest, pour pénétrer dans les fossés de la place et les suivre jusqu'au-dessus de l'estuaire de la Penfeld. Un instant, à une grande profondeur, on aperçoit l'arsenal, ses vastes ateliers , des navires abandonnés ou en réparation, puis l'on pénètre dans ces campagnes vertes et fraîches dominées par la haute et élégante flèche de Lambézellec ; tout autour ce gros village, presque une ville, habité en partie par les ouvriers de l'arsenal, étage ses maisons blanches. Le train court ensuite par des terres grasses et fertiles où les choux de pâture ont les proportions d'arbustes. Beaucoup de prairies arrosées par le clair ruisseau de la Penfeld, dont la marée fait plus bas un fleuve profond. Mais le paysage manque de relief et d'horizon. A Gouesnou, dont la jolie flèche se voit de fort loin, le chemin de fer passe au bord d'une de ces belles fontaines enfermées dans un bassin de granit et qu'un saint de pierre, debout dans sa niche, semble bénir. On court ensuite à travers de tristes landes marécageuses dont les eaux, versées dans
une infinité de ruisseaux . vont d'un côté à l'Océan par la Penfeld, de l'autre à la Manche par l'Aber- Benoît. Nulle part les eaux fluviales ne sourdent en plus grande abondance et ne creusent plus de vallons, c'est que cette extrême péninsule de la France, la fin des terres — d'où Finistère — ne voit guère de journées sans brumes ou sans ondées.
Aux abords dePlabennec, de maigres chênaies, des genêtières, des champs d'ajoncs, quelques pins de mauvaise venue gagnent sur la lande. L'Aber-Benoît coule ici dans une dépression profonde qui draine rapidement les eaux et permet des cultures et des prairies. Le petit fleuve est né depuis peu de temps, et déjà il roule rapidement d'abondantes et claires ondes que viennent encore accroître les ruisseaux descendus des landes de Plouvien. Près de Lannilis la mer remonte et fait du fleuve un vaste estuaire. Trois kilomètres à peine le séparent de l'Aber-Vrac'h, autre estuaire plus profond encore. La petite et calme ville de Lannilis est entre les deux fleuves. Sur chacun elle a un port où viennent en multitude les bateaux chargés du goémon destiné à fertiliser ces campagnes qui, sans lui, seraient encore des landes. Ici, près de la mer, à portée du précieux varech, les cultures sont assez belles, mais bien plus jalousement closes que dans les autres par-
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ties de la Bretagne; les talus de terre sont de véritables remparts couverts de hauts fourrés d'ajoncs. Une ouverture étroite y donne accès, elle est remplie d'énormes blocs de granit ; pour pénétrer dans le champ il faut oter ces cailloux un à un. Fermée par ces retranchements barbares, la campagne est invisible, mais en approchant de l'estuaire on a, un instant, une belle échappée sur la Manche semée d'îles. En quelques minutes on atteint le fjord, large et profond, près d'une usine à traiter les cendres de goémon et du petit port abrité par une cale. Quelques maisons, le bureau de l'inscription maritime, celui des douanes s'échelonnent jusqu'à la baie des Anges et constituent le village de l'Aber-Yrac'h, dépendant de la commune de Landéda. Ce port n'est pas même indiqué sur les cartes1.
Malgré décembre « le triste Aber-Vrac'h environné de brumes », dont Brizeux a fait un mélancolique tableau, était ce soir, quand je l'atteignis, très clair et lumineux. Au delà de l'entrée, les îles sombres se détachaient nettement sur les eaux calmes. La brumeuse Bretagne a de ces surprises.
1. On le trouvera placé près du mot la Palue, sur le croquis qui accompagne ce chapitre.
Une jolie route en corniche suit le rivage jusqu'à la baie des Anges, au bord de laquelle sont encore quelques débris d'une abbaye célèbre, haut pignon de granit qui ne manque pas de grandeur. Le climat est très doux dans la baie, les maisons sont entourées de plantes méridionales en pleine floraison, il ne serait pas impossible de faire ici la culture des primeurs comme à Roscoff, ce serait la fortune pour cette pauvre population de pêcheurs et de goëmonniers.
Un chemin monte sur la colline, où, à 49 mètres d'altitude, a été installé un sémaphore. De là on découvre en entier le petit archipel, le large bassin de l'Aber-Yrac'h en ce moment rempli par le flot et les campagnes sauvages de Plouguerneau. Ce port de l'Aber-Yrac'h, abrité par les îlots, est vraiment merveilleux. Même à mer basse la rade conrprise entre l'île d'Erch et le môle de la Palue offre toujours des profondeurs de plus de 10 mètres. Les navires de 600 tonneaux peuvent monter jusqu'au pont suspendu de la route de Plouguerneau. Il est étonnant qu'il ne se soit pas créé là un centre d'habitation plus considérable. La pauvreté du pays voisin, l'absence d'industrie sont la cause de cet abandon. Toutefois l'importance de ce merveilleux port naturel à l'entrée de la Manche en a fait un abri pour les