‹ Voyage en FranceChapitre 23 sur 66 · VS CHEMIN DE FER MILITAIRE · texte numérisé non relu

VS CHEMIN DE FER MILITAIRE

L'uniforme mililairc sur la ligne de l'Élat. — La ligne de Cbartrc» Â Oriéans. — Le détachement du 5' génie à Chartres. — Dans les gares. ■ — La caaerne de Patay. — Le recrutement du personnel. — ■ La pratique et la théorie. — Le travail sur la ligne. — A la rulonde de Chartres. — La discipline. — Comment les punitions sont infligées. — Territoire sacré.

Les voyageurs qui parcourent pour la première fois la grande ligne de l'État soûl très surpris eu voyant des soldais du génie faire ie service de la station ou des trains dans un certain nombre de gares à partir de Chartres. S'ils s'informent à quelque habitué du parcours, on leur répond que ces militaires sont détachés du régiment des chemins de fer pour apprendre les services de la voie.

Mais il n'y a pas partout des sapeurs du génie sur la voie principale du réseau : les gares d'embranchement : Courtalain, Ponl-de-Braye, Bessé, Châtcau-du-Loir en montrent seules. Par contre.

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si l'on va de Chartres à Orléans, on ne voit plus que des soldats pour le service des trains, des qares et de la voie. Ce chemin de fer et l'embranchement de Voves à Toury sont complètement exploités par le 5° génie, sauf pour ta partie commerciale et la conduite des machines : encore les chauffeurs sont-ils parfois militaires.

Sur ce domaine particulier, le 5' régiment du génie parachève l'instruction d'un petit noyau d'hommes choisis pourquile service surun chemin de feràmarche régulière est une faveur très enviée.

A Versailles, comme je l'ai déjà dit ('), on dégrossit les « bleus », après leur avoir rapidement enseigné le métier de fantassin, puis on les conduit au polygone des Matelots, où ils sont dressés à la construction et à la destruction des voies, au montage des ponts, etc.

Beaucoup vont ensuite dans les compagnies de chemins de fer, où ils achèvent leur service dans les diverses branchesde l'exploitation; une partie de ceux qui restent sont envoyés sur les lignes militaires dépendant de la direction de Chartres('). Le détachement est peu nombreux

]. Sa" série du Voynys en Fmni-i, chapilre I.V.

UN CHEMIN DE FBtl MILITAIRE I I T)

d'ailleurs : luo à 120 hommes, aux ordres d'un capilaine remplissant les fonctioDS d'inspecteur, assisté d'un autre capitaine et de plusieurs lieutenants. Le chef du détachement a déjà passé un an à apprendre le métier; il occupera l'emploi pendant une année, et le capitaine qui lui est adjoint le remplacera à son tour.

Les hommes détachés à Chartrc»appartiennent les uns à la traction, les autres, plus nombreux, sont employés à l'exploitation ; ces derniers seuls restent complètement sous lesordres des officiers. A la traction, c'est-à-dire à la conduite des locomotives, en qualité de chauffeurs, les sapeurs dépendent surtout, au point de vue technique, de leur mécanicien civil et des chefs des dépôts : Chartres, Courtalaîn ou Château-du-Loîr.

A l'exploitation, les soldats deviennent agents des trains ou des gares par stages successifs dans les divers emplois. Les agents des trains ont une caserne à Chartres d'où ils se rendent à la gare pour prendre leur travail comme chefs de train ou gardes-frein. Ceux des stations et des piissages à niveau logent dans les bâtiments de la ligne, mais à Palaj, où los agents sont nombreux, on a dû construire un bâtiment spécial, servant de dortoir. Cette gare est placée sous les ordres d'un lieutenant qui occupe ce poste pendant trois mois.

llO VOYAGE EN FBA.NCB

Les emplois sur te chemin de fer sont très recherchés, à cause de la liberté relative dont on jouit et surtout des avaiitages matériels. En dehors du prêt en détachement, chaque sousofficier, caporal ou sapeur reçoit du réseau de l'État un traitement de 4S fr. par mois, plus diverses primes, et se nourrit à sa guise dans des restaurants oit le prix de la pension atteint environ &4 fi*- Aussi les candidats ne manquent-il% , pas; on peut choisir tes meilleurs sujets dans te régiment, et seuls les engagés pour quatre ans ont chance d'être désignés.

Les sapeurs font un stage de trois à six mois avant d'être titularisés dans leur emploi pour un an ou dix-huit mois, suivant les postes occupés. Ils avancent sur place, le plus souvent. Les caporaux sont chefs de train, les sous-officiers, chefs de station ; ces derniers gardent leurs fonctions pendant. quinze mois. Aucun de ces employés n'a de rôle commercial, les écritures sont tenues par un agent des chemins de fer de l'État; l'élément militaire se bonie à ce qui concerne le mouvement des trains et des wagons et aux manceuvres de gare.

Ce personnel est beaucoup plus nombreux qu'il ne le serait si l'exploitation était civile, cela tient à ce que chaque titulaire d'emploi est dou-

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blé par un stagiaire deitiné à devenir titulaire à 3f>n tour. En somme, ces lignes sont une soric d'école mutuelle pratique qui fournit au 5' génie toutes les spécialités dont il aurait besoin en cas de mobilisation pour exploiter les ^■bies ferrées prises à l'ennemi ou construites en temps de guerre.

On comprend qu'une surveillance active et rigoureuse soil nécessaire pour obtenir un service régulier de ces jeunes gens, dont le passage dans chaque emploi est bref. Aussi la présence des lieutenants est*clle constante sur la voie ; grâce à elle, ces deux lignes beauceronnes donnent toute satisfaction au public.

A côlé de l'éducation pratique, il y a l'enseignement théorique. L'élude des règlements des voies ferrées tient une large place dans ce que l'on pourrait appeler l'école de Chartres. Officiers et hommes du cadre y sont astreints et doivent passer de fréquents examens. Sur la ligne même, les lieutenants s'adressent souvent à brûle-pourpoint aux agents des trains et des gares pour leur demander ce qu'ils feraient dans tel cas déterminé.

En dehors des lignes purement militaires, un certain nombre de stations de la ligue principale de l'État, telles Bessé, Pont-de-Braye, Courta-

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lain, Château-du-Loir, etc., ont des sapeurs ou des sous-officiers du génie chargés de quelque, détail d'exploitation. Ces emplois permettent d'étendre le nombre d'hommes soumis à celte instruction spéciale.

Les sapeurs des chemins de fer ne sont pas plus favorisés que les agents civils pour les loisirs : ils ne connaissent ni le repos du dimanche ni les flâneries après la soupe. La durée du travail est de dix à douze heures, selon la catégorie. Comme les autres employés du réseau, ils ont un jour de congé tous les quinze jours s'ils sont agents des trains, un jour par mois s'ils sont agents des gares.

Le ministre de la gueiTe a bien voulu m'autoriser à parcourir la ligne et étudier de près le travail du détachement. Même sans cette autorisation, j'aurais trouvé le plus courtois accueil parmi les savants officiers du génie, heureux de montrer comment, avec de jeunes soldats, ils peuvent exploiter une voie ferrée où la circulation est en somme active. J'ai donc pu suivre dans tous ses détails cette organisation (').

l'exptotliition mililairc des deux lignes dans ige en France (chap. XXII), mais l'impor-

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