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L ECOLE DE GRIGNON

Lei cani|i9gnes de Versailles. — Le bois d'Arcy. — La gare de Plalsir-GrùjnoD. — Grignon. — L'école nationale d'agriculture ; SCS onijines. — Visite de l'école. — Les bâtiments, les cultures. — Le cheptel. — La vente des béliers. — Cérémonie annuelle. — Ncauphlp-le-ChSteau. — Pontchartrain et son château. — Le m d'Èlancourt. — Maurepas. — Élsncoiut.

Les splendeurs du parc de Versailles ont fait tort à ses campagnes, si variées d'aspect, d'uoe grâce si mélancolique et captivante. Tout autour de la ville, une infinité de sites auraient dû tenter les peintres ; ils n'ont pas eu cette bonne fortune, sauf les bois de Ville-d'Avray, dont Corot a rendu avec tant d'émotion la beauté un peu imprécise, et les vaux de Cernay, qui furent quelque temps une école.

Ce qui frappe dans ces paysages, c'est la brusquerie des contrastes : le plateau, continuation de la Beauce, plateau si ample et nu, semble infini; soudain, en le parcourant, on se

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trouve en préseiice de creux, de vallons étroits profonds, boisés, sillonnés par des eaux vives ourlés de prairies, bordés de peupliers et di saules. Mais les grands tableaux sont assez rare: en dehors des bords de la Seine, du Mont-Valé rien à Saïnt-Germaln. Le plus ample est l'espèci de large vallée ouverte entre les berges boisée: étendues de Saint-Cyr à Neauphle-le-Chftteai et l'autre ligne de hauteurs, qui porte la foré de Marly et le plateau des Alluets-le-Roi. Cett large plaine, inclinée par des pentes à peine sen sîbles vers le thalweg du ru de Gally, offre un di ces vastes panoramas oii rien ne captive particu lièrement l'attention et qui pourtant émeuvent

Chaque fois que j'ai revu ces grands horizons soit par les trouées à travers les futaies des hoi: d'Arcy et des Glayes, soit par la portière di wagon fuyant vers Dreux, je me suis demandi pourquoi le grand roi n'avait pas installé soi palais sur cette haute ride de Bois-d'Arcy, ei vue de ce vaste bassin où toutes les magnifi cences rêvées pour Versailles seraient doublée: de la splendeur des espaces.

Cela pourtant était domaine royal, la plaine fai sant encore partie du parc, mais ses villages on échappé à la destruction des autres groupes d'ha bitâtions qui furent rasées pour permettre i

Le Nôlrede tracer ses majeslueuses allées, comme le fut Choisy-aux-Bœurs. Les hameaux devinrent aiusi des sortes de Fabrique pour le décor, ils se sont peu accrus : le goût de la villégiature a tout au plus fait surgir quelques villas. La grande culture, l'absence d'eaux vives en quantité suffisante, la souillure du ru de Gâllj pollué par les égouts de Versailles, les odeurs répandues par les gadoues utilisées comme amendement expliqueraient cet abandon, si l'éloignement de Paris n'était pas une cause plus déterminante encore.

De la côte de Boîs-d'Arcy, le bassin du ru de Gally se présente comme une plaine très ondulée, bien cultivée, parsemée de grands poiriers. Des fontaines suintent au pied de la colline, donnant assez de fraîcheur pour que des prairies aient pu se maintenir autour de Fontenay-le- Fleury. Des ms descendus des environs de Saînt- Cyr et celui d'Oisemont, sorti des bois d'Arcy, coulent au fond de plis, entre les pâturagee remplis de vadies dont le lait est envoyé à Paris. Les bois, bien percés, couvrent la pente et vont jusqu'aux abords du village de Bois-d'Arcy, dominé par les lourds terrassements du fort de Saint-Cyr.

Au fond du bassin, Villepreux, d'où s'élance une haute flèche d'église, est en partie masqué

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par les arbres d'un parc. Au pied de la cùle s'étendent Les Clayes. La plaioe est d'une grande richesse rurale J en juin, c'est splcndide, par l'étendue des moissons étalées entre les deux bordures de forêts. Mais les hivers doivent amener de terribles bourrasques, puisque ie chen de fer est protégé en certains points par < parc-oeige de planches, comme les ligues pays de montagne. Ces cloisons se succèdent i tour de la gare de Plaisir-Grignon.

Gare active, théâtre d'un mouvement con dérable : la sucrerie de Chavenay, assise au bc du ru de Gally, vient y chercher les charbc et les betteraves à l'aide de locomotives n lières; l'école d'agriculture de Grignon, où visiteurs sont nombreux, lui est reliée par service de voitures. La distance est couric, d'i leurs : i 5oo mètres à peine, mais l'école, m i]uée par une haute croupe, est invisible du cl min de fer.

En quelques instants on atteint le sommet cette hauteur j si l'on voit les beaux ombrât du parc de Grignon, l'école est encore invisih mais bientôt se montrent quelques maisons, e bryon de village, et l'on aperçoit, au fond d'ii avenue, la grille d'entrée de ce beau domaine i venu si célèbre.

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Grignon, pour les gens peu au courant de l'enseignement agricole, semble en effet l'école nationale d'agriculture par excellence ; lorsqu'on parle d'une telle institution, il semble toujours que l'on entende Grignon. Cependant, Moatpellier et Rennes — héritière de Grand-Jouan — sont des écoles comparables par la valeur des études('). Grignon a pour elle son ancienneté — l'école ayant été fondée en 1828, deux ans avant Grand-Jouan — l'éclat de l'enseignement donné par des maîtres éminents et le nombre considérable des agronomes qui en sont sortis.

L'idée de cette création remonte à 1826, époque où commençaient à germer enfin les théories semées par les économistes de la fin du dixhuitième siècle. Un certain nombre de grands propriétaires et de savants qui venaient de fonder la Société royale agronomique voulurent donner un but pratique à leur association en créant une école de haute culture agricole. Le plus ardent protagoniste fut le grand ingénieur Polonceau, auquel les travaux publics doivent des voies originales et neuves. C'est lui qui, cherchant un emplacement favorable, trouva le

I. Sur Rennes, voj-cz la 6« série du Voyage en Franct, nuis surtout [a 2* série, dont le chapitre XXI est consacré ï Grand- Jouan ; sur MontpelU«r, U 37° Eérie.

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domaine de Grignon, qui avait appartenu au maréchal Bessières, duc d'Istrie. H j avait là un noble château de style Louis XIII, remontant aux premières années du dix-seplième siècle, et 600 hectares de terres ou de bois, puis des communs et des bâtiments d'exploitation répondant bien aux nécessités d'une école d'agriculture.

Le roi Charles X s'intéressa à l'entreprise et acquit le domaine, qu'il loua par bail à la société royale ; dès 1828, on put ouvrir l'établissement, deux ans avant que Rieflel fondât Grand-Jouan ; Grignon serait donc la plus ancienne école d'agriculture si l'on n'avait eu Roville, œuvre de Mathieu de Dombasie.

Les débuts furent pénibles, les souscriptionsne pouvant faire face aux frais considérables; déjà, on aurait pu prévoir un échec quand l'État, à partir de 1837, vint en aide à l'entreprise par une allocation annuelle de 60 000 fr. La seconde République adopta Grignon et en fit une école régionale, surveillée par l'État. Enlln, en 1866, quand expira le bail de la société, l'institution devint véritablement nationale.

L'aspect a peu changé, sauf avec la construction de quelques annexes nécessitée par la part de plus en plus prépondérante de la chimie et de la mécanique en agriculture. L'ancienne de-

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meure du duc d'Islrie, d'une si majestueuse ampleur, a été aménagée pour servir de dortoirs et de réfectoire aux élèves ; là encore sont les ■salles d'études et les laboratoires primitifs. En face de ce logis seigneurial, un charmant pavillon de même style sert d'habitation au direcleur et de bureaux. La cour d'Iionneur est dessinée par le château et deux corps de bâiiments. L'un, donnant sur le parc, est occupé par des appartements d'employés et des laboratoires, l'autre renferme la vacherie cl se relie aux constructions de la ferme. Çà et là des bâtiments plus simples sont encore des laboratoires et des ateliers.

La salle des machines agricoles est la construction la plus intéressante de l'école. Cette « galerie des machines » — musée le plus complet que l'on puisse voir de tous les instruments usités en agriculture — est une de ces belles œuvres de charpente en bois qui deviennent de plus en plus rares. Le fer, par ses grandes portées et la souplesse avec laquelle il se prête à la construction des vasies halles, a amené l'abandon de ces chefs-d'œuvre de nos vieux charpentiers français. La galerie de Grignon fait regretter que l'on néglige maintenant cet art de la construction en bois auquel nos centres agricoles durent les beaux et pittoresques marchés

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qui ont survécu à la chute des siècles et dont la région parisienne a tant d'heureux spécimens. Il sitriiralt de citer les vieilles halles d'Égrevilie et deMilly(').

Le hall de Grignon n'a pas cette antiquité vénérable; il est œuvre du dix-neuvième siècle, comme l'établissement lui-même, c'est-à-dire les annexes du noble châleau. Avec sa nef centrale et ses bas-côtés, il rappelle le type de nos vieilles cathédrales. Des galeries oii sont réunis les instruments de petite dimension et les collections de bois forestiers occcupenl l'étage. Cela est sobre de lignes, les bois sont frustes, mais la longueur de la construction, l'enchevêtrement méthodique des poutres et des traverses donnent une impression de grandeur.

L'école dispose d'un domaine de 292 hectares, dont g5 de terres arables, 35 de prairies oi pâturages, 5 hectares 66 de jardins, 2 hectares 6.'î de vergers, 120 hectares 24debois, i heclareG3 de champs d'expériences; les chemins, bâtiments el pelouses n'occupent pas moins de Sa hectares.

Le climat a nécessité la spécialisation de Grignon ; l'établissement ne possédant pas de

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vignes, bien que l'on trouve encore de pelils vignobles près de là, sur les penles de la Maudre et de la Vaucouleurs, fait une pari infime à la viticulture. L'instruction pratique est donc dirigée vers la grande culture, les céréales, les plantes fourragères et industrielles, en un mot tout ce qui concerne Tagriculture des pays du Nord et les industries agricoles de la région.

L'enseignement de l'élevage est donné à l'aide d'un cheptel qui comprenait, en 1900, i5 chevaux et juments, 6 bœufs de travail, i taureau et 34 vaches laitières normandes ou schwitz, une porcherie de 70 têtes des races de Yorkshire et de Berkshire. Le magnifique troupeau de 4.^0 bêtes ovines : dishley, southdown et dûthlcymérinos, jouit d'une célébrité européenne, presque aussi grande que celle du troupeau de Rambouillet (').

La vente des béliers provenant de la bergerie est la grande fête annuelle de l'école. Je suis venu y assister, heureux de voir Grignon dans tout l'éclat du printemps et de participer à l'accueil si cordial fait aux visiteurs, aux propriétaires et aux éleveurs. La cérémonie est précédée d'un déjeuner oITcrl aux assistants par l'école ;

I . Sur U btrgerie naiionale de Rambouillet, voyet le chapitre 1°

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convives y prenaient part cette année, invii ou personnel enseignant.

Les tables occupent la nef centrale j de chaque lé sont les instruments de culture ; près de ntrée, voici les boxes où l'on a réuni-les héros la journée, les béliers mis en vente. Leurs lenients dominent parfois le bruit des converlions.

Aussitôt le déjeuner fini, les enchères com- Encent. Un petit enclos entouré de barrières devant lequel des chaises sont disposées va cevoir un à un les animaux mis à l'encan. L'ar- /ée des béliers est annoncée par des bêlements inentables; ceux que l'on enlève du troupeau : mâles et ceux qui restent groupés couvrent

1 moment de leur voix désespérée les explica- )iis du commissaire-priseur sur les conditions : la vente.

Les sièges, ranyés en avant de l'enclos où in présente le premier bélier mis aux enchères, mt destinés aux acquéreurs, mais ils restent des; derrière le commissaire-priseur et le dicleur de l'école qui l'assiste, les amateurs vont grouper. La vente commence, languissante abord, comme si chacun voulait tâler ses conirrents. Un dishlcy-mérinos du poids de gS kiigrammcs, mis à prix à 4oo fr., ne trouve pas

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