‹ Voyage en FranceChapitre 40 sur 66 · L VALLEE DE LA HALDRE · texte numérisé non relu

L VALLEE DE LA HALDRE

el ombrelles. On ne se borne pas à fabriquer ces objets : on cultive les cannes autour de Maule. Et ceci n'est pas une plaisanterie : il ne s'agit pas de la culture des cannes à sucre ni des cannes à pèche, mais bien de la culture raisonnée des vulgaires cannes, des bâtons de main, culture a^ant ses principes particuliers.

Cette industrie originale est née au bord de la Maudre. Un observateur avisé, qui avait vu comment les lianes, s'enrouiant autour des branches, arrivent à mouler leur tige sur celles-ci, eut l'idée de chercher è produire arlificieltement ce mariage. En même temps, il se demanda si l'on ne pouvait trouver des engins capables de faire rapidement les incisions sur les branches en sève.

Les essais ont réussi. Notre homme, qui portait le nom prédestiné de Dubois, a pu fournir aux fabricants de cannes des bâtons ayant des nœuds, des rugosités, des dessins que l'on n'aurait pu obtenir par la gravure ou la scuiplure 9ans dépenses hors de proportion avec la valeur de l'objet. Et ta plupart des fabricants decannes, en France et à l'étranger, sont devenus tributaires de l'usine installée dans un vieux moulin et doQt les agrandissements ont élé incessants.

Au point de vue agricole, cette, industrie est

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du plus vif intérêt; elle montre comment on ut arriver à tirer parti de matières d'une vair îiifime. Bien des coins de France possèdent s végétaux dédaignés, el qui, pourtant, seent reçus avec plaisir par les fabricants de tmes. Je signalerai tout à l'heure quelques itières dont on a lire un parti étonnant, mais veux surtout décrire comment, aux portes de ris, on parvient à donner, aux arbrisseaux r pied, les aspects élégants ou bizarres qui it rechercher certains manches de parapluies d'ombrelles, certaines cannes.

La découverte n'a pas été inopinée. Depuis 'il y a des hommes se servant de bâtons pour 1er à la marche, on a choisi les bois oiïrant s nœuds ou d'autres bizarreries. La faveur est ée surtout à ces brins que l'enlacement d'une ne avait fait gonfler par places et dont je parle us haut. Tout le monde connaît ces renfleenls produits par la spirale du chèvrefeuille de la clématite, expliqués ainsi par les physi- !ns : l'obstacle rencontré par la sève descennte oblige celle-ci à s'accumuler sur les parties mprimées. De bonne heure, on a obtenu le $me résultat en enroulant un brin flexible ou le corde autour d'une branche vivante.

Un autre phénomène plus connu peut-être,

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celui des renflements amenés par l'incision de certaines écorces lisses, sur le h^lre notamment, a donné l'idée de graver des bâtons sur souche yive. Dans beaucoup de campagnes, les paysans inciseot des rameaux pendant l'arrêt de la sève et, l'année suivante, coupent ces brins, qui oârent des gonflements partout où l'outil a entaillé l'écorce et l'aubier.

L'idée de faire induslriellemenl ce qui n'élait qu'un jeu vint donc à M. Dubois. Aidé d'un contremaître intelligent et avisé, nommé Kriquet, il chercha et trouva des outils, qui, en peu de secondes, dessinent au long des branches une multitude d'incisions parallèles ou des anneaux disposés comme lès noeuds du bambou. Pour essayer ces petites machines, il fit l'acquisition de bois autour de Maule et entreprit de traiter les jeunes taillis sur une grande échelle.

Quand les gens du pays virent M. Dubois se livrer à ce travail, ils le jugèrent fou. Les quolibets plurent comme grêle; l'inventeur laissa dire, et bientôt il. pouvait commencer à livrer aux fabricants de cannes parisiens des bâtons auxquels leurs dessins capricieux valurent un succès extraordinaire. Nul ne pouvait soupçonner que ces cannes ou ces manches à ornements

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ranges venaient tout simplement de taillis et

buissons de Seine-et-Oise ; on crut et l'on ail encore qu'il s'agit de bois exotiques; mémo

a inventé des noms à consonance mysté- :use pour désigner de vulgaires brins de châiqniers ou de frênes,

La première découverte qui a créé l'industrie s cannes, celle de la courbure mécanique des lignées, était déjà due à M. Dubois ; le courbe

à la mode aujourd'hui, si commode par sa luceur à la main et la facilité d'être accroché I bras, a été créé à Maule. Mais on n'eut que !S bois unis jusqu'au moment où l'on appliqua nciston mécanique et où l'on fît l'enroulement tificiel, analogue à celui des lianes; cela reonte seulement à 1878.

La région parisienne, malgré ses nombreuses rôts et SCS .bois taillis plus nombreux eacore, a pas beaucoup de variétés d'essences pouvant

prétor à ce travail ; le châtaignier seul est inlablement commun; on sait qu'il peuple une irtie du bassin parisien, notamment les hauurs de l'Hautie, où des ateliers de bûcherons façonnent en cercles, en piquets, en échalas. en est aussi dans la vallée de la Maudre, c'est

que M. Dubois commença ; bientôt les taillis i cette région sont devenus insufflBants, on a

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dû aller fort loin, jusqu'au delà de Pontolse, et créer dans les bois de véritables campements oô les Iravailleurs s'installent sous la tente, l'usine leur fournissant une partie de la noumtnre.

Le châtaignier, par la régularité de sa tige, la finesse de son bois, son aptitude à subir les incisions, a été et est encore le principal aliment des fabriques de cannes. On ne se douterait pas, à voir les bâtons de main de nos contemporains, qu'ils sont du bois dont on fait les cercles et les treillages. Cependant, le châtaignier fournil peul- 4^tre à lui seul les neuf dixièmes de nos cannes et des poignées de parapluie empruntées aux branches vertes et non débitées en plein tronc.

Le commerce ne s'est pas longtemps contenté de cette essence et de la courbe. On a eu recours à d'autres bois et à d'autres types de poignées. Le noisetier, le bouleau, le chêne, le merisier sont mis à contribution. Le noisetier argenté, par la beauté de son écorce et sa rareté relative, a ie plus ae faveur. Après lui, vient le frêne panache, pour lequel M. Camus, successeur de M. Dubois, a créé des plantations spéciales dans lesquelles il obtient par la taille et le bouturage la poignée en forme de crochet-équerre, si recherchée aujourd'hui.

Cette forme peut être naturelle, alors elfe de-

mde trois ans de préparation : il faut coucher branche et laisser monter des brins latéraux i seront la canne, tandis que le brin couché, ailé en tronçons, donnera la poignée. On forme aussi mécaniquement, par un nouveau vail de la courbe, mais celle équerre est moins préciée que celle produite par la culture. Le X de cette dernière est plus élevé. Les cannes qantes ainsi préparées valent chez les marinds de 5o à 60 fr, pièce — avec une bague 'F, il est vrai, mais la valeur du bijou ne sasse pas un louis.

Dans la voie où M. Dubois, son contremaître quel et M. Camus se sont engagés, ily a bien ;ore à chercher. Les découvertes sont freintes et originales. Ainsi la « couronne de !ne B, C'est une branche que l'on coupe à iteur d'appui et que l'on force à projeter des ndiiles nombreuses près du point de section, idis que l'on supprime radicalement tous les res bourgeons. 11 se forme une COTironne de ils rameaux qui, après la coupe et le séchage, inent l'idée de racines. De fait, les marmds de parapluies appellent racine la poignée 'eaue. Quand le bois a été écorcé, nettoyé verni, on peut vraiment croire que ce sont i radicelles.

La culture encore a permis d'obtenir en quantité le bâton normand des -bouviers, pi en bas qu'à la poignée, et qui a pour a de ne pas répondre à la main par une s répercutant le coup donné sur le dos i maux. Ce bâton, que l'on trouvait diffic jadis, car chaque bouvier devait se le p en cherchant une branche dans les haie bois, est aujourd'hui objet de commerce récolte surtout à M au le.

La production ne se borne pas à la cai fait en quantité bien plus considérable la | de parapluie, c'est-à-dire la partie inféri la tige. Cette poignée, perforée, reçoit débité dans les hêtres ou la tige de fer di phtie-aiff aille. Cet article demande une variété, depuis les bois communs comme tatgnier jusqu'au bois de luxe ou de curiosité.

Les créateurs de l'industrie de Maule chercher des essences qui donnent salis aux goûts fastueux ou de fantaisie. Ils < dent le buis aux Alpes et aux Pyrénée!

on l'amène par wagonS renfermant de 3!

l\o ooo poignées ; ils en tirent des Alpes d vence, où la culture de cet arbuste se :

grand. Des Landes ils font venir les tiges (

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nt les crevasses, les nœuds enferméi^ dans un lux, l'aspect qénéral de gercé et de rentlé, la aie délicate, font un objet charmant; ils emlieraienl en(|uantité la tige du bouillon blanc, l'on pouvait obtenir à volonté la nodosité qui, rfois, ae forme au collet de cette plante si l(|airc. Même on a obtenu des poignées d'une nie délicate, à veines très fines, avec la racine la tige de la cardère à foulons. Cela rappelle rtains coquillages nacrés.

Tous ces produits ont été accueillis avec faur; par cenlaiaes de mille Tusine de Maule oduit les poignées de parapluie, par millions le Iburnit les cannes courbées que les fabrinls achèveront par le polissage, le vernis el monture.

Cerlains bois, notamment le crocliel de noise- !r argenté, sont destinés à devenir objets de xe. On les envoie en Angleterre, où des artiss les sculptent; de là ils reviennent à Paris us étiquette anglaise pour recevoir les derères façons ! A Paris même, des artistes grant en ce moment sur les bâtons de Maule des tes de perroquet' qui ornent la poignée de tant ombrelles.

Laissant de côté le point de vue industriel, je rmiaerai en signalant le travail agricole des

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cannes. J'ai pu le suivre au-dessus de Maule, près de la vaste ferme de la Cauchoiserie. Là sont les premiers taillis traités selon des procédés qui a'ont pas varié. On utilise de jeunes brins. Dès novembre, les ouvriers sont dans te bois pour nettoyer ta souche, couper les branches inutiles, donner en un mot la régularité à chaque tige. Jusqu'au mois de mai, le travail se poursuit; la dernière partie est un ébourgeonnage effectué au moment du départ de la sève. Ces ouvriers ont été formés assez facilement; ce sont pour la plupart des Bretons qui trouvent, l'été, à travailler aux champs ou ft la moisson, si l'on no peut les occuper à l'usine.

La tige étant ainsi préparée, tes travailleurs s'en vont effectuer les incisions, sous la direction des chefs de chantier. Tant que les bourgeons ne sont point gonQés, on peut se livrer à l'opération. L'instrument dont on se sert grave en un clin d'œil les dessins désirés. Chaque brin de dimension suffisante est ainsi opéré dans toute sa longueur. La sève fera le reste en redescendant; elle produira les boursoullurcs qui paraissent si étranges sur certaines cannes.

Il est évident qu'un tel travail n'est pas à la portée de tout le monde ; il faut l'habileté pri>rcssionnetle, il lïtut la patience, car trois ans au

l,iertl„G00^k'

1 sont nécessaires avant d'avoir un taillis pioitation. Cependant, les industriels sont ïs maintenant d'aller loin pour trouver des itilisables, et quelques brins, tels les jeunes aux, sont en quantité insunisante. 11 y a pour les propriétaires de taillis un intéit débouché. Peut-être même pourra-l-on ;r une précieuse ressource dans la culture ■sieurs végétaux. Ainsi il y aurait une petite le à réaliser en trouvant le moyen de faire r la racine du bouillon blanc, plante si peu le sur la qualité du terrain.

parcouru les taillis où se préparent les K ; il en est auniessus de Maule, sur les collines qui portent la forêt des Allnets, ■ des hameaux de Beulle et de Bazemont, : du beau paysage de la vaHée où se blottit timent l'aimable petite ville; le pays est

livré à la grande culture ; quelques fei^ telle celle de la Cauchoîserie, sont des uctions d'une grande ampleur. Sur le ver^ pposé, ces fermes deviennent rares, il y a enses espaces sans une habitation. Le sol isacré surtout aux céréales et un peu à la e à foulons.

dessous de Maule, la'vallée devient mare, prolongement des champs légui

LA VALLÉE DE LA HAtIUHB ig.t

d'Épôiie, de Mézjëres et d'Aubergenrille. Dès que l'on a dépassé le parc qui enveloppe un chAleau gardant des vestiqes intéressants du passé, on est eu pleine culture jardinée. Des étendues couvertes d'artichauts entourent Aulnaj et sa papeterie; l'ognon et le chou-fleur sont éijalemeni cultivés. Entre ces rangées de beaux légumes s'alignent des rangées de poiriers.

Cela s'accroît à mesure que l'on descend. L'artichaut longtemps domine, puis l'on voit de grands espaces couverts de carottes, de navets, de poireaux, d'ognons surtout. Ces derniers légumes abondent davantage encore sur les collines, entre Nezel el le château d'Acosla ; tout le plateau doucement incliné appuyé à la forêt des Alluets n'est qu'un gigantesquechamp d'oignons. A l'automne, quand a lieu l'arrachage, ces bulbes arrachés el jetés sur le sol pour ressuyer semblent une nappe de cailloux. Partout, à la lisière de la forêt des Alluets et dans les petits vallons de Vaux et de Bazcmont, le terrain est consacré à ces plantes. Quand il y a plus de fraîcheur, les artichauts et les haricots le disputent à l'ognon.

Mais celui-ci et son frère le poireau ne sont pas moins les grands dominateurs. Leur verdure bleuâtre donne un aspect singulier à cette

VOTACE EN FttA-NCE

ir d^ la i^llée. qui s*élargit aux approches a Sein«. sons les beaox ombrages de ce parc a Falaise que cbantèrent les poêles du dixième sièclr, quand le marquis de Tourny — a fail de B(»deaux une des plus superbes ■$ de l'Europe — était seigneur de la Falaise.

>u fi^nd dp la T^ilîër — où, lantôt iovisible, Fuiiôl sr (l^pk>v*ii( sons aa cîd découvert, ji MaudrF daas la Seine à Bots tardib se perd...

VE LA VAUCOULEURS A MEULjlN

Nrau]Jifc-lc -Vieux. — La ride de TboiTy. ~ Auletiil et Aiitoui

— Le parc et le chàleau de Thoiry. — Sepleuil. — La h viUée de U Vaucouleurs, — Monk'bauvi'l. — En dpsceni la Vaucouleurs. — Le panorama de Biruil-Boïâ-Robcrt. Mantes-la-Ville, — De Manies à Meulan. — lusou el Juz.

— Meulan. -^ Les îles.

Échappée de sa belle caplîvîlé du parc Pontchartrain, la Maudre va recueillir les e; des rus de la Guyonnc et de Lieutel dans traversée de Neauphle-le- Vieux, village à d( masqué par les murs et les ombrages de grai parcs; à peine, au-dessus de cette ceinture ï doyanle, découvre-t-on le loît trapu de l'égli Très calme el très propre, ce Neauphle renfei de nombreuses villas. Le sîle est riant et sim[ Les Irois vallons, d'une grande fraîcheur, s'ui sent dans un bassin encadré de pentes dou que commandent les collines plus lières Nea«phle-le-Ghâteau et de Saulx-Marchais. V

charirtiiii, le creux d'où s'échappe le ruisd'Elaiicourl apparaît comme une adorable ue de verdure, grande rue de Neauphle-le- Vieux atteint étroite plaine et devient route au tracé ; qui s'élève sur la longue arête régulière iue de la Maudre à la Vaucouleurs et forrideau vers le nord. Cetle ligne à double ni est on accident lopograpliique assez lans ces contrées où les collines sont ordiment des versants de vallée entaillés dans aleau. La chaussée parcourt longtemps la desservant les nombreux villages assis de re côté des Iiauteurs, auxquels elle se relie les embranchements. Un premier ressaut Saulx-Marchais, village longé par l'aquee l'Avre et assis sur les pentes d'une sorte que très évasé. A la ferme de l'Orme, où la s'infléchit, on joiiit d'une vue superbe sur le bassin dominé par Neauphle-le-Châleau, s assez peu varié; la culture est surtout des céréales et des fourrages artificiels, ues pommiers, d'énormes poiriers occupent amps. Au pied du mamelon de Marcq, culminant de i^rête, deux villages fort ues, Auteuil et Autouillet, ont quelques |ières et un peu de vigne. Une petite colo-

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