LA VALLÉE DE L\ HAUDKK
très petit village d'Herbeville. A ta jonction, est MareiI-3ur-Maudre, qui doit un aspect de vétusié aux moellons non revêtus d'enduit de ses maisons. L'église, ancienne, possède un clocher surmonté d'une haute flèche d'ardoise, dont le caractère accentue le pittoresque de ce bassin, occupé à son extrémité par la petite ville de Maute, très fière de la haute tour carrée de son église. Cette tour est de puissante allure, avec ses contreforts, sa terrasse flanquée de trois pyramidions et d'une tourelle.
Maule, centre le plus populeux de la vallée, en est comme ia capitale; le chef-lieu du canton, Meutan, se trouvant fort loin, au bord de la Seine, — bien plus, sur la rive droite du fleuve. Déjà bizarre autrefois, cette disposition administrative du territoire l'est davantage depuis que les chemins de fer sont créés. Il n'y a pas de relations directes entre la vallée et Meutan. Par voie ferrée, il faut aller changer de train à Êpdne et à Mantes. Maule attire donc une grande partie des habitants du pays : on va à Meutan uniquement pour les affaires devant la justice de paix. Les choses ne changeront guère quand cette ville sera reliée à Maute et à Versailles par le prolongement du tramway.
Aussi l'aimable bourg de Maule a-t-il des
allures citadines ; il se groupe sur une penle douce, autour d'une des plus vieilles églises de Seinc-el-Oise, car sa ner Tut construile au milieu du onzième siècle ; la crypte a été construite de iio5 à iiio. Ce vénérable édilice, malgré des mutilations et des additions, a gardé la grâce calme de l'art roman, que fait mieux ressortirl'architecture ogivale de la charmante chapelle Saint-Roch. Quant à la tour, détail caractéristique du paysage, c'est une œuvre de la Renaissance, achevée en i547- J^dis très ornée de statuettes, elle a perdu à la Révolution les gracieuses figures qu'abritaient des dais de style flamboyant, respectés par les iconoclastes.
J'ai visité l'église de Maule en savante et aimable compagnie, avec la commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise, que M. Coquelle, auteur d'une intéressante monographie du monument, a conduite devant les parties les plus remarquables. Ce fut l'occasit j'cssante discussion à laquelle prirej lart et M. Lefèvre-Pontalis.
En sortant, nous avons parcouru mairie, l'attention des visiteurs fu une pierre placée dans la cour, buste antique, singulièrement scel sur un bloc de poudingue.
LA VALl-ÉE DE LA
La pierre est une sorte de damier ea calcaire grossier du pays, creusé de vingt-quatre cases ou bassins ; cliacuu de ces creux correspond avec son voisin par des trous assez gros pour faire passer une bille d'enfant. Aux extrémités de la pierre, un Irou plus grand s'ouvre dans un mascaron devenu fruste, où les uns voient un motif de la Renaissance et d'autres une têle de bélier d'un type gallo-romain. L'ensemble est vraiment curieux et soulève naturellement la question : «A quoi cela servait-îl?» On l'a beaucoup débattue à la réunion de la commission des antiquités et des arts, on l'a débattue un peu partout à la suite d'une note que je publiai dans la Nature. Les opinions les plus variées et les plus hypothétiques ont été soutenues avec énergie. On y a vu d'abord une pierre de sacrifices, pensant que, les dimensions étant médiocres (80 centimètres sur 80), on n'y sacrifiait que des animaux de petite taille, brebis ou boucs. Le sang aurait coulé de case en case. D'autres penchent pour une Hngolière ; d'autres concluent à un usage industriel : les cases auraient servi à la décantation des matières colorantes ; à quoi l'on a fait remarquer que ta décantation sans mélange était impossible à cause des trous et que, d'ailleurs, l'art avec lequel étaient sculptés les
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l8l VOrAGE EN FRANCE
mascaroDS autour des oriGcea écartait l'idée d'uD engin manu facturier. Un correspondant de la Nnlnre a é?rit qu'il avait remarqué des pierres semblables dans l'Ile de Ceyian. Un des visiteurs vcrsaillais a émis cette idée assez simple, trop simple peut-être, qu'il n'y avait là qu'un jeu analogue au jeu de crapaud ou à certains billards : on aurait jeté des biUes sur la pierre mise en pente comme elle l'est aujourd'hui encore et f'on aurait déterminé le gain suivant le nombre de voyages effectués de case en case. Le débat n'a rien éclairci, mais la pierre de Maule est devenue célèbre.
Maule ne se borne pas au rôle de centre commercial où viennent s'approvisionner les habitants de le vallée et des plateaux qui ne peuvent se rendre à Versailles ou à Mantes. C'est encore le siège d'intéressantes industries. Elle possède des carrières; un homme ingénieux, inventeur du conformatear, y a établi son atelie^^ le conformateur est l'appareil dont se servent les chapeliers pour prendre la forme et la dimension du crâne de leur client.
Mais la fabrication la plus importante, à laquelle se livre une partie de la population, est celle des cannes et des manches de parapluies