VOYAGE
DEPART POUR LA. GRECE. — MALTE. — ARRIVÉE A ATHÈNES. — VOYAGE DE TYRINTHE, MYCÈ- NES, ARGOS. — ELEUSIS. — LE JIONT PEN- TELIQUE. — MARATHON. — THORICOS. — SU- NIUM. — RÉVOLUTION DE LA GRÈCE.
Le voyage de la Grèce avait été l'objet de mes constants désirs. Sur le point de l'exécuter, je fis part de mon projet à M. Rey, peintre et mon collègue a l'école des beauxarts de Lyon, et à M. Dalgabio, architecte, mon ancien émule à l'École royale d'architecture de Paris.
Chacun de nous avait pu analyser les
monuments de la Grèce et de l'Italie dans les ouvrages où ils ont été reproduits avec exactitude par les artistes qui avaient visité ces contrées; mais quelque fidèles que soient ces représentations, elles ne sauraient tout exprimer ; les sensations que l'on éprouve à la vue des monuments varient selon leurs différents aspects ; ils sont pour l'artiste le livre inépuisable de la nature.
Unis tous trois par un môme sentiment dans les arts et désirant ajouter a nos connaissances en recevant l'impression directe des objets, nous entreprîmes, en l'année 1843, le voyage de la Grèce.
Si nous n'eussions consulté que la tendance actuelle du goût vers les doctrines nouvelles, et le peu de faveur dont jouissent les arts de la Grèce, nous nous serions abstenus d'aller au loin chercher des inspirations qui peut-être n'intéresseraient qu'un petit nombre d'hommes, et de nous livrer à des travaux dont nous ne serions dédommagés par aucune satisfaction extérieure ; mais les artsdes Grecs ne nousontjamaissem-
blé devoir être jugés par les sectateurs de la mode ; ils dominent toutes les époques, ils peuvent être abandonnés pour des caprices vains, et leurs charmes être pour un temps méconnus, mais tant qu'il en restera quelques parcelles, le flambeau des arts ne sera pas éteint, leurs ruines instruiront les nations qui viendront les consulter. Nous avons cru que, différents des sciences, les arts avaient leur apogée, et qu'ils l'avaient atteint chez les Grecs; que, dégénérés et corrompus aux époques d'invasion des peuples barbares, ils avaient bien pu, à la faveur de quelques formes nouvelles, prendre rang sous des noms dont l'archéologie moderne a chargé son discordant vocabulaire, mais qu'ils ne sauraient obscurcir l'art antique, encore moins l'éclipser.
Pleins de ces idées, nous nous embarquâmes à Marseille le 1er septembre 1843, sur le vaisseau de l'État le Ramsès', après avoir touché à Livourne, à Civita-Vecchia, à Naples, et passé par le détroit de Messine, nous arrivâmes à l'île de Malte, le 7 suivant.
»..-«. »i'ro
La capitale dont le Grand Maîlre Jean de Lavalelle jella les fondements en 1566 et à laquelle il donna son nom, se déploie en amphithéâtre autour de son vaste port. Les palais dont les rues et les places sont bordées annoncent une ville princière ; ils attestent la fortune et le rang des chevaliers qui l'ont si longtemps habitée. Mais qui pourrait exprimer la surprise et l'admiration que fait éprouver l'intérieur de sa cathédrale, h la fois somptueux par la richesse des marbres et l'éclat de l'or, et religieux par la sévère ordonnance de ses arcs et de ses voûtes? Quelles pensées profondes fait naître la vue de ces pierres lumulaires qui forment le pavé des nefs, véritables tableaux où brillent en marqueterie des plus vives couleurs, les armes de la famille de chacun des chevaliers que cette pierre recouvre ! Jamais les siècles héroïques ne laissèrent de plus grands souvenirs, et jamais la mort n'obtint de plus magnifiques trophées. Ce pavé est couvert de noms français qui annoncent aux voyageurs que cette île, avant
de passer sous la domination actuelle, a été Tune des possessions de notre patrie.
L'île de Malle que possédèrent successivement les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois et les. Romains, fut conquise sur les Arabes par Roger le Normand, comte de Sicile. Charles Quint, qui la reçut comme sa part de l'héritage de Ferdinand le Catholique, en donna l'investiture, le 24 mars 1 530, à Villers-de-l'ilc-Adam, Grand-Maître de l'Ordre des Religieux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Elle resta entre les mains des chevaliers de cet Ordre jusqu'au jour où apparut dans ses eaux, le 7 juin 1 798, la flotte française qui portait en Egypte notre aventureuse armée.
Dans le milieu de l'île est l'ancienne Mélita , ou ville de Malte , du nom commun à toute l'île. C'était la capitale et à proprement parler la seule ville qu'il y eût alors. On y voit de beaux palais qui ont été la résidence des chevaliers.
C'est dans Mélita que Saint Paul prêcha l'Évangile après son naufrage et l'on
montre dans les Catacombes la crypte qui servit de refuge à cet apôtre. Cette ville est grande mais déserte, et partout y régne le silence.
Le lendemain , ayant changé de navire, nous continuâmes sur le Tancrède notre roule vers Athènes. Après trois jours de navigation s'offre à nos yeux la longue chaîne du Taygette. le promontoire Ténare sur lequel était un temple de Neptune, l'île de Cythère bordée de rochers et nous atteignons le cap Malée. La mer toujours houleuse dans ce détroit effrayait les anciens navigateurs. « Vous qui doublez le cap Malée, disaient-ils, oubliez ce que vous avez de plus cher au monde. » Mais déjà nous étions sous le beau ciel de la Grèce, nous approchions du terme tant désiré, et cependant nous ne pouvions nous défendre de quelque mélancolie en voyant les côtes de la Laconie stériles et désertes. Ont-elles toujours apparu ainsi? Non, ces lieux portent l'empreinte de la dévastation el de la mort, les Turcs y ont régné, et une guerre extermi-
natrice a achevé l'œuvre de l'oppression. Parfois, pour nous retirer de nos tristes pensées, nous examinions ce qui se passait sur notre bord. Parmi les voyageurs, était un Père de la Terre-Sainte, en costume de religieux, à longue barbe, Génois de naissance, et qui avait été envoyé par les gardiens du Saint Sépulcre pour solliciter du roi des Français des secours et sa protection contre les persécutions dont ils étaient l'objet de la part des Musulmans. Mais, hélas ! il n'en rapportait que des espérances et des paroles de paix. Le Père Jean-Baptiste, c'est ainsi qu'il se nommait, n'était point supérieur de l'Ordre, il n'avait aucune charge, et comme il le disait lui-même, il n'était rien, mais ses frères l'employaient dans toutes les négociations qui intéressaient leur communauté; il avait un esprit cultivé, des manières polies et distinguées, un bel extérieur et l'une des plus heureuses physionomies que l'on pût rencontrer. Un tel modèle était une bonne fortune pour M. Rey qui, pendant qu'il conversait, prit ses
crayons. Celte attention n'échappa pas à l'œil vif du Père, qui teignit de ne pas s'en apercevoir, continua sa conversation et donna à notre peintre le temps de terminer son ouvrage.
Nous devons mentionner M. le baron et Mmo la baronne, Duhavcll, qui se rendaient avec lui dans la Terre-Sainte ; nous ne pensions pas en nous séparant à Syra .
qu'après avoir parcouru, eux la Syrie, nous la Grèce et l' Asie-Mineure, nous nous retrouverions sur le Nil, que nous courrions la môme fortune jusqu'à Palras, où se lit une seconde séparation, et que nous les rencontrerions enfin à Lyon, sur le bateau à vapeur, se dirigeant vers Paris. Une liaison affectueuse s'était formée entre nous. La baronne Duliavclt cultivait les arts , son mari les aimait et s'en entretenait avec plaisir.
Le 12 du même mois, nous abordâmes à l'île de Syra, où nous fûmes reçus à bord d'un vaisseau autrichien. Après avoir navigué la nuit entière sur le golfe Saronique,
et passé en vue du cap Sunium, de l'île d'Egine, de Phalère, d'où partit Thésée pour se rendre en Crète, et l'escadre de Ménesthée pour aller au siège de Troie ; de Munichie, petit port dont l'étroite enceinte ne pouvait contenir que quelques barques, rtpus entrâmes dans le port du Pirée, que Thémistocle avait réuni à la ville d'Athènes par des murs de 40 coudées (18 mètres) de hauteur, et si larges que deux charriots pouvaient y passer de front, on en voit encore les nombreux restes formés de grands blocs où l'on peut admirer la régularité de l'œuvre et la perfection du ciseau. Déjà nous voyions l'Acropole et nous distinguions les Propylées et le temple de Minerve. La chaîne du mont Hymetle au midi, celle du Parnès au nord, le Pentélique à l'orient, forment le bassin au milieu duquel Athènes est située. Pour y arriver, nous traversâmes les champs de ces oliviers réputés sacrés dans les temps antiques et demeurés nombreux encore, malgré les ravages de la dernière guerre.
Athènes est une ville nouvelle ; fanciennie a été détruite dans la guerre où les Grecs;, au prix de leur sang, ont conquis leur indépendance. Elle est partagée par les largtess rues d'Hermès, d'Eole, de Minerve. Un ;y remarque le palais de l'Université, daims lequel l'auteur a fait preuve d'un lalemil formé par l'élude des monuments de lia Grèce; des églises de petite proportion mais dont la disposition intérieure et Hta forme extérieure qui en est le résultat, sornt aussi constantes que la forme du cultiœ à l'exercice duquel elles sont consacrées.. Uniformité sage, conforme à la raison, aui bon goût, tradition des arts des anciens Grecs et de ceux de Rome , où les formess affectées aux édiBces consacrés à la divinat.cé dans les temples, aux plaisirs du chant et dBœ la poésie dans les théâtres, aux exercices du corps dans les thermes et les gymnases,, avaient des formes constamment semblâtblés ; et c'est parce qu'il en était ainsi gmee nous pouvons reconnaître chez les Grecs ett chez les Romains l'espèce de monument
auquel ont appartenu les fragments qui ont échappe à une totale destruction.
Nos premiers pas se dirigèrent vers l'Acropole, l'antique Cécropie, autour de laquelle s'éleva la ville d'Athènes. C'est avec un sentiment religieux que les vrais admirateurs de l'antiquité s'approchent de cette enceinte qui renferme tant de précieux monuments aux formes majestueuses et pures, riches par leur matière, admirables par leur exécution. D'abord les Propylées, magnifique entrée de la citadelle, précédés eux-mêmes de deux autres monuments qui en appuyent les ailes ; d'un côté, la Pinacotheca édifice que Polygnote orna de peintures historiques dont les sujets étaient puisés dans les événements de la guerre de Troie. Le plafond de cet édifice était porté sur deux poutres de marbre soutenues par des colonnes ioniques; auprès se trouve le piédestal qui portait la statue équestre d'Agrippa ; vis-à-vis est le temple de la Victoire sans aîles, monument ionique élevé sur le lieu môme d'où se précipita Egée, à la vue de la voile noire fa-
lalement laissée au vaisseau qui ramenant son fils.
L'édifice des Propylées, bâti en marbie; blanc, était l'ouvrage de l'architecte Mne— siclès qui le construisit sous l'administration de Périclès; il avait été commencé lai ic année de la 85e olympiade, 438 anss avant J.-C. C'était l'ouvrage le plus admirable, ditPausanias, qu'on eût exécuté tantt pour le volume des blocs que pour la beatilce du travail.
Au-delà des Propylées apparaît le Par— thénon, de grandeur colossale, merveille? de l'art où l'on admire les proportions harmonieuses des parties entre elles, la simplicité noble des formes et la beauté de lai statuaire. 11 était orné de peintures, donll quelques traces sont conservées. Ce mo — nument , malgré l'explosion des poudress et la spoliation des Anglais , est encore? demeuré l'un des plus entiers qui se voientl sur le sol de la Grèce. Si l'explosion ai renversé les murs de la Cella, elle n'a pass atteint les colonnes des deux façades et uni
grand nombre des colonnes latérales. Le fronton occidental est debout ; deux statues existentencore dans ce fronton, et, bien que mutilées, elles font juger de l'effet que devait produire ce tableau composé de statues, et dont nous jouirions encore, si elles n'avaient suivi les bas-reliefs de la frise et l'une des cariatides du Pandrosium dans le musée de Londres. En échange, les auteurs de ces spoliations ont laissé un massif de pierre pour suppléer une statue, une tour carrée en moellons surmontée d'un cadran, et une église gotbique, étrange conception de ces Scandinaves à Athènes, en face du Parthénon.
Passant de l'examen des formes à l'étude de l'exécution , avec quelle surprise ne s'aperçoit-on pas que l'œil peut à peine suivre la ligne de jonction des blocs entre eux -, on reconnaît par le renversement des colonnes, que la surface des tambours a été dressée et la planimétric des lits obtenue par le frottement de l'un sur l'autre, si l'on applique l'instrument à plomb sur
le fût de la colonne, on remarque qu'elles ont un talus plus fort à l'extérieur du portique qu'à l'intérieur, et cette inclinaison concourt à la stabilité du monument, enfin pour augmenter la force des angles du périptère, on a donné aux quatre colonnes angulaires un diamètre plus grand qu'aux colonnes intermédiaires, et sans doute aussi afini de rendre à leur volume ce que leurisolemenit aux extrémités des ailes devait leur faire perdre en apparence.
Mais quelle a été l'intention des auteurs, de ce monument en donnant aux marches; qui forment le soubassement des colonnes, et à l'entablement qui les surmonte , une courbure sensible à un œil attentif et exercé, particularité que nous avons également remarquée au temple de Thésée, de sortes que le milieu de chaque façade, dans l'un et l'autre édifice , est de douze centimètres plus élevé que les quatre angles du périptère, en suivant une insensible progression ; la solution de cette question nous révélerait peut-être la connaissance de
quelque profonde théorie qui ne nous esl pas parvenue.
Le temple de Minerve fut bâti sous Périclès, à la place de celui qui avait été brûlé par les Perses. Ictinus et Callicrates en furent les architectes. Ce temple était hypètre, et la partie de la Cella, qui était à cielouvert, était couverte d'un peplus, espèce de tente; chargé d'ornements et qui servait à abriter la statue de Minerve.
L'Acropole renferme de plus les temples de Neptune Erechlhée et de Minerve Poliade, contigus l'un à l'autre. Un mur de séparation, dont on voit encore les traces, les divisait entre eux.
Pandrose, fille de Cécrops, eut aussi un sanctuaire : il est conligu à celui de Minerve. Son entablement était soutenu par des caryatides , au nombre de six , dont quatre se voient encore.
Le temple d'Erechthée fut commencé sous l'administration de Périclès, et terminé après sa mort.
Auprès de ces monuments esl une quan-
tilé considérable de fragments d'architecture, parmi lesquels est une portion d'architrave circulaire , reste d'un monument élevé à la déesse Rome et à Auguste , suivant l'inscription qu'on y lit encore.
Hors de l'Acropole sont les autres monuments recueillis par Stuart, et avant lui par Leroy, tels que le monument choragique de Lysicrates , dont l'architrave et la frise sont faites d'un seul bloc dans tout leur développement circulaire, disposition favorable à laquelle on doit en grande partie sa conservation. Il fut élevé en l'honneur de la tribu achamantide , vers l'an 330 avant J.-C, au temps de Démoslhènes, de Zeuxis, d'Apelles, de Scopas, de Dinocrates, c'est-àdire à l'époque où les arts brillaient du plus vif éclat. Le monument choragique de Thrasyllus fut élevé en l'honneur de la tribu hippolhoontide, 318 ans avant J.-C. ; les inscriptions , les frises, les chapiteaux de sa façade sont renversés au pied de la grotte dont elle formait l'entrée. Une statue sur-
monlail cet édifice , elle figure au musée de Londres, à côté des bas-reliefs du Par- Ihénon ; vanité Je posséder, plus funeste à l'art que lu barbarie des Turcs.
Espérons que les villes qui jouissent de semblables richesses s'opposeront enfin à ce vandalisme , et déjà le gouvernement grec fait exercer la plus active surveillance sur les curieux étrangers, et notamment sur ceux de la nation britannique. Il est secondé, d'ailleurs, par les Grecs, ce peuple éminemment intelligent qui connaît le prix des trésors qui se rattachent à l'histoire de son pays.
Au nord de la citadelle est la tour des Vents, si remarquable par sa poésie ; elle fut construite par Andronicus de Cyrrhestes, ancien pays dans la Macédoine , vers l'an 300 avant J.-C. Auprès sont les restes du Panthéon d'Hadrien , pris par quelques voyageurs pour le Pœcile (1) ou
(i) Le Pœcile était, suivant Pausanias au chapitre X.V du premier livre, un portique (stoa) orné de peintures historiques, exécutées par Polygnote de Thase et
Sloa, où se réunissaient les philosophes dont la secte a pris le nom.
Non loin est l'entrée de l'Agora, monu-
Micon d'Athènes, telles que le combat des Athéniens contre les Lacédémoniens à OEnée , le combat de Thésée contre les Amazones , les chefs des Grecs devant Troie, tenant conseil sur l'attentat d'Ajax contre Cassandre, le combat de Marathon. On voyait attachés à la muraille des boucliers pris aux Scionéens qui habitaient la Thrace, et d'autres enlevés aux Lacédémoniens. Au chapitre XVI, le même auteur nous apprend que le devant du portique était orné de statues ; on y voyait celles de Solon, qui donna des lois aux Athéniens, deSéleucus, l'un des généraux d'Alexandre, qui laissai son fils Antiocbus l'empire de l'Asie. C'est ce portique que fréquentaient les philosophes delà secte de Zenon, et qui prirent de là le nom de Stoïciens.
Rien, dans cette description, n'autorise à voir le Pœcile dans les restes du monument situé à l'occident de la ville, non loin de la tour des Vents.
Stuart, en le nommant le Stoa, appuyé surtout son sentiment sur sa position géographique : Pausanias, dit-il, après avoir décrit les peintures et les statues du Pœcile, parle de la place publique , du gymnase de Ptolémée et du temple de Thésée qui , dit-il , n'est pas loin delà. Mais ce serait se déterminer sur une bien yague considération. Spon et I.eroy le nomment
ment dédié par le peuple d'Athènes à Minerve
Àrchegelia (souveraine conductrice), en reconnaissance des bienfaits de Jules-César et
temple de Jupiter Olympien. Mais le périmètre de son enceinte est loin d'avoir les quatre stades que Pausanias donne au péribole du temple de Jupiter, le monument qui nous occupe n'ayant que 200 mètres de circuit ou 2 stades 1/9.
Pausanias , au chapitre XVIII, dit : « L'empereur Hadrien a décoré la ville de bien d'autres monuments ; il a l'ait bâtir le temple de Junon, celui de Jupiter Pauhellénien , et un autre qui est commun à tous les dieux. Dans ce dernier, on admire surloulcent vingt colonnes de marbre de Phrygie, et des portiques dont les murs sont de marbre. On y a pratiqué des niches qui sont ornées de peintures et de statues, dont le plafond brille d'or et d'albâtre.
Il y a, près du temple, une bibliothèque et un lieu d'exercice qui porte le nom d'Hadrien, où vous voyez cent colonnes de beau marbre tiré des carrières de Lybie. »
Observons que Pausanias, qui a soin de rappeler le nom d'Hadrien lorsqu'il parle des monuments construits sous son règne, ne dit point que cet empereur fut l'auteur du Pœcile, monument pourtant si remarquable, et qui semble n'avoir été fait que pour renfermer les annales peintes ou sculptées de l'histoire des
d'Augusle; à l'ouest sont les restes du gymnase de Ptolemée et le temple de Thésée construit sous l'administration de Pé-
Grees, et servir de lien de délassement pour les Athéniens.
Or, les restes du monument situé non loin de la tour des Vents sont évidemment de style romain et de l'époque d'Hadrien. Le tailloir des chapiteaux est angulaire comme au temple de Jupiter Olympien, construit ou du moins terminé par cet empereur, et les profils de l'entablement ont une grande similitude avec ceux du frontispice de Néron, à Rome. Les vastes niches a plan circulaire et à plan recliligne, qui se voient sur une des faces latérales et qui se reproduisaient sur la face opposée, ne rappellent-elles pas celles dont parle Pausanias? Enfin, les ruines antiques découvertes par Stuart, dans le milieu de cette enceinte, et sur lesquelles on a construit l'église de Saintc-Marie-la-Grande vj [jLsyx'/.y] rfxvxytx, lesquelles ruines consistent en une suite de trois colonnes, un pilastre et une arcade, ne seraient-elles pas les restes du temple lui-même?
Et quel eût été l'objet de ce monument au centre du Pœcile et nullement mentionné par Pausanias, qui désigne le Pœcile seulement comme un portique?
Ainsi, tout nous semble démontrer que les restes de cet édifice ne sont point ceux du Pœcile ou Stoa, mais les restes de l'enceinte du Panthéon d'Hadrien.
riclès pour honorer la mémoire du héros athénien invoqué comme le génie proteeleur de la ville après avoir été banni par ses concitoyens.
Quant aux colonnes en marbre de Phrygie , Pausanias n'aura-t-il pas ajouté foi à des contes populaires ? De quel intérêt pouvaient être des marbres pris au loin, lorsqu'Alhcnes avait à ses portes les marbres du Peulélique, dont le Parthénon avait été formé ?
L'extérieur de celte enceinte, sur la façade de l'entrée , est orné d'une colonnade dont chaque colonne est isolée, et l'entablement forme ressaut sur le mur du fond. Il était vraisemblablement surmonté de statues, ce que semblent indiquer les trous qui y sont pratiqués.
La porte était précédée d'un porche de quatre colonnes, dont une existe encore : on voit aussi l'un des jambages et une partie du linteau de la porte.
Cette vaste enceinte est occupée maintenant par le marché, et l'on voit, sur la rue d'Eole, une partie du mur du péribole opposée à l'entrée. Cette partie est formée de six contreforts construits on grands blocs non parementés, qui ont, sur le nu du mur, une saillie de i m. 08 c.
De précieux monuments de sculpture ont été réunis sous ces colonnes , et composent , avec le temple de Thésée et les propylées, les musées d'Athènes.
Près <ie la ciladellc esl la colline de l'Aréopage , où Socrale fut condamné pour crime d'impiété, où saint Paul fut accusé pour avoir prêché le Christ. Les sièges en marbre des Aréopagiles se voient encore auprès du portique du temple de Thésée.
Sous les murs des propylées esl le théâtre construit en marbre par Hérodes-Alticus, en l'honneur de Régilla, sa femme, sous l'empereur Hadrien.
Au sud est la colline de Musée , où fut élevé par Trajan un monument honorifique au consul Philopapus.
Au nord de celle colline est le Pnix, où le peuple tenait ses assemblées, etla tribune taillée dans le roc, où Démoslhènes prononça ses harangues contre Philippe.
Au sud-est de la ville esl le temple de Jupiter Olympien , commencé par Pisistrale, 528 ans avant J.-C, continué sous Anliochus-le-Grand et Anliochus-Epiphanes , trois siècles après sa fondation, par Cossutius , architecte romain, repris sous Auguste et lerminé par l'ordre de l'em-
pereur Hadrien ; l'arc portant la double inscription qui consacre les noms d'Hadrien et de Thésée.
Près de ce temple est la fontaine Callirhoe, où les Pélasges , qui habitaient au pied du mont Hymelte , firent des violences aux jeunes filles qui venaient y puiser , ce qui obligea les Athéniens de les chasser. Cette fontaine , que Pisislrate avait ornée, dépouillée aujourd'hui de tout le prestige qui peut flatter l'imagination, n'est plus qu'un amas d'eau impure dans le creux d'un rocher, au milieu du lit desséché de l'Illissus.
Au dessous de la fontaine , sur la rive gauche du fleuve, est la ruine d'une petite W église construite sur l'emplacement d'un temple que les Athéniens élevèrent à Borée pour avoir brisé les vaisseaux des Perses qui étaient à l'ancre auprès du promontoire Sépias en Thessalie.Ê)
Plus haut, à l'orient, sur la même rive, est le stade où tous les ans se célébraient les panathénées, on y parvenait par un
(1) S. Mari* mit l« raohfr.
(•2) Uci'ttUale i. 7, cl PiaUu Htm tan Phùira.
pont de trois arches dont on retrouve les deux piles extrêmes et lessubstrucîions des deux piles intermédiaires.
Tous ces précieux débris de l'antique Athènes ont été mis sous la sauve-garde de M. Pitlakys , que son amour pour les arts et ses profondes connaissances en archéologie ont dû placer à ce poste honorable.
Qu'il nous soit permis de payer ici notre tribut de reconnaissance à ce savant, aussi modeste qu'éclairé. Que d'observations délicates nous auraient échappé dans nos visites aux monuments de l'Acropole, s'il ne nous eût initié aux connaissances que de longues méditations lui avaient acquises! pouvions-nous, d'ailleurs, nôtre pas flattés d'un accueil auquel il se livre toujours d'autant plus volontiers quand il s'adresse à des Français ; car , enfin, il nous est doux de le dire, il y a sympathie entre la nation grecque et la nôtre, nous l'avons éprouvé partout et auprès de toutes les classes de ce peuple ami , le nom de
Français est un titre à leur affection. Nous lui devons en partie l'accueil que nous avons reçu de M. Typaldos, bibliothécaire de la ville, de son second, M. Aposlolidis, et leur empressement à nous fournir les renseignements dont nous avions besoin.
Le crédit dont jouit auprès des Grecs notre ministre plénipotentiaire, M. Piscalory, est le résultat de sa nationalité et de son dé- Nouemenl à la cause des Grecs pendant leur sanglante guerre contre leurs oppresseurs; toujours disposé à être utile à ceux de sa patrie , le moindre intérêt qui les louche trouve sa place parmi les soins et les intérêts généraux qui l'occupent. Eniin, nous avons eu pour nous mettre sur la voie de nos explorations les conseils et l'assistance amicale et empressée de notre compatriote, M. Gouchaud, architecte résidant à Athènes, qui, sachant notre voyage, était venu à notre rencontre auPirée. Nous avons trouvé dans l'intérieur de sa famille tout le charme d'une confraternité bien précieuse dans un tel éloignemenl, ellesmar-
ques obligeantes du souvenir qu'il a bien voulu conserver de nos anciennes relations.
Un vaisseau parlai! pour Nauplie, nous en profilâmes pour visiter Tyrinlhe, Mycènes et Argos. L'Acropole de Tyrinlhe esl encore ceinte de ses murs cyclopéens ; là se voient des tours, des galeries pratiquées dans l'épaisseur des murs, couvertes par des blocs posés horizontalement el en encorbellement les uns au-dessus des autres. Ces murs , déjà anciens du temps d'Homère, existent, à peu de choses près, dans le môme état que du temps de Pausanias. Ils sont de l'appareil cyclopéen le plus ancien. Les quartiers de rochers y sont à peine travaillés. L'origine de celle ville est antérieure aux temps historiques.
Si l'on en croit les relations fabuleuses, elle tirerait son nom du héros Tyrius, fils d'Argus et petit-fils de Jupiter. Hercule y demeurait et y reçut les ordres d'Eurislée pour l'accomplissement de ses douze grands travaux.
Mycènes , d'une importance historique
plus grande, se reconnaît aux murs cyelopéens qui entourent son Acropole, et a sa Porte des Lions , du style primitif de la sculpture grecque, où se trouve la justesse des grandeurs respectives unie à une raideur de forme qui rappelle la sculpture des Egyptiens. Mais l'édifice le plus important est le tombeau d'Agamemnon , nommé aussi trésor des Atrides. Ce vaste monument, construit dans les flancs de la montagne, est circulaire et de forme conique. La voûte est forînée, ainsi que la galerie des murs de Tyrinlhc, par des assises posées en encorbellement , en sorte que tous leurs lits sont horizontaux.
Le linteau de la porte offre des dimensions qui méritent d'être rapportées. Sa longueur est de 8 mètres 15 centimètres; sa largeur est de 6 mètres 50 c. , et son épaisseur est de 1 m. 22 c, sa pesanteur ne peut être moindre de 168,084 kilogr. On peut apprécier par là l'étal des connaissances mécaniques chez les Grecs, à l'époque de cette construction. Sans ces
antiques témoins, cette opulente Mycènes aurait entièrement disparu. Des terres incultes, des monts arides occupent le sol où elle a existé ; quelques pâtres, des chiens féroces sont les seules rencontres que Ton fasse dans ce désert.
« Que reste— l— il, dit Pausanias, de Mycènes qui, du temps de la guerre de Troie, commandait à toute la Grèce, et de Thèbes enBéotie qui, un temps, s'est fait craindre et respecter de tous les Grecs? La première est détruite, l'autre conserve à peine son nom, grâce à la citadelle qui subsiste encore et à un fort petit nombre d'habitants. Tyrinlhe, dans l'Argie , n'a pas eu un meilleur sort. »
L'aspect de ces trois villes est encore aujourd'hui tel que les a dépeintes Pausanias.
Argos n'est qu'à quelques milles (Te Mycènes. Bien que son aspect soit celui d'un village , que ses maisons soient la plupart en terre, elle a quelque imporlance dans la Grèce moderne, puisque les députés s'y réunissaient au temps de la présidence
de Capo cTIstrias. Elle contient environ six mille habitants : il y règne une aisance due ù la culture du tabac, dont la qualité supérieure est reconnue partout en Grèce. Son théâtre antique, l'un des plus grands qui soit en Grèce, est adossé à l'Acropole : il est taillé dans le roc, et ses gradins sont assez bien conservés.
L'Assemblée nationale des Grecs, après l'expulsion des Turcs, se réunit, le 13 juillet 1827, à Argos, sur les gradins même de son théâtre. Non loin sont les restes d'une construction romaine en briques, qui paraît avoir fait partie de quelque thcrme.
Le temple de Cérès , à Eleusis , a été l'objet de nos recherches. Vitruve et Strabon attribuent à Ictinus , qui fut l'architecte du Parlhénon , la construction du temple de Cérès; Philon, qui était un des plus célèbres architectes de son temps , construisit le portique qui était au-devant du temple. Il ne reste de ce monument célèbre que bien peu de traces ; toutefois, on en reconnaît le périmètre par ses substru* -
mM
lions taillées dans le roc, et les propylées de son enceinte par de nombreux fragments de colonnes et d'entablements en marbre.
Spon, qui vers l'an 1G76 visita les ruines du temple de Cérès et de Proserpine, dit avoir vu le reste de la statue de Cérès de marbre blanc, elle portait sur la tête une sorte de panier autour duquel étaient sculptés des épis de blé avec des Heurs et des javelles de pavots qui lui étaient dédiés.
Elle était trois fois plus grande que nature.
Eleusis pouvait avoir deux milles de tour, elle était en partie proche de la mer, et on partie sur la colline au pied de laquelle était le temple. La rade est terminée , à l'opposile d'Eleusis, par le rivage de l'île de Salamine. Partout elle lui forme un port assuré par les deux issues faciles à défondre.
D'Eleusis, on se rend a Athènes en suivant la voie sacrée. Non loin on traverse le Céphise, près duquel était l'autel de Jupiter, où Thésée se fit purifier, après avoir
défait Procfuste , qui attaquait les voyageurs dans ces parages. Lorsque l'on voit ces lieux jadis embellis par la verdure des oliviers, si brillants par l'éclat des pompes religieuses, aujourd'hui déserts, brûlés par un soleil ardent , et qui de tant d'édifices sacrés n'offrent plus que quelques rares débris, on éprouve un sentiment de profonde tristesse.
D'Athènes, nous nous dirigeâmes vers le mont Penlélique; ses carrières ont fourni le marbre dont furent construits tous les grands monuments, et l'on y voit encore des blocs ébauchés de forme circulaire, qui avaient été destinés dans ces temps anciens à former des tambours de colonne.
Nous avons remarque , dans le rocher , au bord de la voie, un trou de vingt- cinq centimètres de largeur, sur trente- cinq centimètres de profondeur, qui paraît avoir servi à fixer quelque partie des agrès employés a tirer des profondeurs de la carrière ou à faire glisser sur la pente du mont les blocs qu'on en avait extraits. On
aime à rencontrer ces Iraces des moyens qu'employaient les Anciens pour l'exécution de leurs grands travaux. Quand l'œuvre est achevée, Tari se montre seul, l'homme s'etface, le monument nous semble être le produit instantané d'une divine création ; mais , dans les Iraces de son exécution, l'homme paraît tout entier, tantôt luttant avec ses seules forces contre les difficultés, tantôt y suppléant par d'ingénieuses combinaisons de forces empruntées. On croit y assister soi-même, l'esprit franchit sans peine les deux et trois mille ans qui nous en séparent. Ici nous voyons un sillon creusé dans le roc, c'est le passage des chars ; là, c'est le pic qui a laissé sur la surface du rocher des incisions aussi vives que si elles étaient de la veille ; là encore, des blocs préparés n'ont point été achevés, ils ont été abandonnés parce que leurs dimensions étaient insuffisantes, ou parce qu'on leur a reconnu quelques vices de contexlure qui les a fait rejeller.
Après avoir péniblement gravi jusqu'au
sommet du monl Pentélique, nous découvrîmes la mer d'Egine, le cap Sunium, la poinle méridionale de l'Eubée el la plaine de Marathon. Celle plaine est située à l'entrée du détroit de l'Eubée ; son rivage a la forme d'une anse, c'est là qu'abordèrent les Perses. Au pied des montagnes qui la ferment à l'occident, est le bourg de Marathon ; enlre ce bourg el la mer est un vaste tombeau en terre élevé sur les corps des guerriers morls dans ce combat célèbre, et ils érigèrent dans le lieu même un trophée en marbre blanc.
Nous reprîmes la roule de la plaine, et nous revînmes à la ville en traversant le joli village d'Ambelokiposqui occupe l'emplacement de l'ancienne Alopea, patrie de Socrale et d'Aristide.
Au sud-est d'Athènes est le cap Sunium, auquel les restes du temple de Minerve ont fait donner le nom de Cap-Colonne.
Nous partîmes d'Athènes sur des montures pour aller visiter ce monument. Dans notre route, nous passâmes par l'ancienne
ville de Thorieos. Son emplacement est marqué par les raines d'un portique et par les restes d'un théâtre dont l'hémicycle a la forme allongée d'une ellipse, courbure inusitée dans les théâtres, et qui nous fait connaître que les Grecs savaient en varier la forme, suivant la disposition naturelle du sol où ils devaient les asseoir.
Après avoir suivi les flancs sinueux de la chaîne du Laurium, aux mines d'or, on arrive au promontoire Sunium ; a son sommet s'élève le temple de Minerve. C'est de ce lieu que Platon entretenait ses disciples d'un Dieu unique et de la création de l'univers. Et quel lieu était plus capable de lui inspirer ses sublimes pensées! un ciel admirable, une mer sans bornes, semée d'îles habitées par des populations heureuses, un temple, dont les formes nobles et pures entraient harmonieusement dans le magnifique tableau qui se déroulait à sa vue.
11 ne reste aujourd'hui de ce temple que douze colonnes qui sont rongées par les
vapeurs salines de la mer ; il était entouré d'une enceinte dans laquelle on entrait en passant par des propylées dont les ruines se remarquent encore. Non loin du cap, on voit l'île Palrocléia, ou plutôt le rocher fortifié par Palrocle, commandant d'une flotte égyptienne venue au secours des Athéniens contre Àntigonus, et l'île où Paris, ravisseur d'Hélène, vint aborder, où il s'unit à elle pour la première fois.
Celle île se nommait auparavant Cranaé:
Paris, parlant a Hélène, «jamais, lui dit-il, (ant de désir n'ont ennivré mon ûme, même lorsque porté sur mes vaisseaux agiles, je t'enlevai de l'aimable Lacédémone, et que, dans l'île Cranaé, nous nous unîmes au sein de l'amour et du sommeil ( Iliade , ch. IIIe). »
Pendant ces explorations, la ré\olulion de la Grèce se préparait; elle était près d'éclater. Dans la nuit du 14 au 15 septembre, des bruits tumultueux nous réveillent, nous en demandons avec inquiétude le su-
h\ VOYAGE EN GRÈCE
jet ; les Grecs, nous dil-on, font leur révolution. I.e peuple en armes était rassemblé autour du palais du roi, les canons étaient braqués contre ses portes, les canoniers n'attendaient que le signal. Quelles pouvaient être les suites de ces démonstrations ? et si les troupes eussent opposé de la résistance , quel aurait élé le sort des étrangers qu'aucune marque distinctive ne pouvait empêcher de confondre avec des Bavarois, objet de la faveur du roi, et devenus odieux aux Grecs ? Un des chefs de la révolution, Calergi, nous apparut à cheval entouré du peuple qui le saluait par ses acclamations ; il tenait une couronne qui lui avait élé décernée. Ainsi ces usages des temps antiques semblenl être inhérents au génie du peuple grec.
L'orage grandissait. Dans toute la Grèce les populalions élaient attentives au signal que devait donner Athènes, afin d'accourir en armes, si la révolution éprouvait de la résistance. Déjii les peuplades voisines se rendaient a la capitale velues de leurs
manteaux à longs poils, armées et dans une attitude sombre et résolue. Toute la ville attendait dans l'anxiété la fin de cette journée qui devait voir ou l'accord s'établir entre le gouvernement et le peuple, ou le sang couler a flots. Mais la défection fut complète du cété du roi, les bases d'une constitution lui furent présentées, il les signa, et Ton vit la joie renaître dans la ville, et l'on entendit le peuple saluer le roi de ses acclamations.
Telle fut l'œuvre d'une seule journée ; toutefois, les flots de celle mer agitée ne pouvaient au loin se calmer si promptement, et nous ne pouvions, sans courir quelques dangers, nous éloigner d'Athènes pour visiter les pays situés au nord ; nous déplorions ce conlre-temps à noire voyage, et nous regrettions d'être venus assister à une révolution où nons n'avions que faire, et qui devait peul-élre nous obliger à monter sur le premier vaisseau qui ferait voile pour la France.