JUSTICE POPULAIRE
» Mais ils sont entre vos mains : la Justice popul«ire vient d« prononcer sur leur sort ; les lois, si souvent invoquees par eux centre vous , viennent enfin d'etre invoquees contre eux ; et leurs teles vont justement tomber sur I'echafaud , si souvent rougi de votre sang I
» Cinq t^tes vont tomber, si vous le voulez !
' Cependant, reflechissons 1 A quoi bon ces t^tes, aujourd'hui, quand votre puissance est irresistible , quand le crime , quoique vieux de quelques jours seulement, semble eloigne deja de vingt siecles, et quand vous devez a la tyrannie le sublime effori qui vous en adelivres?
» A quoi nous servira un peu de sang et de boue de ces anciens oppresseurs, au milieu de la gigantesque Revolution qui nous r6genere ?
» C'est a I'Aristocratie, faible eltoujours tremblante, qu'ilest presque necessaire d'etre impitoyahle : au Peuple, fort et confiant dans sa force, au Peuple, qui quelquefois se venge en un seul jour de combat et de colere du mal accumule pendant des siecles, mais qui, presque toujours, est clement apres la victoire, au Peuple, il convient d'etre magnanime I
» Connaissant votre magnanimite , je connais done aussi d'avance votre reponse :
» — Laissons-leur la vie 1 Aholissons la peine de mort !
■ Mais, pour que la justice et la loi ne soient pas de vains mots sur la terre, qu'ils soient prives de la liberte I Que Lixdox ait la t^te rasee sur I'echafaud , par la main de son ancien bourreau I Qu'il soit ensuite publiquement expose dans la m^mc cage de fer qu'il a inventee pour exposer un de vos plus admirables martyrs 1 et qu'un monument eternise le crime, la juste severite de votre Representation populaire , la clemence d'un grand Peuple, et une nouvelle ere de religieux respect pour le sang humain 1 »
Sur la demande d'Icar, la Representation nationale ordonna que le Peuple fut consulte ; et quelques rares oppositions de quelques meres qui pleuraient encore leurs enfants, ne rendirent que plua ^clatante la generosite populaire.
Je ne vous montrerai pas Lixdox expose dans sa cage de fer, ni la Reine demandant I'aumone a la porte de la Representation nationale. Je ne veux pas arr^ter vos regards sur cette infortune royale qui, bien que meritee, n'en est pas moins un souvenir aflli* geant ; car ce sont ses Ministres et sa Cour qui ont perdu la mal-
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beureuseCloramide; et ces Ministres, coupables d'avoir faittant de victimes, etaient victimes eux-m6mes de I'organisation sociale et politique.
Mais j'appelle voire attention sur un magniflque spectacle.
Deux milleRepresentantsdu Peuple deliberaient solennellement surlanouvelle organisation sociale et politique, sur le sort d'une iNation et sur les destinees de I'avenir.
Deja ils avaient presque unanimement adopte les deux principes capilaux , la Communaute de biens , et son ajournement d 50 ans au moms pour sa realisation complete. 154 membres seuiement avaient vote negativement sur la premiere question, et 162 sur la seconde : mais le President de la Republique supplia la Representation populaire de ne considerer ce vote que comme provisoire , €td ajourner la decision definitive. II exposa que, dans une ques^ tion SI prodigieusement importante , quelques mois, quelqucs annee meme de retard seraient peu de chose a cote de I'inconvenient d une dissidence d'opinions ; que I'unanimite dans le vote serait un avantage inestimable ; qu'a tout prix il fallait eviter que la minonte, quelque faible qu'elle fut en nombre, put se croire oppnmee par la majorile ; qu'il valait mieux discuter encore , pour donner aux opposants la facilite de faire admettre leurs raisons ou pour les convertir a I'opinion dominante. '
On avait forme de nouveaux Comites et de nouvelles conferences; on imprimaitetl'on discutait partout les objections, quand un cri de guerre vint annoncer que tous ces projets pouvaient 6tre engloutis par la force sous les mines de la Revolution.
Icar desirait la paix, afin de pouvoir se consacrer exclusivement a 1 execution de son grand dessein. II desirait pouvoir licencier I armee afin d'emplorjer plus utilement sa solde et ses bras.
Mais il ne craignait pas la guerre, parce qu'il esperait qu'elle amenerait la Victoire et laPaix , une paix solide , longue et peutetre eternelle.
11 la regardait comme inevitable, soil parce que quelques-uns des Rois voisins, qui avaient deja fail des tentalives pour restaurer le fils de Corug , ne manqueraient pas de profiler de celte nouvelle circonstance, soil parce que d'autres Rois qui , pousses par leurs Aristocralics, s'etaient dc^a coaliscs pour soutenir la tyrannic ne manqueraient pas de se liguer conlre une Revolution democratique dont le tnomphe serait un exemple contagieux pour leurs Pouplcs et menacanl pour leurs trones.
II voulait, du reste, sorlir promptement d'incertitude etmcttre ses voisins dans la necessity de donner des garanlies pour la Paix ou de declarer la Guerre.
Aussi vous I'avez vu , des le lendemain de sa dictature, commencer I'organisation de TArmee et de la Garde populaire.
Des le m^me jour, il avait fait declarer aux Rois voisins quele Peuple Icarien desirait la Paix et ne voulait pas intervenir dans les affaires des autres Peuples, mais que les precedentes guerres commencees contre lui lui rendaientdes garanlies necessaires, et qu'il demandait ua desarmement general , offrant d'en donner I'exemple , et ajoutant que , si dans 45 jours il ne recevait pas une reponse affirmative, il considererait le silence commo une declaration de guerre , et que , si Tune des armees etrangeres faisait un mouvement en avant , il considererait ce mouvement comme un commencement d'hoslilites.
En attendant cette rdponse, il avait rappele tous les Agents diplomatique^ du dernier gouvernement et renvoye tous les Agents diplomatiques etrangers, declarant que les Agents respectifs pourraient se fixer pres de la Ironliere pour se transmeltre leurs communications.
II avait m6me pris la precaution de faire sortir tous les Individ U9 Strangers , a I'exception de ceux qu'il autoriserait specialement a Tester parce qu'il connaitrait leurs dispositions a servir les Icaricns anpres de leurs compatriotes.
Pendant ce temps , il n'avait rien neglig6 pour prc^parer la de fense en cas d'altaque , faisant fortifier les places , fabriquer des armes , reunir les approvisionnements necessaires et exercer les troupes.
Toutes les assurances qu'on lui avait donnees d'intcntions pacifiques ne I'avaientni trompe ni endormi.
Aussi se trouva-t-il en mesure , quand le quarante-cinquieme jour arriva sans reponse satisfaisante et quand il apprit tout a coup que quelques corps etrangers s'approchaient des fronlieres.
A I'instant meme il proposa a la Representation populaire de considerer la Guerre comme declaree et commencee, etd'ordonner une levee en masse de la population pour defendre la Revolution et la Patrie.
Les llepresenlants du Peuple declarerent la Guerre populaire
ct nationale , deciderent que toute la nation serait solidaire pour indemniser les Provinces qui souffriraient de I'invasion, et prodamerent presque unanimement Icar dictateur.
Et le Peuple , consulte , confirma unanimement la declaration dc Guerre et la Dictature.
Parut alors I'Adresse suivante :