ADRESSE D'ICAR POUR LA GUERRE
• Nous demandions la Paix et Ton nous declare la Guerre 1 Eh bien , la Guerre I
» On nous menace , on veut nous attaquer : eh bien 1 nous nous defend rons I
» Nous serons pr^ts a recevoir les agresseurs , car I'agression ctait prcvue I
" Pouvaient-ils en effet ne pas nous attaquer aujourd'hui , ces Despotes et ces Aristocrates qui tant de fois ont envoye leursarmees pour aider nos oppresseurs?
» Noire insurrection centre leur allie pouvait-elle ne pas leur paraitre une revolte centre eux-m6mes !
o Ces tyrans de leurs propres sujets, ces ennemis dc toute liberte et de tout progres, pouvaient-ils pardonner et tolerer une Revolution democralique et republicaine qui veut donner aux Peuples I'exemple d'une grande Nation reconquerant ses imprescriptibles droits et pratiquant la Communaute des biens?
» Plus nous sommes sages , elements , heureux , plus nous excitons I'estime, I'admiration, les applaudissements et I'envie de leurs Peuples , ct plus ils devaient trembler et nous hair !
» Oui, les Rois et les Aristocrates, ligues depuis le commencement du monde politique par leur interdt conimun pour tcnir les Peuples sous leur domination , etaient condamnes par la tatalite mfeme a nous declarer la guerre, pour sauver leur despotisme, pour detruire notre Revolution et notre liberte, pour restaurer I'Aristocratie et la consolider a jamais 1
» lis massacreraient les plus genereux d'entre nous ! Us transporteraient les autres dans leurs deserts ! Us nous arracheraient nos enfants pour les mutiler 1 Us livreraient nos femmes a la feroce brutalile de leurs soldats ! Us partageraient peut-6tre les ruines de notre Patrie 1
» C'est done une guerre a mort qu'ils nous declarent, une guerre d'extcrmination et d'esclavage.
" Nous laisserons-nous enchalner, exterminer ainsi? La mortau milieu d'un combat n'est-elle pas miile fois preferable ?
» Braves concitoyens, je crois vous entendre r6pondre: La guerre! vainer e ou perir en combattant I
» Oui , nous combattrons I nous combattrons jusque sur le dernier coin de notre pays , jnsqu'au dernier d'entre nous et jusqu'a son dernier soupir 1 Plulot que de tendre la gorge a nos bourreaux, nous bruleronsnos villes, nous detruirons noschemins etnos ponts, nous ensevelirons nos femmes, nos enfants et nous-m6mes sous les ruines de la Patrie ! fimules de nos Anc6tres et des Peuples aniens qui nous ont laisse tant d'exemples d'hero'ique devouement patriotique, nous montrerons a notre tour quels sacrilices pcut inspirer I'amour de la liberie !
• Que dis-je 1 nous montrerons ce que c'est qu'une guerre populaire , ce que pent un grand Peuple uni , quelle force a la Liberie combattant pour V Independance I
« La Coalition des despotes menace d'envoyer contre nous deux millions de satellites I Mais n'avons-nous pas six millions de soldats et de gardes populaires qui les recevront a coups de fusil et de canon, et dix-huit millions de vieillards, de femmes et d'enfants qui pourront les combattre par mille autres moyens? Nos ennemis ne sont-ils pas divises par leurs ambitieuseset jalousesrivalites, tandis que nous sommes unis comme si nous n'6tions qu'un seul homme?
» Leurs esclaves armes ne nous attaqueront-ils pas a regret pour le Despotisme et I'Aristocratie , tandis que nous defendrons avec enthousiasme notre cause, la leur et celle de tous les Peuples !
» Nous ferons probablement d'abord quelques fautes : mais nos fautes nous instruiront I
» Nous eprouverons quelques revers : mais ou serait la gloire si Ton triomphait sans peril 1 Nous fmirons par 6tre invincibles !
» Vous avez deja brise votre Aristocratic, vous briserez de m^me la Coalition qui veut la retablir I Et si les Rois ont la criminelle temerite d'entrer chez nous , plus ils seront nombreux , plus ils penetreront dans Tinterieur de notre pays , plus il est certain , n'en doutez pas , que nos champs leur serviront de tombeaux I
» Mais , le glaive une fois tire , nous ne nous arr^terons plus que quand il n'y aura plus autour de nous ni Aristocraties ni Despotes ; nous inscrirons sur nos drapeaux : Point de conqu^te ! fraternitd entre les Peuples ! fit nous marcherons en amis ci la delivrance de rHumanile 1
■ Aux armes done ! aux armcs ! Jusau'a ce que nous ayons con •
quis la paix, que notre unique occupation soit la guerre 1 Que la Nation ne soit qu'une Armee, le pays un arsenal et un canip !
» Vieillards, electrisez lajeunesse! Femmes, electrisez vos enfants, vos maris et vos freres !
» Citoyens, soldats, courons a la frontiere au cri de vive la Patrie ! vive la Communaute I »
Le Dictateur adressa beaucoup d'autres proclamations aux Peuples etrangers, aux Generaux , aux Paysans, notamment aux anciens partisans de I'Aristocratie.
Decide a ne pas souffrir des ennemis interieurs qui pourraient conspirer avec I'ennemi du dehors et trahir en cas de revers , il epuisa tous les moyens de douceur , de prevoyance et de fermet^ pour prevenir ou mattriser tous les dangers.
Quelques Nobles sortirent du pays : mais la masse des anciens Aristocrales, convaincus que leur cause etait a jamais perdue, eclaires d'ailleurs, convertis et completement rassures par tout ce qui venait de se passer , rivaliserent sincerement de patriotisme avec les meilleurs citoyens.
Les hommes les plus honores , les fonctionnaires publics , mfime les riches les plus opulents, les prfitres les plus eloquents, les femmes les plusbrillantes, tous, entraines par le Dictateur, I'aidaient a leur tour a entralner les autres.
G'etait a qui se distinguerait le plus en offrant ses biens , sa personne et ses enfants a la Patrie, tant I'influence du Pouvoir est irresistible quand il donne I'exemple de la justice, de la bonte et du devouement au Peuple et au Pays I
Je ne vous parlerai pas de tous les moyens qu'employa Thabile Icar pour exciter Venthousiasme. La presse, la poesie , les chants, la musique, les spectacles, les clubs , les exercices militaires , leg f6tes, tout y concourut.
Un hymne guerrier, appele Vhymne a la Patrie, chante partout en choeur par la population, electrisait toutes les &mes.
Partout , les paysans accouraient sur les routes au moment du passage des citoyens qui partaient les premiers. Les populations des villes accouraient a leur arrivee et les accompagnaient a leur depart.
Soldats et gardes populaires, ouvrierset jeunes etudiants, citoyens de toutes les classes, tous fratcrnisaient ensemble et s'cxaltaient muluellement.
On ne voyait partout que des hommes armes , m6me de petits regiments de femmes qui s'offraient pour soigner les blesses ou servir les combattants.
On ne voyait aussi que des ouvriers fabriquant des armes , preparant ou transportant des munitions de guerre.
Et partout on n'entendait qu'une musique guerriere ou des chants guerriers: partout, travailleurs, spectateurs, citoyens reunis, soldats en marche , chantaient Vhymne a la Patrie, au milieu d'incroyables transports.
Les Rois eurent beau multiplier leurs manifestes hypocrites : rien ne put enlrer ; et d'ailleurs les proclamations du Dictateur etaient pretes pour pulveriser leurs mensonges et leurs perfides promesses.
Vingt-cinq armees, confiantes dans les officiers choisis par elles, montraient enfin leurs drapeaux sur toute la frontiere ; toute la campagne etait couverte d'innombrables petits corps francs ; toutes les villes voisines etaient remplies de gardes populaires; cinq cents Representants du Peuple etaient a cote des Generaux ; et le reste de la Representation nationale elail aupres du Dictateur pour lui donner tout I'appui qu'il pourrait demander , lorsque le premier coup de canon fut tire par la Coalition des Rois.
Je passe sous silence lessucces etles revers partiels, les coups de fortune et les malheurs, les actes de genie et les fautes , les traits de bravoure heroique et de devouement sublime.
Je vous dirai seulement que, quand on vit les armees Icariennes s'ebranler sur toute la ligne avec des cris d'enthousiasme qu'on n'avait jamais entendus, les soldats etrangers qui combattaient a regret, surtout les Rois et les Aristocrates qui les entrainaient, furcnt glaces d'epouvante, tandis que les Peuples, encourages par la vue du drapeau de I'Egalite et de la Fraternite, faisaient des voeux pour leurs liberateurs et se preparaient a les recevoir en freres.
Vous parlerai-je de la grande balaille, ou plutot de I'immortelle victoire de Dorac, sept jours apres Touverture de la campagne? Jamais peul-etre I'enthousiasme que pent inspirer a des hommes I'amour de la Patrie et de I'Humanite n'avait oper6 tant de prodiges!
Vous dirai-je aussi les consequences, le decouragement des armees ennemies ; la division parmi leurs generaux ; la rcvolte de plusieurs Corps ; la defection de 20,000 Miraks, qui, recemment
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subjugues par un Roi voisin et forces de se battre pour lui, tournerent, sur le champ de bataille, leurs canons centre leur oppresseur ?
Vous raconterai-je les insurrections des Peuples, leurs nouveaux Gouvernenients plus ou moins democratiques, et leur reconnaissance envers leurs genereux liberateurs?
Remarquons seulement que trois desprincipaux Peuples voisins, auxquels d'autres se reunirent ensuite, envoy erent des Plenipotentiaires dans un Congres ou furent proclames la Paix , le desarmement general , la fraternite des Peuples , la liberte du Commerce d'importation et d'exportation, rabolitiondes Douanes, meme la suppression sur les monuments publics de tous les emblemes qui, dans chaque Nation, rappelaient aux autres Nations rhumiliant souvenir de leurs defaites.
Ce premier Congres organisa m6mc una Confederation et un Congres federal annuel , pour discuter les interets communs des Confederes.
H&tons-nous de rentrer avec les armees triomphantes ; et sans nous arreter aux recompenses et aux honneurs decernes aux soldats, ni aux fetes qui celebrerentle Courage, la Victoire et la Paix, revenons a Icar, qui avait de nouveau depose la Dictature, et a la Representation populaire , qui avait repris ses deliberations sur la Constitution.
Vous allez enfin les voir , ou plutot demain vous les verrez s'occuper sans distraction de I'efablissement de la Communaute !
Mais ces glorieux souvenirs me causent trop d'emotion pour ne pas vous demander la permission de repeter en fmissant notre cri national : Gloire d. nos Anc4tres 1 Gloire elernelle au bon Icar I
Et tout I'auditoire 61ectrise repetait ce cri avectant d'ardeur qu'il dominait le bruit des applaudissements.