CHAPITRE XIII
(Suite du precedent.)
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ficoutez Sieves, dans safameusc brochure QiCest-ce que le Tiers- Etat ? publiee au commencement de la Revolution frangaise.
c Le Ti£rs-Etat ou le Peuple est luut ; si Ton Mail la KeWcssc et le Clefgej
la Nation ne seraitpas quelque chose de morns, mais quelfjue chose de plus.
1) Jusqu'a present le Peiiple a ete esclave de I'Aristocratie, tandis que les droils de citoyen appartiennent a tous.
» Le Peiiple demande aujourd'hiii les droits poUHques : cetle propriety legale est la meme pour tous, sans egard au plus on moins de proprii'lereclle dont cliacun pent composer sa fortune... Puisque la lot doit elre Vexpression de la volume genlrale, deux cent mille Arislocratcs ne peuvcnt pas dieter la loi a vingt-cfnq millions do Francais..,. Les lois qui sont faites par la minorile des citoj'cns sont radicalcment nuUcs
I) Les privileges de rAristocralie sont line usurpation, une conquete de la force, une iniquile, une absurdite. La Raison demande la restilutiun des droits usurpes; il laut que Tordre social remplace le desordre.
» L'Aristocratie oilre de payer 1 impot comme le Penple, et ditqu'alors tout sera egal : Tout ser\ egal! mais en payant limpol, I'Aristocratie aurait encore toul,no\,ammer\t la confection des lois, toujonrs faites pour elle contra le Peuple! on vent que le Peuple soil content par cela seul que I'Aristocratie ne sera plus excmpte d impots ! On veut que les generations nouvelles ferment les yeux aux lumieres contemporaines!
I) L'Aristocratie dit que le travail deroge, que les professions sont viks, comme si ce n'ctail pas le vice scul qui doit elre vil, et comme si les riches visit's n'etaient pas plus vicieiix et plus vils que le Peuple.
» C'est une Cunsiituliun entierc qu'il laut enfin au Peuple.
» La haute INoblesse veut deux chambrcs comme en Angleterre,unechambre haute pour clle, et unecliambrc basse pour la petite Noblesse et pour le Peuple; mais la petite Noblesse refuse parce qu'elle veut X'Egalile pour elle, et le Peuple refuse aussi parce qu'il veut VEgalile pour lui. La Constitution angiaise , qui pouvait etrc bonne pour I'Augleterre en 1688, n'est plus bonne pour la France en 17S9, 1'art social a fait d immenses progrcs ou pliitot vient de naitre.
» La Nation l'ran(;aise n'ayant pas dc Constitution ou voulant changer celle qu'on pretend exister, il Tallait convoquer tous les citoyens pour elire des Represcntants avec le pouvoir special de fairc une consliiulion.
» Que voudraienl-ils,ces privilegies si ardents a defcndre leur super pu, si prompts a empecher le Peuple d'obtenir le necessaire? Entendraient-ils que la Regeneration qu'on espere ne serait que pour eux? Voudraient-ils ne se SERViR uu Peuple, toujours mttlheureux,qiK comme d'un instrument aveugle, pour ctendre et consacrer leur Aristocratie?
» Que diront les generations futures en apprenantla furcur, les lignes secretes , les feintes alaimes, les perfides manoeuvres des privilegies conlre les defenseurs du Peuple?... Comment la Waison regnante a-t-elle pu laisser de miserables ecrivains vomir les calomnies, aussi atroces que ridicules, qui remplissent I'incroyable memoire public sous son nom ! Quelle violence et quelle profonde iniquile\
1) On ne veut poiut de refnrmes : le Peuple doit s'apercevoir qu'il ne peut rien esperer que de ses lumieres et de son courage. La Raison et la Justice sont pour lui... Mais il n'est plus temps de travailler a la concilialion des partis : quel accord peut-on csperer enlre Venergie des opprimcs et la kace des oppresseurs?
» Ou fermcrait en vain les yeux siir la revolution qui s'est operee : aulrefois le I'eiiple clait serf el la Nolilesse elait tout; aujourd'hui le Peuple est tout et la Noblesse est uu mot ; mais sous ce mot s'est glisse une nouvelle et intolerable aristocratie, elle Peuple a raison dene point vouloird'y/rw/ooa^es.
» Les privilegies, se montrant ennemis du Peuple, dcvraient etre exclus des droits d'electeurs ct cl'eligibles... Je saisqu'un pareil principe va paraiire e^mtw<^«/t« a la plupart des lecteurs , parce que la vcrite doit paraiire aussi
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extravagante au prejuge que celui-ci peut I'etre aux yeiix de la verite.,. 11 peut eti-e impralicable aiijourd'luii; mats mon role a moi, ecrivain, c'est de presenter la virite... Si lout le monde pensait vrai, les plus grands changements n'auraieut ricn de difficile des qu'ils seraient utiles... Que puis-je I'aire de mieux que d'auler de toutes mes forces a repandre celte verite qui prepare les voies? On commence par la mal concevoir ; peu a peu les esprits s'y accoutument; Topinion publique se forme ; et eiifin on aperQoit, a I'execution , des principes qu'on avail d abord taxiis de folks chinieres. Dans presque tous les genres de prejuges, si des ecrivains n'avaient consenti a passer pour focs, le inonde en serait aujourdiuii moins sage.
» L'administrateur est oblige d'aller Icntcmenl; maislePhilosopIie doitallcr droit au but... La franchise est presque toujours de Vhabilcte, et les reticences ou li's finesses qu'on prend pour de la prudence sont ordinairement de vruies folies... On croit un peu trop que la verite peut se diviser en parties et entrer plus facilement dans les esprits quaiid ellc s'y presenteen detail; mais le plus souvent, il laut de bonnes secousses : la verite n'a pas trop de toute sa iumierc pour produire de ccs impressions fortes d'oii nait im imeret passion.\e pour ce qu'on a reconnu vrai, beau et utile. »
ficoutez encore Sieyes dans son projet de Reconnaissance des droits de Vhomme et du citoyen, presente a I'Assemblee constiluante le20juillet 1789.
« La nature inspire continuellement a Ihomme ledesir du bien-etre:ce bien-etre est son but.
n Deux bommes etant egalement homtnes, ils ont, a un egal degr6, totis les droits qui decoulent de la nature Inimaine.
» Deux hommes peuvent etre inegaux en MOYENs; mais il ne s'ensuit pas qu'il puisse y avoir inegalile de droit.s.
» F,a force produit effet sans produire obligation. L'oppression ne peut jamais devenir un droit pour I'oppresseur , ni un devoir pour lopprime... L'aflranchissement est toujours un droit et meme wndevoir pressant.
1) L'associ.\.tio\ est un des moyens Inspires par la Nature pour atteindre le bonheur : cesl Ir complement dt I'ordrc naturel.
» L'objet de I'Associatinn est ie Lonheur de Ions les associes : c'est non de degrader et davilir, mais d'ennoblir et de perfectionner, c'est non d'affaiblir et de leduire les moyens de cliacun ,mais de les agrandir et de les multiplier... L'etat social n'etablit done pas une injuste inefiulite de droits a cota de I'inegalite naturclle des moyens; aucontraire, il protege V£gcdite dCg droits centre I'influence nalurelle mais nuisible de 1 imgalite des moyens... La loi sociale n'est point faite pour affuiblir le faible et fortifier le fort, mais aucontraire pour proteger le faii)le contre le tort, et pour \\x\ garanlir la plenitude de ses droits.
» Dans l'etat de nature, Thomme n'a pas le droit de nuire a un autre, el par consequent d'avoir du superflu auand un autre n'a pas le necessairc.
I) Je defiiclis el cullive un champ : il elait « vioi comme a lout le monde; il est maintenant a moi plus qu'aux aulres, parce que j'ai le droit de premier occupant (et ces circonstances suffisent pour qu'elle soil ma Pruprietc exelusive, pourvu qu'il en resle assez pour lesautres). L'Association qui survient aioute, par la force d'une convention qenerule entre les associes, une conseaulion legak... Et Ion a besoin de supposer celte convention et cette conseciation pour pou\oir donner au mot fKOFRiETE toute letendue du sens que nous sommes habitues a Uii doniier dans nos Socielcs policees.
B L'art dc faire sortir tons les biens possibles de I'etat de Societe est le premier et le plus important des arts... Une Association ainsi combinee pour leplus grand bien dc tous sera le chef-d'oeuvre de I'in telligcnce et de la veriu.
» V£nali(e des druils palitiques est un princIpe f'ondamental et sacre. L'inegalite politique serait unprivilege d'oii sortiraient bieiitot tons les privileges... La loi ne peut etre que I'expression de la volonte ginerale. »
ficoutez-le, dans son flan d'education present^ a la Convention nationale , demander qii'elle soil generale , gratuite , et basee sur le principe de la Republique et de VEgalite.
Et quel est ce Sieyes ? — Un abbe , un savant , qui a long-temps etudie et medite dans la retraite; un philosophe dont I'opinion cxerce une immense influence sur la France eiitierc au commencoment de 1789 ; que Paris, elit sponlanement pour I'un de ses Deputes aux fetals-Generaux , a cause de sa fameuse brochure ; dont Mirabeau apprecie tellement le genie qu'il appelle son silence d'un jour une veritable calamite publique ; que trois departcnients elisont a la Convention , dans laquelle il siege a cote de Condorcet ct des Girondins ; et qui gouverne la France republicaine , d'abord comme I'un de ses cinq Directeurs , puis comme I'un de ses trois Consuls.
Entendez Condorcet soutenir, dans sa Reponse a 1' Academic de Berlin , qu'il ne peut jamais 6tre utile aux hommes d'etre trompes.
« Je n'isnore pas que, dans I'etat actuel dc I'Europe, le Peuple n'esl pas capable d'avoir une veritable niurule.-mais la stiipidite du Peuple est Youvragedes inslilulions svcialescl des super sli lions. Leslioninics ne naissentni stupidesni fous : ils le deviennent. En parlant raison au Peuple, en ne lui apprcnant que des clioses vraies, on pouriait I'instruire du pen qu'il lui est necessaire de savoir. L'idee meme du respect qu'il doit avoir pour la propriete du m/ten'cst difficile a lui insiuuer que 1" parce qu'il rei^aide Irs ricliesses comme une espece d'usuRPATioN etde vol fait sur lui, et mallieureusement cette opinion est vraie en grande partie ; 2" parce que son excessive panvrete le porte touiours a it considerer dans le cas de la necessite ubsolue, cas ou des moralistes ires severes ont ete de son avis; 3" parce qu'il se croit aussi mipriseet mal- Iraite comme pauvre qu'il le serait apres s'etre avili par des friptmneries. C'est done uniquement parce que les institutions sont mauvaises, que le Peuple est si souvent un pea vuhur par principe. »
Entendez le meme Condorcet , dans son tableau des progres des c^^naissances humaines.
« Nos espcrances sur I'etat a venir de I'Espece bumaine peuvent se reunir h CCS trois points : la deslruciionde I'inegai.ite cntre Ics iNations; les progres del'EGALiTE dans un meme Peuple; le perfectionnemeni reel de I'homme.
» Ij' Inegalile aclueWe, qui est presque entierement I'eftet de limperfection des institutions sociales, doit s'aflfaiblir continueUetnent pour faire placf i V£gali(e de fait, osttm^fi but dcl'ART social.