‹ Voyage en IcarieChapitre 134 sur 156 · CONDORCET · texte numérisé non relu

CONDORCET

» t'lNECMiTE de richcsses, I'ln^galite d'itat et I'lnfegalit^ ilnstrticHon sont |es principales causes de tons les maux.

» On pent detruire ces Inegalites par beaiieoup de moyens, notamment par lei caisscsd'epargneet les tontines appliquees ^ la masse du Peuple; par des banques avangant aiix pauvres les capitaux necessaires ; par Vinstruciion industrielle etVediicutinn; pav le perfect ionnemcnt des arts utiles; par \e perfectionnement des lois; par le relablissement de TEgalite entre la femme et rhomme, par la creation d'une langue universelle. »

ficoutez-le, dans son plan coeducation propose a YAssemblee legislative , reconnaltre que •.

« CestVInegaliti de fortune ([m a perdu la Grece et /Jome; les historiens anciens etaient tons arislocrales ; et il n'est pas etonnant qu'ils aient repr*sente comme scdiiieuses et inspirees par Tesprit de faction et de brigandage les tentatives laites pour retablir Y£galile. »

Entendez-le reconnaltre que , s'il y a quelque inegalite naturelle entre les hommes , cette inegalite naturelle peut disparaltre par I'effet de VEducation.

ficoutez-le proclamer que :

« L'Education doit etre graluile , igale , gmirale, physique , intellectuelle , industridle, morale, politique, et dirigee vers I'Egalite reelle entre tons les citoyens. »

ficoutez-le,dans son journal V Instruction sociale (avec Sieyes et Duhamel ) , reconnaltre que VEgalite des droits ne peut etre reelle qu'avec TEgalile ou la presque Egalite de fortune; que le necessaire ne doit pas etre impose, mais seulement le superjlu ; que Vimpdt PROGRESSiF, augmentant avec le superflu , est juste et utile.

II ne demande ni la Communaute de biens , ni VEgalite absolue de richesse ; il admet la propriele et quelque inegalite dans les fortunes et par consequent dans Tinstruction et les lumieres ; il tolere meme de grands capitalistes : mais il veut qu'il n'y ait aucune misere et que tout tende a rfioALiTE reelle.

Il croit que tous les savants de chaque Nation peuvent former une association , et que toutes ces associations nationales scientifiques peuvent former une association universelle ou une Republi- QUE UNIVERSELLE des Sclencos pour travailler a la Reforme et au perfectionnement de I'Humanite.

II croit enfin , avec Turgot , Price , Priestley, a la perfectibiliti INDEFINIE de I'homme sous tous les rapports , dans son intelligence et son moral comme dans son physique, meme dans la duree de sa vie. II trouve un progres imDiflnse onered^ja (en 1793 ; quedirait-

M4 PHILOSOPllF.S.

ii en 18361); il ii'aperQoit aucun terme aux decouvertes et ant perfeclionnements dans les sciences , dans les arts , dans Ics machines , dans I'induslrie , dans rhomme, dans Torganisation sociale €t politique ; et le but qu'il assigne a tout est loujours rficAUTE

EEELLE.

Et quel est ce Condorcet? Un marquis; un savant , secretaire perpetual de rAcademie des sciences ; un Philosophe qui , proscrit avec les Girondins et iugitif , consacre le peu d'inslanls qui lui restent a rediger les verites qu'il croit utiles a I'llumanite?

ficoutez'le fameux Miraeeau sur cetle question legislative : Le proprietaire pourra-t-il disposer par testament?

<« Si le droit dont jouissent les citoyens de disposer de leiirs proprietes pour le tcrnps on ils iie scront plus pouvait etre considere comme iin droit naliirel on primifif , il n'est aiicune loi positive qui p(!it les en depouiller legitimenient : car la Socirtc n'est pas etablie pour aneantir nos droits naUirels, mais Itour en regler Fusage et pour en assurer I'cxercice... II faut done voir si la Propriete existe par leslois de la Nature, on si c'esl u!i bienfait de la Societe.

» Si nous considerons lliomme dans son etat ordinaire et sans societe reglee avec ses semblaliles, il parait qu'il ne pent avoir de droit exclusifsur aucun objel de la Nature; car ce qui apparlient egalement a tous, n'appartient reellccicnt a personne.

n 11 n'est ancLine partie du sol, ancune production sponlanee de la terre> qu'un liomme ait pu s'appropner a rexclusion d'un autre liomme : ce n'est que sur son propre individu, sur le travail de ses mains, sur la cabane qu'il a construite, surl'animal qu'il a abaltu, sur le terrain qu'il a cultive on plutot sur la culture menie et son produit, que Thomme de la Nature pent avoir un vrai privilege. Des le moment qu'il a recueilli le fruit de son travail, le funds sur lequel il a deploye son Industrie redevient commun a tous les homines.

» C'est le pariage des terres fait et consend par les hommes rapproches entre eux qui peut etre regarde comme I'origine de la prvpriete, et ce partage suppose une Societe naissanle, une convention primitive, une ioi reelle.

» La Propriete est done de droit social ou civil, et par consequent la loi peut delendre ou permettre den disposer par testament; elle pourrait menie s'emparerdes successiunsau profit dela Societe tout enliere.

» Mais il faut laisser les successions aux parents; et quant aux enfants etaux testaments pour conservei' Vegalile que la Constitution proclame entre les citoyens et qui doit exister surtout entre freres, je pense qu'il ne faut permetlre au pere de disposer par testament que d'un dixieme au profit d'un itrunger, et que les enfants doivent partager le reste dans une parfaite egulite. »

ficoutez Malouet, qui passe pour un Arisiocrate, et qui , dans une des premieres seances de rAssemblee consliluante, s'ecrie :

« C'est votre resistance inconsideree, 6 partisans de I'ancien regime, ce sonl vos pretentions irritantes qui peuvent tout perdre... Vous ne voulez pas VegaUte des suffrages; vous, cinquantieme partie t)e la Motion , vous nevoule*

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