‹ Voyage en IcarieChapitre 140 sur 156 · LAMENNAIS. 52S · texte numérisé non relu

LAMENNAIS. 52S

» C'est (le la situation des Prolilaircs qn'est nee la question <k Propriete, qui se traltc partoul aujourd'luii , et qui se resoudrait par le combat et le pav' tage, si elle n'etait resolue bientot par la Baison, la politkjue et la Charite soci\i.E. La Charite, c'est le socialisme; regoTsme , c'est Vindividucdisme. La Charite couimc la politique commande a I'liomme de ne pas abandonner I'homme a lui-meme, mais de veniruson uide.de lormer une sorte d'aseurunce muluelle, d des conditions equitables entre la Socield possedanle et la Sucieie non-possedanle; elle dit au propvietaire : Tu garderas ta Propriete, car molgre le beau reve de la Communaute des biens, lenteeenvain par le Chrisiianisme et par lu pMlanlhropie , la Propriete paraitjusqu'd cejour la condition nkessuire de toute Socicte; sans elle ni lamille, ni travail, ni civilisation; mais cette meme Charite lui dit aussi : Tu n'oublieras pas que ta Propriete n'est pas seulement instituee pour toi , mais pour VHumanite tout enliere; tu ne la possedes qu'a des conditions de justice, d'ulilite, de repartition et d'accessionpowr ioHs.tu fournirasdonca tes treres surlesupERFLU de ta Propriete , des moyens et des elements de travail qui leur sont necessaires pour posseder ieur part a leur tour; tu reconnaitras un droit andessus du droit de Propriete, le droit d'HuiuANiTE. Voila la justice et la politique. »

Ainsi , vous le voyez , de Lamartine ne repousse la Communaute qu'avec circonspection , sans preuve entrainante ct sans conviction, I'appelant un beau reve dont le Chrisiianisme et la philanthropie desirent la realisation.

Mais il proclame I'figalite , la Fraternite , la Charite et le devoir absolu pour les riches d'employer leur superflu a rendre aux pauvres leur part dans les biens de la Nature ; c'est-a-dire il veut ce qui conduit irresistiblement a la Communaute 1

ficoutez Lamennais dans son Livre du Peuple :

a Les hommes nes d'un meme Fere auraient dii ne former qu'une seule grande fumille, unie par le doux lien d'une amitie fralernelle... Dans une lamille, tous ont en vue I'avantage de tons , parce que tons s'aimcnt et que tous ont part au bien commun... qu'on ait peu ou beaucoup, on par tage en freres... Si I'un est infirme, s'il tombemalade, s'il devlent incapable de travail, les autres le nourrissent et le soignent.

» Point de rivalites possibles quand on n'a qu'un meme in^ereZ, point de dissensions des lors. Ce qui enfante les dissensions, la haine, I'envie, c'est le desir visaliable de posseder plus et tou jours plus lorsqu'onpossede pour soi SEUL. La Providence maudil ces possessions solitaires : elles irritent saos cesse la convoitise et nc la satislont iamais. a

N'est-ce pas deraander la CommunauU ?

Voyez enfm les freres-unis on les freres Mor aves dont je vous ai fait connaltre I'origine dans lechapitre precedent, societe de Philosophes,ousecte chretienne repandue dans toutes les parties de ['Europe ct dans les Etats-Unis d'Amerique , composant de grandes Maisons

ou grandes Families en Lusace, en Boli6me, en Pologne, en Sase, en Hollande, et surtout en Moravie.

Ccs Maisons on Families, en JJoravie et en Saxe, contienncnt 1,000 a 1,200 associes qui s'appellent fidres et soeurs; ceWe de Zeist, pres d'Ulrcclit, en Hollande, en conipte 3,500 dcpiiis que , en 1760 , un riche seigneur allemand, transporte d'admiralion, entra dans la Communaute et lui donna toule sa fortune.

La Maison qu'liablte cliaque grande Famille n'est point un convent, mais iin vaste batimrnt qui coniprend de pi'tits logemcnts pour cliaque pelite famille ; de grands aU-liers, les uns pour les hommes, Ics autres pour les lemmes; un grand refectoirc comniun; de grandes salles communes pour les jeux, les assemblies et la conversation; des ecoles; une infirmerie, uue cluv pelle,un jardin, des promenades, des tcrres tout a I'entour, des magasins communs, etc.

L'Egalite rcellc et parl'aite, la Fratcrnite et la Communaute de travail et de jouissance sont les bases de leur association : cliacun doit exerccr une profession utile; tous les produits sont communs; tous en jouissent effa^ewieni sans aucune preference; tous mangent en commun, et sont nourris, vetus et logos de mcme.

Tous les freres reunis elisent un mullre, et loutes les soeurs elisenl une mailresse, qui reprisentenl la Famille et sont continnellement responsables.

Presque tous sont maries sans dot ; le divorce est perniis, mais sans cxemple. Les enfants sont elevi's et prescjue allaites en commun.

Us professenl le Cliristianisme , mais en s'attacliant principalcment a la morale evangelique, en eloignant tout ce qui tient au dogme, en pratiquant le culte simple des premiers Chretiens, sans iweires et sans images.

Les Gouvernements les tolerent; mais les Rois, et ISapoleon lui- mcme, n'ont jamais vonUi lesadmetlre dans leiu'S armces.

Et le bunheur que leur procure la Communaute dure depuls environ 300 ans.

Je ne vous citerai pas les Quatre ages historiques et les Fous de Beranger , parce que ses chansons ou plutol ses odes philosophiquessont connues jusqu'au bout dumonde.

Je vous citerais les economistes J.~B. Sarj, Storch, de Sismondi, etc., puis Chateaubriand, Royer-Collard, Guizot, Cousin, de Barante, Villemain, de Tocqueville, Lherminier, Billard, George Sand, Aug. Comte, etc., etc., si je n'etais pas force de terminer cette revue deja trop longue.

Je rapporterai cependant deux mots de Sismondi, dans ses Principes d^Economie politique :

« Dans I'elat actuel de la Societe , la plupart des impels sont employes ^ defendre le riche contre le pauvre...

» Cela est vral surtout de Vimpot do sang : en effet, on dit que I'arme'e est instituee pour defendre Vordrect la /'roprie/e; mais si la Proprictc est I'arl ^'absorber le travail dti pauvre, celui-ci, coBiposant I'aruiee en entier, est une

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