CHAPITRE XIV
Avenir dc I'llumanit^,
Qui pourrait nicr le phogres? Qui pourrait nier I'avantage de la civilis-ation sur I'etat sauvage ; de Tesclavage sur rextermination desvaincus; de raffranchissement sur I'esclavage ; du Christianisme avec sa morale sur le Paganisme ; du principe d'figalite , de Frateriiite etd'amour mutuel, sur le principe des Castes ; du principe d'activile, de mouvemenl el d'anielioralion continuelle, sur le principe de resistance et d'immobilite ; du principe de Fraternite des Peuples , de communication , de concentration et d'unite , sur le principe de barrieres, de separation et de morcellement ; du principe de perfectionnement, d'education et de verite, sur le principe d'abrutissement, d'ignorance, de superstition et de mensonge; de la paix sur la guerre ; de la liberie sur le despotisme ; des Communes sur la feodalile ; de I'independance sur la soumission forcee ; du systemc Representatif reel sur la Monarchic ou I'Arislocralie absoluc ; de la Republique aux Etals-Unis sur la Royaule ; et des millions dc reformes operees sur les millions d'abus qui les precedaient?
Qui peut nier le Progres dans les sciences , dans les arts, dans la decouverte de I'Amerique , dans I'invenlion de I'imprimerie , des machines a vapeur, des chemins de fer, etc. ?
Qui peut nier des lors la Perfectibilite humaine ?
Et qui peut assignor des bornes a cette perfectibilite ? Qui peut marquer les limites des Malhematiques, de la Geologic, de la Cliimie, de la Physique, de rAstronomie, de la Mecanique, de la Medccine, de la Pharmacie?
Qui peut dementir Price, Priestley, Turgot, mille aulres , surtout Condorcel , proclamant que la perfectibilite de I'homme est indefinie , que PHumanite est encore a son enfance , et que I'Avenir est pour ellc une mere inconnue de perfeclionnements successifs dont chacun en enfantera continuellement des milliers d'autres ?
Entendez Turgot quivoulait, en 10 ans, metamorphoser la France, faire de son Peuple le premier Peuple du monde et de son territoire un rnagnifiquc jardin I
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Entendez Condorcet prophetiser un perfectionnement illimite dans le physique, dans rintelligence et dans le moral de I'homme: lui predire une amelioration native , un corps plus robuste , plus beau, plus parfait, exempt de douleurs et de maladies, une intelligence plus spirituelle et plus puissante, un ccEur plus aimant et plus genereux, une &me plus pure et pour ainsi dire plus divine I
Et tous ces prodiges seraient Toeuvre d'institutions sociales et politiques qui seconderaient la Nature au lieu de I'etouffer; Toeuvre de I'Education surtout, de la toule-puissante Education; roeuvre de la Raison et de la Providence qui nous en a fait I'inappreciable present pour qu'elle oper&t ces miracles.
Et ces institutions sociales et politiques qui doivent faire fonctionner ainsi la Raison et satisfaire le voeu de la Nature et I'ordre de la Providence, quelles sont-elles, ou plutot quel en est le principe?
Vous I'avez entendu ; tous ceux que I'Humanite consulte comrae ses oracles vous repondent que c'est VEgalite , el presque tous ajoutent que c'est la CommunauUI
Et celui que I'Univers adore comme un dieu proclame , depuis dix-huit siecles , que c'est I'figalite et la Communaute 1
Oui , la Communaute est le dernier perfectionnement social et politique, et le but oil tend I'Humanite : toutes les autres ameliorations y conduisent necessairement ; toutes ne peuvent etre qu'insuffisantes par elles-m^mes et par consequent essentiellement transitoires et preparaloires.
Que serait par exemple la Republique seule, sans I'extinction de la misere et par consequent de I'opulence , sans I'abondance et le bonheur pour le Peuple en travaillant moderement, et par consequent sans I'Egalite d'education et de fortune?
Que demandent ceux qui parlent de reforme sociale ( et tout le monde en parle ) ? QucUes reformes sociales veulent-ils ? A quelle reforme socia'.e pretendent-ils s'arreter , pour que la Societe soil parfaite a leurs yeux ? A quoi bon reformer quelque chose s'ils ne veulentpas I'aisance et I'education pour lous? Et s'ils veulent I'ai- Eance,reducalionetledroitelectoral pour chacun, pourquoi s'arr6ter en chemin et ne pas adopter I'Egalite complete et la Communaute?
Non, il riy a pas possibilite cTune halte defihitive entre Vesclavage et i' Association ou TEgalite, entre ropulence UUmitee suivie de la misere et la Communaute.
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Vouloir rassocialion reelle, ou rfedncation , ou TAisance, on le suffrage universel, c'est necessairenienl vouloir TEgalile et la Communaule. — Repousser I'Egalite et la Communaute, c'est necessairenicnt repousser le suffrage universel , et Taisance generale, et reducation commune, et meme I'association reelle.
La Relorme est une immense echelle entre le Ciel et la Terra, par laquelle on arrive au Ciel si Ton pent sans obstacle mettre le pied sur le premier echelon , puis sur le second et les autres, et dont ii faut eloigner les assaillants sans leur permettre d'atleindrele premier echelon, si Ton veutetre sur qu'ils r'arriveront pas au dernier.
Aussi , voxjez-vous une seule Aristocralie accorder au Peuple rassociation , reducation , Vaisance et le suffrage! Ne les voyezvous pas toiites, au contraire, plus prevoyanles et plus consequentes, comme I'Aristocralie anglaise, avouer qu'il existe desabus mais soutenir qu'ils sont inevitables , et proclamer le principe de la conservation avec celui de la resistance et de Vimmobilite, parce que, disent-elles , si Ton fait une concession, il faudra en faire des milliers ; si Ton louche a un abus, il faudra toucher a tous ; si Ton enleve une pierre on en verra tombcr deux, trois, et I'edifice entier ; si Ton souffre un trou dans la digue on sera bientot submerge; et si Ton permet a la Democratic d'arriver au premier echelon , elle aura bientot escalade jusqu'a la Communaute!
Oui, si j'avais le droit de m'adresser aux Rois , je leur dirais :
• Faites le bonheur de i'Humanite 1 Declarez solennellement que » vous adoptez la Communaute, et commencez par I'education, par » la liberte de la presse et d'association, par le droit electoral I » Prenez tout le temps necessaire, allez lentement et progressive- » ment ; le Peuple prendra patience et n'aura plus la moindre idee » de revolution des qu'il vous verra entrer franchement dans la » carriere de la reforme : mais ne perdez pas un moment pour de-
• truire la misere et diminuer Tinegalite !... Si vous repoussez la » Communaute pour Vavenir , je n'ai plus rien a vous dire ; car il » ne manquera pas d'emissaires de Satan qui vous diront : Gardez- » vous, gardez-vous d'accorder ni le suffrage, ni I'education, ni I'ai » sance, ni I'association, on vous demanderait bientot laCommu- » nautel »
Je dirais egalement aux hommes qui veulent le bonheur de I'Humanite mais qui jse contentent de demander I'association ou le suffrage , I'aisance ou I'education , dans la crainte de ne pouvoir Qbtenir davantage, je leur dirais: « N'6tes-vous pas aveugles par p votre creUulite quand vous esperez que ceux qui ne veulent pas
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■ vousaccorderlaCommunautevousaccorderontleSaint-Simonisme » ou la Commune societaire, I'Association ou le Suffrage, I'educalion » ou I'aisance, c'est-a-dire Vechelle pour monter a la Communaute?»
Je n'ai pas le droit sans doute de parlcr comme tant d'autres I'ont fait ; mais, en vous soumettant mon opinion et ma conviction, je hasarderais de vous dire a vous-memes : « II faut opter entre » tout et rien: vous tous qui ne voulez pas de la Communaute, re- • noncez a I'Association, au suffrage, a I'education , a I'aisance , a » toute amelioration, a tout progres. Acceptez le statu quo, la re- » sistance , I'immobilite , I'organisalion actuelle avec tous ses » vices, la misere et I'opulence avec toutes leurs calamites. Soyez » Conservateurs, Tories, Legitimistes ! Arrelez et ramenez menie » en arriere le char de I'Humanite 1 Revenez a I'Aristocratie de » droit divin , aux Ponlifes et aux Empereurs deifies , a la super- » stition , aux barrieres entre les Peuples , a I'abrutissement de » I'homme, aux castes de I'figypte et de I'lnde, en un mot a Tes- » clavage assimilant I'homme a la brute... Vous ne le pouvez pas, » dites-vous! Le char est trop lourd, la montee par-derriere trop » escarpee, et les coursiers trop ardents a descendre... He bien •> alors , en avant, en avant du cote de la Communaute!... En » avant tous 1 Et, quelque nombreuse que soit Varmee, nous mar' » cherons sans desordre , et nous arriverons a petites journees , » sans combats, sans dangers et sans fatigues I Et tous les Peuples " auront la Communaute ! Et la Terre ne sera qu'un Empire ! Et » VHumanite ne fera qu^une Famille ! Et cette immense Famille , » enivree de bonheur, n'aura que de I'admiration, de la reconnais- » sance et de I'adoration pour la Nature ou la Providence I »
Direz-voos encore que c'eslimpossible? Comme si ce n'etait pas, depuis le commencement du monde, I'objection banale a toutes les nouveautes qui deplaisent ! Comme s'il y avait une seule invention qui n'ait ete declaree impossible avant son existence , tandis qu'rt/jres on ditque c'est la chose la plus simple et la plus facile , tandis que chacun se vante d'avoir pu la trouver , sans concevoir mfime qu'on ait pu douler de sa possibility 1
Que de millions de pretendues impossibilites realisees! N'at-on pas declare impossible I'abolilion de I'esclavage ; — le regne, comme Dieu, de celui qu'on crucifiait comme un miserable enlre deux voleurs ; — ■ la raonarchie universclle d'un Pape ancien mendiant etcorsaire? — Colomb n'a-t-il pas ete montre au doigt comme le fou par excellence , et presque pendu au haut de son
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grand m5t par son equipage convaincu que la d^couverte de I'Amenque elait impossible? — Aurait-on cru possible qu'une compagnie de marchands (la compagnie anglaise des Indes) conqutt i 20 millions de sujets, et qu'une petite societe de moines (les Jesuites) devint la directrice desRoisetdes Peuples? — La facultede medecme de Paris n'a-t-elle pas nie la possibility de la circulation du sang decouvcrte par Hervey 50 ans auparavant? ~ N'a-t-elle pas me pendant cent ans la possibilite quelapommede terra convint a rhomme comme au pourceau ! — Thomas Payne n'a-t-il pas failh 6tre lapide pour avoir propose comme possible I'independance et la Repubhque, proclamees peu apres par le Congres americain? — Ne s'est-on pas moque de celui qui proposait d'eclairer Londres avec le gaz , et qui devait , disait-on , faire sauter et incendier la ville avec son volcan a mille canaux souterrains ? — L'Institut, consuite par Bonaparte, n'a-t-il pas declare les bateaux a vapeur impossibles? — Napoleon n'a-t-il pas chasse de sa presence , comme un extravagant, ce Fulton qui lui offrait le moyen de realiser I'objet de son desir le plus ardent? — L'Univers a-t-il cru possible la Revolution frangaise , la fortune du petit caporal-Empereur , les trois journees parisiennes, et chacun des milliers d'evenements qui lesontsuivies? — Les savants ont-ils jamais admisla possibilite qu un peu d'eau bouillante transportSt une voiture a 720 lieues en 24 heures?
Rayez done le mot impossible! ou du moins ne I'appliquez pas h laCommunaute, quand tantde Genies la declarent possible I
N'oubliez pas que MoTse annonga un Reformateur attendu pendant des siecles dans tout I'Orient ; que Jesus-Christ annonga la bonne nouvelle de I'arriv^e de ce Reformateur et predit la future venue d'un autre Messie ; que Platon disait : - Quelquejour, dans » quelque pays, quelque Prince etablira la Communaute; » et que Th. Morus, Helvetius, Mably, Turgot, Sieyes, Diderot, Condorcet, B. Constant, etc., annongaient qu'un jour toutes les possibilites seraient realisees I
N'oubliez passurtout les chemins de fer, oui, les chemins de fer, qui vont tout revolutionner et preparer la reunion des Peuples et des Empires I
Et , pour terminer par la plus decisive des autorites , je vous dirai : « Supposez qu'aujourd'hui, en 1836, Confucius et Zoroastrc, » Lycurgue et Agis, Solon et Pythagore, Socrate et Platon, Aris- » tote, les Gracques, Apollonius, Plotin et Plutarque , T. Morus et
• Locke, Montesquieu et Rousseau, Helv^tius et Mably, Turgot et » Condorcet, Washington, Franklin, Th. Payne et Diderot, Sieyes » et Mirabeau, etc., etc., sortent du tombeau et se reunissent en
• coNGRES, ici, en Icarie, sous la presidence de Jesus-Christ ,
• pour choisir entre TEgalite et I'lnegalite, entre la Propriete et la » Communaute : doutez-vous que, en presence du bonheur d'lca- » rie, ils ne proclamassent pour le Genre humain I'figalite et la
• Communaute ? »
Nous sommes si heureux par cette blenfaisante Communaute, nous autres Icariens, que tons, hommes, femmes et enfants, nous ne Savons comment exprimer notre reconnaissance envers ceux qui nous ont procure tant de felicite ; et c'est avec une ardeur toujours croissante que nous nous ecrions sans cesse : Gloire a iios liberateurs ! gloire eternelle au bon Icar I
Mais nous sommes trop sinceres aussi dans nos sentiments de Fraternite universelle pour que je puisse m'empecher de m'ecrier ici , au nom de mes concitoyens : Puisse bientdt la Communaute (aire voire bonheur et celui de vos Patries I
Je n'ai pas besoin d'affirmer que des tonnerres d'applaudissements repondirent au voeu philanthropique de Torateur : Tenthousiasme etait si grand et la reconnaissance si vive pour Dinaros que I'assemblee presque entiere I'accompagna spontanement jusque chez lui. Jugez de la joie d'Eugene et de mon bonheur a moi, puisque Dinaros 6tait presque mon frere I