CHAPITRE XIX
Catastrophe.
Le 21 juin dernier (1837), je feqois de lord Carisdall un billet qui m'annonce son arrivee et qui me presse d'aller le voir. J'y cours, impatient de I'embrasser.
Quoiquc je le connaisse tres-affectueux, il m'embrasse avec unc affection et m6me un attendrissement qui me surprennent. Je le trouve horriblement fatigue , triste, abattu ; sa figure me paratt changee et decomposee, comme si quelque grande adversite I'avait pcilie et sillognee. J'ose a peine I'interroger.
Nous causons cependant, et je trouve un charme nouveau dans sa conversation melangee de tristesse et d'enthousiasme. « 0 mon » ami, me repete-t-il plusieurs fois, quelle merveille, quel prodige » que cette Icarie ! »
Mais tout d'un coup ses trails s'alterent; sa figure s'anime; il fait un mouvement d'effroi ; son ceil devient hagard ; il fixe le ciel a travers la croiseeet se leve violemment en s'ecriant : « Tu me fuis, » ma Dinaise I tu me laisses aller seul en Angleterre ! Viens , mon » ange , 6 viens me rendre la vie 1 »
Mais sa physionomie change subitement encore , la joie et le bonheur brillenl dans ses yeux ; le sourire est sur ses levres ; il adresse a cette Dinaise revenue vers lui les plus touchantes paroles; puis il retombe sur son fauteuil comme epuise de fatigue, s'endort, et me laisse en proie a la plus vive anxiete.
John m'apprend alors que son maltre a subitement perdu la t6te a Icara et qu'il s'est enfui.
Us ont mis trois mois pour revenir aLondres, et pendant ce temps il n'a eu que cinq acces comme celui-ci.
Aussitot que la crise est passee, il reprend toute sa raison. Quant a sa bonte, on dirail qu'elle augmente toujours et qu'il n'est occupy que du bonheur des autres.
Quand j'eus demande a John la cause de sa maladie : — Ah! vous ue savez pas encore? me repondil-il... 11 aimail madenioiiselle Di-