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CHAPITRE V

Coup-d'oeil sur rorganisalion sociale et politique, et sur Thistoire d'Icarie.

Les chants de la veille retentissaient encore doucement a mon Oreille enchantee; de gracieux sourires charmaient encore mes yeux, quand je me sentis reveille par Valmor.

— Que vous etcs heureux, mon clier ami, lui dis-je, d'avoir une siaimable famille ! — EUe a done I'honneur de vous plairc?

— Ah! plus queje ne puis vous I'exprimer. — Tant pis, repritil d'un air qui me surpril beaucoup, j'en suis bien contrarie pour vous ; mais je vous dois la verite ; et voici ce qui s'est passe a la maison apres votre depart.

— Parlez, je suis impatient....

— Sachez done que mon grand-pere, quoiquechef de la famille et maitre d'admettre chez lui qui lui convient, ne veut cependant y inlroduire personne dont la vue pourrait deplaire S^un seul de ses enfants.

— Aurais-je eu le malheur de blesser quelqu'un?.... Parlez

done! — Apres votre retraite, il nous a tons fait ranger en

cercle, et a pose la question de savoir s"il y avait opposition a votre admission, apres avoir fait observer que j'avais en quelque sorte engage d'avance la famille onversvous.

— Achevezdonc!... — J'ai dit queje vous connaissais bion, parfaitement bien, commesi j'avais vecu plusieurs annees avec vous, et que je scntais pour vous un irresistible sentiment d'amitie....

— Encore une fois, finissez!.... — Tout lemonde paraissait applaudir....mai3 Gorilla apris la parole.... etvous avezele....

— Refuse! m'ecriai-je en saulant du lit....— Non pas , a-l-il continue en eclalantde rire , niais admis a runaniniite, avec tout Femprossemcnt que pouvait dcsirer votre ami.

Pardonnez-nioi cette plaisanterie folatre , inspiree parleplaisir que me fait votre admission dans ma famille. II faudrait d'ailleurs vous facher plus encore contre Gorilla, car c'est elle qui m'eu a donne I'idee ; mais , afin de s'assurer que vous ne la boudez pas, die ordonne que vous veniez ce soir faire votre entree solennelle, commc ami de la maison : vous verrez le savant professeur d'histoire dont mon grand-pere vous parlait hier, mon ami Dinaros, frcre de la laide mais aimable inuisi6/e. Est-ce convenu? pardonncz-vous ? (Je ne pus lui repondre qu'cn I'embrassant.)

— N'allons pas si vite cependant , et entendons-nous bien auparavanl sur les conditions ; car Gorilla met une condition a son vote. ^ Quelle ? Dites vile !

— G'est que IVilUam viendra lui annoncer que milnrd est parti. Est-ce accepte? (Je I'embrassai une seconde fois.)

Aliens, dit-il en riant conmie un fou, me voila heureusement

sorti d\me perilleuse ambassade. Je me sauve et cours rendre comptedurisultat de mon message a mon redoutable maitre qui m'altend. A ce soir , a six heures-

Si la Terre avait voulu tourner plus vite a ma voix, le soir serait arrive plus tot qu'a I'ordinaire. Pour Tattendre avec moins d'impalience, j'acceptai rinvilalion d'Eugenc, pour aller visiter avec Ini I'une des imprimeries nationalcs.

La vue de cette imprimerie m'a fait autant de plaisir et beaucoup plus mcme que la vue des pyramidcs d'Egypte.

Sacliez d'abord que c'est la Republique qui I'a fait construire , et que rarchiyjcte a pu prendre tout le terrain necessaire.

Imaginez maintenant un edifice immense en longueur, et contenant cinq mille ouvriers imprimeurs dans deux clagcs supportes par des centainesde pelitescolonncs en fer. Aux deux etages superieurs, conlrc les murs, sont des rayons charges de caracteres typographiques de toute espece , apporles ou plutot monies par des machines. Au milieu, sur une meme ligne, sont les casiers adosses deux h deux , devant charnn dosfjuels est un compositeur ayant soussa main tout ce donlil a besoin.

A cole , sur une meme ligne, sont des marbres pour rccevoir la composition, mettre en pages , et imposer les formes.

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