‹ Voyage en IcarieChapitre 29 sur 156 · BALLONS · texte numérisé non relu

BALLONS

U n'y a pas de soldi, de meme personne, je crois, ne peut dire •• it

est impossible de dinger un ballon.

» Mais, dit Eugene, ce n'est plus un probleme aujourd'hui, puisquc nous allons en voir qu'on dirige a volonte.

» 11 y a eu beaucoup d'accidents d'abord, reprit Valmor, comme avec les machines a vapeur et meme avec les premieres voitures. Plusieurs ballons ont pris feu , ou ont ete frappes par la foudre , ou sent descendus trop precipitamment, ou sont tombes sur despointes ou dans la mer , et beaucoup d'aeronautes ont peri ; mais nos savants etaient si convaincus qu'on finirait par reussir , que la Republique a mis a leur disposition tous les moyens de renouveler les experiences; et au bout de tous ces essais, le hasard a fait decouvrir enfm la chose qu'on commengait a croire impossible. On a trouve le moyen de resoudre toutes les difficultes ; et depuis deux ans, le voyage aerien est non-seulement le plus rapide et le plus agreable, mais encore celui qui presents le moins d'accidents et de dangers. »

Comme il finissait , nous arrivions. Quel spectacle 1 Dans une cour immense remplic de spectateurs, cinquante enormes ballons, contenant chacun quarante ou cinquante personnes dans sa nacelle pavoisee de mille couleurs, attendaient le signal du depart, comme cinquante malles-postes ou cinquante diligences !

Au signal donne par la trompette, les cinquante ballons s'elevent majestueusement, au milieu des adieux reciproques et au son des trompettes qui se font quelque temps entendre au haut des airs. Puis, arrives a une ccrtaine hauteur, differente pour chacun d'eux, tous prennent leur direction dans tous les sens , et disparaissent comme le vent, long-temps suivis cependant, a I'aide de centaines de telescopes braques sur eux.

« On les dirige a volonte, me dit Valmor, a droite ou a gauche, en haut ou en bas , et Ton ralentit ou Ton precipite leur vol. lis s'arretent et descendent souvent sur les villes situees sous leur passage, pour deposer des voyageurs ou pour en prendre d'autres. On dit m6me qu'ils feront bientot le service de la poste aux lettres. On ajoute encore qu'ils serviront de telegraphes. •>

Au m6me instant nous entendlmes crier : Le void ! C'etait fe ballon de Mora, dont on attendait I'arrivee , et qu'on apercevait comme un point a I'horizon.

Nous le vimes bientot au-dessus de nos t6tes, tournoyer, descendre lentement dans la cour, et deposer ses voyageurs et ses paquets.

toUCATION. 73

Jp n'oublierai jamais rimpression que me causa la vue de ccs ballons arrivant et partant : les reflexions qu'elle fit naitre me jeterent dans une especed'extase: il me semblaitrever, et je devais avoir Fair d'un extravagant.

— Cette nouveaute a d'abord produit sur nous le meme effet, di"- Valmor. Aujourd'hui cette vue ne nous surprend pas plus que cellc des bateaux a vapeur ou des voitures sans cbevaux , que nous voyons arriver tous les jours. Mais que direz-vous done quand Yous verrez, dans quelques jours, une fete aeriennel

— J'ai m^me ou'i dire, dit Eugene, que vous aviez des bateaux sous-marins, qui voyagent dans i'eau comme les ballons dans I'air.

— C'est vrai : nous avons trouve le moyen d'imiter le mecanismc des poissons comme celui des oiseaux, et de nous dinger dans la mcr en en parcourant a volonte toutes les profondeurs, comme de nous dinger dans I'air en en parcourant toutes les hauteurs.

Vous lirez la description de nos voyages sous-marins et aeriens, et vous verrez que la mer presente a I'admiration des hommes presque autant de merveilles que le ciel et la terre.

Vous serez egalement etonne, j'en suis sur, quand vous connattrez toutes nos autres decouvertes depuis cinquante ans, et tous les prodiges de notre Industrie.

— Mais puisque vous voulez, ajouta-t-il en s'adressant ^ moi, vous laisser diriger par nous dans I'etude de notre pays, je vous engage a bien examiner d'abord notre systeme di^ education. Dinaros , qui vous a promis de vous Fexpliquer, m'a charge de vous dire qu'il sera demaiu a votre disposition ; et si par hasard M. Eu-

!iene desirait vous accompagner, je suis sur que notre ami aurait Jutant de plaisir a le voir que j'en ai eu moi-meme a faire sa conlaissance.

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