AMOUR
tres, sur la passion qui s'6tait allumte dans mon sein. U est bien vrai que les images de miss Henriet et de Gorilla etaient presque loujours unies dans mes reves a celle de Dinaise ; mais c'etait toujours avec des differences quine pouvaient plus me laisserde doute sur le veritable etat de mon cosur. Rien dans ma vie ne pouvait se comparer ni au fremissement que m'avait toujours fait eprouver la voix de Dinaise, ni au trouble dans lequel m'avait souvent jete sa presence , ni au plaisir que j'avais senti pres d'elle ces derniers jours , ni a la tristesse que je n'avais pu vaincre apres i'avoir quittee.
Je vis bien alors que je I'aimais depuis long-temps sans m'en fetre rendu compte , et que la beaute et I'amabilite de Gorilla n'avaient ete qu'une diversion momentanee dont j'avais ete dupe. Je sentis que le mal, faible et cache d'abord, etait devenu trop devorant pour n'etre pas manifeste , et j'apergus avec effroi I'abime oil je me precipitais en aveugle.
Ma resolution lut bientot prise de chercher mon salut dans la fuite et de quitter immediatement Icarie.
— Gependant, me disais-je, siellem'aimait !... L'autrejour, quand j'etais dans le cabinet de son frere , elle entra et s'enfuit aussitot, pSle et tremblante, comme si elle avail ignore que j'etais la..., et elle le savait ! . . . Pourquoi done ce pretexte, cette curiosite, ce trouble?... Mais quelle folic !... sa froideur avec moi, son embarras, sa resolution de ne passe marier, son refus d'epouser Valmor... Mais... ce n'est que depuis mon arrivee qu'elle a repousse les vceux de Yalmor... etsi par hasard!...
Je passai ainsi toute la journee dans la plus violente agitation, cherchant a recucillir mes souvenirs, ne pouvant fixer mon opinion quant a ses sentiments pour moi, et cependant m'arretant quelquefois a ladelicieuse pensee que je ne lui etais pas indifferent.
Mais I'idee du tourment qu'eprouverait Valmor, s'il me savait ainie, des soupgons qu'il aurait peut-etre sur ma loyaute, et des reproches que pourraient m'adresser Gorilla et sa famille, fit cesser toutes mes irresolutions ; et, travaille par une fievre brulanle, le front convert de sueur, je jural de fuii a jamais Dinaise.
Cependant, comme j'avais promis de passer la soiree chez Gorilla, dont le grand-pere voulait me raconter I'histoire d'Icar, je crus sans inconvenient de m'y rendre encore une lois avec Eugene.
Quels ne furcnt pas ma surprise et mon trouble lorsque j'apergus madame Dinarae, que Gorilla etait allce chercher, et Dinaise, plus
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attrayante que jamais 1 Quel supplice quand je la vis s'approcher de moi et me dire d'une voix impossible a defmir : — Vous etes pale, monsieur William ! vous paraissez soufirant ! qu'avez-vous ? — Quel supplice encore de trouver les regards d'Eugene presque toujours fixes sur moi , quoiqu'il les detournat rapidement aussitot que je tournais la t^te de son cote ! Quel supplice nouveau de la voir ensuite se rapproclier de Valmor et lui parler avec un air d'affection qui n'etait pas accoutumel... II ne me manquait plus que d'etre jaloux 1
— Aliens , dit le grand-pfere quelque temps apres , puisque milord a tant remarque les portraits d'Icar , de Cloramide et de Lixdox, il faut lui raconter leur histoire : — veux-tu , ma Gorilla? — Et Gorilla commenga celle de Gloramide et de Lixdox. — Puis elle forga Dinaise a raconter celle d'Icar.
Quelle gr&ce, quel cliarme, quelle voix! Et j'etais oblige de me contraindre , de ne rien laisser paraitre des mille sensations qui remuaient et bouleversaient mon &me I Et j'allais la fuir pour jamais 1 Non , personne ne comprendra mon plaisir et mon tourment 1
3'etais trop trouble pour qu'il me solt possible a present de me rappeler les recits de Gorilla et de Dinaise : mais voici I'analyse qu'en a faite Eugene , quoique tres-distrait lui-m6me.
HISTOIRE DE LIXDOX ET DE CLORAMIDE.
Apres I'expulsion du vieux tyran Corug, en 1772, les Icariens choisirent, ou plutot regurent pour Reine la jeune et belle Gloramide, qui leur fut presentee ou imposee par Lixdox, a la t6te d'une partie de I'Aristocratie.
Frfere du roi detrone, immensement riche et puissant, petit, laid, borgne et bossu ; devore d'ambition ; rempli d'esprit, d'instr«ction, d'eloquence, d'adresse et meme de genie, Lixdox travaillait depuis long-temps a supplanterson frere et son maitre.
Secretement aide par une partie de I'Aristocratie, aussi fourbe et dissimule qu'ambitieux et despote, il avait epuise toutes les ruses et meme toutes les bassesses pour tromper la Cour et le Peuple et pourse populariser.
Tout en versaut des larmes hypocrites sur les fautes et les mal-