‹ Voyage en IcarieChapitre 8 sur 156 · DEPART · texte numérisé non relu

DEPART

part on ne voit autant d'immenses machines ; on y voyage en bal Ion ; et les fetes aeriennes qui s'y donnent effacenl la magnificence des fetes terrestres les plus brillantes. Arbres, fruits, fleurs, animaux de toute espece , tout y est admirable ; les enfants y sont tons charmants , les hommes vigoureux et beaux , les femmes enchanteresses et divines. Suivantlui, toutes les institutions socialcs et politiqres y sont marquees au coin de la raison , de la justice et de la sagesse. Les crimes y sont inconnus : tout le monde y vit dans la paix , les plaisirs , la joie et le bonheur. En un mot , Tlcarie est veritablement une seconde Terre promise, un Eden , un Elijsee, un nouveau Paradis terrestre,.,

— Ou bien votre ami est un veritable vislonnaire, reprit milord.

— C'est possible, et j'enai peur : cependant 11 a la reputation d'un philosophe et d'un sage. D'ailleurs, cette grammaire, cette perfection dans la reliure , le papier et Timpression , cette langue icarienne surtout, ne sont-elles pas un premier prodige qui pent en annoncer d'autres?

— C'est vrai !... cette langue me confond et me transporte. Pouvez-vous me confier la grammaire pour quelques jours? — Certainement , vous pouvez I'emporter.

Et il me quitta d'un air aussi reveur qu'empresse.

3'allai le voir quelques jours apres.

— He bien ! me dit-il en me voyant , 6tes-vous du voyage ? Moi je" pars ! — Et ou allez-vous ?

— Quoi , vous ne devinez pas ? En Icarie. — En Icarie ! Yous riez !

— Non vraiment! Quatre mois pour aller, quatre pour parcourir le pays , quatre pour revenir, et dans un an je viens vous raconter ce que j'ai vu... — Mais votre mariage?...

— Elle n'a pas quinze ans , et moi j'en ai a peine vingt-dcux ; elle n'a pas encore fait son entree dans le monde, et moi je n'ai pas termine mon instruction ; nous ne nous sommes jamais vus ; i'absence et ce portrait que j'emporte, me feront desircr davantage Toriginal... Et puis, je grille d'envie de visiter Icarie... Vous vous moquerez de moi... mais j'en ai la fievre !... Je veux voir une Soclete parfaite , un Peuple completement heureux... Et dans un an je reviens epouser. — Je suis bien fache que mon ami soit reparti pour la France! Mais je lui ecrirai pour lui demander les details de son voyage, afm qu'ils puissent vous guider dans le votre.

— Pas du tout ! c'est inutile ; je vous remercie : je ne veux plus rien en apprendre; je voudrais m^me oublier tout ce que vous mavez dit ; je veux avoir tout le plaisir de la surprise. Mon passe-

i ARRIVfiE EN ICARIE.

port , 2 ou 3,000 guinees dans ma bourse, mon fidele John , et votre grammaire icaricnne que je vous vole, voila tout ce qu'il me faut. Sachant dejascpt autres langucs, je ne suis pas embarrasse pour apprendre celle-ci pendant la route. — Et si j'entends quelqu'un vous trailer d'original, d'excentrique , de...

— De fou , n'est-ce pas ? — Oui de fou !

— He bicn 1 vous ferez chorus si vous voulez. Je m'en rirai , si j'ai le plaisir de rencontrer un Peuple comme je voudrais voir le Genre humain. — Vous ecrirez \in journal de votre voyage ?

— Certainement oui I

II etait de retour en juin dernier (18^7), plus enthousiasme d'lcarie que mon ami qu'il appelait visionnaire , mais malade , devore de chagrins , le coeur brise , presque mourant.

Je trouvai son journal (car il avait tenu parole) si interessant , et ses aventures si touchantes, que je le pressai de le pubher.

II y consentit : mais trop souffrant pour pouvoir s'en occuper lui-meme, il m'abandonna son manuscrit, en me laissant maltre d'y faire toules les suppressions que je jugerais convenables , et en me priant m6me de corriger les negligences de style que la precipitation avait multipliees.

J'ai cru pouvoir supprimer, en effet , quelques details , qui parattront probablement plus tard : mais je me suis bien garde do faire aucune autre correction , preferant laisser quelques fautcs plulot que de changer le recit original ; et c'est le jeune et noble voyageur qui va raconter lui-m^me ses aventures et son voyage , ses plaisirs et ses douleurs.

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