BUT DU VOYAGE
dant il croyait qu'une Monarchic aristocralique, comme celle de son pays, elait encore la forme de Gouvernement et de Societe la plus conv enable a I'Espece humaine.
Un jour qu'il vint m'annoncer sonprojet de manage ayecmiss Henriet, Tune des plus riches et des plus belles herilieres d'Angleterre , il apergut sur ma table un volume dont la rcliure etait aussi singuliere que belle, et dont m'avait fait present un voyageur recemment arrive d'/carie.
— Quel est cet ouvrage? dit-il en le prenant pour I'examiner. Quel beau papier ! quelle magnifique impression! Quoi, e'est une grammaire ! — Oui, une grammaire et un dictionnaire , lui repondis-je ; et rejouissez-vous! Vous vous plaignez souvent de I'obslacle qu'apportent au progres des lumieres la multiplicite et I'imperfection des langues : eh bien, voici une tef/Meparfaitementralionnclle, reguhere et simple, qui s'ecrit comme elle se parle, et se prononce comme elle s'ecrit ; dont les regies sont en tres-petit nombre , ct sans aucune exception ; dont tous les mots, regulierement composes d'un petit nombre de racines seulement , ont une signification parfaitement definie, dont la grammaire et le dictionnaire sont tellement simples qu'ils sont contenus dans ce mince volume , et dont I'etude est si facile qu'un homme quelconque pent I'apprendre en quatre ou cinq mois.
— V raiment! ce serait done enfin ma langue universelle si desireel — Oui, je n'en doute pas, chaque Peuple I'adoptera tot ou tard, en remplacement de la sienne ou conjointement avec celle-ci, et cette langue d'Icarie sera quclque jour la langue de toute la Terre.
— Mais quel est done ce pays, Vicarie? Je n'en ai jamais oui parler. — Je le crois bien : c'est un pays inconnu jusqu'a present* ct qui vient d'etre decouvert tout recemment; c'est une espece de Nouveau Monde.
— Etque vous en a dit votre ami? — Ho! mon ami n'en parle que comme un homme que I'enthousiasme a rendu fou. S'il fallait I'en croire, ce serait un pays aussi peuple que la France et I'Angleterre ensemble, quoiqu'a peine aussi grand que I'une d'elles. A I'entendre, c'est un pays de merveilles et de prodiges : les routes, lesfleuves, les canaux, y sontmagnifiques, les campagnes ravissantes, les jardins enchanteurs, les habitations delicieuses, les villages charmants et les villes superbes, avec des monuments qui rappellent ceux de Rome et d'Athenes , d'figypte et de Babylone , de I'Inde et de la Chine. A Ten croire, son Industrie surpasse celle de VAnglcterre, et ses arts sont superieurs a ceux de la France ; nulle