‹ Voyage en IcarieChapitre 81 sur 156 · APPARENCES TROMPEUSES · texte numérisé non relu

APPARENCES TROMPEUSES

» P. S. Je rouvre ma Icltre. Non , ma soBur, je ne retourne pas » encore. J'etais foul heureusement , il me vieut assez de raison •> pour continuer ma route. »

Reponse de Gorilla a Valmor.

Icara, 26 mai.

« Ta lettre, mon cher frere, nous a fait verser bien des larmes, a » ma mereet amoi. Que jete plains, mon pauvre Valmor ! que lues » malheureux ! lis seraient bien coupables tous deux s'iis meritaient » tes reproclies, etje leshairaisbien,moi qui sentais tant d'amitie » pour eux 1

» Mais, mon ami , les apparenccsne sont-elles pas souvent trom- » peuses?Situ te trompaisl... s'ilsetaient innocents!... si William » ne t'avait jamais trahi!,..si Dinaisel... Tune la reverras pcut- V etre plus, ma pauvre Dinaisel... ni William, qui ce matin etait « mourantl

» Eugene nous a tout raconte , a ma mere , a mon grand-pere et » a moi : ecoule-moi bien, mon frere !

■> Trois jours avant la crise, William ne connaissait pas lui-meme » ses sentiments pour Dinaise ; c'est Eugene qui s'en est doute et » qui les lui a fait connaitre. William , ne pensant qu'a toi et au » chagrin qu'il pourrait te faire , a pris aussitot la resolution de p quitter Icarie , sans rien dire a Dinaise, sans connaitre ses senti- » ments et sans meme faire aucun adieu. II devait partir trois jours » apres avec Eugene, qui I'aurait accompagne jusqu'a la frontiere. » Mais quelques licures avant celle fixee pour le depart, la flevre » I'a empeche de partir ; et tu sais le reste...

» H6 bien , mon cher Valmor, toi dont la tete est ordinairement » si superieure et dont le coeur est toujours si excellent , dis-moi , » comment pourrions-nous appeler ce pauvre William un perfido » et un trattre ? N'est-il pas, au contraire, un ami fidele, genereux » et devoue?

« Tu ne peux lui reprocher que de n'avoir pu voir impunement » Dinaise : mais, reflechis, mon ami ! n'est-ce pas un malheur dont » il est la premiere victime ? Et n'en sommes-nous pas tous la » cause, toi d'abord qui Tentretenais sans cesse des perfections de » I'objet de ton amour, ma mere et moi qui lui vantions souvent les » qualile de Dinaise et qui le rendions temoin de notre amitie pour •> clle? Oui , mon cher ami, accuse ta mere et surtout ta soeur, car » ce sent elles (elles qui donneraient leur vie pour toi) qui ont fait

Page 1