‹ Voyage en IcarieChapitre 87 sur 156 · TROISIEME JOUR · texte numérisé non relu

TROISIEME JOUR

Dictature cflcar ; triomphe.

Le canon et la grosse cloche , maintenant accompagnes d'un harmonicux carillon, annoncent une fete de triomphe; et pendant toute la matinee on ne voit que des troupes de musiciens parcouranl les rues, les unes a pied, les aulres a cheval ou sur des chars ; on n'entend que des fanfares guerrieres, des airs de victoire et des chants de triomphe.

A quatre heures, presque toute la population d'Icara et de ses 60 quartiers ou Communes, 100,000 Provinciaux , 10,000 Colons (dont pres de 8,000 noirs ou cuivres) et 25,000 Etrangers, sont reunis dans la grande arene de la Victoire.

Tous sont reunis en groupes nombreux, dislingues par leurs costumes, leurscouleurs et leurs drapeaux : voila les 2,000 Deputes composant la Representation nationale ; les 100,000 Provinciaux, les 10,000 Colons; les 720 Deputes composant la Representation provinciale des 6 provinces d'Icara ; les Magistrats communaux de

ses 60 quartiers; les 25,000 Strangers et leurs Ambassadeurs , places a la place d'honneur, entre la Representation nationale et le Peuple.

Sur les grading occupes par le Peuple , on apergoit d'abord des cercles d'enfants, de jeunesfilles et de jeunes gargons, quidevront descendre dans I'arene pour danser et chanter,

Bientot arrivent plus de 300,000 Gardes nationaux, infanterie et cavalerie, composant la Garde nationale des 60 quartiers ou communes d'Icara, avec ses 60 musiques qui se placent sur les gradins en laissant entre elles des intervalles egaux , tandis que les 60 Brigades de Garde nationale prennent position en occupant le centre et faisant face aux spcctateurs.

Tous les fonclionnaires ont leurs eclatants costumes : tous les citoyens ont leurs habits de fete ; tous les ornements de plumages, de fleurs , d'etoffes brillantes et de picrreries, sont dehors aujourd'hui pour embellir la beaute : partout des guirlandes de verdure et de fleurs, partout des drapeaux deployes et flottants.

Et , au milieu, 1 00 aitte/s sur lesquels briilentdes parfums aux pieds d'une femme de haute stature representant Icarie assise sur un trdne eleve ; de brillants unilormes, de superbes panaches, des chevaux, des armes brillantes, des casques etincelants et des drapeaux : non, on ne peut rien voir de plus magnifique !

Et je suis assis entre Dinaise et Gorilla , parees et belles comme des Divinites ! Et mon &me, enivree de bonhcur et d'esperance, est ouverte a toutes les jouissances de I'admiration 1 1

La cloche, le canon, les GO musiques 'nnoncent I'ouverturc de la fete , la dictature.

Aussitot entre dans I'arene une troupe de combattanfs composee d'hommes, defemmes et d'enfants, les uns a pied, d'autrcs achcval , tous amies differemment, les uns portant des habits de toutes especes, les autres les bras nus , criant : Icar dictateur ! Icar dic' tatcur ! et adressant leurs bruyantes acclamations a un homnic a clicval qui se trouve au milieu d'eux et qui represcntc Icar blessc , pres duquel Gorilla, les ycux brillants de joie, nous fait remarquer son grand-pere.

Icar et son cortege font le tour de I'arene, entre les spectatcurs et le front circulairc de la Garde nationale ; et a mesurc qu'iis avancent, au bruit du tambour etde la musique, la Garde nationale abaissc ses drapeaux et prescnte les armes en criant : Icar diclalmr I

Puis ils parcourent une seconde fois I'arene en se tournant vers les gradins , et tous les spectateurs se levent en poussant le meme cri , mele au bruit des tambours et de la niusiquc.

Puis Icar monte aupres d'Icaric, qui lui met sur la tete une couronne de laurier, pendant que tous les tambours battent, que toutes les musiques jouent, que toute la Garde nationale lui presente les amies , que tous les drapeaux s'inclinent vers lui , que tous les spectateurs se Ifevent en agitant leurs chapeaux ou leurs echarpes, et que Tarene entiere repete le cri Icar dictateur I

C'esl maintenant la ceremonie du triomphe.

La troupe des insurges vainqueurs , qui accompagnait Icar en arrivant, rentre alors par I'ouverture opposee et passe sous un arc triomphal cache jusque- la sous une toile et qui se montre subitement a decouvert.

Elle porte en trophees ou tratne a terre les emblemes de la Royaute, des debris du trone, des costumes de Cour, desarmoirics de la Noblesse, et fait le tour de I'arene au bruit de la cloche et de son carillon , des canons , des tambours , des trompettes , de la musique et des chants de victoire, sous une pluie do couronnes, de lauriers et de fleurs jetes par le Peuple depuis les gradins.

Elle traine a sa suite la Reine, conduite par ses gardes qui Font arr^tee ; ses Ministres , les uns en habits brodes et les autres deguises en laquais et en niendiants ; des Seigneurs en magnifiques costumes dechires ; enfin Lixdox , en habit de cuisiniere , enierme dans une cage, sur un chariot qui le laisse en evidence.

On ne dit rien a la Reine : mais ses Ministres, ses Courtisans et surtout Lixdox sont regus partout avec des huees et des maledictions.

Viennent enfm des triomphateurs a cheval ou sur des chars; puis , sur un char triomphal , Icar, tete nue , aux pieds d''Icarie couverte d'un magnifique manteau et d'une brillante couronne.

La ceremonie triomphale terminee , Icarie et Icar se replacent au centre, elle sur le trone, lui sur le premier degre, pour presider aux jeux et aux exercices qui commencent.

Soixante mats sortent de terre ; et pendant un quart-d'heure , les rires edatent a Taspect des jeunes gens qui s'y succedent pour grimper, et qui glissent jusqu'a ce que I'un d'eux parvienne au sommet.

Les mats disparaissent et les rires redoublent a la vue des gar-

cons qui courent, enfermes dans dessacs, et dontla plupart tom- Joent avant d'arriver au but.

D'autres jeux se succedent rapidement et font eclater la ioie sur tous les points. •*

Suivent diverses courses de jeunes gargons etde jeunes fillos de chevaux et de chars, toutes executees au son de la trompette ct remplacees par des exercices d'equitation.

Maintenant c'est h revue de la Garde nationale, organisee par Icar quelques jours apres la Revolution. Monte sur un sunerbe cheval escorte du grand-pere de Valmor et de quelques generaux caracolant sur des chevaux ardents, il parcourt rapidement le front de la ligne entre elle et les spectateurs.

Vient la manoeuvre militaire , pendant laquelle la Garde nationale execute mille evolutions differentesd'infanterie etde cavalerie.

Puis la Rejwesentafion nationale , organisee et convoquee par Icar apres la Revolution, quitte ses gradins et defde devant Icar et Icarie, en cent pelolons de vingt Deputes, portant les cent drapeauxprovinciaux et les mille drapeaux communaux.

Rangee autour des cent autels, entouree de la Garde nationale elle prete serment a la Constitution republicaine et comnuinitaire presentee par Icarie et par Icar, et le serment est repete par la Garde nationale ct par les spectateurs, qui, tous debout et decouverts, tiennent leurs bras tendus.

Voila vingt mille enfants, de six a dix ans, qui descendent des gradms dans Tarene, passent entre les brigades de la Garde nationale, et forment un premier cercle central.

Trente mille jeunes filles et trente mille jeunes gargons, de dix a vingt et un anS; descendent de meme et forment deux autres cercles: les uns portent des lleurs et des couronnes, les autres des echarpes et des guirlandes, des branches et des drapeaux.

Mors commencent le ballet, les danses, les rondes entre ces quatre-vingt-mille danseurs, qui forment mille evolutions en jetant des lleurs et des couronnes vers Icar et Icarie, en agitaiit leurs rameaux et leurs echarpes, leurs guirlandes et leurs drapeaux.

Void le chant : les 20,000 enfants, puis les 30,000 jeunes filles, puis les 30,000 gargons, puis plus d'un million de voix, repetent un hymne de reconnaissance a la Communaute.

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