CHAPITRE XXXIV
i Anniversaire de la Revolution.
<" Journde: insurrection; combat; victoire,
L'air est pur ; le soleil , plus etincelant qu'hier, semble un dieu qui veut eclairer I'affranchissement d'un grand Peuple.
Des les cinq heures j'entends le tocsin, puis des cris et le tambour d'alarme.
Je cours avec Eugene prendre Valmor et Dinaros, comma nous en etions convenus, et nous courons tons quatre au tocsin.
A peine sortis, nous rencontrons de nombreuses troupes de jeunes gens, qui chantent des hymnes de combat et de liberie, qui affichent une proclamation insurrectionnelle d'Icar, et qui courent en agitant de petits drapeaux noirs, et en criant Aux armes ! aux armes, Citoyens !
Bientot nous apercevons un enorme drapeau noir flottant sur la liaute tour oil le tocsin redouble son bruit electrisant.
Bientot encore nous voyons les citoyens sortir et s'amasser au tour des proclamations. On en lit des milliers, ecrites a la main et toutes differentes, car chacun fait la sienne,
Des patrouilles de la garde royale croisent la baionnette ou font feu et dispersent les rassemblements.
Des troupes de citoyens portent des cadavres en criant Vengeance I aux armes /
Mais les attroupements r^sistent; les coups de fusil repondent aux coups de fusil ; des barricades se forment partout, avec des cordes, des chalnes, des perches et des voitures :- et Ton s'y fusiiie des deax cotes.
Nous sommes forc^sjde r^trograder pour prendre d'autres rues.
Puis arrivent les feux de peloton et de balaillon, puis Ic canon ; cl nous finissons par entendre, dans toutes les directions, des fusillades et des canonnades, melees au tocsin, au tambour, aux cris Aux armes I au champ de V Insurrection I
Toutes ces nouveaut^s me bouleversaient et me plaisaient en meme temps : mais Eugene etait tellement electrise qu'il en paraissait fou : — Courons done, courons done! repetait-il a chaque instant ; je me crois au 27 juillet )
En continuant, nous rencontrons des bandes de fuyards compos6es tantot d'insurges et tantot de soldats.
Nous rencontrons aussi des bandes de prisonniers , les uncs composees de citoyens emmenes par les gardes, les autres, de gardes royaux desarm^s , emmenes par des citoyens qui tiennent leurs armes.
Nous sommes plusieurs fois arrfet^s nous-m^mes, tantot par des insurg^s qui veulent nous entralner avec eux, tantot par des soldats qui nous entralnent prisonniers ; mais nous parvenons a nous 6chapper.
Nous arrivons avec la foule au champ de V Insurrection, et nous nous plagons sur les gradins eleves qui entourent I'arene et qui se couvrent de curieux, car le tiers de la population est spectateur, tandis qu'un autre tiers est acteur dans ce drame immense.
Beaucoup d'insurges sontdej a dansl'arfene, ou se font remarquer des uniformes de la garde bourgeoise et des orateurs haranguant ceux qui les entourent.
Nous voyons sans cesse arriver des citoyens, des femmes, des enfants en habits d'ouvriers ou de bourgeois, et portant toutes sortes d'armes et d'instruments.
Icar est a cheval, au m'lieu, qui les organise et qui les excite au combat.
A cote d'lcar, Dinaros me fait remarquer un de ses aides-decamp mieux vetu que lui, qui parait deja blesse, et je reconnais le grand-pere de Valmor.
Et toujours le tocsin, les tambours, les trompettes, les coups de fusil et de canon 1
Bientot la fusillade et la canonnade se rapprochent ; les insurg^s qui sont aux prises avec la garde royale accourent en fuyant ; des barricades s'elevent pour arr^ter les soldats.
La premiere 6arrtcacfe est vivementattaquee, vivementdef endue.
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prise enfin, la deuxieme Test egalement ; la troisieme est, sousnos yeiix, la scene d'un combat heroique: le canon gronde a nos oreilles; un enfant planteun drapeau surla barricade, y brave long-temps la fusillade, et tombe enfin comme perce de balles.
Les soldats poussent des oris de victoire et vont escalader la barricade : mais le tocsin redouble avec le danger ; la trompette et le tambour animent les combattanls. Icar s'elance a la tete des bandes qu'il vient d'organiser dans I'arene ; tous se precipitent en chantant Vhymne du Combat, et la garde est repoussee : le feu devient terrible devant la premiere barricade formee par les soldats, maiselle est reprise ; des cris, la trompette, le bruit du canon qui s'eloigne, annoncent que les insurges vainqueurs poursuivent la garde royale du cote de Varene de la Victoire.
Mais le bruit cesse; on n'entcnd plus que quelques coups de fusil tires par intervalles ; I'ar^ne de rinsurreclion se vide; et chacun rentre quand la chaleur arrive.
Peu apres trois heures, nous repartons tous ensemble , DinaTse , Gorilla et les deux families, pour nous rendre dans Varenede la Victoire. Toute la population s'y rend egalement, les uns comme acteurs, les autres comme spectateurs, tous dans I'ordre le plus parfait, le passage et la place de chaque quartier ayant etc indiqu^s par le programme, et chacun etant assur6 d'6tre bien place et de bien voir.
Point de gendarmes ni de mouchards, mais des commissaires de ceremonie elus dans chaque quartier, respectueux et respectes. i
La grande arfene est immense, plus grande qqe le Champ-de-Mars a Paris. Le sol en est parfaitement uni, compost d'un mastic qu'on arrose et qui ne fait ni boue ni poussiere.
Tout autour, a dix pieds du sol, commencent des ^radms propres et commodes, eleves circulairement en amphitheatre, sur lesquels peuvcnt s'asseoir plus d'un million de spectateurs, abrites sous une couverture legere presentant la forme de mille tentes supportees par de minces colonnes.
Le Peuple de chacun des solxante quartiers d'Icara, les Provinciaux , les Colons , les fitrangers , leurs Ambassadeurs , les differentes Magistratures, ont leurs places separ^es et leurs drapeaux, tous de differentes couleurs.
Ces milliers de drapeaux flottant sur ces mille tentes, le n(5mbro des spectateurs et la variete des vdtements, forment deja un imposant spectacle.
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Mais I'interieur de I'arene forme un autre spectacle superbe : elle est remplie de troupes royales en uniformes rouges, verts, jaunes , noirs , etc. , infanterie , loavalerie et artillerie : le palais de la Reine, situe a Tune des issues , est rempli et entoure de canons et de soldats.
Bientot le tocsin recommence , la fusillade et la canonnade sc raniment et se rapprochent ; et 5 ou 600,000 spectateurs couvrent les gradins , lorsque , vers quatre heures , le combat recommence serieusement sous nos yeux.
Nous voyons I'armee royale manoeuvrer pour se ranger en batailie ; Cloramide , Lixdox et la cour, en costumes magnifiques, caracolant sur de superbes chevaux, la passent en revue et font tous leurs efforts pour obtenir quelques vivat.
La canonnade et la fusillade, plus rapprochees, annoncent que la garde royale est en retraite.
Le locsin, la trompelte el le tambour sonnant et battant la charge, la fusillade plus nourrie du cote des insurges et leurs cris, annoncent qu'ils ne sont pas loin.
L'avant-garde royale arrive, fuyant en desordre, soldats, clievaux , canons, tout pele-mele.
Quelques pieces defendent I'entree et font un feu continuel : mais des enfants, se glissant le long des colonnes des portiques ou se trainant ventre a terre , s'emparent d'une batterie, que des citoyens tourncnt aussitot contre I'armee ; tandis que quelques cavaliers populaires enlevent une autre batterie voisine, sur laquelle leurS chevaux se sont precipites comme I'eclair.
Les soldats se barricadent a leur tour : mais les insurges arrivent en foule , les uns avec leurs habits d'ouvrier et de bourgeois et leurs amies de tout genre, les autres a dcmi vetus ; et la barricade est attaquee au milieu d'une vive fusillade appuyee par le canon des insurges. C'est une jeune lille qui I'escalade et parait la premiere au sommet, agitant un drapeau, a cote d'un jeune homme en habit militaire.
D'innombrables cris saluent leur apparition, et la barricade est emporlee.
Le gros de I'armee royale s'ebranle alors et s'avance contre les assaillants; et les deux armees se trouvent en presence, Tune composee de masses, I'autre composee de pelites troupes, au milieu des •
quelles on apercoit Icar a cheval, entoure d'aides-de-camp, parmi lesquels nous distinguons le grand-pere de Valmor.
La fusillade et lacanonnade recommencentdes deux cotes: mais plusieurs regiments de cavalerie et d'infanterie renversent leurs fusils et leurs sabres , inclinent leurs drapeaux et passent du cote des citoyens en criant Vive le Peuple ! Les speclateurs applaudissent et crient bravo, tandis que les insurges repondent en criant : A bas la Tyrannie ! vive VArmeel
Effrayee de cette defection et de ces cris , la garde royale et surtout la garde etrangere rentrent dans le palais ou fuicnt parderriere.
Icar, s'avangant a la tete des siens, tombe de cheval comme blcsse par une balle : mais il reparait bientot, et sa blessure ne fait qu'cnllammer davantage Tardeur populaire.
Alors commencent Vattaquedu palais, Vassautel Vescalade, dans lesquels les assiegeantsdeploient tous les prodiges de la gymnastique et du genie militaire.
Enfin le palais est pris, apres une fusillade et une canonnade effroyables.
Cent trompettes, qui fendent I'air du haut de la terrasse du palais, annoncent que les insurges peuvent s'asseoir sur le trone de la Reine.
On ne voit plus que des uniformes rouges ou des costumes de Cour precipites des fenetres par les vainqueurs ; et le drapeau royal tombe aux applaudissements des spectateurs.
Bientot la reine, arretee par ses propres gardes, est amenee par eux, au milieu des cris et dos bravos ; et le vilain Lixdox, qu'on a vu tout a I'heure en habit couvert d'or et qu'on vient de decouvrir cache dans un charbonnier, est amene en habit de cuisiniere, au milieu des huees, des imprecations.
Cependant Vincendie eclate dans le palais; des torrents de fumee et de flammes s'en echappent par les croisees et dans tous les sens ; des amas de poudre font explosion ; les colonnes edatent ets'ecrasent avec fracas au milieu d'une eblouissante clarte.
Soudain, des milliers de trompettes font retentir I'air, puis des centaines de tambours , puis je ne sais combien d'orchestres composes chacun de mille instruments ; et, vers neuf heures, la Royaute s'eteint dans les cendres de sou palais. au bruit des chants de vie-
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toire entonnes par 50,000 insurges vainqueurs, et repetes par plus de 800,000 temoins de leur combat etde leur triomphe.
Et la population , escortee par de nombreuses troupes de tam" hours , de trompettes et de musiciens qui se dirigent dans tous les quartiers , rentre en chantant des hymnes a la Liberie et a la Patrie !
Etje me garderai bien d'essayer la description des transports d'enthousiasme et d'admiration qu'a fait delator cette premiere journ6e 1
DEUXIEME JOUR : FUNEBAILLES.
Honneurs aux anciens martyrs , aux heros et aux dernieres victimes.
Des le matin, la grosse cloche , le canon tire a de longs intervalles dans tous les quartiers de la ville, de lugubres tambours parcourant toutes les rues en m^me temps , annoncent une grande ceremonie funebre.
Tous les citoyens, les femmes et les enfants revStent leur habit de deuil ; et le drapeau national est partout recouvert d'un cr6pe funeraire.
Partout on lit oul'on prononce Veloge des anciens martyrs et des dernieres victimes, tous les citoyens etant invites a composer de ces 61oges funebres.
Apres cinq heures, soixante corteges fun^raires, de quatreou cinq mille personnes chacun , partent des soixante quartiers d'Icara , tandis que sept ou huit cent mille spectateurs vont couvrir les gradins de la grande arene.
Chacun de ces corteges, comprend : des tambours ; plusieurs musiques ; une troupe de jeunes tilles portant des corbeilies de fleurs; une troupe de jeunes gargons portant des couronnes et des guirlandes; trois troupes representant des citoyens blesses, des com6aftants non blesses portant leurs armes, et ceux qui se sont distingueS par quelque trait d'heroisme ; des chevaux blancs converts de draperies noires ; des chars portant des blesses ; d'autres chars portant des cercueils; d'autres chars portant les femmes et les enfants des morts ; les magistrals communaux , et des bataillons de garde nationale a pied et a cheval.
Au milieu de I'arene est un enormc bucher entoure de centau-
tels, sur lesquels brulentdes parfums. Au-dessus du bucherparaissent, comme suspendus sous des couronnes d'immortelles, lesnoms des principales victimes ; aulour , et moins eleves , paraissent de m^me les noms des heros, puis ceux de cent des anciens martyrs : ces trois categories so distinguant , les unes au-dessus des autres, par des couleurs differentes.
A six heures , la cloche et le canon annoncent I'arrivee du premier convoi.
' II entre dans I'artne, les chevaux marcliant de front, les chars aussi, ets'arrete autour du bucher. Pendant qu'on y transporte les cercueils, les tambours roulent, la musique fait entendre des sons iugubres, les jeunes fiUes jettent des fleurs, les jeunes gargons jettent des couronnes, et la garde nalionale abaisse ses armes et ses drapeaux ; puis le convoi se rcmet en marche, revient sur lui-m6me en cotoyant celui qui lui succede immediatement, s'arrete pres do I'ouverture par laquelle il est entre, et prend position perpendiculairement au bucher, les jeunes fdles en tete, puis les jeunes gar- Cons , les tambours, la musique, la garde nationale, les chevaux , enfin les chars adosses aux gradins,
Les blesses qui sont a pied, les h^ros et les combattants, vont s'asseoir sur les premiers gradins, et les magistrats vont s'asseoir a leur place.
Les soixante convois defilent ainsi sans interruption, a la suite les uns des autres, comme un immense convoi.
Arrivent ensuite Icar a cheval et blessc, puis la Representation nationale tout entiere en grand costume de deuil , qui vient se placer autour du cercueil.
Jusque-la les evolutions des convois et leurs differentes attitudes presentaient un spectacle aussi anime qu'imposant.
Maintenant que tous les corteges ont pris position, vers les huit heures, I'arene presente leplus magnifique spectacle. On apergoit: le bucher au centre ; aulour , les cent autels ; au-dessus , les centaines de couronnes et d'inscriptions suspendues au milieu de nuages d'encens ; autour encore , le large cercle de la Representation nationale ; puis, dans un sens, soixante rayons perpendiculaires formes par les soixante convois, et, dans un autre sens, une multitude de cercles differents ; d'abord un large cercle de jeunes filles en blanc ; un large cercle de jeunes gens ennoir ; un cercle de tambours et de musiciens ; deux cercles de gardes nationaux a pied et a cheval, en uniforme ; des cercles de chevaux blancsetde chevaux
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noirs*, un corcle de chars vides; un autre de chars couverts de veuves el d'orphelins ; et par-dessus , les gradins presentant des ccrcles de blesses, de heros et de combattants, puis douze cercles melanges ; et, par-dessus encore, le sommet de mille tentes surmontees de milliers de drapeaux 1 Et chacun voit tout, etant vu de tous ! Chacun est spectatcur et spectacle !
Alors commencont les honneurs funebrcs.
Au signal qui leur est donne, on entend successivement le son lugubre de la grosse cloche, le long roulement du cercle des tambours et le son des soixanle musiques. L'encens fume de nouveau et plus abondammenl, Icaret la Representalionnationale jettent des couronnes aux Martyrs, aux Heros, aux Victimes ; puis lis montcnt a leur place sur les gradins, tandis que tous les aulres cercles font un mouvement pour se rapprocher du bucher.
Quelle magique harmonic vient alors animcr les airs ! Le cercle dos jcunes lillos chanle, en jetanl; des fleurs vers le bucher, le preniier couplet d'un liymne a la gloire des Victimes, des Heros et des Martyrs, dont les jeunes gardens repetent le refrain avec elles ; le cercle des garcons chanle, en jetanl des couronnes, le deuxieme couplet, donl les jeunes fdles repetent le refrain avec eux ; la garde rationale chanle, en abais^ant ses amies et ses drapeaux, le Iroisiciiic couplet, donl les lilies et les gardens repetent Ic refrain ; ct tous ensemble chanlent un quatricme couplet, dont 000,000 speclaleurs repetent le refrain avec eux.
Puis, au son dc cent trompetles, paraissent, a cinquante pieds au-dcssus du bucher, une lumiere eclatante et ces mots en leltres do feu : La Patrie adopte lews enfants et leurs femmes.
Au meme moment soixanle etoiles paraissent et brillent sur les foixante groupes de chars qui portent les Veuves el les Orphelins. Tuis, au son nouveau de cent trompetles, la Representation natioi ale, les Provinciaux, les Colons, le Peuple et les Magistrals se levent tous ensemble pour ratifier Vadoption.
Alors disparait Tinscription et parait cettc autre en sa place : Gloire aux heros ! et soixanle etoiles brillent au-dessus de leurs teles; et tous les speclatours se levent de nouveau au bruit des chants et dc la musique.
Puissuccedent d'autres etoiles et de nouvelles ceremonies avec ces inscriptions : Uonneur aux Blesses ! Uonneur aux combattants!
Puis, au b'uit de la cloche, des canons, des tambours, de la nmsiqueetdes chants, le bucher s'allunie, s'cndammc et devient lo
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siege d'un immense etsuperbe mcendie, dont la flammetantotrouge et tantot violette illumine le ciel et Tarene.
A cette lumiere eblouissante succedent des torrents de noire fumee et une obscurite profonde, au milieu de laquelle reapparaissent soudainement les noms des Victimes, des Heros et des Martyrs, illumines par des couronnes d'etincelantes etoiles ; et plus haut cette inscription en enormes ietlres de feu: Gloire immortelle a nos Martyrs revolutionnaires I
Tout s'eteint, et cependant tout n'est pas fini ; car, plus haut encore, a cinq ousix cents pieds, paraissent cent larges couronnes de lumiere supporlees par cent enormes ballons, et une immense couronne formee par le cordon lumineux qui reunit ces cent ballons circulairement ranges.
Et la population rentre sous ses portiques, maintenant obscurs et prives d'eclairage, au bruit des soixante musiques, qui parcourent ses soixante quartiers.
El je n'entreprendrai pas encore de decrire les sentiments de cette population, eblouie, electrisee, transportee d'enlhousiasme et de reconnaissance pour le devouement patriotique 1