‹ Voyage en ItalieChapitre 2 sur 18 · O^ IV · texte numérisé non relu

O^ IV

sa marchandise sans contrôle. On attribue une importance et une valeur littéraires disproportionnées à des pages Jusqu'ici inconnues. On est fier de simples trouvailles curieuses, quand elles le sont, qui n'exigent aucune méditation, aucun effort d'esprit, mais seulement la peine d^ aller et de ramasser. » Si j'étais superstitieux, ces lignes des Causeries du Lundi m'auraient peut-être empêché de publier ce récit d^un voyage à Naples. Mais, vraiment, était-ce bien à Sainte-Beuve de se montrer si difficile et si sévère P Ne nous a-t-il pas souvent donné V exemple, lui, le grand fureteur, l'insatiable curieux, qui, dans ses Chroniques parisiennes, prit tant de malin plaisir à charger ses contemporains de médisances anonymes."^ Qu^on se rappelle tout ce qu'il a publié sur Chateaubriand, autour duquel, suivant la Jolie expression de Vandérem, il tournait « comme un moustique de nuit fasciné par un flambeau »!

Les noies de Sainle-Beuve confirme ni, — ce qu^ il était assez facile de pressentir^ — qu'il fut un touriste médiocre. De tempérament casanier, sans cesse rivé à sa table de travail, il redoutait les déplacements qui changent les habitudes. Il était, du reste, trop méfiant pour goûter sans arrièrepensée les plaisirs du voyage. On verra que les premières lignes de ces courtes pages sont bien celles d'un homme qui ne veut pas s'en laisser conter. « Des lieux cités, écrit-il, la moitié est à rabattre . » C^est une idée sur laquelle il revient sans cesse. De plus, la nature ne lui parle guère. C^esl un des rares écrivains qui auraient approuvé Socrate, lequel ne sortait pas cT Athènes parce que, déclarait-il, « aimant à s'instruire, les arbres et les champs n'avaient rien à lui enseigner ». Sainte- Beuve ne se plaît vraiment que parmi les hommes et surtout parmi les livres. « Tu n^as pas d^yeux pour vivre sur un décor.

lui disait Barrés dans une des méditations d^Vn homme libre, tu ne te satisfais qu'avec des idées! »

Aussi part-il pour V Italie sans emballement. « Je fais donc un détour, écrivait-il à ses amis Olivier, pour humer du soleil et accumuler du silence. Je pars vendredi pour Marseille, je m^embarque droit pour Naples, où je reste quinze jours au plus; je reviens par mer à Rome, oh je reste huit jours; et je reprends la mer pour tendre droit à Lausanne par le plus court, soit par Gênes, Turin et le Mont-Cenis, soit par Livourne, Milan et le Simplon... Je ne resterai à Naples et à Rome que le temps strict que je vous dis . Pour vous expliquer plus encore le choix extrême de Naples, je vous dirai que j^y ai un ami banquier qui m^ aplanira avec le plus grand plaisir toutes les petites difficultés d'un frais débarqué... »

Il oublie d'ajouter que, ce qu'il allait

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