‹ Voyage en ItalieChapitre 4 sur 18 · B- VIII · texte numérisé non relu

B- VIII

noms el les cilalions reviennent sans cesse sous sa plume, élait le principal allrail du voyage qu'il entreprenait ; aussi, après avoir demandé à Stendhal un petit guideâne, qu'il conserva toute sa vie, — // en parle encore dans une de ses dernières lettres, — s'embarqua-t-il directement pour Naples et Rome. Pas la moindre envie de voir Florence, Venise ou Milan. Pas le moindre regret, au retour, de ne les avoir point visitées. Lorsque, trois ans après lui, son ami Collombet partira pour V Italie, il lui écrira : « Quand on est revenu et qu'on a secoué ses puces, le voyage d^ Italie est fort Joli : on en rapporte toutes sortes de belles et bonnes vues sur tous sujets. Les Latins, nos vrais ancêtres ont vécu là. » N'est-ce pas l'état d^ esprit de Flaubert qui, à la même époque , s^ exaltait devant la Méditerranée, parce que « c* était Veau de la même mer avec le même bruit qui murmurait à la proue de la galère de Cléopâtre ou de Néron » ?

On a parfois reproché à Sainie-Beuve cTêtre allé « en païen » dans la ville éternelle. Certes, en 1839, il était à peu près détaché de toute idée religieuse. U influence de Genève, des milieux suisses, d^ Alexandre Vinet surtout, dont il suivit renseignement à Lausanne, Pavait, un moment, incliné vers le protestantisme, avait achevé plutôt de le dégager du catholicisme. Néanmoins, préparant Port-Royal, il voulut, après la ville de Calvin, visiter celle de saint Pierre. « Avant d^oser attaquer cette grande cité dans Port-Royal, écrivait-il à Mme Juste Olivier, il m^est bon de la connaître ; f espère en revenir plus respectueux, au moins plus indulgent, comme pour quelque chose qu^on a aimé. » // ne semble pas que tel ait été le résultat obtenu. Les notes sur Rome sont, à cet égard, bien caractéristiques . Même dans les pages napolitaines, que Pon va lire, on pourra constater, à plusieurs reprises, une

tendance nellemenl hostile au catholicisme . «Au milieu des cérémonies et des superstitions de Naples, disait-il dans cette même lettre, fai bien souvent songé à Lausanne. Xai mieux compris les églises dépouillées de la Réforme devant les autels d^argent de saint Janvier, » Sans doute, c^est à une protestante qu^il écrit. Mais la vérité est qu'il s'éloignait de toute foi religieuse, La pensée, souvent publiée, qu^ il écrivit à Aigues-Mortes, et qui ouvre le carnet que fai entre les mains, résume bien son état desprit: « Mon âme est pareille à ces plages oii l'on dit que saint Louis s^est embarqué; la mer et la foi se sont depuis longtemps, hélas f retirées, et c'est tout si parfois, à travers les sables, sous l'aride chaleur ou le froid mistral, je trouve un instant à m^ asseoir à l'ombre d''un rare tamarin. » Peut-être aussi Sainte-Beuve avait- il d'autres raisons de mal savourer toute la volupté d'un voyage sous le beau ciel

d'Italie. Toujours dans cette même lettre envoyée de N aptes, je lis : (f J^ai cru nécessaire ce voyage solitaire pour mieux réfléchir sur moi-même et mieux réfléchir en moi Vhorizon attristé au moment du passage de la jeunesse à Page qui la suit. Rome et Naples ne sont là que des bordures : le vrai paysage est celui des années arides et dépouillées qui s' avancent et que fai vu surgir! » M. d^Haussonville, écrivant en 1875, à une époque où il y avait encore des raisons de ne parler qu'à demimot, disait : « Sainte-Beuve ne paraît avoir éprouvé à lacontemplationde ces merveilles de Part et de la nature aucune de ces impressions durables qui font date dans la vie intellectuelle d^un homme. J'avais souvent été étonné de cette tiédeur d^ un esprit aussi vivace que celui de Sainte-Beuve, jusqu^au jour où une étude approfondie de sa vie intime, quelques renseignements recueillis de première main sur les circonstances qui

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