‹ Voyage en Italie dans l'année 1815Chapitre 16 sur 16 · VOYAGE EN IT^ALIE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN IT^ALIE

Ces belles et riches chartreuses, ces couvens cle Camaldules et de Bénédictins, dans des vallées retirées, sur des collines, au milieu des forets , dont la fondation remonte aux siècles du moyen âge, qui, abandonnés aujourd'hui et presque déserts, offrent encore des vestiges de leur splendeur, ont conservé un caractère imposant. Dans lé moment de Tenthousiasmé pour la vie contemplative , un homme dégoûté du monde, se retira dans un lieu solitaire, quelques disciples se réunirent à lui ; peu-à-peu ils défrichèrent les environs, des colons viennent partager leurs travaux, et reconnoissent les religieux pour leurs maîtres. Une image grossière que les cénobites adorent, les reliques du fondateur placé au rang des samts , attirent des pèlerins et des offrandes au couvent, des princes Tenrichissent de leurs dons ; une église d'une architecture imposante s'élève, les autels brillent de l'éclat de l'or et des pierres précieuses ; des peiotres célèbres sont appelés pour décorer le temple : au milieu des forêts , la demeure de simples religieux renferme les chefs-d'œuvre des arts*

Aujour^d'hui ces couvens ont été dépouillés, les voûtes ne retentissent plus des chants sacrés; quelques moines, restés fidèles aux vœux dont

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on les a délies , erreni comme des ombres , dan» les corridors pave's de marbre , et se perdent dansFimmedsitë des bâtlmens ; ils racontent en soupirant , aux voyageurs qui visitent ces ruines, Tancienne splendeur de leur maison, et l'hospitalité qu'oui y accbrdoit autrefois aux passa<<» gers.

En France , lors dé la révoluiîon , les preâiières idées de liberté qui pénétrèrent dans les cloîtres durent y exciter une graiide fermentation; doit -on s'étonner si plusieurs dé ces hommes qui gémissoient d'un sacrifice fait sans réflexion, s'attachassent avec énthoùsiàsdie au parti qui les rendoil à l'exiàtehce et au bonheur? Mais lorsque ceux d*ehVeux qui se lancèrent sans niesure dans la eaùs'e dé la révolution , reconnurent les excès auxquels ils avoient été entraînes, et qu'ils en devinrent eux-ihén^es les victimes , avec quel sentiment de regret rie pensèrent-ils pas alors à leur ancienne cellule^ è Fenclos qu'ils cultivoient, aux cyprès à l'ombre desquels ils venoîent méditer, aux premiers jours dé leur Vie passés dans l'obscurité et l'innocence,loin des orages du monde et des factions.

A notre rétour à Pélago , toute la population du village , (|ui nous avoitjvus partir, hommes ,

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femmes, enfans, nous attendoient sur la place ; les enfans noqs suiveot eo demandaot l'aumône jusque dans le chambre où nous nous réfugions; les maîtres et les filles de l'auberge se joignent aux solliciteurs ; les gens que nous avions em-| ploye's augmentent leiirs prétentions, à mesure qu'on satisfait à leurs demandes : nous nous esquivons k la èâte , laissant une foule de mecoQtens ; le moment du paiement nous a fait des ennemis de tous ces compagnons ^ jusqu'à-* lors si dociles et empressés.

Le lendemain, forcé de quitter Florence, je me séparai des amis auxquels je dois une grande, partie des plaisirs de mon voyage. Le sentiment, d'isolement qu'on éprouve souvent dans un pays où l'on est étranger à tout le monde , est pénible. Pour apprécier les beautés de l'Italie, on a besoin, peut-être plus encore qu'ailleurs> de conversations et de réflexions, de recevoir les idées des autre^ et de leur communiquer les siennes : il est triste d'admirer seul ; comment se livrer a l'enthousiasme lorsqu'on n'a personn*^ à échauffer du feu qui vous anime ? Un peu d'enthousiasme , cependant , est nécessaire en Italie; en critiquant on veut souvent faire preuve d'esprit et de finesse^ le sentiment de l'admiration est plus grand et plus noble 5 on croit

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fif^lever en saisissant des beauie's supérieures, se raprocher de ce qu'on admire, et, partager la gloire de l'auteur.

Je partis ep voUurin de Florence ; j'avois I0 bonheur d'avoir pour compagnon un de œes' amis d'enfance , qui avoit passé quelques années a Napks, et qui revenoû &^ Suisse avec moi.

Nous traversâmes les Apennin^ , dabord cul'lives, ensuite tristes et arides; nous passâmes la nuit dans une auberge de village ; le ipali^ *de bonne heurç nous découvrîmes les feux de Pietra Mala , <jui 'brûloieat dans l'éloigncment.

Nous traversâmes les riches ç^papa^ne^ de la haute Italie, mais nous ne jouissions de ce4?eai;i spectacle qu'avec inquiétude , et nous de'plolions la marche lente de notre vçiturin. Une grande question alloit être décidécjeq JEurqpeî toutes les forces du Nord menacoien^t la Franc^ Genève , notre patrie , etoit vivement intç'ressée dans cette lutte ; elle étoit entourée de troupes et de quartiers -généraux qui interrompoient ses conamunicatioQS avec le reste de la Suisse. £n arrivant à Milan , nous lûmes un bulletin qui parloit de combats livrés snr les bords du lac -Léman , entre les troupes françoises et les troupes autrichiennes qui avpient pénétré par le Sîmplon. Cette route , <)OQ$truite avec

dé' si grandes dépenses par Bonaparte , pour maintenir l^Itaiie i}ans sa dépendance , n'a pas empêché celle conti^^ée d'échapper a sa domir nation lors de ses revers, et dans la dernière époque de son histoire , a servi ses ennemis iconlre lui.

Le soir riaême de notre arrivée. à Milan , on annonce vaguement une défaite de Bonapatte ; ice bruit prétid de la consistance et se confirthe; t>n y ajoute des birconstauces inattendues et ifïfesque incroyables : l'armtle françoise e^ en déroute , rien né peut arrêter la marche des AlKés siiïr Paiis; Napoléon est en fuite ; il est rentré [Précipitamment dans sa capitale , il a signé soir abdication : voilà donc )a paix ré* t^blie , et la Iraùquillité rendue à TEurope.

Cette idée eiiibteHtt notre scjottr à Milan : nom étions ^ns les plus beaux jours de Pantrée; le soir, lè peuple se rcpandqît en foule dàlns les rues, t6as I^ cafés étoient illuminés, la muasse imposante de la cathédraffe se dessinoit dans 1e^ airs; la facadé, nouvellement constrmte , d'un blanc pur, paroissoit avec éclat sur Pâzur foncé du ciel.

II existe en Italie peu d'édifices purement gothiques ; tes archlte^ïtes avoient sous les yeux les ruines dM4>àtimens antiques , qui dévoient

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les diriger (hins les iemps de la décadence ; les puissances maritimes rapportoient de la Sicile , de l'Asie Mineure , de^ la Grèce des débris de temples , des colonnes , des maiériaux déjà travaillés, dont elles $6 servoient pour leurs constructions.

Si l'architeciure noble et grande des Grecs est en harmonie av^c l'idée que nous nous fQrmons des époques brillantes d'Athènes et de Coriolhe , les constructions gothiques ont aussi un caractère qui leur est propre : cette ^ofu- $ion d'ornetnens qui exigent plus de temps et de travail que de goût , peignent les siècles da moyen âge. Ces arcs élancés , ces roses,. ces pointes élevées sur lesquelles la corneille centenaire vient se percher; ces vitraux peints d'images brillantes, et qui ne laissent pénétrer dans l'iptérieur qu'un jour foible et coloré; ces figures bizarres, ces statues de saints qui semblent avoir les yeux fixés sur vous; ces faisceaux d^ colonnes qui représentent, dit-on , les arbres des forêts recourbés par le haut, font un grand efiet.

En quittant la cathédrale de Milan ^ si l'on veut continuer à vivre dans le moyen âge et compléter le tableau de cette époque de l'histoire , il faut aller dans la bibliothèque Ambroisienne ; on y conserve des manuscrits précieupL :

)e plus grand nombre sont dûs aax travami des moines, qui, dépo^taires des lettres dans des temps d'ignorance, employoient leurs loisirs si prolongea à copier les ouvrages anciens : ib décoroient le parchemin sur lequel ils écri'* voient, de vignettes brillantes d'or et d'azur; Tun d'eux s'est peint lui-même sur une des pages ; on le voit travaillant da^ns sa C^llulle ; son nom et Tépoque à laquelle il vivoit sont tracés à Teutour. Tandis que tout retentissoil du bruit des armes , que la barbarie rëgnoit en Europe, ce moine obscur, patient et assidu, travailloit pour les siècles à venir et transmetloit & la postérité des ouvrages dont il ne conneîssoit peut-êire pas lui-même tout te prix.

Nous partons de Milan ; bientôt nous allons quitter l'Italie. Nous arrivons à Côme, et nous atteignons les frontière^ du Tessin, gardées par ïes troupes du canton de Yaud ; nous reconnoissoiTs avec foie l'tmiforme de nos voisins etde nos compatriotes; le soir, après avoir traversé le lac de Lugano , nous arrivons dans la ville de ce nom, si heureusement située. L'antique ville de BeUinzona, le bourg d'Airolo , la sombre montagne du Saint- Gothard, la singulière valle'e d'Drseren,1e riani bourg d'Altorf se présentent successivemeort stn* notre route. Nous trayer-

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sons le ]ac des quati^ cantons , dans toute sa longueur, ce lac que les beautés sauvages de ses rives et des souvenirs historiques embel* lissent à l'envi ; nous débarquons à Lucerne , nous sommes déjà loin de l'Italie. Il est peu de voyageurs qui en quittant cette contrée , ne forment le projet d'y revenir un jour , après avoir consacré Tintervalle qui séparera le second voyage du premier, à des études qui doivent en augmenter les jouissances. De retour chez soi, des occupations, des liens de toute espèce vous retiennent souvent , et les souvenirs qu'on a conserve's deviennent encore plus précieux ; ils occupent agréablement les instans que l'on peut donner à la réflexion : l'hiver , au coin du feu » le soir, au moment où le jour fuit, on parcourt de nouveau ces contrées, si variées par leur aspect, par les mœurs de leurs habitans. Rome* surtout se présente avec un charme qui ne s'eflTace point : 01^ ne pense pas sans émotion que l'on a hsjibité cette ville célèbre ; qu'on a ' vu ces lieux dont }'histoire a été l'objet des études de notre enfance , et dont les noms y consacrés fiar tant de souvenirs , ne se prononcent point spns causer une grande impression.

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