RETOUR
|£ 5 juin, le maître du bâlîmeot sur lequel nous devions nous embarquer, vient anak>ncer que le vent est favorable ; nous, emballons nos efiets, nous disons adieu à nos amis^ ils nous accoo^pagnent sur le rivage : cependant on ne part point; la journée se passe a attendre les passagers. Ane^if heures du soir, louj^ l'équipage est réuui ; à minuit on lève l'ancre , cl le bâ^ timent s'éloigne de la côte , brillante des lumières de Naples : le vent étoit si foible , que le lendemain au jour , nous n'avions fait que doubler la pointe de Pausilippe.
Nous avions loué le bâtiment pour nous transporter à Livourne , laissant cependant au propriétaire la pertnission de prendre quelques passagers ; il avoit réussi à en réunir un grand iionîbre : la cabine étoit réservée à une famille ahgloisé composée de deux jeunes dames et de leur père ; nous, avions fait la route de Rome à Naples avec elle ; ces aimables voyageurs iTOusaVoient' permis de les accompagner au
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Vesiivc , à Pompeia , à Festum : leur socîélë' avoît embelli notre séjour à Naples, nous nous trouvâmes fort lieureux de prolonger le temps que nous devions passer près d'eux.
Les autres passagers se divisoient en deux bandes : les uns , officiers corses au service de Mural , avoient réussi à s'échapper de Naples^ et se. reudoienl secrètement dans leur patrie ; les autres, des François attaches à la maison du roi détrône', comme maîtres d'hôtel, echansons , payeurs. Les partis.'uis de Joacbim sortoient/du royaume , cédant la place à la foule qui y rentroit sur les pas des Princes de la farjjiile de Bourbon.
Une partie de la cale étoit abandonnée an% matelots; une voiture, des ballot^ et les pas-^ sa^ers occupoient le reste. Les uns.passoient la nuit dans des hamacs , d'autres dans le fond du bâtiment , et ceux qui n'étoient pas assez heureux pour trouver une place au milieu des malles , des marchandises et des pauieis^ dormoient en plein air sur le pont. ^
Nous voguions tantôt côtoyant le rivage , tantôt nous avançant en pleine mer , et distingnant; à peine la côte , nous dépassons le^ île$ de Ponza : le soir, nous étions^ vis-à-vis de
Terrâcine , dont nous crûmes découvrir les rochers bfanchàtres«
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, Le second jour on cloit ^ la hauteur de Rome : nous soupirâmes à Tidee que nous passions ' loin de celle ville, où des souvenirs si vifs nous auiroi^nt.Xa soirée fut cliarmanie; nous vîmes le soleil descendre dans un ciel pur, et se plonger dans l'immense mer; un ou deux vaisseaux paroissoient au loin dans cet horizon . • sans bornes. Quelques j.eunes gens jouoieni de ^ la guitare sur le pont, et s'a.ccompagnoient en chantant ; l£;s niatelots et )es passagers les ccoutoiei]^, formant un cercle autour d'eux, tandis que le bâtiment, poussé par un vent favorable, s'avançoit avec rapidité. A la fin du jour, des groupes d'immenses poissons parurent à 1^ proue et à la poupe 5 on les voyoit s'élever en bondissant au-dessus des eaux, plonger ^ no instant après reparoiire à une très-grande distance, et lorsque nous les cherchions bien loin, entourer le, bâtiment ; on nous dit qu'ils éloient un présage de mauvais temps. Au commencement de la ptût, le vent devint trèsrfort, nous gisions six milles par h^iu:^; a minuit jç montai sur Iç pont; itoirp marche éioit enoprç accé- Jéré)B : Hes matelots, t^^ms iu)e grande apiiviié, changeoiieqt à chaque ip$|iant la^ direction des voiles, ^t n'en laisspiep^t dép^yées qu'une; pçtiip partie. Le jour se Jeva ircs-sombre , la p|^^
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commença à tomber avec violence; on ferma rentrée de la cale , et nous nous y trouvâmes entasses, ballottes, manquant cTair, plusieurs d'entre nous souffrant de la mer ; nos bamacs s'entrechoquoient, les caisses et les effets rou*^ loient dans le fond , les matelots paroissoîent inquiets, ils parloient entr'eux avec agitation et couroient sans cesse d^une extrémité dn bâtiment à l'autre. Ils résolurent d'aborder, et d'entrer, s'il étoit possible, dans le petit port de San Stefano sur les côtes d'Orbitello en'Toscane, que nous longions : la manœuvre étoit difficile, elle fut hianqne'e ; il falloit serrer de près le rivage, A la pointe d'un rocher, le vent s'ehgouffrt / dans les voiles et fit pencher tellement le bâtin)ent qu'il se couvrit d'eau ; on coupe à l'instant les cordes qui retiennent les voiles , et on n'en garde qu'une petite. Tous les passagers se trouvèrent tout-à-coup sur le pont ,, mai» ils génoient les manœuvres, et il fallut redescendre. Nous étions assis dans le fond de cale, ne parlant point; un domestique françois rôtnpoit seul le silence ; il avoit apiuse' nos loisirs de la traversée par son babil intarissable ^ ses histoires et sa gaieté : dans ce moment il manifestoit la pluis vive inquiétude j il montoit sans cessé sur le ^nt, et en redescendent en disant : Messieurs,
èANS li^AKN^B l8l5. 365
tout est perdu , je vous ravois dît, vons n'avez pas voulu me croire , vous verrez ; puis s'aper- IpevaDt qu'oD ne l'écoutoit pas , il récapUuIoit i voii haute tous les dangers qu'il avoit couru sur mer , et juroit , s'il en rc'chappoit , de ne plus s'exposer sur un élément qui lui étoit si contraire.
Enfin 9 après avoir essuyé pi nsieuns coups de vent, nous vîmes devant nous le petit port de *Talamone, et nous v entrâmes à pleines voiles; nous jetâmes l'an&re; le bâtiment, fort agité, nous balançoit d'une manière fort pénible :
. enfin notre chaloupe nou^ conduit à terre les •uns après les qiitres, et on vient du rivage
^ nous reconnoîtrP'et^&Hifyailer *nos certificats de santé. ^
*^aIamone est une petite ville entourée de murailles fortifiées ; elle est bâtie sur la pente d'une xolline; la côte forme un golfe, «t la partie opposée à la ville est couverte d'arbre» et de verdure. Talamone a joué un rôle autrefois; aiijourd'hui* elle est oubliée et semble abandonnée de ses habitans : nous montons dans des rues escarpées , et nous arriérons à la maison qu'on nous dit être Fauberge. La paysanne qui vient nous ouvrir, est bien étonnée de voir à sa porte vingt personnes qui
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veulent loger chez elle, et qui lui demandent à dîner; elle beVte à nous recevoir , nous inststQus; on parvient à composer un repas auquel quelques-uns. des passagers voulurent bien mettre la main , et qui fut servi à quatre heures, avep l'appareil et la régularité d'une grande hôtellerie.
. Une partie de;$ voyageurs passa la nuit à terre, le reste retourna sur le bâtiment: la mer étoit devenue cakue ; le lendemain à Tentrée de la nuit, nous mettons à la voile, nous éteignons les feux pour, ne pas être aperçus d'un bâtiment barbaresque qu'on avoit vu croiser dans les environs et^^'on avoit entendu tirer quelques coups d.^ canpn^ Le paRllon Anglois que • nous portions, nous mettoit à Fabri d'tmë attaque , mais non dVue visite que ces corsaires font souvent: pour demander de l'argent, et qui auroit suffi pour pous condamner à une quarantaine, au premier port ou npus aurions débarqué : nous leur échappâmes, heureusement^ f^e m^tip , qpMs ^lîons. dans le détroit formé par la cpie bassjç de Piombii^ et l'île d^Ëlbe : jl y a VQÎt. quelques mois que les ^^tq^gers , les Anglois^ jE^urtout^ qui renipiissoient l'Ilalie, se portQÎent eq, foule daa$, cette île; main^eii^nt elle Q^çxcitoit plus la curiosité, tou^ étoit bien changé.
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Nous découvrons enfin le port de Livourne terme de noire voyage; la tour de la lanterne, Ja colline de Montenero. Le vent se ranime, et nous sommes dans la rade,^au milieu des bâiimens; nous nous réjouissons de quitter no^re étroite prison : tout-à-coup ^un ordre arrive qui nous tléfend d'avancer ; des gardes sont mis sur notre bord ; le mot effrayant de quarantaine est prononce'; une heure, deux heures se passent dans l'inquiétude; enfin, un employé' de la santé vient nous commander de nous rendre au lazaret ; il est mal accueilli, on interrompt sa harangue, on refuse de le suivre; il se retire, irrité du peu de succès de sa mission. Un offici'èr d'un grade supérieur se présente et réitère l'ordre fatal; il faut obéir.
Nous descendons tristement dans un bateau et traversons la l-ade ; le peuple reconnaissant les équipages de la santé , se presse sur un pont sous lequel nous passons, pour voir les malbeureui que l'on conduit en captivité. Nous potis détournons dans des canaux hors de vue, dont la solitude contraste avec le piouvement du port. La barque s'arrête devant une porte grillée ; elle s'ouvre , et se referme derrière nous au bruit des verrous. .I^ous voilà enfermés dauii le lazaret, dans ^ejlte e^çinte où régnent
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toujours Tennui , la déSance , les plus tristes images. Deux vieux militaires, les souverains de ce lugubre séjour , assez ressemblant , par leur antique uniforme et leur démarche lente, à ces commandans de forteresse que l'on voit sur le théâtre, viennent nous recevoir; ils nous accueillent avec bonté , et assurent que nous ne sommes retenus que momentanément et par mesure de police ; que la veille encore , nous aurions été soumis à une quarantaine qui avoit elé levée le jour même pour les bâtimens dé Naples : mais leurs consolations nous inspiroient peu de confiance , et nous regardions ^vec inquiétude les individus en quarantaine , qui se promenoient dans la cour et dont un factionnaire nous séparoit.
Le temps s'écouloit ; on avoit apporté nos effets : fatigués de réclamer et de nous plaindre, nous nous endormions au milieu de la cour, lorsqu'à dix heures du soir on appelle tous les voyageurs. Des commissaires examinent nos passeports, j^ous interrogent, et nous donnent enfin la permission de sortir. On nous conduit par des détours obscurs à la porte de terre ; ravis d'une délivrance si prompte^ pous faisons gaiement notre entrée à Livournei
Nous revîmes Kse^eV Lu quesj de celte dér-
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niëre ville , on se rend à Florence par Pîstoie, Peschia, et ces belles vallées que M. Lullin de Châteauvieux deicrit si agréablement dans sa dixième lettre. Nous fîmes de Florence une course à Yallombreuse y célèbre et antique abbaye, qui a été supprimée.
Nous allâmes en voiture jusqu'à Pélago, à quelques milles du couvent ; là , nous primes des mulets. Le chemin qui conduit à l'abbaye est agréable , il étoit orné d'une* multitude de genêts fleuris ; une épaisse foret de sapins ombrage la dernière partie de la route ; en en sortant , on se trouve dans un vallon charmant dominé par un amphithéâtre de collines couvertes d^arbres de feuillages différens qui entourent les jardins, les prairies, les champs et les sentiers du bas de la vallée. Lorsque nous arrivâmes, on coupoit des forêts de sapins; on voyoit le sommet de ces arbres antiques s'agiter et s'écrouler avec fracas sur les rameaux Voisins. Un entrepreneur dirigeoit les travaux , des puvriers dépouilloient les bois et les équarrissoient; ces bois dévoient être conduits à Livourne, pour y être employés aux constructioi^s de la marine.
L'abbaye de Yallombreuse , qui a subsisté jusqu'à nos jours , fut fonder dans le onzième siècle , par St. Gualbert , moine florentin.