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inverse. Le palais du créateur de cette autre merveille s'élève tout à côté , et ce qui le distingue en Italie , où depuis long-temps on ne bâtit plus de palais , et rarement des maisons , c'est qu'il est tout neu£
De Vérone à Bologne , et de Turin à TAdria* tique, la vallée entière du Pô, comprenant la Lombardie et le Piémont, Parme, Modène et une partie des États du Pape ( près de la sixième partie de tout^ lltalie ) , est formée d'un terrain aU hivial de couleur rougeâtre , mêlé , près des montagnes , de cailloutage , et sans mélange , dans le milieu de la vallée. Partout fertile , ce terrain est partout amélioré par un bon système d'agri«cultare,qui lui £aiit produire trois récoltes par an sans répuiser. On a souvent trouvé des corps marins sous cette couche alluviale , et récemment des ossements de baleine ,. à la profondeur de cent pieds , tandis que , près de la surface du sol , au même Keû, on trouvait des ossements de mam^ mouths. Malgré l'état florissant de l'agriculture et l'excellence des routes, qui rendent les communications si faciles , la plupart des maisons de campagne ou châteaux paraissent abandonnés. Nous avons remarqué que les fenêtres , jusqu'au second étage , étaient pour la plupart garnies de barreaux de fer , assez minces pourtant , et plus propres à retenir des femmes prisonnières qu'à résister aux entreprises des voleurs ; c'e$t proba-
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'blement un reste des moaursjalpuBes d^i'anciemie Italie. Les paysans , rarement propriétaires , rant en général métayers héréditaires. Quoique mal vêtus et mal logés , ils nous ont paru forts et bien portants ; mais leurs femmes ^ vieillies par le travail , sont de pltis défigurées par des goitres* . De la rive méridionale du lac di Garda , que nous avons côtoyée aujourd'hui , on voyait , du •coté du Nord , ce beau lac pénétrer au seûx des Alpes tyroliennes, dont les sommités neigeiises étaient réfléchies par le miroir tranquille de ses .eaux. Rien de si délicieux que ce point de vue ; jnais l'air de cette rive méridionale est si malsain^ •que , du temps des Français , les régiments , à ce que l'on assure , tiraient au sort pour former la garnison de Peschiera; c'était à qui n'y irait pas. L'anecdote , peu probable en elle-même , sert au moins à faire voir la mauvaise réputation du payis. Pour la première fois y depuis ' notre entrée eu Italie , nous avons vu aujourd'hui vin verger d'or liviers , dont le triste et rare feuillage ressemble assez à celui du saule.
De vieilles murailles flanquées de tours fbr^ ment , autour de Vérone , une enceinte que la ville ne remplit pas comme autrefois. Du coté du Nord elle est dominée par une chaîne de collines d'une teinte brune tachetée de blanc; ce sont les nombreuses maisons de campagne des habitants de Vérone, qu'ils occupent pendant ies vendanges
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•euiemeiit ; car on n'a pas dans ce pays beaucoup de goût pour la vie rurale. La beauté, chez les femmes 9 est incompatible avec les travaux de la campagne, surtout en Italie, sous Tinfliience d'un 8<rfeil brûlant ; aussi ne trouve-t-on les agréments de la figure qu'à Fombre des villes. A Vérone , le grand voile blanc couvre souvent de fort belles têtes.
Uamphithéàtre romain existe encore, percé d'innombrables fenêtres, pour donner du jour aux appartements pratiqués dans l'intérieur, et habités par la basse classe du peuple. Comme i^ gradins de pierre de taille servent seuls de toit à ces repaires, l'humidité y pénètre aisément, et Ton voyait partout aux fenêtres les guenilles des habitants suspendues à l'air pour sécher. Tel est enfin le caractère de pauvreté de tous les détails de cet édifice, qu'il est grand sans grandeur. Ce fut par la boutique d'un marchand de vieux habits que nous pénétrâmes jusqu'à l'arène , où l'on distingue encore des passages étroits à l'usage des malheureux qui étaient destinés au combat ; d'au* très plus grands pour leurs adversaires , les bétes fixées, et d'autres enfin par où les victimes de ees jeux cruels étaient emportées mortes ou mourantes. Soixante vomitoires donnaient accès aux soixante mille spectateurs, que les gradins pouvaient recevoir ; c'est du moins ce qu'on apprend des* guides ^ quoiqu'il soit évident que la moitié»
nft i.'amphith£ATre.
de ce nombre aurait eu peine à s'y placer. Vàr rêne est un ovale de deux cent dix-huit pieds de long sur cent vingt-neuf de large , et du sommet des gradins elle paraîtrait bien petite s'il ne s'y trouvait pas une maison , très-singulièrement pla* cée, qui sert d'échelle pour mieux juger de sa grandeur. Près de l'amphithéâtre , on voit deux beaux édifices du seizième siècle, bâtis sur les dessins de Michel-Ange. Le temps en ^. déjà émoussé les angles , et a répandu sur toute leur sur£sice des teintes en harmonie avec celles de l'amphithéâtre; ainsi, sans trop d'opposition^ l'antiquité et les temps modernes se trouvent placés face à face, comme pour provoquer la comparaison. La hardiesse, la grâce, les belles proportions sont d'un côté ; la force et l'immen-: site, de l'autre. Aucune symétrie n'a été observée dans la situation respective d^ ces deux édifices ; mais cette irrégularité ajoute à l'effet général, plutôt que de lui nuire.
Du haut de la tour des prisons de Vérone la vue embrasse une vaste étendue de pays, et plonge sur les tristes toits de la ville., ses rues étroites et profondes, ses palais et ses ruines. L'édifice lui-^. même sur lequel nous étions placés donnait liexi, à de tristes réflexions. En effet, là politique et la, famine ont concouru à rassembler dans son en-^. ceinte un miUier de détenus, entre lesquels six, doivent 4tre exécutés {appiccati) demain.
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Près de Vérone , sur la montagne de Monte Bolca , ainsi que dans la vallée ili Bonca , adja* cente , on trouve des pétrifications diverses y de poissons surtout, en grande abondance, très-par- £aiites et bien conservées ; la plus grande partie a une élévation d'environ cinq mille pieds au* dessus du niveau de la mer. De la lave , ou plutôt du basalte en fusion, est venu ensuite, on ne sait d'où, rompre et bouleverser ces formations sou* marines , et prendre en grandes masses la figure prismatique qui le caractérise. On trouve ici plu* sieurs collections de ces pétrifications.
Padoue^ 18 ocfo^re.— -Lltalie n est pas un pays où Ion puisse impunément s'arrêter partout pour passer la nuit. Tqut village isolé est regardé comme un coupe- gorge, où l'on n'est pas sûr de sortir sain et sauf du lit dans lequel On s'est endormi la veille. De Vérone à Venise , par exemple , personne ne songe à coucher autre part qu'à Vicenza ouàPadoue; cependant, noua nous arrêtâmes hier au soir à Monte-Bello j au pied de Monte^Bolca^ ayant l'intention d'y monter ce matin. L'auberge était un palais à colonnes de marbre , à plafond peint , et pavé de marbre ; mais d'ailleurs plein de gens en guenilles , qui , la plupart , demandaient l'aumône* A l'aide d'un peu de feu dans le grand appartement délabré qu'on nous donna ^ ^ souper, de quelques livres, et de la rédaction du journal des événements de la journée, nous
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trouvâmes le moyen de passer fort bien la soirée. Mais, au moment de se coucher, trouvant que la porte ne fermait point, Ton s'arrêta à l'expédient de placer contre cette porte une vieille anmoire qui se trouvait là. Ce meuble, resté encore debout des grandeurs vénitiennes, fut transporté, sans accident ; mais, en lui cherchant le meilleur point d'appui , un faux mouvement disloqua inopinément deux de ses pieds vermoulus , et voilà l'armoire tombant tout de son long sur le <:arreau avec un bruit dont tout le palazzo retentit, et que répéta de chambre en chambre l'écho d'une longue suite d'appartements dévastés. Nous crûmes que la maison entière accourrait à ce fracas. Personne ne vint ; aucun bruit ne succéda à celui que nous venions de Êiire : tout dormait, et, comme on sait, le crime veille. Il ne se tramait donc rien contre nos jours, et il fut en conséquence décidé que l'armoire serait incontinent réintégrée da^s le lieu qu'elle avait si long-temps occupé* Quoique relevée avec pré^ caution , chaque tenon criait dans sa mortaise , et l'on voyait la poussière s'échapper partout du bois vermoulu ; mais une fois le meuble rajusté sur ses pieds , on n'aurait pas cru qu'il lui fût rien arrivé. Le matin il pleuvait ; la pluie était de la neige sur les hauteurs, et, toute espérance d'aocompbr notre projet s'étant évanouie , nous résolûmes de partir. Pendant ces délibérations, notre
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hâte èatra tout-à-ooup ses defs à la main. Nous le ranes sTapprocher de rarmoire fatale. Il va ToaTiir : lui tombera*t-elle sur la tête ? Nous en trembliona* £lle s'ouvrit pourtant sans accident» quoique avec peine; mais , quel fut son étonnement , pas un seul article k sa place ! tout était bouleversé. Quelle main avait osé I... Un sombre regard fut dirigé sur nous ; puis de compter et recompter, et d'examiner à plusieurs reprises. Il ne manquait rien dans Farmoire ; toutes ses guenilles s'y trouvaient Plus surpris que jamais , il tourne de nouveau ses regards sur nous ; car en* fin on avait fouillé son armoire, et qui avait pu le taire que nous, et pourquoi, et comment? Le problème était impossible à résoudre, inutile en outre, puisqu'il ne lui manquait rien. Ainsi, aprè^ avoir soldé notre compte , et souhaité le bonjour à notre hôte , nous partîmes , emportant notre secret, mais laissant derrière nous, peut-être, une réputation un peu équivoque. *
£n traversant Yicenza , sans nous y arrêter ^ nous avons entrevu seulement les beaux palais » . ottirrages de Palladio , et tout à coté les demeures de la plus abjecte pauvreté ; des statues de marbre et d'inn<»nbrables mendiants ; des feiinéants de soldats 9 couchés au soleil , et de longues files de aialheureux veaux suspendus , la tête en bas, am( (rhevaux qui les portaient au marché, dan3 1^ horreurs d'un long et cruel supplice. Les routes
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sont partout ici excellentes, et le pays, qui n'est point beau, est du moins très-fertile. Partout les pampres , chargés de raisins , au point de paraître tout noirs, pendent en festons d'un mûrier à l'autre; et dans la saison, le maïs et le blé croissent entre les rangées de ces arbres. Le peu de prairies qui se sont offertes à nos yeux étaient arrosées avec beaucoup de soin, par le moyen des nombreux ruisseaux qui descendent des Alpes.
Le lit des rivières de la Lombardie , continuelment exhaussé, ainsi qu'encaissé par les pierres qu'elles charrient , finit par se trouver si fort audessus du niveau des terres , qu'on pourrait dire de ces rivières qu'elles côuleiit sur la crête d'une muraille. Cet état n'est pas seulement dangereux : il contrarie les fins de la nature; car les rivières encaissées sont forcées de porter à la mer le limon que , dans leurs inondations , elles auraient déposé sur les terres basses de manière à élever peu à peu leur niveau au-dessus de celui de l'eau , et à les mettre à couvert d'inondations futures. Il est encore à remarquer que c'est de la terre fertile et non des pierres que ces inondations répandent; car celles-ci sont déposées $ur les rives du torrent qui les charrie, tandis que les parties terreuses sont portées au loin et sur toute l'étendue de l'espace inondé. Le bassin du Pô (la Ix>mbardie ) , ainsi que celui du Bas - Rhin ( la Hollande), ont malheureusement été habités trop