‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 12 sur 99 · LOR|> BYRON · texte numérisé non relu

LOR|> BYRON

remarquâmes le palais Pisani , qu'occupait le vice-roi Eugène y et qui maintenant est habité par le gouverneur autrichien. Situé dans un fond, comme les autres, sans. vue, sans beautés natu* relies et sans autre eau courante que celle de la Brenta, qui se trouve au niveau du toit, il donne cependant quelque idée de l'ancienne magnificence vénitifinne. Quelques beaux arbres, bien rares ici , ombragent le jardin. Les postillons s'étant d'eux-mêmes arrêtés un moment en face du palais Pisani pour nous donner le temps de le voir, une troupe de ces épouvantables gueux qu'on ne rencontre qu'en Italie nous assaillit à l'instant, et il fallut fuir. C'est ce pays , le moins poétique du monde , que lord By ron a choisi pour sa demeure ; il habite uii village poudreux , traversé par la grande route.

 mesure que nous approchions des lagunes , J'eau, sans écoulement, formait des y ares stagnantes toutes vertes. Les maisons devenaient de plus en plus rares et plus pauvres , et leurs habitants plus pâles et plus languissants.  la fin , le monotone horison des terres basses devint celui de la mer, et à peine les distinguions - nous l'un de l'autre. Une longue ligne de tours , de clochers, de dômes et de maisons parut en sortir lentement : c'était Venise !

Laissant voiture et bagage à Fusina pour y attendre notre retour, nous nous embarquâmes

dans la gondole de poste , mais non sans entendre les crîailleries accoutumées entre notre corriere et les postillons , maître d'auberge , portefaix , etc. , etc. En dépit des règlements les plus exacts , rien ne se Êiit en Italie sans débats à tue tête, accompagnés de gestes forcenés. Les gondoles vénîtienhes ressemblent beaucoup aux canots des sauvages indigènes de l'Amérique seplentrionalè , et je hè doute pas que le type original de la gondole n'ait été un tronc d'arbre creusé. La nôtre y d'uiie construction gracieuse , solide et légère, avait Vingt -six pieds de long sur quatre et detni de large au milieu ; ses bords relevés à Pavaût et à l'arrière, le fond plat, et , par manière d'oméihém, k proue armée d'un grand fer de bâché et dé ^x pointes d'acier. Une espèce de dunette, couverte de drap noir, et dans laquelle quatre ou cinq personnes pouvaient s'asseoir commodément, bccupâit le milieu de la gondole, qui était noire aussi. Les gondoliers, au nombre de six , portaient un uniforme jaune ; ils poussaient la rame en ^e tenant debout, et la dernière rame dirigeait le bateau, qui n'avait pas d'autre gotivemail. Pas un souffle de vent n'agitait cette mer tranquille, et les rides légères qui s'élevaient autoui* de k gondole marquaient son cours rapide et doux un quart de lieue à l'arrière. En moins d'une heure nous atteignîmes la cité célèbre épouse de l'Adriatique*, mais nous ne la vîmes

pas d'abord par son beau côté, celui-ci ne pré* sentant qu'un assemblage confus de vieilles bicoques sales et pauvres, dont les fenêtres étaient encombrées de matelas étalés à Fair pour sécher. Elles étaient cependant décorées d'ordres d'ar* chitecture, et de beaux marbres sculptés, reposant sur des pilotis y servaient de seuils aux portes de ces demeures de l'indigence , dont les murs chancelants s'inclinaient l'un vers l'autre des deux

côtés d'un étroit canal. Cependant nous glissions toujours avec rapidité de canal en canal, tournant des coins à droite , à gauche , comme autant de rues étroites et sous l'eau ; sans communications à pied sec d'une maison à l'autre. De loin à loin d'autres gondoles nous croisaient, toujours en- si* lence; car leurs conducteurs ont oublié, depuis que la patrie n'est plus, ces chants nationaux, si long-temps célèbres. Aucun métier bruyant ne se faisait entendre; point de voitures ébranlant le pavé, nul être vivant ne se Êùsait voir; il régnait un silence universel , et , sans quelques figures qui de temps en temps paraissaient aux feqétres, s'avançant pour nous voir passer, on aurait pu prendre Venise pour les catacombes de tous les poissons de l'Adriatique. Sortant à la fin de ce labyrinthe d'eau , nous nous sommes trouvés sur le canal par excellence qui a deux lieues de long , et qui traverse toute la ville en serpentant. U m'a paru plus large que le grand canal d'Amsterdam;

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mais ce qui lui donne un caractère tout particulier, c'est qu'il est bordé de palais de marbre bâtis dans la mer même qui baigne leurs murs. On voyait autrefois de nombreuses gondoles, chacune montée d'un leste équipage de gondoliers, pourvus de iQambeaux pendant la nuit, s'arrêter à la file devant la porte de ces palais, comme le font ailleurs les voitures. C'est ainsi que nous abordâmes à Yalbergo délia Gran^Bretagna ^ beau palais dont on a &it une auberge. Une immense salle basse, pavée de marbre, conduit à un double escalier intérieur, tout de marbre aussi, et orné de firesques , représentant divers sujets d'histoire. Au premier étage , on trouve deux autres immenses salles ou galeries, ayant chacune 69 pieds de long, sur 3a pieds de large; lô plafond peint, doré et orné de lustres de cristaL Les appartements sont distribués de chaque côté. Une légère esquisse fera mieux comprendre cette distribution, et, sans prétendre que tous les palais de Venise se ressemblent, celui-ci donnera quelque idée des autres. U appartenait à la famille ,. maintenait éteinte , des Fabeti.

Balcon sur le grand canal y et {entrée au-dessous,

80 pieds.

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SAINT-MARC. . 4t

Prenant, bientôt après notre arrivée, un guide et une gondole , nous nous flmes conduire , par d^assez longs détours, à San -Marco. Ce temple célèbre n^est pas tout-à-fait dans la mer, mais trois ou quatre pieds aunlessus de son niveau , et sur nie de Venise proprement dite. Quoique isolé 9 il forme l'un des côtés d'une grande place longue de 800 pieds sur 35o de large , qui est pavée de grandes pierres plates ou dalles ; les trois autres côtés sont composés d'édifices réguliers, sur arcades , comme celles du Palais^Royal à Paris, et occupés par des cafés.

Cette égKse de San -Marco ne ressemble à rien au monde; sa &çade, longue et basse, présente d abord cinq grandes arcades en ligne , comme ceUes d'un pont , et fermées dé portes de bronze. Une tribuâe, ou balcon^ règne au-dessus de ces porter, sur toute la largeilr de l'édifice, et l'on y voit caracoler les quatre i^lébres coursiers grecs ^ récemment de retour dW voyage à Paris. Cinq portes plus petites s'ouvrent sur cette tribune , surmontées chacnne d'un fironton triangulaire , et plus haut encore s'élèvent quatre dômes couverts deplomb (trois de front en avant, et le plus , grand en arrière); tout le faîte de Fédifice est hérissé de mauvaises statues, de pyramides et d'autres ornements bizarres. Par une espèce de tour de £orce en architecture , répété dans plusieurs endroits de l'édifice, on voit quatre co-

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