SAINT-MARC
lonnes groupées , c[ui reposent sur une seule. L'enlèvement du corps de San -Marco, apporté d'Alexandrie, est représenté en mosaïque sur la façade. En voici Thistoire : Comme les Turcs ont le porc en horreur , les Chrétiens imaginèrent d'intercaler leur saint entre deux pièces de lard, pensant bien que les douaniers musulmans u'y ' toucheraient pas , et c<Btte fraude pieuse eut un plein succès. Notre guide nous fit remarquer Tair benêt des infidèles qui s'étaient laissé attraper ^ et la mine joyeuse des Chrétiens qui leur avaient joué ce tour. Le marbre, la brique et la pierre sont entremâés dans la construction de cet édifice, où tous les ordres et tous les genres d'architecture ont également été confondus. L'intérieur ressemble à une vaste caverne taillée dans le roc et toute dorée. De gprandes figures en mosaï* que en garnissent les parois , et l'ensemble est à la fois ridicule et sublime. Ce célèbre édifice, bâti tout exprès pour recevoir le corps du saint à son arrivée d'Egypte , antérieurement à l'introduction du style gothique en Europe , date de l'époque la plus obscure du moyen âge , le neuvième siècle. Sur les pierres sépulchrales qui lui servent de pavé, on voit gravés les noms de quelques-uns des morts de la péiriode glorieuse de Venise , les onzième, douzième, treizième, quatorzième et quinzième siècles. Son grand autel est celui mémo de sainte Sophie, qui, avec ses co-
SAINT-MAAC. 43
\omies de marbre, fut apporté de Constantinople, lors de la pri^e de xette ville. En voyant à la tribune et de près, les célèbres chevaux du quadrige grec, je nVi point changé lopinion que j'en avais déjà formée ; leur plus grand mérite est d'être venus de loin et d'avoir duré long-temps. D'Athènes, leur pays natal, ils passèrent à Rome, sous Méron, accompagnèrent Constantin à Bysance, et, après h chute de cette ville, au treizième siècle 9 ils suivirent les vainqueurs à Venise. De notre temps , on sait qu'ils ont encore vu du pays , ce qui ne les empêche pas d'être toujours gros et gras; ce serait d'excellents liinoniers pour la poste. Le jour de leur arrivée à Venise , par le Pô et la mer, ayant été débarqués à deux cents pas de San -Marco, on les vit caracoler (c'est leur allure), tous quatre de front, jusque sous la tribune, où ils furent bientôt élevés ^|pL-accla« mations du peuple , auquel l'^apereur François fit un discours qui fut fort applaudi. Ce même peuple, cependant, murmura beaucoup lorsque certsdne statue colossale de Bonaparte fut renv#rsée quelques jours après. En signe de domination imtverselle, le héros était représenté portant d'une main le globe de la terre, tandis qu'il étendait l'autre sur la mer. Ua gondolier s'écria, dans son langage : Folteghe le man ( tournezlui les mains); l'une laissera tomber le globe, et i autre demandera l'aumône.