‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 56 sur 99 · MARIAGE · texte numérisé non relu

MARIAGE

Le revenu spirituel , qui est appelé la Dataria , est, au surplus, aussi mal connu du gouvernement que le sont les autres branches du revenu public, et, lorsquen dernier lieu, le cardinal Gonzalvi voulut se &ire rendre des comptes par ceux qui sont à la tête de ce département , il ne put en venir à bout.

D'après la décision du concile de Trente , le mariage ici est indissoluble, et l'expression d'un doute à ce sujet est punie d'excommunication. Comme c est un sacrement et non un contrat civil, le consentement des parents n'est pas absolument néce^ saire. Les biens des mariés restent séparés comme chez les anciens Romains (i). J'avais entendu parler de certaines clauses dans quelques contrats de mariage, qui assuraient à la femme le privilège <i'avoir son c(waliere sefvente; mais je me suis assuré par des recherches qu'il faut mettre ce conte au rang de celui qui Êiit conduire les femmes anglalsesau marché , la corde au cou , par leur mari^ pour y être réellement vendues au plus offrant (a)-

(i y César, dans ses G>mmentaires, observe avec surprise que y dans les Gaules , les biens de Thomme et de la femme aont en commun , et le sunriTant héritier de Foutre.

(2) Quelques gens du bas peuple, en Angleterre, s'imar gînent que la Vente simulée d'une femme , qui serait dans riiabitude de £iire des dettes , affranchit son mari de Tobligation de les payer à TaYenirj et, bien que ce soit une erreur, le scandale de cette vente empêche en efiet celle qui en est l'objet de faire des dettes en lui ôtant le crédit qu'elle pourrait avoir.

3lO MCBURS

Il est vrai qu'il y a quelquefois en Italie un accord par écrit, entre des époux, sur la manière dont ils vivront , quand ils seront mariés ; par exemple , le mari promet dé ne, jamais feiire vivre sa femme à la campagne , ce qui paraît ici une chose insupportable^

Les petits princes souverains de Tltâlie , lorsqu'ils devinrent autrefois feudataires du pape, conservèrent, autant qu'ils purent, dans leur état de maison , les dehors de leur ancien rang ; et même à présent , les ducs et princes romains , à ' moitié ruinés par la révolution , veulent encore avoir pour maître de cérémonies , un noble plus pauvre qu'eux-mêrnes ; il leur faut un avoué pour recevoir les réclamations des vassaux qu'ils n'ont plus , un autre pour le département criminel , un secrétaire , un bibliothécaire , un intendant, quelques commis pour tenir les comptes, et un grand nombre de domestiques. Autrefois un prince et une princesse , un duc et une duchesse avaient chacun leur maison à part, différentes livrées, différentes voitures portant leurs armes respectives, et la dame avait son gentilhomme qui devait être noble ; on se souvient encore à Rome d'avoir vu la princesse Braschi conduite par son gentilhomme, tandis que le prince, son mari, suivait, sans jamais lui offrir son bras.

Les cardinaux ne sont pas nécessairement prêtres; ils peuvent quitter l'état ecclésiastique et

l'étiquette. 3ii

même se marier. Les bas rouges, la calotte rouge, et l'âge mur leur imposent une sorte de retenue , et on ne les accuse pas de galanterie, quoique dans leur intérieur, ils aient quelquefois des liaisons obscures et peu connues.

Les prélats qui forment un autre ordre extra-canonical, comme les abbés d'autrefois en France ( i ), portent un vêtement de couleur violette qui les distingue des laïques ; les prêtres de paroisse passent pour avoir des mœurs régulières , mais pour être très indulgents à l'égard des peccadilles de leurs pénitentes.

Dans les beaux jours de Rome pontificale ^ et même jusqu'à la révolution , l'étiquette était' beaucoup plus stricte qu'elle ne l'est maintenant ; par

' exemple , un cardinal dans son carrosse qui rencontrait un cardinal à pied, (je m'étonne qu'un cardinal allât alors à pied ) devait descendre pour lui faire son compliment. Après maintes révérences , gracieux sourires , et protestations d'attache^

' ment, les éminences prenaient congé l'une de l'autre ; mais celle du carrosse , au lieu d'y remonter, devait s'éloigner à pied jusqu'à une certaine distance, se retournant plusieurs fois, et faisant la révérence à l'éminence à pied, qui, de son côté, sVcquittait des mêmes devoirs ; et ainsi de part

(i) On se souviendra que tout ceci date de huit ou neuf ans 5 les abbés d'autrefois pourraient fort bien être reyenus en France.

3ia l'étiquette.

et d'autre, jusqu'à ce qu'elles ne se vissent plus. Un cardinal pouvait rendre les mêmes honneurs à un prince sérénissime qui aurait eu le droit de s'asseoir sur les bancs des cardinaux dans la chapelle du pape , mais à nul autre mortel ; « suivant moi, (dit le signor casniliere Girolamo Lunadoroj qui a écrit un livre sur la corte di Homa) suivant moi, ce qu'il y a de plus difGicile à arranger, ce sont les places dans un salon de compagnie. Je maintiens qu'un cardinal étranger, qui -Eût visite à un cardinal romain, doit être placé au fond de l'appartement , vis-à-vis de la porte , et à coté du maître de la maison^ et que, s'il y a d'autres cardinaux , ils doivent être placés à côté les uns des autres, exactement sur la même ligne, toujours en face de la porte ^ etc. , etc ». Si le lecteur en veut savoir davantage, qu'il consulte le signor caiHiliere Girolamo Lunadoro lui-même (i).

Le pape , comme nous l'avons vu j ne demeure pas au Vatican , mais occupe un palais sur le Mont Quirinaij point fastueux , mais jouissant d'un air salubre et d'une fort belle vue. On voit sur la place Quirinale, devant le palais, une belle fontaine jaillissante , dont les eaux sont reçues dans un bassin de granit oriental, forrpé d'un seul bloc et ayant 76 pieds de circonférence , et prè^^de là

(t) Lo stato présente o sia la relazîone délia corte di Roma, g& publicato dal cav. Lunadoro, etc., etc., in Roma, 1774»

LE PAP£. 3l3

s'élève, plus haut que le palais Quirinal , un obé* lisque égyptien de granit rouge. Les deux chevaux, de dimen^ons colossales, d'où vient le nom de Monte Cavallo , sont placés des ^eux côtés de l'o* bélisque , et conduits par deux hommes de taille également colossale , ayant dix-sept pieds de hauteur. Les noms de Phidias et de Praxitèle , gravés sur leurs piédestaux, montrent seulement que Fusage de donner de grands noms à des ouvrages médiocres n'est pas nouveau. Les hommes ont été trouvés dans les Thermes de Constantin , et sont probablement de son siècle; mais les chevaux peuvent bien être grecs, et comme tous ceux de l'antiquité, ce sont de bons gros limo* niers. Quand le pape est en voiture , il est escorté d'une belle troupe de chevau- légers; mais les portes de son palais ne sont gardées que par des personnages sans armes qui ressemblent aux valets d'un jeu de cartes. Autrefois ils étaient choisis parmi les habitants d'une petite ville nommée Castello de Fitorchiano^ près Viterho^ qui étaient restés fidèles au pape à une époque ( le douzième siècle) où il s'était vu abandonné de tout le inonde. Les gardes suisses de sa sainteté portent à peu près le même costume antique.

, Le portique , qui entoure la grande cour du palais Quirinal, abrite les équipages de ceux qui vont chez le pape, et un bel escalier conduit à de vastes appartements, meublés avec une élé-

3l4 PALAIS DU PAPE.

gance peu commune à Rome, mais surchargés de dorures. Ces appartements étaient destinés au roi de Rome sous Bonaparte , ^t ont dernièrement été préparés de nouveau pour la réception du grand père, l'empereur d'Autriche, qui était attendu.

Les fenêtres donnent sur un jardin, où les ar« moines du. pape , sans oublier les clefs de Saint- Pierre , se voient curieusement dessinées sur la terre, au moyen de menus fragmente de marbres de diverses couleurs distribués en compartiments; pas un pauvre petit brin d'herbe, pas la plus petite plante ne dégrade la* majesté de ce parterre pontifical , dont l'ordonnance est purement architecturale. Son étendue, d'environ quarante arpents, n'est pas toute dans le goût que je viens de décrire ; le reste offre un mélange hétérogène de choux, de statues et d'allées jamais sarclées , mais dont les arbres sont , en revanche , taillés avec grand soin ; au moyen de petits tuyaux cachés sous terre, une eau perfide jaillit inopinément sous les pieds des dames qui s'y promènent , et seringue leurs jupons, sorte d'espièglerie à laquelle on ne s'attendrait pas dans le jardin du pape.

J'ai déjà parlé des fragments d'un ancien plan de Rome, gravé sur albâtre , qu'on voit au musée du Capitole, et du portique d'Octavien, qui se fait remarquer sur ce plan. J'ai été voir ses ruines situées

PORTIQUE D'OGTàVIEir. 3l5

dans la poissdnnerie {Pescheria). Ce beau poi^ tique est rempli ou plutôt incrusté de misérables échoppes , où Ton vend le poisson , qui forment de petites rues si étroites, que les colonnes antiques ou portiques sont de chaque coté profondément entaillées par les moyeux des roues de charrettes. Je frappai à la porte d'une des maisons qui avoisinent la grande entrée de l'antique édifice , afin de voir certaine corniche qui pénètre dans la partie supérieure de la maison ; on me cria d'entrer; mais les objets qui se présentèrent à ma Yue me firent bientôt oublier ceux que j'étais Tenu chercher. Au milieu de la chambre, un grand matelas étendu par terre fourmillait d'êtres vivants ; toute une famille gisait là , blottie sous la même couverture. Au milieu du groupe, je distinguai un visage long et livide, bien noir et bien blanc par places; c'était probablement celui du chef de la famille , étendu les yeux fermés et sans mouvement comme un corps mort; auprès de lui on voyait une vieille femme , qui semblait n'avoir d'autres vêtements que les guenilles nouées autour de sa tête, puis trois ou quatre enfants qui se disputaient l'étroite couverture toute roide de saleté. Un coffre, un banc, étaient lesseulsmeubles de l'appartement, à moins qu'on n'y ajoute un grand vase de bois plein de poisson , placé à côté du lit. L'air infect de ce repaire de la misère me fit reculer de dégoût, et regagner la rue au plus vite, où je

3l6 INTÉRIBCR DOMESTIQUE.

m'aperçus bientôt que j*étais noir de puces. Mal* gré cet état de choses , qui semble être celui .de la plupart des maisons de la Pescheria^ l'endroit n'est pas fiévreux, et il en est de même du quartier des Juifs, situé tout auprès, sur le bord du Tibre, où les maisons, remplies de monde, ne sont séparées que par des ruelles étroites et puantes. En parcourant cette partie de la ville , il m'est venu dans l'esprit que, de toutes les antiquités romaines, l'ordure ^t ce qu'il y a de plus antique; car il ne paraît pas qu'elle ait jamais été enlevée. L'on m'assure qu'il n'est pas rare ici de voir toute une famille de la basse classe, coucher dans le même lit, qui est f rès-grand; père, mère et enfants, sans chemises! la femme occupe ce grabat jusqu'à dix heures ou midi , pendant que le mari va au marché et met luimême le pot aufeu. Les portes des maisons du peuple sont souvent la porte même de leur chambre à coucher ; vous y voyez , de la rue , toute la fiaimille, comme autrefois chez les Grecs où les portes s'ouvraient contre la rue , de manière qu'il était d'usage à Athènes, quand on sortait, de crier aux passants de prendre garde que la porte ne les renversât.

Avant de bâtir le portique , qui porte le nom de sa sœur Octavie et dont je viens de parler, Auguste avait construit un superbe théâtre , auquel il avait donné le nom du fils plein d'espérance, que cette sœur venait de perdre, Marcel-

THEATRE MAHCELLUS. ^fj

lus. C'était le second théâtre seulement qui eût été bâti en pierre, et le plus beau qu'on eût encore vu. Il reste de ce théâtre environ un tiers de la circonférence; l'étage inférieur est enseveli sous les décombres, mais la partie supérieure, transformée en château dans le moyen âge , offre de hautes murailles percées d'innombrables fenêtres sans régularité. Comme le Colysée, cet antique édifice devint une forteresse occupée par la puissante famille des Fierleoni, puis par les Sai^elli, et finalement parles Massimij qui eq firent un palais, appelé maintenant le palais Orsini. Comme le théâtre Marcellus a beaucoup plus souffert que le Colysée, les décombres forment dans l'intérieur un monticule presque aussi haut que les murs environnants, et sous lequel où trouverait probablement des objets d'arts précieux. Le^ Juifs qui fourmillent dans le palais Orsiniy ont consacré ce monticule à une singulière branche d'industrie, celle de transformer de vieux habits en habits nei|^. Le vétéran, étendu au soleil, est soigneusement regratté avec la carde à foulon , afin d'arracher au drap râpé un faux duvet de jeunesse qui trompe l'ignorant acheteur. La race rabougne des Juifs, habitants de ce quartier, se fait remarquer par une grosse tête et des jambes grêles; leurs conscrits étaient sujets à des maladies toutes particulières. Soumis autrefois ici, comme presque partout^ à de cruelles vexations, on les obli-

3l8 ILE DU TIBRE.

geait, pendant le carnaval, à courir le long du Corso pour Famuseùient de la populace , et ils ne purent se racheter de cette avanie, qu'en faisant courir des chevaux à leur place, c'est-à-dire en fournissant le prix destiné à l'animal vainqueur. On les enfermait autrefois pendant la nuit dans les étroites limites de leur quartier; mais ils Airent affranchis de cette sujétion en 1798 (i).

Un pont communique du quartier dés Juifs à l'île du Tibre, qui, par sa forme, sa grandeur et sa situation , rQ3semble à l'île de la Cité , à Paris : les deux rivières se ressemblent aussi , quoique le Tibre soit plus bourbeux encore que la Seine, et surtout plus rapide. Cette île est fort malsaine, et souffrit beaucoup plus que les autres quartiers de la ville, lors de l'affreuse peste de l'an de Rome 4oi.Le sénat envoya à cette occasion des ambassadeurs à Épidaure, pour consulter Esculape dans son temple , et ils en rapportèrent un serpent qui s'échappa dans l'île du Tibre, où, en mémoire de cet événement , on éleva un temple au dieu de la Aifcde- * cine : l'église Saint - Barthélemi est bâtie sur ses ruines. La peste dont il est ici question , ainsi que plusieurs autres, rapportées parTite-Live, eurent lieu en été et en automne , et n'étaient probablement autre chose que les fièvres endémiques

(i) Les portes sont de nouveau fermées, et , par un singulier attachement aux usages de leur jeunesse , fermées , dit-on , à la requête des vieux Israélites.

BIGHOLA8 RIENZI. SlQ

d'àprésenty plus violentes dans certaines années, et plus mal soignées que de nos jours. Un peu plus bas, on voit les ruines d'un autre pont, connu maintenant sous le nom de Ponte Rotto^ qui joignait anciennement le quartier Trasteuere à celui du Mont Palatin ; il fut construit avant notre ère; mais le Ponte Suhlidus^ situé au-dessous, également en ruines, est d'une antiquité encore bien plus reculée ; car c'est celui où Horatius Codes fit sii belle défense. Il est bon d'observer que les arches, encore entières, de ces anciens ponts, s'élèvent hors de l'eau à peu près autant qu'elles ont pu le faire , lors de leur construction; d'où Ton doit conclure que le Tibre a conservé son ancien niveau , quoique le sol de Rome se soit fort élevé ; ses inondations , encore fréquentes et dangereuses, ont dû l'être autrefois bien davantage. Près du Ponte Rotto , on montre la maison de Nicolas Rienzi, le célèbre tribun de Rome en 1 347 ; elle est remarquable par un certain mélange de prétentions en architecture et de pauvreté. On voit près de cette maison le temple de la Fortune virile , et celui de Vesta^ toys deux assez bien conservés. -Ce quartier de Rome, fort laid assurément, est tout historique et poétique; si les yeux y sont peu satisfaits, l'imagination vous dédommage. C'est encore ici que l'on noyait les criminels dans le Tibre, ainsi que les chrétiens dans les temps de

320 l'avbwtiit.

leurs persécutions. L'endroit du rivage où se faisaient ces exécutions est marqué par la tradition, et l'on y trouve encore , sous l'eau , de grosses boules de marbre noir avec leurs anneaux de fer, que l'on suppose avoir été attachées aux malheureux que l'on précipitait dans le fleuve; quoi qu'il en soit y ces pierres ressemblent toutà-fait aux poids des balances antiques, ou romaines. Vis-à-vis sur le penchant du Mont Aventin , on cherche, sans la trouver, la caverne de Cams\ mais quelques ruines, sur la gauche d'un sentier ombragé, qui monte jusqu'au sommet de l'Aventin , pourraient bien être celles du temple d'Herr cule; c'est là que l'on découvrit la belle statue d'Hercule enfant, en basalte, qui se voit au musée du Gàpitole. Quelques génisses paissaient tranquillement, sans être inquiétées par les voleurs, quoiqu'Hercule ne fût plus là pour les défendre. La vue du sommet de l'Averftin est fort belle; l'on trouve là quelques 'églises remarquables par leurs -antiques colonnes de marbre de Paros , et leurs sarcophages païens; partout ailleurs ces églises seraient fort admirées , mais à Rome elles se perdent dans la foule. L'air, sur l'Av^ntin, n'est pas aussi bon que la vue est belle, son élévation étant un peu au-dessous du niveau de la fièvre ; la fille du jardinier du prieuré de Malte était sur le point de succomber à cette maladie. Les navires remontent le Tibre jusqu'ici, et nous en

PTRAMIOB DU ÇAIUS SXXTUS. 3^1.

comptâides quinze ou vin gt, amarrés sur ses bords. Sortant de la ville par la porte de Saint - Paul pour aller voir la basilique du même nom , à un mille de la ville, no us passâmes à côté de la pyramide de CamsSextus. Ce Romain, qui voulait absolument que son nom passât à la postérité, et ne savait probablement pas trop comment s'y prendre , ordonna, par son t^tament, qu'on lui élevât ce monument, modeste imitation des pyramides d'Egypte. Il a 1 1 3 pieds de hauteur, et 69 pieds de largeur à sa base. La dernière demeure de l'immortel personnage, située au centre de la pyramide, est de dix-huit pieds de long sur douze ou treize de large ; le passage qui y conduit , caché depuis des siècles sous quinze pieds de décombres, fut découvert il y a environ 160 ans : cette accumulation de décombres montre que Rome antique s'étendait jusque dans ce lieu , maintenant désert. Deux belles cc^onnes de marbre , trouvées sous ces décombres , ont été gauchement plantées au pied de la pyramide , où elles font un mauvais effet. La forme pyramidale interdit à la nature ses moyens ordinaires de destruction; et, en Egypte, où l'extrême sécheresse, pendant une partie de Tannée, empêche que la végétation ne s'établisse entre les pierres, les pyramides sont éternelles ; mais celle-ci nourrit des arbres dont les racines , faisant l'office de coins

et de leviers, ont séparé d'énormes pierres en I. ai

3ll iCLISB SA.I]fT-PAUL.

pénétrant dans leurs interstices. Soulevées et poussées en avant, plusieurs cf entre elles sont sur le point de tomber , et Fimmortalité de Ccûus Sextas aura sa fin. Le cimetière des étrangers hérétiques se trouve tout auprès de la pyramide, et Ton y voit quelques monuments en marbre d^assez mauvais goût. Mais le sort d'un étranger mort loin de son pays touché le cœur d'un étranger , et il ne foule pas avec indifférence la terre qui recouvre son cercueil. Un grand chemin, à travers ime plaine déserte , nous conduisit , en moins d'une heure, à Saint-Paul extra muros; quelq^ies maisons abandonnées marquaient d'au* tant mieux là solitude profonde de cette partie de la campagna; nous remarquâmes que plusieurs de ces masures avaient été construites sur des monticules artificiels élevés de quelques pieds au-dessus du niveau général, dans Fcspérance, sans doute, d'échapper au mauvais air; comme, à Venise^ on élève les maisons quelques pieds au-dessus du niveau de la mer , mais on n'échappe pas à la mal aria aussi aisément qu'à la mer. Saint- Paul est une dès quatre premières églises chrétiennes , bâties du temps de Constantin , dans la formé d'une basilique. A l'extérieur, elle ressemble à une vaste grange , mais deux rangs de magnifiques colonnes, chacune d'un seul bloc de marbre précieux, décorent l'intérieur; elles sont de dimensions inégales, savoir, de trente-six à

ÉGLISK 8AIirT-PA.llL. ' 3l3

qnaranteHieux pieds de hauteur, et de quatre à einq pieds de diamètre, d'ordre oorindiien, et dans les plus belles proportions, ayant appartenu au mausolée d'Adrien ( château Saint-Ange ). Les arcades, qui reposent sur ces colonnes, sont ornées de mosaïques , dpnt le goût barbare con* traste avec celui des colonnes. Le pavé de porphyre , portant des inscriptions latines en lettres gothiques, était jonché de débris, et les poules, en grattant la poussière, faisaient briller des fragments de mosaïques de toutes les couleurs. U y a un siècle et plus que les portes dé bronze massif, qui furent autrefois apportées de Gonstantinople , affaissées sous leur propre poids , ne tournent plus sur kurs pivots. L'immensité ténébreuse de ce singulier édifice, avait quelque diose de bien plus imposant que les frivoles or-^ nements et la dorure des autres églises italiennes. Pendant la saison du mauvais air, il ne reste iei qu'un seul moine et son domestique, enfants perdus du monastère. Nous demandâmes à ce dernier comment il faisait pour se conserver si gai, si £rais et si vigoureux; sur quoi il se mit à rire , et , par un geste significatif, nous donna à entendre qu'il ne faisait pas abstinence , ajoutant qu'il évitait la rosée et Fair du soir. Son prédécesseur, dit-il, était mort de la fièvre; mais, au moyen de son régime , il avait lui-même résisté pendant trois ans. Au cœur de l'hiver , les pâ*

ai.

Page 1