LE CLASSIQUE ET LE ROMANTIQUE
lége, et dont il n'est plus permis de se servir. Les anciens avaient au plus haut degré le sentiment de la beauté humaine ; mais les beautés du reste de la nature ne Élisaient pas la même impression sur eux; leurs imitateurs, parmi les modernes , n'ont certainement pas été ceux qui se sont distingués, par des descriptions justes, vives, originales, et profondément senties de ces objets naturels. Chez les anciens encore Tamour fut rarement une passion délicate. Il lui manquait l'égalité entre les deux sexes. D'autres idées et d'autres mœurs régnaient , à ce qu'il semble , parmi ces peuples du Nord, qui étaient .demeurés étrangers aux Romains, non-«eulement à l'égard des femmes, mais à l'égard de l'honneur personnel, de la digni té de l'homme et de son indépendance. Us avaient une autre foi religieuse, d'autres tradition^, d'autres fables, et lorsque, pendant la 4écadence de l'Empire, ces peuples vinrent en armes s'établir dans les provinces romaines , il dut en résulter un changement dans les mœurs et dans la manière de penser de leurs habitants. En effet, à la renaissance des lettres , une nouvelle poésie originale parut inspirer les premiers Bardes. Cependant les découvertes simultanées de divers manuscrits , restes précieux de la littérature antique, long -temps perdus ou négligés, et la juste émulation qu'ils • excitèrent , firent trop tôt rentrer le goût dans l'ornière du classique. On voudrait maintenant en
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.sortir; et le genre que, faute d'autre nom, ou appelle chevaleresque et romantique (i), parait renaître , non comme le genre classique renaquit autrefois par la découverte d'anciens manuscrits, mais par la découverte de nouveaux aspects dans la nature, dans les hommes et dans les choses, de nouveaux ressorts, de nouveaux pouvoirs <lans l'esprit humain et de nouvelles ressources ^ans le langage, que le besoin d'exprimer des choses inaperçues jusqu'alors, ou non encore senties, force à s'étendre et à s'enrichir. Malheureusement, sans doute, les amis du romantique, en Allemagne surtout, emportés par un zèle téméraire, voudraient contraindre le goût à rétrograder jusqu'au temps de Shakespear et de Calderort pour la poésie dramatique, comme jusqu'à celui de 'dmabue et de Giotto pour la peinture : mais, s'il fallait ainsi toujours copier, pourquoi changer de modèle ? Autant vaudrait laisser les anciens sur le chevalet que d'y placer ces modernes. Si Shakespear et Calderon revenaient au monde, ils brûleraient leurs ouvrages et en feraient de meilleurs , toujours d'après nature ^ comme les premiers ; mais sans rejeter les amé-
(i) Le mot romantique 9 s'il est dérivé de romance , et romance de romcàn, semble assez mal appliqué i un g^em'e qui est précisément contraire à celui des anciens^ Celtique ou scythique lui aurait mieux convenu , à moins qn on n'eût préféré ^ar^^r^ue, par manière de compromis, avec le parti classique , à qui le nom aurait fait plaisir.