‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 62 sur 99 · ACADEMIE DE FRANCE · texte numérisé non relu

ACADEMIE DE FRANCE

leurs heures à la main , au lieu de moccoli. Même pendant la licence du carnaval, on ne voyait point <le courtisanes dans les rues, et, à quelle heure que ce fut, on n'était abordé par aucune de ces infortunées^ On dit que les honnêtes femmes gâtent le métier, et c'est ainsi que les extrêmes se touchent. Il n'y a pas vingt ans que] les rues de Rome, maintenant mal éclairées, ne l'étaient pas du tout ; leur obscurité serVait de voile aux désordres de Sodome et de Gomorrhe ; alors les gens qui portaient des lumières recevaient souvent l'ordre impératif de les -éteindre, de la part d'hommes à qui ces ténèbres étaient néces-* saires, et il y avaitdu danger à ne pas obéir.

Il y a cent cinquante ans que Louis XIV établit ici une académie française pour Tétude des beaux-arts, où vingt-quatre étudiants étaient et sont encore libéralement entretenus aux frais de f État Jusqu'à la révolution française , ils avaient occupé un hôtel dans le Corso ; mais Tesprit de la pévolution , les gagnant un peu trop tôt pour les Romains, dont le temps n'était pas encore venu 9 ils furent maltraités et chassés. Sous Bonaparte, l'académie fut rétablie et placée dans la Villa MedicL Quoique la situation en soit élevée, et qu'il y ait un grand jardin, néanmoins les élèves y sont exposés à des fièvres annuelles, qui ne les atteignaient pas dans le Corso. L'année dernière , sur vingt-deux élèves , il y en a eu dix-

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sept malades : Fair de cette vUla Medici était sain avant que la villa Borghese^ qui en est assez près, eût des eaux , et le deviendrait encore probablement, si ces eaux ny étaient plus amenées. Le jardin de la villa Medici^ beaucoup plus grand <|ue celui des Tuileries à Paris , est orné de statues et planté d'arbres toujours verts, tirés au cordeau et taillés au ciseau, dans le bon vieux ' goût classique. La . belle église de TnnjUa del MontCy dont les vandales de 1 798 et 1 799 avaient Élit une forge , a été restaurée par M. le comité de Blacas, ambassadeur de France. C'est M. Mazois, chef du département de l'architecture ai l'académie, connu par son grand et bel ouvrage sur Pompeïa , qui fut chargé de ce soin , et il découvrit le tombeau de Claude Lorrain , enterré dans cette église. Parmi les tableaux d'un mérite distingué , Êiits par divers élèves de l'académie , je ne nommerai que celui du Christ y guérissant le démoniaque, par M. Forestier, et l'intérieur d'un Couvent , par M. Granet.

La salle des séances dç l'académie de XArcadia^ comme celle de l'académie Tiberina , est gardée par des soldats à moustaches , la baïonnette au bout du fusil , ce qui ne veut pas dire que l'autorité soupçonne la fidélité des poètes qui s'y rassemblent , et qui m'ont paru tout-à-fait bien pensants ; c'est, au contraire , une politesse qu'on veut leur (aire. Ces Arcadiens célébraient hier, à

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qui mieux mieux y la fête de la Nativité., dans de nombreux sonnets de circonstance, qui ne présentaient assurément aucune nouveauté alarmante. Les auteurs les lisaient eux-mêmes de ce ton chantant, quoique sans chant, qui leur est liabituelj et que Ton appelle , je crois , cantilene^ Élisant sonner la lettre r de la manière la plus dure et la moins harmonieuse possible : tout a été applaudi. Il est facile d'être reçu membre de ces académies ; plusieurs dames étrangères , soupçonnées de savoir tourner deux quatrains et deux tercets, ont dernièrement reçu leur diplôme.

Les appartements à Rome sont, en général, vastes et de plein pied ; souvent Ion y aperçoit encore des traces de dorures et de sculptures anciennes, mais l'ameublement, en général, ne répond pas à cette première intention de luxe ; il n'y a point de cheminées, point de tapis, les portes et les fenêtres ferment toujours mal. Telle famille italienne, dont l'appartement vaudrait à Paris deux cents louis de loyer , s'assemble le soir autour d'une table de bois, grossièrement travaillée, sur laquelle brûle une lampe de métal, élégante et classique dans sa forme , mais à qui l'art moderne des quinquets n'a point appris à dévorer sa pro^ pre fumée, et dont la grosse mèche donne plus d'odeur que de lumière. N'ayant point de feu au cœur de l'hiver, on se fait passer les uns aux >autres i^ petit pot de terre à anse , où il y a des

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cendres chaudes, pour dégourdir les doigts; cela s'appelle un marilo (un mari) , et il serait à souhaiter que les Italiennes fusstsnt auMÎ attachées et aussi fidèles à celui auquel de saints nœuds les unissent, qu'à ce mari de terre cuite.

Les gens du pays semblent être moins sensibles au froid que les étrangers, qui cependant viennent du nord et craignent moins la chaleur que les Italiens. En effet, on arrive dans un climat étranger, ^turé 'en quelque sorte d'une température contraire à celle que l'on y trouve, et par là même plus disposé à en endurer l'excès. On ne brûle ici qu'un peu de charbon à la cuisine, et même, à l'heure du diner , l'on ne voit pas de fumée flotter dans l'air, sur la ville de Rome, pendant l'hiver.

J'ai cherché à savoir quel était l'état actuel des mœurs relativement aux cavalieti serventi, et des étrangers, long-temps domiciliés à Rome, m'ont assuré que la coutunie n'a pas changé. Quelques Italiens en conviennent, et la plupart avouent •qu'elle existe du plus au moins; voici le résultat ■de ce que je tiens d'eux. Avant la révolution , 1^ jeunes personnes, de la bonne bourgeoisie et de la noblesse, étaient élevées au couvent, et à présent elles le sont de nouveau pour la plupart; celles qui reçoivent leur éducation dans la maison paternelle sont, en général, abandonnées aux soins des domestiques, pendant que la mère s'occupe de

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ses plaisirs. Lorsqu'une d'elles se marie, ce qui est toiiîours le résultat d'un arrangement de conirenance , dans lequel l'inclination n'entre pour rien , il s'écoule rarement plus d'un an avant que les époux deviennent à peu près étrangers l'un à l'autre. Le mari, quelquefois, se mêle du choix de l'homme qui à l'avenir se chargera d'accompagner sa femme, lorsqu'elle fera des visites, lorsqu'elle prendra l'air au Corso ^ ou ira aux corwer^saziom avec elle, enfin qui sera son cavalière ser^ vente; mais, si ce choix ne convient pas à la jeune dame, elle en fait secrètement un autre ; soit qu'il ait lieu avec ou sans le consentement du mari^ c'est un engagement auquel on est fidèle pour la vie , ou pendant bien des années , et lorsqu'il arrive de le rompre , c'est pour en former un autre semblable ; les liaisons passagères , les intrigues , les bonnes fortunes , sont inconnues ou très rares, et, pour cette raison, les femmes se regardent comme très supérieures, en fait de mœurs, à celles de bien d'autres pays.

Dès le matin, le caifoliere servente-se rend chez sa dame , et l'accompagne , pendant sa ronde jour* nalière de visites, dans sa propre voiture, s'il en a ime; oo court aussi les boutiques ensemble et il n'est pas rare que le caifaliere paie , car les maris ne sont pas toujours généreux. Après le dîner, le cauaUere revient pour la promenade du Corso , à laquelle quelques visites succèdent en-»

core, et Ton finit la journée par une "soirée ou coni^ersazione quelque part (dans les autres villes dltalie ce serait Fopéra). Les œnpersaziord des gens comme il faut ont lieu de dix heures à mi' nuit, et une ou deux heures plus tôt chez ceux qui ne le sont pas tout-à-fait. Le çcu^aliere accompagne la dame chez elle, et^ à ce que Ton assure, l'aide à se débarrasser de sa parure et à prendre un déshabillé; il ne la quitte enfin que lorsquelle s'est mise à table pour souper, et se retire alors dans son solitaire logis. Ceux qui trouveraient les plus précieuses faveurs trop chèrement achetées à ce prix, auront peine à comprendre que, sans faveur aucune, un homme, dans son bon sens, puisse se soumettre à un tel esclavage, et cependant le nombre des patiti (patients), de ceux qui souffrent et même paient sans équivalent, est assez considérable. Cela s'explique par le caractère éminemment paresseux d'un grand nombre d'Italiens, par ]e vide d'esprit qui résulte d'une éducation tout-à-fait négligée et par le manque total d^occnpsition. Farniente semble être ici le bien suprême. J'ai demandé s'il n'était jamais venu à la pensée de quelques gens mariés de vivre ensemble, comme font ici ceux qui ne le sont pas , puisqu'au fond cela serait beaucoup plus commode. Cela paraîtrait bizarre et ridicule, m'a-t-on réjx>ndu, et l'on en aurait honte. Une jeune personne, mariée au sortir de l'enfance, sans éducar

tion , sans principes arrêtés , sans expérience que celle du couvent, se trouve tout-à-coup jetée dans la société d'autres femmes mariées, qu'elle entend parler sans mystère de leurs engagements de coeur, et qui n'ont point d'autre conversation. On lui demande où elle en est elle-même, et il lui semble qu'être ainsi dépourvue de ce qui ne manque à aucune autre, sera attribué au défaut de mérite personnel ou de charmes. Tout la poussedonc à une manière d'être si généralement adoptée, et rien ne l'en défend. L'époux lui-même, peu accoutumé à respecter ïes liens du mariage, et déjà las de la gêne des siens , ferme les yeux s\ir les moyens de regagner sa liberté, et une sorte de tolérance mutuelle, tacitement établie,

devient le seul rapport existant entre les deux époux. Ce ne sont cependant point là les mœurs du peuple , ni même celles que les premiers revers de la révolution amenèrent dans les rangs supérieurs cîe la société. Quoique, par patriotisme, quelques femmes de qualité gardassent fidélité à leurs cavalieri strventi ^ les plaisanteries des Français intimidèrent le plus grand nombre d'entre elles, de manière à leur faire changer une mauvaise habitude contre une autre qui était pire ; celle des amours passagers. Mais enfin, il est vrai de dire que l'on vit , pendant une douzaine d'années , bien des jeunes femmes donner le bras à leur mari, et s'occuper de leurs enfants ; peut-être même qu'elles

trouvèrent leur bonheur dans ce nouveaugenre de vie. Cependant les anciennes mœurs reviennent peu à peu reprendre leur empire. On raconteranecdote récente d'une dame dont le cavalière servente s'était cassé la jambe loin de la ville, et qui, pour surcroit de malheur, lui avait été infidèle pendant son, absence. Afin de sauver sa réputation, il lui Mlut obtenir de son mari, qui était le coupable, la permission d'aller passer quelques jours auprès du malade convalescent. Ses amies en gémissaient, et l'une d'elles disait à cette occasion : « Voilà ce que c'est qu'une éducation de Perugia ( pays de la dame coupable ), où les mœurs ne valent pas mieux qu'à Paris, d On a peine à comprendre que dés hommes mariés s'accoutument à voir leur nom et leur fortune transmis à des héritiers qui ne leur sont rien : cependant les Ssdts attestent ce singulier travers. Un étranger qui, l'au^ tre jour , rendait visite à un gentilhomme romain , s'avisa de demander si quelques en&nts , qu'il voyait là , étaient les siens ; sur quoi le Romain dit «èchement qu'ils étaient nés dans la famille. Il n'est pas étonnant que l'éducation de ces enfants soit négligée , et que les filles , en particulier , soient, sans miséricorde, envoyées dès leur enfance au couvent ,. où elles deviennent religieuses. On assure qu'en ces occasions le père putatif montre quelquefois plus de regrets que la véritable mère , celle-ci trouvant que la

présence de ses grandes filles la générait. Les fils de famille , rarement envoyés au collège , sont élevés chez eux par un pédante^ petit abbé^ qui leur apprend un peu de latin , et vit avec eux, dans la société des domestiques. Ceux «ci sont très nombreux, quelquefois cinquante ou soixante, magnifiquement habillés certains jours, et en guenilles le reste du temps.

Les fils de famille sont d'ailleurs soumis à unediscipline aussi sévère que celle qui est imposée à leurs soeurs cloîtrées , jusqu'à Fâge où il leur est toutà-coup permis de jouir de la plus entière liberté. Les nobles ont des manières populaires , non pas par principes , mais par l'habitude d'une certaine familiarité avec leurs inférieurs et le sentiment d'une entière égalité d'ignorance.

Quelle que soit la» corruption des moeurs actuelles, elles étaient pires encore autrefois; les papes au moins sont de nos jours irréprochables. Urbain VIII, ( i6!i3 à i644) s^y^nt, par son testa* ment, légué de grands biens à sa famille (les Bar'bermi)^ avait ordonné que s'il ne se trouvait pas d'héritiers mâles à sa mort, les terres passeraient au bâtard d'un des cardinaux de sa famille. Il n'y a pas de pape à présent qui ôsat s'exprimer avec cette franchise; rien n'est plus décent que la cour papale.

Les soirées ici , conversauoni , ressemblent beau» coup à ce qu'elles sont ailleurs, plus cependant

à celles de Paris qu'à délies de Londres, en ce qu'il y a moins de foule , et que les femmes font cercle autour du salon, au lieu de se promener. Ayant leur jour pour recevoir , les femmes du grand monde font peu d'invitations spéciales, mais leurs conversazioni étant en général composées d'étrangers de toutes les parties de l'Europe et des personnages diplomatiques, ces rassemblements ne sont pas véritablement italiens et l'on y parle ordinairement français. Quant à la vie domestique des classes moyennes, on n'en peut pas dire grand chose , car un étranger n'en est pas le témoin. Ceux qui la connaissent , disent qu'elle est en général triste et mesquine. Les appartenqents, à peine meublés, manquent des choses les plus nécessaires ; les mêmes ustensiles servent à toute sorte d'usages, et «telle est la simplicité des habitudes que l'on couche sans chemise. Quoiqu'il en soit de cette simplicité-là , les Italiens en ont une autre qui a bien son prix , la simplicité morale. L'affectation leur est tout-à«&it étrangère ; ils n'ont de prétentions pour rien , s'amu^ sent de tout, et ont à la fois un bon naturel et de la bonne humeur. Jls aiment le plaisir , pour luimême, et sans aucun mélange de vanité; leur galanterie vise au solide et surtout ne s'affiche point. Un homme peut passer ici tout son temps auprès d'une femme, quoiqu'il n'ait que fort peu de choses à lui dire, et rien n'est moins animé que

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le tét&A-téte d'une dame et de son cai^iereservente Élisant leur promenade journalière du Corso. Tout le feu intellectuel d'un Italien semble exclusivement réservé pour l'art d'improviser en vers.

Je vais maintenant donner ^ sur ce même sujet des cat^aUeri serverUi^ l'opinion d'une dame romaine fort connue , dont ÏA réputation a toujours été sans tache et dont Tesprit est cultivé. Ses qualités et une longue expérience du monde, sont garants de la justesse de l'opinion qu'elle s'est formée sur les mœufs de son pays. En distinguant les classes , elle croit que celle des artisans et des boutiquiers ressemble à ce que l'on voit ailleurs. Exclusivement occupés deleursa£Eaireset des soins de la £uniUe ^ ces gens-là , dit-elle , n'ont pas de temps à donner au vice, et il est plus difficile de séduire la femme d'un cordonnier que celle d'un prince. Mais, si nous descendons plus bas, ajoute-t-elle ; l'ouvrier qui travaille à la journée, ou qui souvent ne travaille point, dégradé par la pauvreté et vivant en grande partie d'aumônes , est tout-àfait corrompu.

Les artistes forment à Rome une classe nombreuse ; elle est pauvre en général et connaît des besoins qui la rendent plus pauvre encore.

Les hommes de cette classe ont des mœurs

moins régulières que leurs femmes ; bonnes et

industrieuses mères de Êunille , celles-ci ont plus

de sujets de plainte contre leurs maris, qu'elles ne

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leur en donnen t< Oki nomme ici Citadini ceax qui s'adonnent auit proférions savantes, les jurisconsultes, médecins , professeurs des diverses sciences. Pendant que ces hommes sont dans leur cabinet ou occupé* de leur état^ les femmes assez riches pour avoir du loisir, et sans ressources intérieures, ne font pas le meilleur usage possible de leur loisir. C'est la classe qui remplit les théâtres et le petit nombre de lieux publics d'amusement à Rome. Après avoir scrupuleusement pas^é en revue la noblesse, mon observatrice ne ptit trouver, dit-elle qu'un cinquième des femmes qui eussent des amants en titre et avoués; ôr , comme ici on avoue ces choses-là , elle en concluait que les autres n'en avaient pas, et qu'elles étaient tout aussi vertueuses que le sont ailleurs les personnes du même rang; sorte de défense récririiinative fort en usage ici ; et en effet , les étrangères qui voyagent fournissent aux Italiens des données dont ils profitent volontiers.

Oh a beau dire que ces étrangères voyaient précisément parce que leurs habitudes^ étant l'objet du blâme public chez elles, ne leur permettent pas d'y rester , tandis qu'en Italie, s'il fallait voyager pour cette cause-là , ce serait la minorité qui ferait fuir la majorité. Ils répondent que ce ne sont là que des raisonnements dans lesquels ils ne sont point obligés d'entrer et s'en tiennent au* iTaits qu'ils ont sous les yeux. Les étrangères

en Italie, disent-Us, ne valent. pas mieux que nos propres fenunes ; qu'on nous en produise d'autres, si Von en a. Les Italiens qui ont vécu en France, avant la révolution, se souviennent que les gratids seigneurs d'alors avaient leur sérail obligé, lors même qu'ils n'en usaient pas , et que , jusqu^aux bourgeois, tous tenaient fille en chambre, quoiqu'ils se fussent quelquefois contentés de leurs femmes, si la mode ne l'avait pas voulu autrement. Ils affirment que cette fanfaronnade du vice, aussi blâmable au moins que le vice lui-même, est plus méprisable de beaucoup et infiniment plus ridicnle. On a beau dire que tout cela a changé en France ; ils disent à leur tour que la mode en effis^ peut avoir changé, mais que le caractère qui reste la ramènera. .Un ami de Mirabeau, qui était auprès de lui dans ses derniers moments , trouva qu'(/ dramatisait bien la mari ; mais chacun , sans être Mirabeau, dramatise dans son petit coin et cherche à s'en faire accroire sur quelque chose. Sous le régime militaire , pour paraître brave on voulait avoir des croix, let par toutes sortes de moyens on se les procurait; pour paraître éloquent sous le régime constitutionnel, on se fait composer des discours , et Rousseau disait : que, pour paraître avoir des oreilles , on battait à faux autrefpi^la ïnesureà l'Opéra. Ainsi , pour paraître aimer les femmes, on aura, quand la mode sera revenue, des maîtresses à gage qu'on ne verra pas.

En Italie , c'est en parfaite simplicité de cœur qu'on se livre à ses inclinations bonnes ou mauvaises , sans respect humain , sans penser à f air qu'on aura et sans crainte du ridicule. Pour finir la classification de mon observatrice, elle ajouta :<{ne , à la campagne , les jeunes filles et les jeunes garçons vivaient entr'eux sans retenue; mais qu^après mariage le stylet ferait justice d'une infidélité, et que d'ailleurs l'honneur du mari était assez gardé par cette laideur prématurée du sexe qu'amènent les travaux de la campagne. Au reste , ce n'est pas à la campagne que l'on trouve nulle part les meilleures mœurs. Il n'y a pas de ruelle obscure d'une grande ville, où l'on ne trouve plus de vertu que dans les champs , plus d'innocence et de modestie que parmi les bergers et les bergères. Voici ime anecdote où le caractère ingénu des passions en Italie ne se peint pas moins bien que leur violence. Un jeune étranger sur son départ fut, il y a quelques jours, prendre congé de sa maîtresse, accompagné de M. B***, autre étranger, son ami. Après les plus tendres adieux et lorsqu enfin les deux amants se furent arrachés des bras l'un de l'autre, M. B*** soutint encore long-temps dans les siens la belle au désespoir , tâchant de la consoler , sans s'apercevoir que sa main égarée lui déchirait pendant ce temp&là un grand morceau du dos de son habit. Revenu chez lui , il trouva dans l'antichambre son va-

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]et désolé qui , étendu dans un fauteuil, se refu*sait à toutes espèces de consolation , même à celle de sou maître et ne disait aucune attention à lui; ce malheureux venait aussi de se séparer de Tobjet de sa tendresse. M. B^* partait lui-même de Rome» ce jour-là, mais donnait auparavant à dîner à deux antiquaires et à un artiste. Âpres le repas , il amusait ses convives, en leur racontant les deux scènes amoureuses dont il avait été le témoiu etoù il avait joué un rôle, lorsque, la porte s'ouvrant , on vit entrer une jeune personne avec laquelle, p^tidant le séjour d une année qu'il avait £aiit à Rome , il avait eu des liaisons très-intimes. Elle venait lui faire ses adieux et n'était pas seule. Tous ses pareots raccompagnaient , tous, dans le secret, tous désolés, tous en pleurs! M. B^^^, obligé de passer brusquement du ton plaisant qu'il avait pris à celui de la circonstance, ne savait trop quelle figure faire. Heureusement la chaise de poste parut dans ces entrefaites à la pqfte , comme pour mettre fin à son embarras; mais le cortège de la demoiselle n'éprouvait pas le même besoin de solitude que lui; il s'en vit entouré jusque dans la rue, embrassé par tous les cousins et même par onde et tante,. sous les yeux de ses antiquaires romains , de qui. je tiens l'anecdote , mais qui la i^acontaient sans rire; car ils n'y voyaient rien que de tout simple et de tout naturel.

Une grande partie du peuple de Rome saifUce-

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et écrire , mais cela esi très tare parmi les |>aysans> Dans la haute société on sait lire aussi, mais on / ne Ht pas; au fait , cette connaissance e^ , par ettetnême, sans résultat , à moins de circonstances qui en favorisent le bon usage ou un usage quelcon-qiîe. 'L*ôh met des livres d'histoire et de religion eft^re les mams des jeunes pei*sonnes qui n'y prennent aucun plaisir, «t se procurent en cadhett^ des Ton!)ans fràiVçais; il -est rare qu'elles apprenncnnit même la musique et le dessin. Les jeunes g€fns 'qui lisent quelque chose , lisenft Voltaire, et n'en lisent que ce qui devrait être écarté du recueil de ^es œuvras. *

Les fautes que les femmes commettent sont^ encore . phis ici qu ailleurs , imputables au^ bo>mmés entre les mains desquels elles tomWnt^ Wns expérience, sans connaissandeAitoonde, et dans lllge de l'innocence; avec un peu 'de tendresse au fond du côrar et un peu de vanitsé dans la tête, empressées de plaire , d'être adÉiîréés, d'être aîméés, leur tnoral est comme u>ie table raSe où Ton peut mettre ce que l'on verit, un sol vierge , propre à 'tous les genres de cultures ; et lorsque , pourvus de plus d^expérience , de talents et de force , les hommes négligent lV)cefe- Sidn de s'assiïrer d'un trésor tdl que l'aflfection d'une femirie vertueuse qui se trouve ainsi , une fois dans leur vie , complètement à leur dii^pos?- 'tion, ils méritent de'le perdre à jamais.

LIS tfcjcuas. 37S

Une foia l'an, pendant la semaine Aainte, il y a un ^eriûon, a^rQssé spécialement aux dames de baijkt parf^«4 daios 1 église de la Piaz;ui Sciarra , ^râ Cor^'t il est prononcé à. huis clos, c'est*à^ire ;sm& hoASOieis , sans domestiques , et pour elles .seulc^s. lie prédicateur , Jbien iofonmé sans doute , 6âtianf)aitrait,.d'après.natiu*e, de tautesles trspisgnemo^QS , ;grande$ et petites , dont le beau sexe roiiEiiiiB . s'est rendu coupable , et ciiaQune de ses siudil^oc^ tvouve , dans sa conscience , Ja part qui iiureiyienjtide ce discours, <et des menaces effrayfiblfos de damnation éternelle prononcées contre 'CeUea qui «e rompront pas , ce jour même , les teupotfts illicites que l'église 41e .reconnaît pas. La plupart de ces femmes sortent toutes en larmes; JesTieiMes. pleurant de regret qu'il ne soit plus en Jleur.pQuvoir de Êûre le. sacrifice;. les jeunesse ce ^u'il est «exigé; toutes dans les meilleurs senti- »mexits.JlIais,;lorsqu'arrivéescbez elles^ellesy trouyentun^mari indifférent, et xm.cavaliere ^eruente -plein de zèle, qui prend part à leurs peines et 1^ ^ulage en y versant ie iiaume de la sympathie,, iljiy a bojones résolutions qui puissent y tenir, et i'oju pasâe un nouveau bail pour un an. Les co- •chers et laquais , rangés sur la Fiazza Sciarra , s'amusent entr'eux de l'air contrit de leurs maîtresses sortant à la file de l'église , et en font des gorges chaudes, se promettant bien d'épier le résultat de la i&emonce. qu'elles outre ue. I.ies fem-

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