LES BRIGANDS
Le départ soudain du cardinal Gonsalvi , pour Terracinaj sur la frontière de Naples, avait donné lieu à dÎTerses conjectures, mais l'on sait maintenant que c'était pour traiter avec certains chefs de brigands , à qui il avait donné rendez-vous. Il en est arrivé neuf ici quiv se sont rendus à certaines conditions , avec leurs femmes et leurs en- £aints. Plusieurs d'entr'eux avaient été pris où tués en conséquence de mesures énergiques, et les voies conciliatrices, qui ont ensuite été suivies , paraissent avoir eu du succès. Quelle chute cependant pour l'antique reine du monde , que son premier ministre soit réduit à s'aboucher avec des voleurs ^ grand chemin , à traiter avec eux comme d'égal à égal y et qu'il reçoive à présent des féUcitations de tout le monde sur le succès de ces négociations! C'est la mode d'aller voir ces neufs brigands dans les fossés du château Saint-Ange , où ils sont au lai^e et commodément logés. Leur détention doit durer tm an. Ces hommes, jeunes et vigoureux y sont bien vêtus et ont moins l'air d'assassins que beaucoup d'honnêtes gens que l'on rencontre tous les jours dans les rues de Rome. L'un d'eux , parlant de son ci-devant métier , disait l'autre jour, qu'il était redevable de sa conversion à deux dames; et, d'un air dévot et galant à la fois, il tirait de son sein une image de la Vierge qu'il baisait, Inontrant, en même temps, sa femme qui était présente. Les étrangers .raffolent de ces gens-
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l^y ils vont lesvpir^etles présents pleuventsiir eux; l'olficier y qui commande dans le château, s'amuse aussi à faire faire à un de leurs enfants, pejtH garçon de grande espérance, son excerqice de brigand' qu'il a appris 4e soq (jUgne père» Il ooucdie en joue , demande la bourse ou .la vie , wke ei bU feu de la meilleure grâce du mcmde, s'élançant enaiite sur la proie qu'il vient d'abattre. Ges^ens^Ii doivent se former d'étrai^ges idéesd'eu&^fldéniesejt Jies autres, lorsque^ amsi devenus in téreasants, visités par le grand monde, par desfenunes lélégantesi par dies étrangers de distinction., écdutés lavec attention quand ils racoatent leurs exploits « comblés de présents , ils se voient , ainsi que les jeunes louveteaux de la fiunille ,. caressés et applaudis. Us doivent en conclure que la loi qui les condamne «si tout ce qu'il y a de plus aSbsurde et de plus injuste. Avec tont cela, personne «à fiome ne semr ble croire qu'ils sortent jamais .sains let saufe .de l'eKidroit où ils sont à présent. Ils s'y. sont .rendus sur la foi du gouvernement; cela est vrai, disentils, (ma che voleté? non >si puo/are ); mais que vottlez^vous ? cela ne se peut pas. Telle est l'idée que le peuple se forme delà ioi publique. Je suis néanmoins persuadé :que la parole , donnée par le •cardinal Gonsalvi et :1e pape actuel, sera£dèlement gardée.
Ix) château Saint- Ange était autrefois is magnifique mausolée d'Adrien; réduit maintenant
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à la moitié environ de sa hauteur ainsi que <le sa largeur primitives, il a été dépouillé de trois rangées • extérieures de magnifiques colonnes, Tune au-dessus de l'autre , pour en orner l'iatérî^ir de Sardo Paehj extra muros,i!^]k décrit. Transforioé e& prison dXtat , il o|fre maintenant une sorte de tour, large et basse, qui a. sîx<:ents pieds de cirx^ooiléreikce eft cent pieds d'élévation , Mtie en jyierres de taille de grandes dimensions ^t enwonnée d'un profond fossé. I^rs de la décadence de l'empire, les Romains, dégénérés, fu* rent réduits à chercher derrière les murs du mausolée, un réfage' contre les hordes, barbares qui dévastanent leur pays, et ks statues qui l'oroaiei^t , «nisès en'ipièoes, leur foumirw4: des projectiles qu'ils lançuîent 'contre les assaillants. Quelques 'Siècles plus tard, cet édifice fut occupé par la noble famille des CrescenUus^ comme le Colysée , à cette même époque, l'était par les Frctngipam. Dans laBuite, les papes en firent un lieu de refuge dans lequel ils pouvaient se rendre secrètement, au moyen d'un passage couvert ^t sur arcades, comme un'^iqueduc , qui y conduisait de leur pakûs du Vsttican. Les Français, en 1798 , pénétrérent dans 4e château Saint-Ange , par ce passage. De la plate-forme , au sommet du château , la vue est^aturellement très étendue et domine , du côté du norâ^st, le champ où CincinnÂtus laissa sa
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charrue pour prendre le commandement de l'armée romaine.
L'hiver est fort doux à Rome , quoiqull y gèle quelquefois, et souvent pluvieux d'octobre en mars et avril. Les beaux jours cependant étant devenus plus fréquents , nous avons fait diverses promenades dans les environs, principalement du côté du sud-ouest. Des maisons abandonnées et tombant en ruines sont d'abord tout ce qui s'offre à la vue ; autour d'elles le désordre et la saleté d'ime population qui n'est déjà plus se font encore apercevoir. Mais bientôt des ruines éparses, plus nobles, viennent donner de la dignité au paysage ; ce sont dé longues rangées d'aqueducs sur la' gauche , etc. , de tombeaux sur la droite. Je ne connais rien de plus imposant que ces interminables arcades poursuivant à pas de géant leur course irrégulière au travers du désert. Par l'extrême simplicité et la grandeur de leur plan elles réveillent l'idée de l'inmiénsité de l'éternité, et d'un pouvoir sans borne à qui rien ne coûte. On voit que l'utilité a été le seul but , sans égard à la beauté , et cependant rien de plus beau. Ces rivières , suspendues dans les airs , n'ont cessé pendant vingt siècles de verser leurs flots d'une onde pure dans les rues et dans les places publiques de Rome , lorsqu'elle était maîtresse des nations et lorsqu'elle devint leur esclave. Elles désaltérèrent.