‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 73 sur 99 · II. I · texte numérisé non relu

II. I

temps maintenus. Les décrets des censeurs ro* mains étaient enregistrés à Cœre, circonstance remarquable en eUe-même , mais qui pourrait avoir contribué à Téloigneraent des Romains pour les habitants de cette ville. On soupçonne que Rome a pu être une colonie de Caere. Tout le pays, de Tune à l'autre ville, est une plaine variée de petites élévations ondoyantes, quelquesunes occupées par une chaumière et son enclos: tout le reste est un vaste pâturage désert. Le sol n'est autre chose que ce sable de couleur drangée qu'on nomme puzzolana^ disposé en couches horizontales qui alternent avec d'autres lits composés de fragments de pierre ponce et de cendres agglomérées ensemble; font annonce des dépôts résultant d'éruptians volcaniques qui otit eu lieu sotts la mer lorsqu'elle couvrait le pays. La ville moderne de Cen^etri^ qui ne contient pas plus d une centaine d'habitants, occupe le site de la citadelle seulement de l'antique Ctere, bâtie sur un promontoire de rochers volcaniques d'environ cent pieds de hauteur, d'où la vue plonge sur une vallée très^pittoresque. Les épaisses murailles de oette antique citadelle sont encore debout, et dans les environs, on voit les ruinés ordinaires de thermes «t de •temples. L'on y trouve aussi plusieurs de ces siiiguliers 'gt*eniers à blé de l'antiquité, appelés sitosj lesquels sont hâtfa soi» terre, de '*(<itvfA

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ovale, et profonds de i5 i ao pieds sur huit à •dix de diamètre. L'étroite ouverture étant her* métiquemeut bouchée, le grain parfaitement garanti du contact de l'air, et hors d'atteinte de la chaleur et de l'humidité, se conservait ainsi pendant un nombre d'années presque illimité; et, en cas d'invasion, n'était pas facilement découvert par l'ennemi. Les tombeaux sont nombreux; et ces demeures des morts, creusées dans le roc^ volcanique , étaient rangées en lignes parallèles aux demeures des vivants de ce tempslà , qui eux-méme^ he sont plus. Leur entrée est fermée d'une grande pierre taillée à sa mçsure et qu'il est fort difûcile d'enlever. Intérieurement , ces grottes mortuaires ont de dix à quarante pieds en carré; elles sont arrondies dans le haut en forme de voûte , avec un gros pilier au milieu pour plus de solidité. Après tant de siècles, les marques du ciseau sont partout aussi fraîches que le premier jour. Un banc taillé dans le roc règne à l'en tour , quelquefois deux , l'un au-dessus de l'autre; et c'est là que les corps étaient placés , un vase étrusque sous le bras et un autre aux pieds. Il y avait un soupi* rail en forme d^ cheminée qui donnait de l'air dans l'intérieur ; l'an trouve fréquemment une petite chambre creusée derrière la première avec use por4;e de communication et deux fe-i^trea. Deux fenêtres , <l'un «ppart«ment ji

4 ' OAIGllTE DÉ ROM£«

l'antre, dans un tombeau où l'on ne voyait pas clair ! Cette ville des morts est remplie de ser-* pents qui fuyaient de tous côtés à notre appro*^ che. Les tombeaux de Corinthe, d'Argos et de toute la Grèce sont semblables à ceux que je viens de décrire, ce qui indiquerait une origine commune aux Grecs et aux Caerîtes, ainsi qu'aux Bomains, si ceux-ci étaient une colonie des Caerites.

Les Grecs , flatteurs en titre des Romains leurs patrons , ne se contentaient pas de leur donner une origine grecque, honorable sans doute à Té* poque de la fondation de Rome; mais les faisaient descendre de Vénus dont Enée était le fils; et sui^ leur autorité , César, dans un discours public, fit sérieusement valoir ceye parenté. Le léger chan-» gement qu'ils firept ensuite à un vers d'Homère^ sembla promettre à Enée et par conséquent à César la domination da monde entier , comme celle de Troie. Il n'y a sans doute pas beaucoop de .fond à faire sur la vérité bistoriqne de TEnéide , et l'on peut dire des poètes en général, que s'ils ont perpétué les traditions , ils y ont mêlé tant de fables qu'on ne sait s'ils ont rendu après tout un bon ou un mauvais service à l'histoire/ Mais, si les premiers Romains n'étaient pas deâ demi-dieux , au moins ne fcn^ent-ils pas des vo^ leurs de grands chemins, comme on Ta stfpposé^ Campés au milieu d'une vaste plaine malsaine^

ORICI^TE D£ «OME. 5

entourés de peuplades cantonnées dans des lieux fortifiés et qui leur étaient supérieures par le nombre, la civilisation et les richesses, en même temps qu'elles les égalaient en courage , les Bomains , dis-je , n'auraient pu d'abord piller ces voisins et les insulter impunément. L'enlèvement desSabines est d'autant moins probable que l'on voit , long-temps après , les Romains se maintenir avec peine contre les Sabins. L'on ne saurait croire non plus que Romulus, prince royal d'Albe, ait pu se voir réduit à Thumiliante nécessité d'enlever de force celle dont il devait faire sa femme. Les Romains du siècle d'Auguste, quoique de beaucoup plus rapprochés que nous ne le sommes des sources de leur histoire ancienne, ne croyaient pas, sur ce sujet, la moitié ce qu'on nous donne à présent comme des &its avérés. Cicéron , dans une lettre à Atticus , tourne en ridicule l'histoire de Romulus. Suivant Tacite et Pline le jeune , il paraîtrait que Scévola se brûla la main bien inutilement ; car Porsenna n'en continua pas moins le siège de Rome qu'il finit par prendre,et même lui imposa la condition , dans un traité que Pline dit avoir vu , de ne se servir du fer à l'avenir que pour labourer la terre. Si nous en croyons Polybe , historien très-digne de foi, la délivrance de Rome par Camille, dans l'année 36o, et toutes les circonstances dramatiques de la défaite

6 ORIGIRB DS ROME.

de Brennus et de ses Gaulois , racontée si longtemps après par Plutarque, seraient des contes. Hutarque lui - même , tout crédule xju'il était, parle souvent de Tobscurité de Thistoire ancienne et du peu de certitude que Ton possédait de son temps sur les premiers événements dé cette histoire et sur leur date. L'on suppose Kome fondée à-peu-près cinq siècles avant k guerre contre Pyrrhus ; mais comment le saiton ? Lorsque dans ce quatrième siècle nous voyons les Romains avoir recours à l'expédient grossier de planter un clou dans la muraille pour marquer chaque année qui s'écoulait « peut-on supposer quHIs sussent écrire et composassent des mémoires sur leur temps? D'ailleurs, tous les documents pubbcs lurent brûlés lors de l'invasion des Gaulais; Titev-Live l'affirme : ainsi, qœ peut-on savoir des premiers siècles de Borne? Barœ îitterœ fuere , dit Tîte - Livc en parlant de ces temps-là, et véritablement on le peut croire. L'incertitude est telle , que ce quatriènae ^ècle pourrait fort bien avoir été le cinquième ou le dixième , tout comme seulement le second ou le troisième; et cependant on nous donne à présent l'histoire des cinq premiers siècles de Rome sans lacune, et chaque année marquée par quelque événement important. Ce n't'st pas la pauvreté des histoires modernes sur Rome antique qui inspire de la défiance , c^est au con^ir^re leur

V>ftiGIllE UE ROME. 7

richesse ; elles recueillent où personne n*a semé. Le temps efTace ou dénature les traditions ^ elfes se plient aux vues particulières de ceux qui en font usage ; et Ton sait qu'à Rome surtout, elles devinrent Finstrument politique des prêtres et des hommes d'état. Ce furent les Grecs qui les premiers recueillirent ces traditions, et Ton n'a aucune raison de croire qu'ils furent bien scru* puleux dans le choix. Fabius Picior , le premier historien de Rome qui fût Romaiu , vécut dans le sixième siècle de Rome; ses matériaux na furent autres que ceux déjà rassemblés et employés par les Grecs. C'est de lui principale*ment que Tite-Live a ensuite tiré les siens, ainsi qoe de certains registres de famille, tenus dans les grandes maisons (tenus encore par les Grecs pour leurs patrons), et des oraisons funèbres dont on gardait copie. Nous sommes fort igno* rants dans ThistCHre, disait Atticus à la fin de la république, lorsqu'il voulait engager Cicéron k s'y vouer; et celui-ci se plaignait hautement de l'usage que l'on faisait des matériaux infidèlea dont on vient de parler.

Qu'importe, au surplus, la date et les circon* stances de la fondation de Rome et des premiers exploits militaires des Romains? Il nous suffit de savoir qu'ils conquirent Fltalie et ensuite le monde connu, dans le cours de quelques cea« taines d'années. Mais les causes morales de celte

s ORICmF DE ROME,

énergie prodigieuse qu'ils déployèrent si longtemps chez eux comme au -dehors , offrent le plus grand intérêt, et il nous importe de satoir quelle pouvait être l'organisation sociale qui produisit ce grand résultat, malheureuseroent mieux connu que ses causes.

Nous nous accoutumons de si bonne heure à considérer tes anciens Romains et la liberté comme deux choses inséparables, que bien peu de gens s'avisent d'examiner si l'idée reçue est bien fondée. Trois cents ans après l'expulsion des rois de Rome, nous voyons le peuple se faire accorder, à la suite d'émeutes réitérées , des tribuns chargés de prendre sa défense contre les patriciens, et alors seulement s'aviser de deraan- • der le droit de mariage, cormubia patrum^ qu'ils furent assez forts pour obtenir. On ne sait trop s'il faut entendre par là le droit de s'allier légalement aux familles patriciennes, connubiacwn patribus^ où seulement le droit de contracter mariage entre plébéiens, eonfarreadonem^ au Meu de cohabiter simplement jper uswn^ comme le font à présent les nègres des colonies. Mais dans l'un ou l'autre cas, ce fait suffit pour prou- Ter que le peuple romain avait jusqu'alors vécu dans un état voisin de l'esclavage. Sons la dénomination de clients, les plébéiens étaient pourtant obligés de consacrer leurs biens et leur vie au service de leurs patrons les patriciens \ et

HlEMIEAS*Il01fA.INS. 9

celui qui aurait enfreint ce devoir pouvait être rois à mort impunément, comme une victime Touée au dieux infernaux. Lorsque le peuple abandonna la ville et se retira en corps sur le mont Sacré, on le vit se plaindre d'être traité comme s'il était d'une autre espèce que les patriciens tanquofn e cœlo demissos. Long-temps après l'institution des tribuns , dans le cinquième siècle, une loi spéciale devint nécessaire pour proscrire les coups de verges en usage jusques alors. Il y eut des exemples de légions désobéissantés rappelées à Rome et punies, presque sans forme de procès , avec une cruauté inouïe. I-#es soldats furent envoyés à la mort en troupes de cinquante à-la -fois, leurs corps privés de la sépulture , avec défense aux parents et amis de ces malheureux de faire aucune démonstration publique de leur douleur. Ce fut en vain que les tribuns voulurent d'abord s'opposer à ces exécutions qu'ils estimaient illégales.

De nouvelles lois devinrent nécessaires pour faire exécuter les anciennes , ce qui montre combien le mal était enraciné.

Avec la liberté , on s'imagine que les Romains possédaient l'égalité aux yeux de la loi, et qu'ils avaient des droits législatifs. En effet , ils étaient appelés à sanctionner les lois, à élire les magistrats ; ils déclaraient la guerre et faisaient la paix; ils siégeaient comme juges, prononçaient

sans appel dans les causes criminelles (i). Voilà de grands pouvoirs, qui même paraîtraient extrè* mes ; mais les augures étaient là , armés de leur pouvoir divin, et lorsque les omina ne se troQ" valent pas favorables, la loi qui venait de passer n'était plus une loi^ l'élection était décla-* rée nulle, et l'assemblée elle-même du peuple souverain n était plus qu'un rassemblement iv* régulier et sans fonctions légales^ vitio taber^ naculum captwn. Or, comme ces augures étaient de la classe privilégiée des patriciens , on conçoit ce que devenait en fait la souveraineté du peuple. Le6 présages, la divination, jouaient un si grand rôle dans Tadministration des affaires à Rome , qu'on a dit qu'elles allaient par inagie. Cicéron pouvait bien se moquer des augures; mais Rome , maîtresse de Tunivers , ne leur demeurait pas moitis asservie. Lorsqu'au moment

(i) La justice civile fut bien et promptement administrée par un seul ju{^e pendaAt cent vingt-trois ans, ensuite par deux juges; et il y en avait encore deux autres pour les provinces dans le temps ou Tempire romain était le pioi vaste; mais leur nombre n'excéda jamais seize. U n'eu est pat aiaft dans plusieurs états modernes , où les juges sont presque aussi nombreux que les plaideurs. Dans les premiers siècles de Rome, le peuple décidait dans toutes les causes criminelles; tnals lorsqu'elles se multiplièrent au point de rendre cette Inahière de juger impraticable, on institua un tribunal cri*kniael toujours en sesatun, et devant lequel certaines causes^ celles, par exemple, de péculat, étaient jMrtées.

PREUIERS ROMAIirS. Il

d'une bataille le» augures prononçaient que les dieux étaient propices, on voyait le soldat ro* main se précipiter sur Tennemi, et bravant tous lesdangers, justiCer Taugureaux dépensdesa vie. Malgré certaines apparences d'indépendance et de droit politique dans le peuple , les pouvoirs étaient tous dans l'aristocratie, civils comme militaires, judiciaires comme sacerdotaux; tandis que le peuple, plehsy était a peine maître de sa vie. Les assertions de Tite-Live au sujet de la liberté du peuple romain sont contredites par les faits mêmes qu'il cite. Le droit de propriété , laissé au peuple , aggravait encore ses maux; car, sans lui faciliter les moyens de s'enrichir par l'industrie , il lui donnait la capacité de contracter des dettes , pour le payement desquelles le débiteur devenait sujet aux plus crueb traitements, à l'emprisonnement dans la maison tnéme de son créancier , dans sa prison domestique. Il pouvait y être traîné de force, chargé de fers , battu de verges, affamé , presque arbitrairement, comme tes restrictions mêmes, imposées par la loi au créancier patricien , le font assez Toir. Ce créancier était tenu de fournir à son prisonnier une livre de farine par jour pendant soixante jours seulement , les fers ne devaient pas peser plus de quinze livres , etc. , etc. Mais si, après ce délai de soixante jours, la dette n'était pas payée, le corps du débiteur apparte-

la PREMIERS ROâlAlJirS.

nait en toute propriété à ses créanciers , qui pouvaient le couper en pièces et se le diviser entre eux, si, moins sanguinaires, ils ne préféraient le vendre au-delà du Tibre, et partager le produit au lieu de Thomme. Toutes les insurrections populaires, pendant la durée de la république romaine , eurent pour cause plus ou moins inn« médiate les rapports entre les créanciers et les débiteurs, entre le peuple et Taristocratie ; d*où résulta à la fin l'établissement des tribuns qui amena la démocratie avec ses excès , et finalement leur conséquence ordinaire, la tyrannie militaire d'un seul maître. Au reste, l'aristo* cratie avait sous ce dernier régime tout à iperdre, le peuple rien; et lorsqu'on voit des nobles sénateurs appelés à délibérer dans la cuisine impériale sur les moyens de faire cuire entier un poisson de si grande taille qu'aucun vase de cette cuisine ne pouvait le contenir, surgitur etmisso proceres exire jubentur consilio , etc. , l'on est porté à croire que la position du plébéien cjui avait péché le poisson, était plus digne d'envie que celle du sénateur.

La classification par centuries dans la loi de ServiusTullius donnait aux richesses une grande influence politique, qui seule aurait relevé la classe industrieuse si elle avait existé à Rome : mais l'industrie était toute domestique; les riches faisaient faire chez eux à*peu-près tout ce do&t

ils avaient besoin. I^es arts étaient exercés par des esclaves, des affranchis, des domestiques^ pour l'usage de la famille; tandis que le simple citoyen romain, exclusivement laboureur et soldat , n'exerçait pas de métier lucratif. L'habi*» leté dans les arts utiles ou même les arts libé-* raux^ concentrée parmi les esclaves, leur don* nait souvent une très^grande valeur. Malheureu* sèment le peuple n'était pas taxé, sa bonne volon* té n'était pas nécessaire à ses maîtres. Le besoin d'ai^ent est le meilleur frein des gouvernements ^ et il n'y a jamais eu de peuple libre , excepté dans l'état sauvage, qui n'ait payé pour sa liberté.

Malgré cet état de choses, le peuple romain montra en toute occasion des sentiments très-su» périeurs a ce qu'on aurait pu en attendre. Reli« gienx, fidèle à ses sermens , magnanime dans ses ressentiments , on ne le vit jamais manquer de respect à ses magistrats , même lorsqu'il se sou» levait contre eut. Jamais il ne voulut passeï* à Tennemi, lors même qu'il s'était éloigné de Romê en corps, dans le dessein avoué de chefdier une autre patrie. Ceux des patriciens, qui se rendirent de la part dû sénat auprès de ce peuple soulevé , furent traités avec respect, et leurs propositions écoutées. Le peuple, trompé de nouveau, avait recours aux mêmes moyens pour se faire rendre justice , mais toujours sans tumulte et sans violence; et, le tort redressé, on voyait les roécon»

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tents reprendre leur rang sous des offiders patriciens , combattre avec le même zèle qu'auparavant, et donner encore la victoire à leur ingrate patrie. Les mains de ces terribles soldats ne furent jamais teintes d'aucun autre sang que de celui de l'ennemi. Durs et même cruels^ mais pourtant magnanimes; justes, mais sans pitié, les Romains poussèrent plus l(An que les Spartiates les qualités 9 bonnes ou mauvaises, qui distinguaient ces derniers. Leurs historiens eurent plus d'élévation que ceux de la Grèce, mais moins d'élégance, plus de génie avec moins de goût et d« talents.

A Venise, on s'éto]:\ne de voir raristocratie héroïque des beaux temps de la république se dévouer en faveur d'un état de choses où la tyrannie était exercée, par elle-même, sur ellemême. A Rome, nous trouvons le peuple dévoue à une autre tyrannie, dont il était seul victime, sans aucune compensation; et, quoique traité en esclave , nous ne retrouvons en lui aucun dtt vices de l'esclavage, mais au contraire les vertus qui sont ordinairement le résultat de la liberté.

Bomulus, fondateur supposé de Rome-, na pu créer à volonté une aristocratie. Des patrtciens d'un jour n'obtiennent pas la souoïissii»* de leurs égaux , qui auraient difficilement voûta les croire des êtres privilégiés, cœlo demissi^ des au^urçs doués de acuités suroatureHea; auWlt

MBJUiBns itouAiirs. i5

▼otHoîr hire des bramines dans llnde. Ce fon» dateur n'aurait pu créer, de son autorité privée , i les relations inégales de patrons et de clients, de déUteurs et de créanciers; car, dans cette distribution des rôles, personne n'aurait voulu acoq>ter les maavais. Les aristocraties ne se jettent pas ainsi an motiie; noais a Rome, comme ailleurs , les premiers habitants , les fondateurs et leurs iaimiles , ne ^vMiliirent sans doute pas admettre des nouveau-venus sur le pieil d'égalité; fis ne ienr accordèrent pas les mêmes droits, et c*est ainsi que les premiers occupants du mont ï^alatin devinrent une aristocratie, et formèrent naturellement Tordre patricien. Les austères vertus de cette aristocratie furent le résultat de ses longs travaux, de ses revers , de ses victoires, pendant une guerre de plusieurs siècles, soutenue coïïtre tous ses voisins. Dans le sentiment de leur vaillance, de leur supériorité militaire, de leur dévoûment, de leur force de volonté, ils purent une fois se croire inspirés. Us l'étaient peut-être; q>ri sait ce que c'est que l'inspiration! et leur croyance fit naître celle de tout le peuple; car il faut croire soi-même, pour faire des croyants. Le peuple romain se crut, pendant Icyng-temps, conduit par des demi-dieux. Voilà tout le secret de la première constitution rqmame. Jdm lorsqu'enfin l'incrédulité se ré- •paiidit pai^OH les flpmaiQs, lorsque le fanatisme

l6 l»ftËMl£AS ROMAINS.

national , résultant de la foi sincère en une coopération divine , vint à s'affaiblir, les disputes continuelles entre les plébéiens et leurs patrons £irent naître une autre espèce de fanatisme, et ce fut celui de l'ambition personnelle s Rome alors changea de constitution. La fecilité avec laquelle les plébéiens furent ensuite reçus dans l'ordre équestre, leur donna pendant quelque tenrips une impulsion prodigieuse; jusqu'à ce qu'enfin cet Ordre, perdant en considération ce qu'il gagnait en nombre, vit son influence s'évanouir. Les étrangers venaient en foute, des provinces de l'empire les plus éloignées^ se faire inscrire dans le registre des tribus, et le peuple romain devint un rassemblement de populace > parmi lequel un Catilina ou un César, les triumvirs et tous les ambitieux trouvaient des partî« sants à gage. Sous un magistrat plébéien, cette populace finit par imposer des lois à l'ordre pd' trideti.

Du pérîocle théocratîque et héroïque ail période impérial, la nation, obéissant à une impulsion irrésistible, passa successivement par tous Les degrés de la démocratie, jusqu'à ce qu'elle arriva à l'anarchie; car les patriciens, loin de constituer un pouvoir intermédiaire entre la multitude et le gouvernement, propre à tenir la balance égale, étant eux-mêmes le gouvernement, et réunissant tous les pouvoirs, après

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{ivoir été d'abord les tyrans du peuple, furent ensuite tyrannisés par lui à son tour; et il vint un temps où les patriciens tinrent à honneur d'être individuellement adoptés par des plé- . béiens. Lorsque d'innombrables citoyens romains venaient à Rome, des extrémités de lempire, voter pour des hommes qui ne leur étaient connus que par l'argent qu'ils en recelaient, la distance entre l'anarchie démocratique et le despotisme n'était pas difficile à franchir, et il n'était plus possible de retourner en arrière; aussi le meurtre de César fut-il un crime inutile. Parmi les causes du déclin et de la chute de l'empire romain, son étendue et la disproportion entre la téta et les membres de ce vaste corps passent pour les principales; mais l'empire britannique tient aujourd'hui plus^de place sur le globe terrestre que ne fit jamais l'empire romain; il a autant de soldats et cinq fois autant de matelots ; la Tamise amène de beaucoup plus grandes richesses à Londres, que Rome n'en reçut jamais par le Tibre.

Enfin le pays desMarlborough et des Wellington, des Drake et des Nelson, ne manque pas de chefs militaires , et l'ambition n'est pas étrangère au caractère national; mais l'ambition britannique a devant elle une carrière constitutionnelle limitée, quoique iinmense, et l'ambitieux qui voudrait en franchir les bornes se trouve-

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