‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 10 sur 126 · G LE CLASSIQUE ET LE ROMANTIQUE · texte numérisé non relu

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lége, et dont il n'est plus permis de se servir. Les anciens avaient au plus haut degré le sentiment de la beauté humaine; mais les beautés du reste de la nature ne faisaient pas la même impression sur eux; leurs imitateurs, parmi les modernes , n'ont certainement pas été ceux qui se sont distingués, par des descriptions justes, vives, originales, et profondément senties de ces objets naturels. Chez les anciens encore l'amour fut rarement une passion délicate. Il lui manquait l'égalité entre les deux sexes. D'autres idées et d'autres moeurs régnaient, à ce qu'il semble, parmi ces peuples du Nord, qui étaient demeurés étrangers aux Romains, non-seulement à l'égard des femmes, mais à l'égard de l'honneur personnel, de la dignité de l'homme et de son indépendance. Ils avaient une autre foi religieuse, d'autres traditions, d'autres fables, et lorsque, pendant la décadence de l'Empire , ces peuples vinrent en armes s'établir dans les provinces romaines , il dut en résulter un changement dans les mœurs et dans la manière de penser de leurs habitants. En effet, à la renaissance des lettres , une nouvelle poésie originale parut inspirer les premiers Bardes. Cependant les découvertes simultanées de divers manuscrits , restes précieux de la littérature antique, long -temps perdus ou négligés, et la juste émulation qu'ils excitèrent , firent trop tôt rentrer le goût dans l'ornière du classique. On voudrait maintenant en

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sortir ; et le genre que , faute d'autre nom , on appelle chevaleresque et romantique (i) , paraît renaître, non comme le genre classique renaquit autrefois par la découverte d'anciens manuscrits, mais par la découverte de nouveaux aspects dans la nature, dans les hommes et dans les choses, de nouveaux ressorts , de nouveaux pouvoirs dans l'esprit humain et de nouvelles ressources dans le langage, que le besoin d'exprimer des choses inaperçues jusqu'alors , ou non encore senties, force à s'étendre et à s'enrichir. Malheureusement, sans doute, les amis du romantique, en Allemagne surtout , emportés par un zèle téméraire, voudraient contraindre le goût à rétrograder jusqu'au temps de Shakespear et de Calderon pour la poésie dramatique, comme jusqu'à celui de Cimabue et de Giotto pour la peinture : mais , s'il fallait ainsi toujours copier, pourquoi changer de modèle? Autant vaudrait laisser les anciens sur le chevalet que d'y placer ces modernes^ Si Shakespear et Calderon revenaient au monde, ils brûleraient leurs ouvrages et en feraient de meilleurs , toujours d'après nature , comme les premiers ; mais sans rejeter les amé-

(i) Le mot romantique, s'il est de'rivé de romance, et romance de romain , semble assez mal appliqiie' à un genre qui est précisément contraii'e à celui des anciens, Celtique ou scyihique lui aurait mieux convenu , à moins qu'on n'eût préiéré barbarique, par manière de compromis, avec le parti classique , à qui le nom aurait fait plaisir.

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