THEATRE MARCELLUS. 3 \ J
lus. C'était le second théâtre seulement qui eût été bâti en pierre, et le plus beau quon eût encore vu. Il reste de ce théâtre environ un tiers de la circonférence; l'étage inférieur est enseveli sous les décombres, mais la partie supérieure, transformée en château dans le moyen âge, offre de hautes min-ailles percées d'innombrables fenêtres sans régularité. Comme le Colysée, cet antique édifice devint une forteresse occupée par la puissante famille des Fierkoni, puis par les Savelli^ et finalement parles Massimi., qui en firent un palais, appelé maintenant le palais Orsini. Comme le théâtre Marcellus a beaucoup plus souffert que le Colysée, les décombres forment dans l'intérieiu' un monticule presque aussi haut que les murs environnants, et sous lequel on trouverait probablement des objets d'arts précieux. Les Juifs qui fourmillent dans le palais Orsini^ ont consacré ce monticule à une singulière branche d'industrie, celle de transformer de vieux habits en habits neufs. Le vétéran, étendu au soleil, est soigneusement regratté avec la carde à foulon , afin d'arracher au drap râpé un faux duvet de jeunesse qui trompe l'ignorant acheteur. La race rabougrie des Juifs, habitants de ce quartier, se fait remarquer par une grosse tète et des jambes grêles; leurs conscrits étaient sujets à des maladies toutes particulières. Soumis autrefois ici, comme presque partout, à de cruelles vexations, on les obli-
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geait, pendant le carnaval, à courir le long du Corso pour ramusement de la populace , et ils ne purent se racheter de cette avanie, qu'en faisant courir des chevaux à leur place, c'est-à-dire en foiu'nissant le prix destiné à l'animal vainqueur. On les enfermait autrefois pendant la nuit dans les étroites limites de leur quartier; mais ils furent affranchis de cette sujétion en 1798 (i).
Un pont communique du quartier des Juifs à nie du Tibre, qui, par sa forme, sa grandeur et sa situation , ressemble à l'île de la Cité , à Paris : les deux rivières se ressemblent aussi, quoique le Tibre soit plus bourbeux encore que la Seine, et surtout plus rapide. Cette île est fort malsaine, et souffrit beaucoup plus que les autres quartiers de la ville, lors de l'affreuse peste de l'an de Rome 4oi.Le sénat envoya à cette occasion des ambassadeurs à Épidaure, pour consulter Esculape dans son temple, et ils en rapportèrent un serpent qui s'échappa dans l'île du Tibre, où, en mémoire de cet événement , on éleva un temple au dieu de la Médecine : l'église Saint - Barthélemi est bâtie sur ses ruines. La peste dont il est ici question , ainsi que plusieurs autres, rapportées parTite-Live, eurent lieu en été et en automne , et n'étaient probablement autre chose que les fièvres endémiques
(r) Les portes sont de nouveau fermées, et , par un singulier attachement aux usages de leur jeunesse, fermées , dit-on , à la requête des vieux Israélites.
BICHOLAS RIENZI. 3lC)
d'à présent, plus violentes clans certaines années, et plus mal soignées que de nos jours. Un peu plus bas, on voit les ruines d'un autre pont, connu maintenant sous le nom de Ponte Botto, qui joignait anciennement le quartier Trastevere à celui du Mont Palatin ; U fut construit avant notre ère; mais le Ponte Sublicius ^ situé au-dessous, également en ruines, est d'une antiquité encore bien plus reculée ; car c'est celui où Horatiiis Codes fit sa belle défense. Il est bon d'observer que les arches, encore entières, de ces anciens ponts, s'élèvent hors de l'eau à peu près autant qu'elles ont pu le faire , lors de leur construction; d'où l'on doit conclure que le Tibre a conservé son ancien niveau, quoique le sol de Rome se soit fort élevé ; ses inondations , encore fréquentes et dangereuses, ont dû l'être autrefois bien davantage. Près du Ponte Rottô , on montre la maison de Nicolas Rienzi, le célèbre tribun de Rome en 1347; ^^^^ ^^^ remarquable par un certain mélange de prétentions en architecture et de pauvreté. On voit près de cette maison le temple de la Fortune virile , et celui de Vesta^ tous deux assez bien conservés. Ce quartier de Rome, fort laid assurément, est tout historique et poétique; si les yeux y sont peu satisfaits, l'imagination vous dédommage. C'est encore ici que l'on noyait les criminels dans le Tibre, ainsi que les chrétiens dans les temps de
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leurs persécutions. L'endroit du rivage où se faisaient ces exécutions est marqué par la tradition, et l'on y trouve encore , sous l'eau , de grosses boules de marbre noir avec leurs anneaux de fer, que l'on suppose avoir été attachées aux malheureux que l'on précipitait dans le fleuve; quoi qu'il en soit, ces pierres ressemblent toutà-fait aux poids des balances antiques , ou romaines. Vis-à-vis sur le penchant du Mont Aventin , on cherche, sans la trouver, la caverne de Cacus\ mais quelques ruines, sur la gauche d'un sentier ombragé, qui monte jusqu'au sommet de l'Aventin , pourraient bien être celles du temple d'Hercule; c'est là que l'on découvrit la belle statue d'Hercule enfant, en basalte, qui se voit au musée du Capitole. Quelques génisses paissaient tranquillement, sans être inquiétées par les voleurs, quoiqu'Hercule ne fût plus là pour les défendre. La vue du sommet de l'Aventin est fort belle ; l'on trouve là quelques églises remarquables par leurs antiques colonnes de marbre de Paros, et leurs sarcophages païens; partout ailleurs ces églises seraient fort admirées , mais à Rome elles se perdent dans la foule. L'air, sur l'Aventin, n'est pas aussi bon que la vue est belle, son élévation étant un peu au-dessous du niveau de la fièvre ; la fille du jardinier du prieuré de Malte était sur le point de succomber à cette maladie. Les navires remontent le Tibre jusqu'ici, et nous en
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comptâmes quinze ou vingt, amarrés sur ses bords. Sortant do la ville par la porte de Saint -Paul pour aller voir la basilique du même nom , à un mille de la ville, nous passâmes à côté de la pyramide de Caïas SexlLis . Ce Romain, qui voulait absolument que son nom passât à la postérité, et ne savait probablement pas trop comment s'y prendre , ordonna, par son testament, qu'on lui élevât ce monument, modeste imitation des pyramides d'Egypte. Il a i i3 pieds de hauteur, et 69 pieds de largeur à sa base. La dernière demeure de l'immortel personnage, située au centre de la pyramide, est de dix-liuit pieds de long sur douze ou treize de large ; le passage qui y conduit , caché depuis des siècles sous quinze pieds de décombres, fut découvert il y a environ 160 ans : cette accumulation de décombres montre que Rome antique s'étendaitjusquedansce lieu, maintenant désert. Deux belles colonnes de marbre , trouvées sous ces décombres , ont été gauchement plantées au pied de la pyramide , où elles font un mauvais effet. La forme pyramidale interdit à la nature ses moyens ordinaires de destruction; et, en Egypte, où l'extrême sécheresse, pendant une partie de l'année, empêche que la végétation ne s'établisse entre les pierres, les pyramides sont éternelles; mais celle-ci nourrit des arbres dont les racines , faisant l'office de coins et de leviers, ont séparé d'énormes pierres en I. Il