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3o8 ÉCONOMU: POLITIQUE.
Personne ne sait , pas même le gouvernement, la valeur des importations et des exportations des États romains, ni en quoi elles consistent. Le revenu des douanes n'est pas mieux connu ; tout ce que l'on peut dire , c'est que les principaux articles d'exportation sont: la laine grossière, les cuirs, le chanvre, l'alun, le marbre brut aussi bien que taillé. On m'assure que les chiffons y jouent un grand rôle; les plus mauvais, ceux dont on ne peut pas faire du papier, sont portés à Gènes , pour servir d'engrais aux orangers. Mais , ce qui vaut mieux que les chiffons, ce sont les revenus spirituels tirés de tous les pays catholiques de l'Europe , tels que la première année du temporel sur les bulles des bénéficiers et des évèques; les dispenses pour épouser sa nièce ou sa cousine; 3,000 francs pour faire un évéque; 3,ooo écus pour faire un cardinal, etc. Cependant, comme tous les objets manufacturés, tous ceux de luxe, toutes les consommations qui ne sortent pas immédiatement du sol, viennent du dehors, même les vins fins dans un climat excellent pour la vigne , on ne comprendrait pas comment le pays peut y suffire, même avec son revenu spirituel, si un coup d'œil sur la grande masse du peuple , ses vêtements, ses meubles, sur ses jouissances enfin , n'apprenait pas que tout cela est tellement restreint, que la façon d'un évêque ou d'un cardinal solderait aisément le luxe de quelques centaines de gens du peuple.
M.VRIAOF. 3of)
Le revenu spirituel, qui est appelé la Daiaria^ est, au surplus, aussi mal connu du gouvernement que le sont les autres branches du revenu public, et, lorsqu'en dernier lieu, le cardinal Gonzalvi voulut se faire rendre des comptes par ceux qui sont à la tète de ce département , il ne put en venir à bout.
D'après la décision du concile de Trente , le mariage ici est indissoluble, et l'expression d'un doute à ce sujet est punie d'excommunication. Comme c'est un sacrement et non un contrat civil, le consentement des parents n'est pas absolument nécessaire. Les biens des mariés restent séparés comme chez les anciens Romains (i). J'avais entendu parler de certaines clauses dans quelques contrats de mariage, qui assuraient à la femme le privilège d'avoir son cavalière se/vente; mais je me suis assiu'è par des recherches qu'il faut mettre ce conte au rang de celui qui fait conduire les femmes anglaises au marché , la corde au cou, par leur mari, pour y être réellement vendues au plus offrant (2).
[i) Césai-, dans ses Commentaires, observe avec surprise que , dans les Gaules , les biens de l'homme et de la femme sont en commun, et le survivant héritier de l'autre.
(2) Quelques gens du bas peuple, en Angleterre, s'imaginent que la vente simulée d'une femme , qui serait dans l'habitude de faire des dettes , afiranchit son mari de l'obligation de les payer à l'avenir; et, bien que ce soit vine erreur , le scandale de cette vente empêche en effet celle qui en est l'objet de faire des dettes en lui ôtant le ci'édit qu'elle pourrait avoir.
OIO MOEURS
H est vrai qu'il y a quelquefois en Italie un accord par écrit, entre des époux, sur la manière dont ils vivront, quand ils seront mariés ; par exemple , le mari promet de ne jamais faire vivre sa femme à la campagne, ce qui paraît ici une chose insupportable.
Les petits princes souverains de l'Italie, lorsqu'ils devinrent autrefois feudataires du pape , conservèrent, autant qu'ils purent, dans leur état de maison , les dehors de leur ancien rang , et même à présent , les ducs et princes romains , à moitié ruinés par la révolution, veulent encore avoir pour maître de cérémonies , un noble plus pauvre qu'eux-mêmes ; il leur faut un avoué pour recevoir les réclamations des vassaux qu'ils n'ont plus , un autre pour le département criminel , un secrétaire , un bibliothécaire , un intendant, quelques commis pour tenir les comptes, et un grand nombre de domestiques. Autrefois un prince et une princesse , un duc et une duchesse avaient chacun leur maison à part, différentes livrées, différentes voitures portant leurs armes respectives, et la dame avait son gentilhomme qui devait être noble ; on se souvient encore à Rome d'avoir vu la princesse Braschi conduite par son gentilhomme, tandis que le prince, son mari, suivait, sans jamais lui offrir son bras.
Les cardinaux ne sont pas nécessairement prêtres; ils peuvent quitter l'état ecclésiastique et
l'étiquette. 3ii
inéme se marier. Les bas rouges, la calotte rouge, et l'âge mur leur imposent luie sorte de retenue , et on ne les accuse pas de galanterie, quoique dans leur intérieur , ils aient quelquefois des liaisons obscures et peu connues.
Les prélats qui forment un autre ordre extra-canonical, comme les abbés d'autrefois en France ( i ), portent un vêtement de couleur violette qui les distingue des laïques ; les prêtres de paroisse passent pour avoir des mœurs régulières , mais pour être très indulgents à l'égard des peccadilles de leurs pénitentes.
Dans les beaux jours de Rome pontificale, et même jusqu'à la révolution, l'étiquette était beaucoup plus stricte qu'elle ne l'est maintenant ; par exemple , un cardinal dans son carrosse qui rencontrait un cardinal à pied, (je m'étonne qu'un cardinal allât alors à pied ) devait descendre pour lui faire son compliment. Après maintes révérences , gracieux sourires j et protestations d'attachement, les éminences prenaient congé l'une de l'autre ; mais celle du carrosse , au lieu d'y remonter, devait s'éloigner à pied jusqu'à une certaine distance, se retournant plusieurs fois, et faisant la révérence à l'éminence à pied, qui, de son côté, s'acquittait des mêmes devoirs ; et ainsi de part
(i) On se souviendra que tout ceci date de huit ou neuf ans j les abbés d'autrefois pourraient fort bien être revenus en France.
3i2 l'étiquette.
et d'autre, jusqu'à ce qu'elles ne se vissent plus. Un cardinal pouvait rendre les mêmes honneurs à un prince sérénissime qui aurait eu le droit de s'asseoir siu- les bancs des cardinaux dans la chapelle du pape, mais à nul autre mortel ; « suivant moi, (dit le signor cavalière Girolamo Lunadoro, qui a écrit un livre sur la aorte dl Roma^ suivant moi, ce qu'ilya de plus difficile à arranger, ce sont les places dans un salon de compagnie. Je maintiens qu'un cardinal étranger, qui Tait visite à un cardinal romain, doit être placé au fond de l'appartement, vis-à-vis de la porte, et à côté du maître de la maison , et que , s'il y a d'autres cardinaux , ils doivent être placés à côté les uns des autres, exactement sur la même ligne, toujours en face de la porte , etc. , etc ». Si le lecteur en veut savoir davantage, qu'il consulte le signor cavalière Girolamo Lunadoro lui-même ( i ).
Le pape , comme nous l'avons vu , ne demeure pas au Vatican , mais occupe un palais sur le Mont Quirinal^ point fastueux, mais jouissant d'un air salubre et d'une fort belle vue. On voit sur la place Quirinale, devant le palais, une belle fontaine jaillissante , dont les eaux sont reçues dans un bassin de granit oriental , formé d'un seul bloc et ayant 76 pieds de circonférence, et près de là
(i) Lo stato présente o sia la relazione délia corte di Roma, già publicato dal cav. Lunadoro, etc., etc., in Ronia, 1774-
LE PAPE. 3j3
s'élève, plus haut que le palais Quirinal, un obélisque égyptien de granit rouge. Les deux chevaux, de dimensions colossales, d'où vient le nom de Monte Cavallo , sont placés des deux côtés de l'obélisque , et conduits par deux hommes de taille également colossale , ayant dix-sept pieds de hauteur. Les noms de Phidias et de Praxitèle, gravés sur leurs piédestaux, montrent seulement que l'usage de donner de grands noms à des ouvrages médiocres n'est pas nouveau. Les hommes ont été trouvés dans les Thermes de Constantin , et sont probablement de son siècle; mais les chevaux peuvent bien être grecs , et comme tous ceux de l'antiquité , ce sont de bons gros limoniers. Quand le pape est en voiture , il est escorté d'une belle troupe de chevau- légers; mais les portas de son palais ne sont gardées que par des personnages sans armes qui ressemblent aux valets d'un jeu de cartes. Autrefois ils étaient choisis parmi les habitants d'une petite ville nommée Castello de Vitorchiano^ près Viterho ^ qui étaient restés fidèles au pape à une époque ( le douzième siècle ) où il s'était vu abandonné de tout le monde. Les gardes suisses de sa sainteté portent à peu près le même costume antique.
Le portique , qui entoure la grande cour du palais Quirinal, abrite les équipages de ceux qui vont chez le pape, et un bel escalier conduit à de vastes appartements, meublés avec une élé-
3l4 PALAIS UU PAPE.
gance peu commune à Rome, mais surchargés de dorures. Ces ajDpartements étaient destinés au roi de Rome sous Bonaparte, et ont dernièrement été préparés de nouveau pour la réception du grand père, l'empereur d'Autriche, qui était attendu.
Les fenêtres donnent sur un jardin, où les armoiries du pape, sans oublier les clefs de Saint- Pierre, se voient curieusement dessinées sur la terre, au moyen de menus fragments de marbres de diverses couleurs distribués en compartiments; pas un pauvre petit brin d'herbe , pas la plus petite plante ne dégrade la majesté, de ce parterre pontifical , dont l'ordonnance est purement architecturale. Son étendue, d'environ quarante arpents, n'est pas toute dans le goût que je viens de décrire ; le reste offre un mélange hétérogène de choux, de statues et d'allées jamais sarclées , mais dont les arbres sont , en revanche , taillés avec grand soin ; au moyen de petits tuyaux cachés sous terre, une eau perfide jaillit inopinément sous les pieds des dames qui s'y promènent , et seringue leurs jupons, sorte d'espièglerie à laquelle on ne s'attendrait pas dans le jardin du pape.
J'ai déjà parlé des fragments d'un ancien plan de Rome, gravé sur albâtre , qu'on voit au musée du Capitole, et du portique d'Octavien, qui se fait remarquer sur ce plan. J'ai été voirses ruines situées
PORTIQUE d'oCTA-VIEN. 3i5
dans la poissonnerie (Pesche/ia). Ce beau portique est rempli ou plutôt incrusté de misérables échoppes, où l'on vend le poisson , cpii forment de petites rues si étroites, que les colonnes antiques ou portiques sont de chaque côté profondément entaillées par les moyeux des roues de charrettes. Je frappai à la porte d'une des maisons qui avoisinent la grande entrée de l'antique édifice, afin de voir certaine corniche qui pénètre dans la partie supérieure de la maison ; on me cria d'entrer; mais les objets qui se présentèrent à ma vue me firent bientôt oublier ceux que j'étais venu chercher. Au milieu de la chambre, un grand matelas étendu par terre fourmillait d êtres vivants ; toute une famille gisait là , blottie sous la même couverture. Au milieu du groupe , je distinguai un visage long et livide, bien noir et bien blanc par places; c'était probablement celui du chef de la famille, étendu les yeux fermés et sans mouvement comme un corps mort; auprès de lui on voyait une vieille femme, qui semblait n'avoir d'autres vêtements que les guenilles nouées autour de sa tête, puis trois ou quatre enfants qui se disputaient l'étroite couverture toute roide de saleté. Un coffre, un banc, étaient lesseulsmeubles de l'appartement, à moins qu'on n'y ajoute un grand vase de bois plein de poisson, placé à côté du lit. L'air infect de ce repaire de la misère me fit reculer de dégoût, et regagner la rue au plus vite, où je
3j6 INTÉRIliUll domestique.
inaperçus bientôt que j'étais noir de puces. Malgré cet état de choses, qui semble être celui de la plupart des maisons de la Pescheria^ l'endroit n'est pas fiévreux, et il en est de même du quartier des Juifs, situé tout auprès, sur le bord du Tibre, où les maisons, remplies de monde, ne sont séparées que par des ruelles étroites et puantes. En parcourant cette partie de la ville, il m'est venu dans l'esprit que, de toutes les antiquités romaines, l'ordure est ce qu'il y a de plus antique; car il ne parait pas qu'elle ait jamais été enlevée. L'on m'assure qu'il n'est pas rare ici de voir toute une famille de la basse classe, coucher dans le même lit, qui est très-grand; père, mère et enfants, sans chemises! la femme occupe ce grabat jusqu'à dix heures ou midi , pendant que le mari va au marché et met luimême le pot au feu. Les portes des maisons du peuple sont souvent la porte même de leur chambre à coucher ; vous y voyez , de la rue , toute la famille, comme autrefois chez les Grecs où les portes s'ouvraient contre la rue, de manière qu'il était d'usage à Athènes, quand on sortait, de crier aux passants de prendre garde que la porte ne les renversât.
Avant de bâtir le portique , qui porte le nom de sa sœur Octavie et dont je viens de parler, Auguste avait construit u» superbe théâtre , auquel il avait donné le nom du fds plein d'espérance, que cette sœur venait de perdre, Marcel-