ALBANO
Stériles et blanchâtres qui exhalent une forte odeur hépatique ; partout ailleurs elle présentait de riches pâturages ou des champs de blé en herbe; car, quoiqu'inhabitée, elle est cultivée en quelques endroits par des bandes nombreuses de laboureurs qui descendent de la montagne et s'en retournent le plus tôt qu'ils peuvent. Nous en comptâmes cent-vingt en quatre divisions, arrachant les mauvaises herbes d'un champ de blé. Le Monte Albano s'élevait, du milieu de cette merde verdure, comme une île ou un promontoire. Nous y vîmes de magnifiques maisons de campagne, au milieu de sombres bosquets de chênes verts, et plusieurs villes et hameaux qui portent des noms historiques. Sa hauteur est de 2900 pieds, et sa base , de près de 5o,ooo de circuit. Nous parvînmes au pied de la montagne, en trois heures, et, bientôt après, à la ville ^Albano située à mihauteur, où, nous étant procuré un guide pour Monte Cavo^ nous commençâmes à gravir une pente douce qui nous conduisit au lac Alhano , ou plutôt sur le bord du vaste entonnoir, de deux lieues de circuit , au fond duquel brille, d'un éclat tranquille, le miroir de ses eaux. C'est, suivant toute apparence, le cratère d'un volcan éteint. Poursuivant notre route le long des bords, nous admirions les pentes boisées de ce singulier bassin , et les magnifiques châtaigniers qui croissent çà et là sur la montagne , respectés par la cognée
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du bûcheron, à cause de leurs fruits; des rochers caverneux étaient couronnés de Herrj, et des mousses de toutes couleurs diversifiaient leur surface. Quelques ruines au-dessus de nous semblaient, par leur situation, avoir appartenu à ^Iba longa^ la sœur aînée et l'antique rivale de Rome.
De l'autre côté du lac, on voyait le Versailles des papes , Castel- Gandolfo , dans une beaucoup plus belle situation que celui du roi de France. Les terres qui appartenaient à cette résidence furent aliénées au prince Poniatowski, par le dernier pape, en ses pressants besoins. Prenant à droite, nous sommes entrés dans un bois de magnifiques châtaigniers; le creux, dans le tronc d'un de ces arbres, avait six pieds de diamètre. En deux heures, nous atteignhnes ^occri di Papa , gros village dans une situation pittoresque, mais plus sale encore que pittoresque. Nous paraissions attirer l'attention des habitants plus que nous ne feussions désiré, vu leur réputation ; car, sans mendier, on dit qu'ils savent se faire faire donner tout ce qu'ils veulent. Justement audessus du village , une vaste esplanade se fait reniarquer, appelée /Tflto dl Annibale. La tradition assigne ce lieu au camp d'Annibal , quoiqu'il soit difficile de comprendre pourquoi ce général se nichait si haut; mais notre guide, militaire expérimenté, aussi bien qu'habile cordonnier de
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dames, ne permettait pas le moindre doute à ce sujet. De ce prato di Annibale , au sommet du Monte Cavo ^ nous suivîmes l'antique via Triumphalîs ^ pavée de dalles de deux à trois pieds de diamètre , si bien assemblées , quoique irrégulières tlans leur forme, qu'après tant de siècles, ce pavé est dans le medleur état. Quelques-unes des pierres étaient marquées des lettres Z V et il faut qu'autrefois ce lieu , où maintenant il ne passe que des ânes, fût fréquenté par des voitures; car la trace des roues s'y fait apercevoir. Le couvent, situé au sommet, est bâti sur les fondements et avec les matériaux mêmes de 1 ancien temple de Jupiter Latialls ^ auquel conduisait la via Triumphalis . De ce lieu , et à l'ombre de magnifiques arbres, la vue embrassait tout le Latinm , comme dans une carte de géographie , Rome au centre; et, quoique la ville éternelle fût éloignée de douze milles en ligne droite , on distinguait ses principaux quartiers. Le Tibre, comme un ruban d'argent, serpentait sur le fond vert de la campagne ; il traversait Rome et toute la terre classique de l'Enéide, jusqu'à l'antique Ostia, où il se perdait dans la mer; et cette mer, d'un bleu vif, était cà et là marquée d'une voile latine blanche.
Du côté opposé, la vaste chaîne des Apennins , encore couverte de neige , formait un rempart circulaire embrassant la plus grande partie des