‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 124 sur 126 · CHANTS NATIONAUX · texte numérisé non relu

CHANTS NATIONAUX

lains creux de la montagne , où elle se conserve toute l'année.

Un magnifique clair de lune nous accompagnait en descendant la montagne, et notre guide, Antonio Castellini^ nous entretint tout le long du chemin de ses campagnes , surtout de celle de Russie, dont il portait des marques glorieuses, ayant perdu un doigt du pied et la moitié d'une oreille par la gelée. Ce facétieux personnage nous donna des preuves de son talent en contrefaisant, avec une assez belle voix, les chants populaires des Russes, des Allemands et des Français, aussi bien que ceux des Italiens, ses compatriotes, qui ne sont en aucune manière les meilleurs, le bas peuple ici faisant entendre des sons presque aussi peu harmonieux que la même classe en France. Il imita aussi les manières de ces différentes nations, et nous donna, en mauvais langage, mais avec assez de vérité comique, ce qu'il appelait des compliments français.

Revenu dans sa patrie , des prisons de la Russie, pauvre et éclopé, après six années de souffrances, ce jeune homme, qui, dans l'origine, avait été envoyé à la guerre contre son gré, ne parlait cependant de la vie militaire qu'avec enthousiasme. Il ne regrettait point la perte de tant d'années, et parlait sans amertume de l'abominable injustice dont lui et tant d'autres avaient été les victimes, tant la gloire militaire, ou seule-

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ment la vie militaire u de charmes pour la jeunesse. Egalement communicatif sur ses intérêts privés, notre guide nous informa qu'il vivait avec sa mère et une sœur mariée , et que lui - même était sur le point de se marier à l'héritière d'une fortune de i5o écus. Un jeune homme, nous ditil , ne songe point ici à se marier avant d'avoir amassé une centaine d'écus, ou de les recevoir en dot de sa femme. Il ne savait pas lire , et ses voisins , ses parents , ses amis n'étaient pas plus savants ; mais il en admirait d'autant plus la supériorité des Français sur ce point. Une fois arrivés sains et saufs , on nous dit que nous avions couru quelque danger en revenant si tard, ce moment étant précisément celui où les habitants quittent les champs pour revenir chez eux, et l'occasion que nous leur avions offerte de nous voler aurait pu les tenter. Cependant, nous n'eu-' mes qu'à nous louer de tous ceux que nous rencontrâmes, et quelques-uns même, en nous souhaitant une felicissima notte, nous firent observer que nous étions bien tard(/?zo//o tardi)suv le grand chemin.

Depuis l'auberge d'Albano, la vue, sur la campagne et la mer, moins étendue que d'enhaut, était plus gaie et même plus pittoresque. Les arbres de la villa Pamjili Doria , formant le premier plan du paysage, se dessinaient sur le lointain avec une grâce admirable. C'est ici que

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Pompée et Domitien passaient l'été, et quelquesuns des chênes verts de la villa Pam/ili ^ qui pourraient fort bien être d'origine impériale , mesuraient jusqu'à vingt pieds de circonférence. On rencontrait partout, dans les jardins de la villa Pamfili^ des ruines éparses. Un chemin délicieux, ombragé de magnifiques arbres, nous conduisit, le lendemain , à Castel Gandoljb. L'intérieur du palais n'a rien de remarquable , non plus que les jardins. Ceux du palais Barherini^ dans le voisinage , sont agréables et jouissent d'une fort belle vue; on y voit les restes d'une galerie, à moitié souterraine , qui avait autrefois un mille de longueur, et 23 pieds de largeur. Elle est pourvue de fenêtres du côté de la vue , et , dans les chaleurs de l'été, offre encore une promenade agréable , dont la température est toujours modérée. Les murs ont douze pieds d'épaisseur, le pavé est en mosaïque, et la voûte est richement ornée.

La descente , depuis le bord du vaste enfoncement, où brille le lac Albano, jusqu'à ses rives, est assez escarpée ; cependant les voyageurs , pour peu qu'ils aient du zèle, ne manquent pas d'aller voir un des plus remarquables monuments du génie et de la persévérance romaine , le célèbre Eniissario. C'est une galerie souterraine, de près de deux milles de longueur, formant la seuile issue par où puissent s'écouler les eaux du lac, qui, autrement, devraient s'élever quatre cents pieds

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