‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 14 sur 126 · LES HOPITAUX · texte numérisé non relu

LES HOPITAUX

glais, en Angleterre, ne coûtent pas à faire et à entretenir le quart de ce que coûte un jardin français, non pas seulement à la Louis XI F, mais à la nouvelle mode, dite anglaise.

Je vais raconter une anecdote populaire, dont je suis loin de garantir l'authenticité, et que je ne répéterais même pas s'il était nécessaire qu'elle fût vraie pour en tirer la conclusion qu'on verra. Un frère de ce maréchal, comte Belgioioso, dont je viens de décrire l'ancienne demeure, général lui-même , et très-jaloux de paraître à son avantage les jours d'apparat, avait coutume de passer plusieurs heures ces jours - là ( on m'a dit sept heures, ce qui est un peu fort) sous le peigne d'un perruquier. Celui-ci eut une fois la main malheureuse ; il manqua la frisure du général , qui , furieux de ne pas se trouver au miroir aussi beau , ou aussi terrible qu'il l'aurait voulu , tua d'un coup de pistolet l'infortuné friseur. «Tuer son perruquier, m'écriai-je, frappé du dénouement î Eh! je vous prie, votre monsieur le général ne fut -il pas pendu? — Pendu, répliquat-on, avec non moins de surprise , vous n'y pensez pas ! » Que l'histoire soit vraie ou fausse , il suffit qu'elle ne soit pas invraisemblable sur les lieux pour donner la mesure des notions existantes sur la justice criminelle et son application.

L'Italie vante ses hôpitaux, et Milan en possède plusieurs qui ont beaucoup de réputation. J'au*.

iia ÉGLISE DORJÎE.

rais voulu voir le Spedale Grande; mais une fièvre pétéchiale contagieuse, qui récemment a doublé le nombre de ses malades, efi interdit l'entrée aux simples curieux. Cette maladie ne se manifeste au dehors que dans la classe pauvre, par suite de la disette des deux années précédentes , et surtout de l'hiver dernier. Il est assez remarquable que la plupart des fondations de charité datent de ces temps de barbarie où l'homme se montra d'ailleurs le plus cruel ennemi du genre humain. Vers la fin du quinzième siècle , Ludovico Sforza , duc de Milan , surnommé // Moro, prince qui n'était pas tendre de son naturel , fonda un asile magnifique pour la réception des pestiférés ; ils y étaient logés , à part les uns des autres , dans un enclos de douze cents pieds en carré, égal aux deux tiers du jardin des Tuileries.

L'abondante moisson de cette année vient d'être célébrée dans la cathédrale de Milan avec beaucoup de pompe ; mais la musique sacrée nous a paru peu digne de l'Italie, et tout-à-fait dénuée du caractère qui lui conviendrait. Le prédicateur, parlant de la rédemption, en appelait sans cesse au grand crucifix placé à ses côtés , le montrant d'im air de triomphe à son auditoire par manière de démonstration. J'ai observé qu'il y avait plus d'hommes que de femmes dans l'église. Santa- Fittoria est surnommé le petit Saint-Pierre , à cause de sa magnificence ; l'intérieur est tout

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doré ; autels , piliers , murailles même. L'effet en est brillant plutôt que magnifique ; point solennel , point religieux ; c'est un grand salon plutôt qu'un temple. De tous les tableaux je ne me souviens que d'un seul , par Battoni, et que d'une seule figure dans ce tableau : c'est celle d'un prêtre , administrant les derniers sacrements à un mourant , d'un air si bon , si simple , si profondément touché , que sa physionomie m'est restée dans la mémoire. Telle est l'abondance des tableaux sur mur, sur toile, à l'huile, à l'eau, en mosaïque, dans toute l'Italie, qu'à notre auberge, qui, autrefois, fut un monastère, on voit encore de trèsbelles fresques, parBernardo Luino. Comme elles se trouvaient dans une salle basse où l'on voulait mettre la cuisine, ces fresques ont été transportées ailleurs avec une tranche du mur : opération délicate, qui a. coûté dix mille francs à notre hôte. Cette dépense royale était un peu alarmante pour des gens qui avaient leur compte à solder dans cette auberge pour une semaine de séjour; cependant le nôtre ne s'en est pas trop ressenti.

On ne saurait dire ce qui a pu déterminer le choix du site que Milan occupe : sans eau, quoique assez près de l'Adda , du Tesin et du Pô ; sans beauté pittoresque , quoique non loin des plus beaux lacs du monde. Dans le douzième siècle, on fut obligé de creuser un canal de communication

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