‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 4 sur 126 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

se plaint, auraient disparu peu à j^eu. Le roi , content d'en être quitte à aussi bon marché, serait resté à Naples , où les Autrichiens ne seraient point venus. Mais ils voulaient la réforme radicale, ils voulaient surtout exclure l'aristocratie , et ils ont tout perdu.

L'on n'a jamais vu de gouvernement limiter, de lui-même, le pouvoir indéfini et arbitraire qu'il possède , et lui préférer le pouvoir constitutionnel. Des motifs de crainte, ou, si l'on veut, de prudence, peuvent seuls porter les souverains à se donner des entraves. Avant l'année 1 820 , cette prudence avait toute l'influence qu'elle doit avoir ; les peuples auraient alors pu obtenir tout ce qui leur est réellement bon. A présent, ce frein salutaire n'existe plus , et le parti de l'absolutisme, enhardi par ses succès, ne se contente plus de reculer les bornes du pouvoir ; il les voudrait renverser toutes , et ne voit pas que, pendant ce temps -là, ses ennemis se recrutent en silence de tous ceux dont les intérêts et les opinions sont journellement blessés. Si les partis devaient un jour mesurer leurs forces, celui de l'absolutisme pourrait de nouveau trouver que la fortune ne suit plus ses étendards.

PRÉFACE. Vil

Tel est l'état des choses en Europe. Mais l'Italie a des caractères qui lui sont propres. Ses habitants ne forment pas un peuple, quoiqu'ils parlent la même langue, et qu'ils aient, à bien des égards, les mêmes mœurs. Leurs longues rivalités intestines ont laissé des traces profondes; et, quoiqu'ils aient la passion de l'homogénéité politique, rien de plus hétérogène que leur ensemble. Sous Bonaparte, ils auraient pu acquérir cette homogénéité ; mais ils acquerraient bien mieux, sous un prince qui n'aurait pas d'autres états et qui demeurerait en Italie. Dans tous les cas, ce n'est qu'après avoir porté le joug d'un seul maître, au lieu d'être asservis à une demi-douzaine, que les Italiens pourront conquérir leur liberté. Il faut qu'assimilés par le malheur, ils apprennent à souffrir, à espérer, à se concerter ensemble, pendant la durée d'une ou deux générations , avant de pouvoir faire avec succès un effort général pour l'affranchissement commun. Il y a plus : lors même que l'Italie se trouverait, dès à présent, toute réunie sous un même gouvernement représentatif, les députés qu'elle enverrait à la législature nationale n'y apporteraient, la plupart, que des

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